NOTES DE LECTURE

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ALLÈGRE (Claude)

« Faut-il avoir peur du Nucléaire ? » avec Dominique de Montvallon, Éditions Plon, 2011, 161 pages

CAUNA (Jacques de)

« Voyage d’Outre-mer et infortunes les plus accablantes de la vie de M. Joinville-Gauban. Présentation et commentaires » Edition La Girandole Histoire à Guitalens – L’Albarède (81), 2011, 402 pages

CHATELIN (Yvon)

« Recherche scientifique en terre africaine. Une vie, une aventure » Collection Graveurs de Mémoire, L’Harmattan, 2011

PONCET (Jacques-Charles)

« Relation de mon voyage d’Ethiopie, 1698-1701. Un médecin français à la cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de l’Abyssin » Editions La Lanterne magique, 2010, Besançon, 222 pages

Collection de la Casa de Velázquez.

L’Espagne dans l’Union Européenne. Un quart de siècle de mutations territoriales. 2011, 280 pages avec 112 photos et 26 croquis en couleurs.

DESHAIES (Michel)

« Atlas de l’Allemagne, Les contrastes d’une puissance en mutation » 2011, 80 pages

MOREL (Alain)

« Quarante ans d’Afrique et de déserts, Carnets de route d’un Géographe » Ibis Press, 2011, 126 pages, 48 planches photographiques

BATTIAU (Michel)

« L’enjeu industriel dans le monde » Editions Ellipses, Collection Carrefours 2011, 186 pages, 6 tableaux et 3 cartes

HOUTE (Arnaud-Dominique)

" Louis Napoléon Bonaparte - le coup d'État du 2 décembre 1851 " Paris, Larousse, Coll. Essais et documents, 2011, 14 x 21 cm, 256 pages, 18 €

CHOUQUER (Gérard)

" La terre dans le monde romain " Editions Errance, Paris, 2010, 329 pages.

RUELLAN (Alain)

" Des sols et des hommes. Un lien menacé " Préface Bruno Latour, IRD éditions, Marseille, 2010, 105 pages illustrées

VARLET (Jean) et ZEMBRI (Pierre)

" Atlas des transports " Paris, Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2010, 17 x 24,5 cm, 79 pages, 17 €

BODLORE-PENLAEZ (Mikael) sous la dir. de

" Atlas des Nations sans État en Europe " Éditions Yoran Embanner, 2011, 160 pages, 25 €

POURTIER (Roland)

" Afriques noires " 2010, 2ème édition revue et augmentée (1ère éd. 2001), Carré-Géographie, Hachette supérieur, 286 pages

BORIS (Jean-Pierre)

" Main basse sur le riz " 2010, Paris, Fayard, 220 pages

PONS (Anne)

" Lapérouse " Folio Biographies, Gallimard, Paris, 2010, 302 pages, 18 illustr.

CHARVET (Jean-Paul)

" Atlas de l'agriculture. Comment pourra-t-on nourrir le monde en 2050 ? " Editions Autrement 2010

LEPESANT (Gilles)

" Géographie économique de l’Europe centrale " Édition Les presses de Sciences Po, 2010

PAUMIER (Jean-Yves)

" La Bretagne pour les nuls " First éditions, 2011

TERTRAIS (Bruno)

" Atlas mondial du nucléaire " Édition Autrement 2011

BARON-YELLÈS (Nacima)

" L'Espagne aujourd'hui. De la prospérité à la crise " Éditions De Boeck, 2010, 168 pages, 12 €

LINEL (Benoît)

" Les Haxo " Editions les Galops de la Nuit, 23 rue Richelieu, Brest, 2010, 170 pages.

MORICEAU (Jean-Marc) et MADELINE (Philippe) (sous la dir.)

" Repenser le sauvage grâce au retour du loup ", Presses universitaires de Caen, 2010

BESSE (Jean-Marc), BLAIS (Hélène), SURIN (Isabelle) (sous la dir. de)

" Naissances de la géographie moderne (1760-1860) ", Service de l'édition de l'E.N.S. Lyon, 2010

OSTROWSKI (Zygmunt) avec la collaboration de JOSSE (Marie-Cristine)

" Soudan. Conflits autour des richesses " Collection Etudes Africaines, L'Harmattan, 2010, 278 pages

GATTAZ (Vincent) et MOUNIER POULAT (Guy)

" L'orientation facile " Les Echelles, Editions Missions spéciales Productions, 2010, 48 pages

PÉRON (Françoise) et MARIE (Guillaume)

" Atlas du patrimoine maritime du Finistère " Brest, Editions Le Télégramme, 2010, format 25 x 26 cm, 142 pages, 48 cartes et plans, 24,90 €

DION (Isabelle)

" Auguste Pavie, l'explorateur aux pieds nus " Archives nationales d'outre-mer, Collection Histoires d'outre-mer, 2010, 25 x 20 cm, broché, 200 pages, 24 €

SIBILLE (Blandine) & MINH (Tuan Tran)

" Congo-Océan. De Brazzaville à Pointe-Noire (1873 - 1934) " Editions Frison-Roche, Paris, 2010, 142 pages

SCOCCIMARO (Rémi)

" Le Japon. Renouveau d'une puissance ? " Paris, La Documentation française, documentation photographique, dossier n° 8076, juillet-aôut 2010, 64 p., 12 cartes

FRÉMONT (Armand)

" Normandie sensible ", Paris, Éditions Cercle d'Art, 2009

ISSA (Saïbou)

" Les coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad ", Coll. Les terrains du siècle, Khartala, Paris, 2010, 273 pages

MARCONIS (Robert) et VIVIER (Julie)

" 150 ans de transports publics à Toulouse ", Editions Privat, Toulouse, 2009, format 28 x 29, 145 pages

PINEAU (Jean-Marc)

" Mon voyage au Maroc " Les 2 encres, Cholet, format 15 x 21, photos couleur, 198 pages, 20 €

DUMONT (Gérard-François) (sour la dir.)

