Un empilement de vieux papiers pourrissant dans un bâtiment en ruine. Cette photo n’est pas la dernière œuvre de Christian Boltanski, même si les raisons de sa publication se rapprochent des thématiques chères au plasticien français. Elle a été prise en 2010 à Quba, dans le nord-est de l’Azerbaïdjan, non loin de la frontière avec le Daghestan russe. Plus précisément dans l’ancienne synagogue désormais fermée du quartier juif de Qırmızı Qəsəbə (« la ville rouge »). Etrange destin pour un édifice religieux qui rassemblait l’une des plus importantes minorités juives d’Union Soviétique. L’histoire urbaine de Quba est en effet celle de la coprésence de plusieurs communautés, azérie musulmane, russe et juives qui, chacune à leur manière, ont marqué de leur empreinte la structure de la ville.

Relictuelle, la présence juive n’est désormais plus que saisonnière : la plupart des familles ont émigré vers la Russie voisine pour ne revenir que quelques semaines par an dans les imposantes bâtisses au nord de la rivière. Pendant ce temps, la mémoire collective et identitaire se délite à l’image des registres d’état civil de la synagogue condamnés à disparaître  sous les assauts du vent, de la pluie et du froid.

 

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                          ©P. Raffard, 2010

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