" La France en villes " Paris, Sedes, 2010, 352 pages

SALSA (Annibale)

" Il tramonto delle identità tradizionali. Spaesamento e disagio esistenziale nelle Alpi ", 2007, préface Enrico Camanni, Torino, Priuli &Verlucca, 205 pages, 14,50 €

BARON-YELLÈS (Nacima

" Atlas de l'Espagne. Une métamorphose inachevée " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. - 22 auteurs)

" L'écosociété : une société plus responsable est-elle possible ? " Éditions Ellipses, Paris, 2010, 623 pages

SMITH (Stephen)

" Voyage en postcolonie. Le Nouveau Monde franco-africain " Éditions R. Grasset, Paris, 2010, 327 pages

LAMARQUE (Philippe)

" Le Sénégal d'Antan. Le Sénégal à travers la carte postale ancienne " Collection Olivier Bouze, HC éditions, 2009, 109 p.

DUNMORE (John)

" L'épopée fatale. Le voyage de Surville 1769-1770 " n°16, Coll. Lettres du Pacifique, L'Harmattan, Paris, 2009, 129 pages, 1 carte, 6 illustrations

N'DIAYE (Tidiane)

" Le génocide volé, enquête historique " Coll. Continents noirs NRF Gallimard, 2008, 253 pages, 15 ill.

SEYER (Claude)

" Nancy aérienne " Préface de Jean-Claude Bonnefont, Gérard Louis Éditeur à Haroué (54740), 2008, format 22,5 x 29 cm

ORSENNA (Erik)

" L'Avenir de l'eau. Petit précis de mondialisation - II " Fayard, Le Livre de Poche, 2010, 470 pages

BONNET (Jacques), BROGGIO (Cécile)

" Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie

BATAILLON (Claude)

" Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009, 226 pages.

BAILONI (Mark) et PAPIN (Delphine)

" Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

RADVANYI (Jean) et BEROUTCHACHVILI (Nicolas)

" Atlas géopolitique du Caucase " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

IGAH (Emmanuel)

" Nigeria handbook. All you want to know about Nigeria " 2009, Federal Ministry of Information and Communications, Abuja, Nigeria, 272 pages

SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.)

" Elisée Reclus. Natura e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori, 2007, 296 pages

PETRELLA (Marco)

" La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d'Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages

GAY (Jean-Christophe)

" Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136 pages, 23,50 €

DION (Roger)

" Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 €

PALAU (François et Maguy)

" Le rail en France au Second Empire (1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages

TRÉGUER (Paul)

" Trois marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de Claude Lorius membre de l'Institut, 2010, 146 pages dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie

DEVILLET (Guénaël) (sous la dir. de)

" Être géographe aujourd'hui : La Géographie...Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages

LASSERRE (Frédéric)

" Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages

BERNIER (François)

" Un libertin dans l'Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne, Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées

AYALA (Roselyne de), GUÉNO (Jean-Pierre)

" Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages

VIGUIER (Pierre)

" Sur les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions QUAE, Versailles, 158 pages

POISSON (Jacques)

" Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008, Société Saint Simon

MAUGARLONE (Jacques)

" Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304 pages.

GOURAUD (Jean-Louis)

" La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages.

LE GOIX (Renaud)

" Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €

SARDET (Michel)

" Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages

DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de)

" Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 €

HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine)

" L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 €

Patrimoine mondial de l'UNESCO

" Guide des sites français" 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 €

SANJUAN (Thierry)

" Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €

WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de)

" L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies

LOUCHET (André)

" La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages

FOUCHER (Michel)

" Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 €

CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre)

" Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages

GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de)

" Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages.

TISSIER (Yves)

" Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 €

CHAPPEY (F.) et al.

" L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p.

ÉMÉRIAU (Jean)

" Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 €

SIMON (Gildas)

" La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes.

BRIGAND (Louis)

" Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages.

BENISTON (Martin)

" Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie

AROM (Simha)

" La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages

ROUSSET (Marc)

" La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages

TEULON (Frédéric)

" Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages.

BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume)

" Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages.

FUMEY (Gilles)

" Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages

BOGLIOLO BRUNA (Giulia)

" Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages

FAURE (Juliette)

" Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 €

CROIX (Nicole), RENARD (Jean)

" Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages

COURTOIS (Sébastien de)

" Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages

DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick - photographe)

" Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 €

MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.)

" Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée.

HUMBERT (Jean-Charles)

" Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 €

COLIN-DELAVAUD (Claude)

" Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p.

HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de)

" Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux

THIBAULT (Christel)

" L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros.

BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de)

" L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p).

BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert)

" Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes).

 

ALLÈGRE (Claude) : « Faut-il avoir peur du Nucléaire ? » avec Dominique de Montvallon, Éditions Plon, 2011, 161 pages

Ce petit livre, rédigé sous forme de questions- réponses, aborde tous les problèmes rencontrés actuellement par l'industrie nucléaire dans le monde à la suite des dernières catastrophes de Tchernobyl en Russie et Fukushima au Japon.

Il résume tout d’abord d’une façon très claire et pédagogique ce qu’est la radioactivité (découverte par Marie et Pierre Curie sans oublier Henri Becquerel) et la mécanique quantique avec la théorie de la relativité de Albert Einstein (E=mc2) qui a été la base théorique de l’énergie contenue dans les atomes. Cette énergie par fission des atomes d'uranium 235 a permis de développer des centrales nucléaires mais a d’abord servi à faire les bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki d’août 1945 (projet Manhattan de 1942 avec les physiciens américains et européens dont Robert Oppenheimer).

Les centrales atomiques ne sont pas des bombes atomiques ! L’uranium 235 est un isotope de l’uranium naturel 238 (0,73%) et doit être enrichi par centrifugation à environ 4% ce qui ne permet pas de fabriquer une bombe atomique Pour contrôler le rythme de réaction en chaîne des neutrons il faut utiliser des absorbeurs de neutrons comme le carbure de bore. Le cœur du réacteur est formé de pastilles d’uranium enrichi enfilées dans des cylindres de métal. La quantité de chaleur dégagée est énorme et va permettre d’actionner les turbines à vapeur pour produire de l'électricité.

Il y a 2 options : soit un seul circuit d’eau pour les centrales à eau bouillante comme les centrales japonaises, soit avec 2 circuits d’eau (eau pressurisée) en un site aménagé avec un échangeur comme les centrales françaises et américaines qui sont plus sécurisées. Le refroidissement de l’eau est à l’origine de la plupart des accidents majeurs (Three miles Island, Tchernobyl, Fukushima après le séisme et le tsunami). Il est nécessaire de disposer d’une importante source en eau. On peut dire que les centrales françaises sont sûres mais le risque zéro n’existe pas. Les améliorations de sécurité sont constantes et nécessaires (réacteurs EPR en chantier).

Un problème pas encore complètement résolu est celui des déchets : 1 kg de déchet radioactif par habitant et par an en France. Il faut distinguer entre ceux qui sont à période courte, peu dangereux et ceux à période longue. Ils sont retraités à la Hague et stockés en un site aménagé (un site expérimental à Bure a été créé à 300m de profondeur).

La radioactivité fait toujours peur et pourtant il ne faut pas oublier que le corps humain est radioactif (120Bq/kg) ; un poids de 70 kg a une radioactivité comparable à 1,2 kg de granite ! Pour traduire l'effet biologique des radiations on utilise une unité qui intègre les doses reçues, le sievert ; la dose normale reçue par an est de 2,4 milli-sievert ; Il faut être vigilant à partir de 250 milli-sievert.

Les réserves en uranium risquent de s’épuiser rapidement comme le pétrole avec le développement actuel de cette industrie en Chine, Inde et autres pays. Une solution à l’étude en France est le surgénérateur Phénix qui utilise comme combustible du plutonium 239, produit à partir d’uranium 238 et qui n’aurait pas besoin d’être enrichi mais il faut utiliser du sodium liquide comme transporteur de chaleur ce qui pose des problèmes techniques.

Une autre option est le réacteur à thorium qui produirait peu de déchets.

La fusion est encore dans le domaine utopique mais la recherche a été lancée en France à Cadarache avec le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) et le soutien des pays occidentaux et du Japon. La fusion nécessite une température très élevée pour s’enclencher mais elle dégage une énorme énergie ensuite. C’est l’énergie de la bombe H (Atoll Eniwetok 1er novembre 1952) et de notre soleil. Résultats possibles dans le courant du siècle ?

D’autres recherches sont en cours pour l’utilisation de l’hydrogène par exemple. Avec la construction de nombreuses centrales nucléaires dans le monde et le problème latent des déchets et de leurs utilisations possibles, Claude Allègre propose qu’un Comité national consultatif d’Éthique énergétique soit institué pour suivre de près les problèmes du nucléaire en particulier.

Ce livre est un excellent résumé de l’industrie nucléaire, très importante en France et très fiable à condition d’appliquer des règles draconiennes de sécurité.

Michel DAGNAUD

 

CAUNA (Jacques de) : « Voyage d’Outre-mer et infortunes les plus accablantes de la vie de M. Joinville-Gauban. Présentation et commentaires » Edition La Girandole Histoire à Guitalens – L’Albarède (81), 2011, 402 pages

Historien et diplomate, spécialiste des Caraïbes et plus particulièrement de l’histoire de Saint-Domingue, Jacques de Cauna présente et commente un témoignage exceptionnel sur les dernières années de la colonie et sa chute, témoignage que l’auteur, M. Joinville-Gauban, de retour après quatorze ans passés à Haïti entre 1790 et 1803 avait fait éditer en 1829 à Bordeaux en 170 exemplaires, le dédiant à ses deux fils et le faisant imprimer « pour ses amis seuls » !

L’auteur y décrit la richesse de l’île à son arrivée. Il travaille comme régisseur d’une vaste plantation de café, puis d’une sucrerie, avant d’être pris dans les rivalités entre royalistes et patriotes qui entraînent le soulèvement des Noirs encadrés de mulâtres. Horreurs et massacres se succèdent. S’y ajoutent les intrigues des Espagnols et des Anglais suivies en 1802 du débarquement de l’expédition Leclerc, envoyée par Napoléon pour reprendre l’île en main. En quelques mois, cette expédition est décimée par la fièvre jaune et doit se ré-embarquer avec à son bord, l’auteur du récit, ruiné après quatorze années d’efforts et de vaines tentatives.

Ce récit est fort instructif. Il décrit les soubresauts de la chute inévitable d’une riche colonie esclavagiste s’ouvrant aux idées révolutionnaires. Elle est jugée de l’intérieur et l’on y sent le vécu. L’ouvrage en outre bénéficie d’une longue introduction et de multiples notes explicatives sur les termes locaux, les divers personnages et les circonstances historiques. C’est un travail minutieux et précis qui fait regretter parfois quelques coquilles. Enfin le géographe aurait apprécié en hors texte une carte de toute la partie française de Saint-Domingue au XVIIIe siècle ; à défaut le lecteur dispose des extraits figurant sur la couverture et en annexe.

Yves BOULVERT

 

CHATELIN (Yvon) : « Recherche scientifique en terre africaine. Une vie, une aventure » Collection Graveurs de Mémoire, L’Harmattan, 2011

Notre collègue, également chercheur en Sciences de la Terre à l’ORSTOM (Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer) devenu IRD (Institut de Recherche pour le Développement), retrace ici l’évolution de sa carrière mais aussi de ses idées, de sa réflexion sur la Science.

Dès la fin des années 50, il fut « plongé dans un environnement naturel et humain passionnant mais difficile et parfois dangereux ».Les jeunes générations peineront à croire qu’au milieu du XXème siècle, une bonne partie du milieu naturel africain demeurait « quasiment inconnu scientifiquement ». A l’écart de rares pistes carrossables, les prospections s’y effectuaient encore avec des moyens rudimentaires, à pied, avec des porteurs, au cœur des savanes boisées ou de la forêt dense humide. Au contact des populations noires, il se remémore les rencontres tant avec les collègues chercheurs, affectés ou en mission, de disciplines diverses, qu’avec le personnel diplomatique, administratif, et les hommes de terrain (planteurs, forestiers …).

Directeur du centre de Bangui en 1966, Y. Chatelin évoque les arcanes des relations de la Françafrique avec « Papa Bok ». Affecté à Abidjan, en 1972, il poursuit ses recherches sur l’élaboration d’un langage multidisciplinaire, fondant avec des géographes et des botanistes, « l’Ecole d’Abidjan ». Cette réflexion lui fournit son sujet de thèse d’Etat : « Une épistémologie des sciences du sol » (1979).

Epuisé par une schistosomiase, il est affecté en métropole au centre de Bondy où, dirigeant les « Cahiers de Pédologie », il publie « Milieux et paysages » (1984) puis « Stratégies scientifiques et développement » (1988). En 1985, il élargit sa réflexion à l’occasion d’un détachement aux Etats-Unis à l’Université du Kentucky. Il publie deux ouvrages, l’un sur un précurseur naturaliste – utilisé par François-René de Chateaubriand, « Le voyage de William Bartram. Découverte du paysage et invention de l’exotisme américain » (1991), l’autre sur « Audubon. Peintre, naturaliste, aventurier » (2002), somme remarquée sur cet artiste singulier (prix Jules Verne, 2002).

Outre son parcours scientifique au contact du réel, Y. Chatelin nous convie à suivre sa réflexion sur la pédologie, science du sol, à la confluence de plusieurs autres domaines et de ce fait conceptuellement intéressante. Elargissant son propos, il cherche « à aller plus loin dans la connaissance, la compréhension de la science et de ses multiples productions ». Cette réflexion épistémologique le conduit à proposer une taxonomie et à étudier « l’interface entre différentes sciences du milieu naturel ». « Déconstruction » suivie d’une « reconstruction » originale ouvrant sur « une vraie multi ou transdisciplinarité », la mise au point d’un « référentiel commun » et débouchant sur les champs désormais essentiels de l’écologie.

Au terme de cette relation synthétique, fort bien écrite, mêlant souvenirs insolites et retours réflexifs sur un parcours de vie « au service des pays en développement » et au service de la Science, Yvon Chatelin invite la jeune génération à poursuivre sa réflexion sur « la science du concret ».

Yves BOULVERT

 

PONCET (Jacques-Charles) : « Relation de mon voyage d’Ethiopie, 1698-1701. Un médecin français à la cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de l’Abyssin » Préface de José-Marie Bel. Texte établi et présenté par Eric Poix. Editions La Lanterne magique, 2010, Besançon, 222 pages

Entre la période des découvertes portugaises du XVIe à la recherche d’une alliance avec le Roi chrétien dit Prêtre-Jean, et les explorations scientifiques puis militaires du XIXe, l’Ethiopie demeura quasiment fermée aux Européens durant plus d’un siècle et demi. L’un des rares contacts au XVII-XVIIIe fut Jacques-Charles PONCET, originaire de Franche-Comté, établi comme médecin au Caire. Il eut la chance de soigner et de guérir un envoyé du roi d’Ethiopie Iyasu (Jésus) Ier venu lui-même chercher un médecin pour son maître.

Poussé par le consul de France, Poncet – bien qu’âgé de 43 ans – accepte de partir, accompagné d’un père jésuite parlant arabe et ayant étudié l’éthiopien. Ce dernier, déguisé en serviteur, devait, épuisé par une dysenterie chronique, périr à la veille d’atteindre Gondar. L’ambassadeur-écrivain Jean-Christophe Ruffin a romancé cette histoire dans « L’Abyssin » (Gallimard 1997), d’où le sous-titre de cet ouvrage : « Un médecin français à la cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de l’Abyssin ».

Ce texte est directement transcrit du manuscrit original de Poncet conservé à la Bibliothèque Universitaire de médecine de Montpellier. Il présente tout l’intérêt du réel, des choses vues, et montre les difficultés d’un déplacement qui s’étale sur trois ans, de juin 1698 à juin 1701. Une petite carte permet de suivre ce périple : remontée du Nil jusqu’à Assiout, route des caravanes du Darfour jusqu’à Selima, puis retour au Nil à travers l’ancien royaume chrétien de Dongala et traversée de l’aride désert de Bayuda. Le Nil Bleu fut longé jusqu’au royaume musulman Fundj de Sennar avant que ne soit atteinte la ville fortifiée de Gondar. Avec ses palais de pierres, celle-ci subsiste toujours, près du splendide lac Tana, réservoir supérieur du Nil Bleu.

Bien reçu par le Roi qu’il soigna ainsi que sa famille, Poncet séjourna près de neuf mois à la Cour dont il décrit les us et coutumes. Son témoignage est précieux sur cette région à cette époque. Il obtint enfin de rentrer au Caire via Aksoum et Massaoua. L’embarquement sur la mer Rouge lui permit de stationner à Djedda, le port de la Mecque, puis de visiter le monastère Sainte Catherine qui se situe non au sommet (note 219) mais au pied du mont Sinaï, l’autre djebel Moussa.

Cette intéressante relation d’un précurseur des explorateurs français à l’intérieur de l’Afrique, bénéficie – outre d’une chronologie et d’une bibliographie détaillée – de 221 notes explicatives, en général précises, du présentateur-éditeur Eric Poix (qui, déjà en 2005, avait commenté le voyage en Abyssinie de Rochet d’Héricourt, 1842-43). Ce titre bénéficie également de nombreuses illustrations extraites de la collection iconographique de José-Marie Bel (qui accompagna Théodore Monod dans une exploration naturaliste au Yémen), de photographies mais aussi de gravures anciennes (qui auraient mérité d’être assorties chacune de précisions sur leur origine …).

Yves BOULVERT

 

L’Espagne dans l’Union Européenne. Un quart de siècle de mutations territoriales. Madrid, 2011, Collection de la Casa de Velázquez., 21 x 29 cm, 280 pages avec 112 photos et 26 croquis en couleurs.

Durant cet été 2011, la Casa de Velázquez, dirigée par le Professeur Jean-Pierre Etienvre, vient de faire paraître le 121ème volume (à raison de trois à quatre par an) d’une collection lancée en 1978, il y a trente trois ans, et qui traite de thèmes à la fois historiques et archéologiques, depuis le Moyen-âge, mais aussi géographiques et économiques jusqu’à ce jour.

Cet ouvrage renferme treize articles dans les deux langues français et castillan, de seize auteurs des deux pays entraînés par le français André Humbert et deux collègues espagnols, Fernando Molinero Hernando et Manuel Valenzuela Rubio. Le lorrain André Humbert est à la fois géographe, aviateur et photographe aérien ; tous nos collègues des deux pays connaissent son dynamisme. Cette collaboration entre les deux pays est ancienne. Je ne citerai comme exemple que Pierre Deffontaines qui dirigea longtemps l’Institut français de Barcelone et Jean Sermet de Toulouse qui travailla toute sa vie sur l’Andalousie.

La méthode est la même pour les onze études, toutes sur l’évolution récente de l’Espagne économique et paysagère depuis son adhésion au marché commun. A partir de photographies aériennes en couleurs obliques prises par André Humbert, est dessiné un croquis synthétique simplifié en couleurs lui aussi, mais plus vives, des divers modes d’occupation et d’utilisation du sol. Par exemple :

-         les vignobles et les oliveraies modernisés comme en Andalousie, première région oléicole au Monde ;

-         les espaces littoraux voués au tourisme : les autoroutes, les golfs, les tours de résidence de vacanciers comme à Benidorm (v. photo page 115) ;

-         les jardins d’éoliennes ou de panneaux solaires qui créent de nombreux paysages énergétiques (v. page 46)

-         les cultures d’exportation : fraises, agrumes etc. qui, avec le bas coût de la main d’œuvre espagnole ou immigrée, constituent des concurrents redoutables pour les mêmes productions des autres pays européens dont la France.

L’analyse de ces photos aériennes en couleurs vives rend parfaitement bien compte de la profonde transformation de l’Espagne. Et les pays méditerranéens de l’Europe : Espagne, Portugal, Italie, Grèce, sont bien les premiers bénéficiaires de l’Unité européenne et par la même, ils sont aussi les premières victimes de ses difficultés.

Jean BASTIÉ

 

DESHAIES (Michel) : « Atlas de l’Allemagne, Les contrastes d’une puissance en mutation » Paris, Autrement, 2011, 80 pages

Michel Deshaies (Université de Nancy II) réalise un ouvrage de qualité pour comprendre les forces et les mutations, les contrastes spatiaux et les problèmes de la puissance allemande. « L’Allemagne, écrit l’auteur, apparaît ainsi plus que jamais comme un pays aux multiples visages où l’unité politique retrouvée est confrontée aux divisions de plus en plus profondes de la société ». Dans le contexte géopolitique actuel de l’Union Européenne, la place pivot de cet Etat, sur le plan politique et économique, se révèle essentielle et l’ouvrage nous en donne toutes les clefs. Celui-ci s’articule en sept parties majeures, déclinées chacune en plusieurs thèmes : « le peuple et son territoire, l’Allemagne multiple, une société postmoderne rétrécissant, Made in Germany, Villes, culture et aménagement du territoire, les enjeux environnementaux, une nouvelle place en Europe et dans le monde ».

L’ouvrage nous présente un pays fortement urbanisé, un multiculturalisme croissant, surtout dans les grandes villes de l’Ouest et à Berlin, un système industriel toujours performant et une transition réussie vers les hautes technologies, une économie exportatrice puissante. Le pays doit aussi faire face à de nouveaux défis comme la gestion des problèmes environnementaux, le déclin démographique et le vieillissement de sa population, les inégalités économiques et sociales qui font découvrir de nouveaux contrastes régionaux, entre l’Est et l’Ouest dont les écarts tendent à diminuer, entre un Nord industriel et un Sud plus dynamique en Allemagne de l’Ouest. Tous ces aspects sont clairement abordés à partir d’un texte dense et précis, de nombreuses cartes à différentes échelles, d’une approche de synthèse bien argumentée à partir d’exemples précis (les mutations des industries de la Ruhr, les changements urbains à Berlin, les conséquences de l’exploitation du lignite dans la région de Cologne, les entreprises allemandes en France, la capitale financière de Francfort-sur-le-Main, le polycentrisme des foyers culturels et universitaires qui sont à la base du rayonnement économique, Volkswagen dans le monde entre autres thèmes traités).

Au final, cet atlas de l’Allemagne constitue une somme d’informations mises à jour, incontournable pour aborder les mutations et le rayonnement de cet Etat central de l’Europe.

Philippe BOULANGER

 

MOREL (Alain) : « Quarante ans d’Afrique et de déserts, Carnets de route d’un Géographe » Ibis Press, 2011, 126 pages, 48 planches photographiques

Dans ces carnets de bord, agrémentés de notions historiques et géographiques, Alain Morel s’interroge sur la place de la France et des Français en Afrique et dénonce les effets déplorables d’un néocolonialisme persistant, plus ou moins voilé. Son initiation aux études de terrain et au contact d’une autre civilisation commence à Madagascar. Là, il a été très marqué par les cérémonies typiques de la grande île, notamment les formes originales du culte des morts. Les morts tiennent une place importante dans la société, avec la « famadihana », où chaque année les tombeaux sont ouverts et les vivants font « danser les morts » lors de grandes fêtes. Puis l’auteur fait la découverte du monde tropical en participant à des camps d’éclaireurs unionistes à Tahiti, Nouméa et au Cameroun. Le texte assez décousu retrace de multiples incidents de parcours. L’auteur nous fait part de ses réflexions critiques les méfaits du néo-colonialisme et leur persistance dans la lutte contre le sous-développement. La transcription du voyage en Éthiopie est haute en couleurs et se lit comme un roman d’aventure. La seconde partie est consacrée aux récits des expéditions au sud du Sahara et dans le Sahel nigérien. Cette fois le voyage a rapport avec un sujet de thèse sur le Massif de l’Aïr, mais la relation n’a pas de but scientifique dans ce récit et a trait aux multiples péripéties de l’expédition. Ces carnets d’aventures se poursuivent avec le compte-rendu de la première traversée du Sahara. Ce récit de voyage est attachant ; la description est très colorée et ce texte sur l’Aïr et le Niger se lit avec plaisir et intérêt comme un roman réaliste (par exemple l’épisode du guide Koulné). Les missions scientifiques de l’auteur dans l’Aïr sont très intéressantes à lire, car on voit que le géomorphologue initial s’est donné aussi une mission éducative, car il s’est aperçu que les mentalités ont évolué chez les Touaregs, qui sont plus réceptifs à l’éducation de base. Le compte-rendu de l’expédition avec des étudiants de Grenoble dans le Ténérédonne lieu à des descriptions précises du désert,de son immensité et de son mystère ! Une comparaison avec le désert de l’Arizona dans la région de Tucson montre des « déserts d’écran », à l’abri des Montagnes Rocheuses du versant Pacifique, avec de belles descriptions des types de végétation. La quatrième partie est consacrée à l’art de voyager en géographie. L’auteur se pose la question de l’utilité sociale de la Géographie et il s’est attaché à étudier et faire étudier le monde des nomades touaregs. Il en tire une réflexion assez philosophique sur la séduction des voyages avec approches géographiques : c’est « connaître et se connaître en voyageant ». Les récits de voyages ont fait avancer la connaissance géographique et l’auteur passe bien revue tous ces récits depuis l’Antiquité. L’auteur distingue cinq types de voyageurs :le « missionnaire », le « capitaliste » qui cherche le les affaires et le profit, le « poète » sensible aux couleurs, aux odeurs, le « touriste » qui préfèrent visiter les monuments que les habitants du pays, enfin « l’intellectuel », qui compare et critique. C’est donc tout un plaidoyer (pour les géographes physiciens surtout) sur l’importance de s’ouvrir au monde actuel, de s’enrichir de contacts humains et de faire en sorte que respect et solidarité soient des valeurs reconnues de tous Suit un rappel des œuvres des géographes africanistes.

Bernard DÉZERT

 

BATTIAU (Michel) : « L’enjeu industriel dans le monde » Editions Ellipses, Collection Carrefours 2011, 186 pages, 6 tableaux et 3 cartes

Ce livre est un solide ouvrage de synthèse sur l’enjeu industriel mondial. Après un court rappel historique et une mise au point sur l’actualité de cet enjeu dans tous les pays développés, contrairement à l’idée de la tertiairisation systématique des économies développés, l’auteur présente les principaux acteurs du développement industriel actuel : les entreprises privées des P.M.E. aux multinationales. La taille de l’entreprise influe évidemment sur son comportement spatial : les grandes firmes et les multinationales ont adopté un comportement d’implantation en rapport avec les enjeux des marchés locaux, des facilités fiscales et des catégories de main d’œuvre disponibles. Elles sont donc spatialement plus souples et plus fluides dans leurs investissements et leurs implantations. Michel Battiau commence par présenter les principaux facteurs des dynamiques spatiales de la filière textile-habillement. Dans ce domaine, les nouvelles technologies et l’abaissement des barrières douanières avec la mondialisation de l’économie a entraîné une refonte totale des structures de la filière. L’évolution de la mode a favorisé la filière textile-habillement, tandis que filatures et tissages traditionnels disparaissaient peu à peu des pays européens et nord-américains à hauts salaires et tandis que se renforçait le rôle des « distributeurs-concepteurs ». Dans cette filière on a assisté à la montée eu puissance des pays asiatiques « émergents », qui ont absorbé une bonne part des productions de base grâce à une main d’œuvre disponible et mal payée. Le plan du livre est ensuite axé sur l’étude mondiale aux chapitres 2 et 3 de l’enjeu industriel de deux filières majeures : l’industrie automobile et les technologies de l’information et de la communication. La production automobile pour sa part est devenue un phénomène de masse et Michel Battiau nous montre que les constructeurs automobiles ont eu recours à la robotisation en remplacement du « fordisme »,c’est-à-dire du travail à la chaîne. Le constructeur est désormais « un chef d’orchestre » qui élabore par lui-même une proportion de plus en plus faible de produit final, laissant à des sous-traitants le soin de produire de multiples pièces détachées selon une production « à flux tendus ».Il en résulte de véritables nébuleuses industrielles autour des grandes usines d’assemblage très automatisées. Cependant, le marché automobile mondial demeure encore très cloisonné. Au contraire, les industries des technologies vde l’information et de la communication sont largement ouvertes à l’échelle mondiale, à partir de l’essor des semi-conducteurs depuis la seconde moitié du XXe siècle. Cette branche set devenue un enjeu territorial de première importance L’auteur distingue trois ensembles :d’abord, le rôle prépondérant de l’Amérique du nord, surtout des États-Unis qui abritent toujours des firmes-leaders, l’ensemble contrasté de l’Union européenne, de la Suisse et de la Norvège, enfin les Pays d’Asie orientale et méridionale et notamment le Japon, Taiwan, la Corée du Sud, mais aussi et de plus en plus la Chine et L’Inde. Nombre de pays actuellement spécialisés dans certaines phases de production en sous-traitance tentent de remonter la filière, mais ceux qui la contrôlent cherchent alors de nouveaux partenaires moins avancés. La seconde partie porte sur les principales spécialisations des différents États :l’ouvrage passe en revue État par État les spécialisations industrielles et il présente avec précision et clarté le pôle industriel européen dans les six États les plus peuplés, puis les autres États en distinguant avant et après 1990, date de la fin du rideau de fer, avec à la fin un essai de bilan sur le « métaterritoire européen ». Puis un chapitre est consacré à l’Amérique du Nord, pôle industriel mondial à intégration croissante. Un chapitre est consacré à la formation du nouveau pôle industriel majeur asiatique, surtout Chine et Inde avec ses grands enjeux actuels. Ce tour d’horizon se termine par la place des autres États de la planète dans l’industrie mondiale et une courte synthèse montrant qu’une nouvelle phase de révolution industrielle est déjà en cours, tenant compte des contraintes environnementales pour fabriquer différemment des biens de qualité plus durables. Cet ouvrage très clair permet de comprendre aisément les grandes dynamiques spatiales de la nouvelle industrie dans le monde.

Bernard DÉZERT

 

HOUTE (Arnaud-Dominique) : " Louis Napoléon Bonaparte - le coup d'État du 2 décembre 1851 " Paris, Larousse, Coll. Essais et documents, 2011, 14 x 21 cm, 256 pages, 18 €

L'histoire du coup d'État du 2 décembre ne peut être considérée comme une œuvre isolée. L'auteur de cet ouvrage tend à démontrer qu'elle ne s'est pas tramée, décidée et développée uniquement à Paris, qu'elle se noue aussi et surtout en province, qu'elle implique de nombreux acteurs, partisans ou adversaires. Ce livre accorde une large place aux anecdotes qui entourent l'histoire du coup d'État réalisé par ce neveu de l'Empereur Napoléon Ier et petit-fils de l'Impératrice Joséphine de Beauharnais. Attentif à la fois aux péripéties rencontrées par le régime orléaniste et aux encouragements du bonapartiste Persigny, il se laisse engager dans plusieurs conjurations. La dernière le conduira rapidement au fort de Ham et se soldera par son évasion rocambolesque dans la tenue du maçon Badinguet.

Le gouvernement provisoire mené par Alphonse de Lamartine proclame en 1848 le suffrage universel masculin, faisant croître le nombre d'électeurs de 250 000 à 9 millions d'inscrits ! Louis Napoléon va recueillir aisément 80 000 suffrages à cette élection législative, ce qui n'est pas du goût du républicain Lamartine, lequel va connaître bien d'autres déboires. Dans un climat de chômage croissant qu'accentue la fermeture des Ateliers Nationaux et les répressions sanglantes des manifestations, un divorce durable va s'instaurer entre le monde ouvrier et la République. Les première pages de l'ouvrage décrivent les identités des principaux auteurs du coup d'État, ainsi que celles des hommes du parti de l'Ordre et des républicains. Bien que les parlementaires soient divisés, nombre d'entre eux finissent par considérer que Louis Napoléon n'a pas du tout l'étoffe d'un prétendant, qu'il n'a rien d'un bon tribun et par conséquent qu'il n'y a pas lieu de le craindre. Leur surprise est donc totale quand le scrutin du 10 décembre 1848 apporte les 3/4 du suffrage universel à celui qui porte le nom légendaire de Bonaparte. De défiances en arrangements, la montée en puissance du Président ne cesse pas. Tandis que les suspicions de fomenter un coup d'État s'amoncellent, l'opération est préparée avec minutie. Et le 2 décembre la plupart des parlementaires vont s'accommoder du coup d'État. Après tout, dans l'esprit des conservateurs, mieux vaut l'Empire avec Bonaparte et Morny, que ce qui ressemblerait à la Terreur avec Nadaud et Victor Hugo.

Combats, fusillades et arrestations vont se succéder pendant plusieurs jours à Paris. Quelques insurrections, quelques actes de résistance vont soulever une partie de la province. L'auteur en cite plusieurs à travers toute la France, il évoque les confusions et les rebellions qui entraînent des affrontements violents. Il décrit aussi les décisions sommaires quant aux 27 000 dossiers des prisonniers dont 10 000 vont être déportés à Alger ou en Guyane avant que certains d'entre eux puissent aller s'exiler dans un pays européen, par exemple la Suisse, la Belgique ou même la Grande-Bretagne peu prévenante à l'égard de Louis Napoléon. En citant abondamment les déclarations de Victor Hugo, l'auteur de l'ouvrage tient à démentir le phénomène de jacquerie qui fut exploité par la propagande bonapartiste. Mais en province, où rumeurs et mensonges sont entretenus par des républicains très bien organisés, les sentiments vont demeurer confus pour ceux qui vont choisir de servir Louis Napoléon Bonaparte. Avec une interrogation obsédante : et si Paris se retournait ?

Gérard JOLY

 

CHOUQUER (Gérard) : " La terre dans le monde romain " Editions Errance, Paris, 2010, 329 pages.

L’auteur, archéogéographe, traite ici les aspects anthropologiques, juridiques et géographiques se rapportant au foncier sous l’empire romain. Il s’appuie sur sa spécialité d’analyse des espaces des sociétés du passé pour donner à l’Histoire la Géographie dont elle a besoin et à cette dernière le passé dans lequel elle intègre la dynamique et les héritages.

La première partie de l’ouvrage analyse la tradition historique en miroir de l’État moderne, pour indiquer combien il faut tenter de se défaire de la formalisation moderne pour entrer dans la réalité antique. Si la lecture nous rappelle combien le droit latin inspire le nôtre et nous permet de maîtriser les notions riches, complexes et controversées de propriété et de possession dans un contexte d’appétence croissante pour le foncier, elle nous conduit cependant à des réévaluations. Le propos de l’auteur est de suggérer que la situation du droit et de l’arpentage dans les terres conquises par Rome était plus proche d’une situation asiatique ou africaine que d’une situation occidentale. On découvre, et cela ouvre la réflexion, la similitude des faits et des règlements propres au colonialisme récent avec ceux pratiqués aux temps de la colonisation romaine. A savoir l’immixtion de colons attributaires ou acquéreurs de foncier, la coexistence paisible ou conflictuelle des colons et des indigènes, le fait de règles et de coutumes y compris d’ordre religieux propres à chacun, la compétence d’institutions spécifiques et différentes pour ce qui est du règlement des litiges, les principes afférents aux démembrements du droit de propriété et aux droits délégués.

La seconde partie étudie le rôle des arpenteurs, lesquels définissent la structure géométrique des centuriations, assurent la délimitation des parcelles et la matérialisation de leurs limites, établissent les plans, concourent au recensement fiscal des biens ; c’est dire leur importance en qualité de délégataires de la puissance publique. On a recueilli aujourd’hui un corpus de textes romains, à caractère réglementaire et technique- dont la réécriture actuelle occupe quatre cents pages imprimées- régissant l’activité et les pratiques des agrimensores. Nous apprenons qu’existent différentes classes d’arpenteurs, soit militaires, soit fonctionnaires -impériaux ou régionaux- soit privés. Des textes détaillés définissent leur rôle et leur pouvoir, les cas où le géomètre est l’expert auxiliaire du juge et ceux où il est lui-même juge agraire en quelque sorte de droit divin, pour les cas dits à l’époque, de "controverses agraires ". Des instructions à caractère technique établissent les modes opératoires dont découlent des plans cadastraux homogènes quant aux échelles, aux orientations, aux contenus (nous dirions " normalisés "), sur l’ensemble de l’Empire. On connaît le débat philosophique sur les frontières, lequel s’avère pertinent à l’échelle de la parcelle. La limite, authentifiée par le géomètre, permet à chacun de regarder l’autre en toute quiétude, fort de l’exercice, en son lieu de vie, de sa liberté dans la sécurité et la dignité, Terres et droits sont sans doute au cœur de la Pax romana.

Jacques GASTALDI

 

RUELLAN (Alain) : " Des sols et des hommes. Un lien menacé " Préface Bruno Latour, IRD éditions, Marseille, 2010, 105 pages illustrées

Alain Ruellan a acquis une connaissance mondiale des sols en tant que pédologue ORSTOM, devenu IRD, dont il fut directeur général avant d’être Président de l’Association Internationale de la Science du Sol. Il a soutenu la gageure de présenter en une centaine de pages magnifiquement illustrées la diversité des sols en relation avec les hommes. Cet ouvrage de vulgarisation intéresse bien sûr les pédologues, agronomes, géographes, physiciens ; il s’adresse tout autant à " l’honnête homme " qui trop souvent côtoie les sols sans les voir ni songer aux problèmes qui se posent de plus en plus à leur sujet.

Certains ne remarquent les sols que lorsqu’ils sont gravement atteints : ravines d’érosion (lavakas), entailles d’érosion (bad-lands) ou travaux publics. Le sol est un " épiderme vivant " de la terre à " l’interface fragile " de la lithosphère, de l’atmosphère, de l’hydrosphère et de la biosphère, qu’il s’agisse de la flore ou de la faune, notamment la microfaune. Milieux dynamiques, les sols sont très diversifiés selon les climats, les roches, les reliefs, le temps. Les sols qui abritent une grande partie de la biodiversité, sont à la source des productions végétales nourrissant l’homme et l’animal, fournissant des matériaux (bois, textiles), des minerais (bauxite) ou des biocarburants … ; stockant du carbone, ils participent à la régulation de l’effet de serre. Alors que les sols et leurs fonctions ont pour le moins 450 millions d’années d’histoire, depuis quelques dix mille ans, les hommes défrichent, coupent, brûlent, labourent … Aujourd’hui, la destruction des sols va plus vite que leur construction, la couleur des surfaces labourées n’est pas uniforme … On voit apparaître une " lèpre blanche " révélant le travail sournois de l’érosion. Des aménagements ne tenant pas compte des diversités pédologiques, comme on le voit à Rio de Janeiro, provoquent de fortes déstabilisations des versants : ruissellements, érosion, glissements de terrain, inondations, " coulées de boue ". En France même, l’INRA estime la vitesse moyenne de formation des sols de 0,1 à 0,02 mm/an, l’érosion moyenne étant d’1 mm/an. 60 000 ha disparaissent chaque année sous le béton ; aujourd’hui, 9% de la France est ainsi artificialisée, bétonnée. Or ce sont souvent les meilleurs sols agricoles (cf. Roissy, Saclay …) ainsi que les sols dont on a le plus besoin pour gérer les eaux, les déchets et l’atmosphère qui subissent ce triste sort. Les sols sont de plus en plus pollués par l’abus d’engrais, de lisiers, de pesticides sans oublier les métaux lourds (Cu, Pb, Cd …) apportés par les gaz polluants des industries, des véhicules … Des irrigations mal conduites entraînent le compactage des sols, leur salinisation. En Amazonie, le remplacement de la forêt par une agriculture inadaptée se traduit par un appauvrissement considérable des sols. On voit apparaître des " réfugiés pédologiques " qui doivent abandonner leurs terres.

L’homme doit apprendre à mieux utiliser les sols. En 2050, il faudra pouvoir nourrir 9 milliards d’humains, assurer à tous un accès à une eau douce non polluée. Le cycle de l’eau tend à se raccourcir lorsque l’on diminue le pouvoir filtrant et épurateur des sols. Il faudra également pouvoir fournir à chacun l’énergie dont il a besoin : d’abord en l’économisant, en étant prudent sur les agrocarburants, en veillant aux changements climatiques, en gérant correctement les déchets … Il importe de bien connaître les sols : les plans d’occupation des sols doivent être réalisés en fonction des réalités pédologiques. Veillons à améliorer le fonctionnement des sols utilisés (cf. agroforesterie), la circulation et le filtrage de l’eau, le stockage du carbone, à quantifier les qualités et les défauts des sols. La destruction d’un sol qui a demandé des milliers d’années à se constituer est irréversible ; la valeur d’un sol ne correspond pas à son estimation vénale. Le propriétaire d’une terre ne peut avoir tous les droits concernant l’utilisation de " ses sols " ; lois et plans doivent protéger les meilleurs sols agricoles. Le sol ne peut s’adapter aux hommes qui eux, en revanche, doivent chercher à s’adapter aux diversités pédologiques. La Terre est connue … Le sol doit l’être.

Ainsi, dans cet ouvrage " admirablement illustré ", comme le souligne le préfacier B. Latour, A. Ruellan veut attirer l’attention du grand public sur la valeur des sols, sur leur intérêt, sur les problèmes récents qui leur sont liés. Il le fait dans un langage clair et simple. Un court glossaire permet d’expliciter quelques termes spécifiques, tandis qu’une orientation bibliographique est destinée au lecteur qui souhaite des compléments d’information.

Yves BOULVERT

 

VARLET (Jean) et ZEMBRI (Pierre) : " Atlas des transports " Paris, Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2010, 17 x 24,5 cm, 79 pages, 17 €

Les transports constituent un challenge extraordinaire dans une société mondialisée. Le sujet abordé dans cet atlas pouvait laisser espérer une avalanche d'informations cruciales et impartiales sur les besoins de la société et sur les modes de transports existants dans le monde. Les auteurs l'ont structuré en quatre parties relatives aux besoins, aux logiques épousées par les opérateurs de réseaux, aux dysfonctionnements, tensions et excès et aux réponses politiques. Et un CD-Rom est inséré dans l'atlas.

On saura gré aux auteurs d'avoir fourni un glossaire de termes usités dans ce domaine, une belle bibliographie d'ouvrages généraux d'auteurs français, une filmographie et une sitographie... où malheureusement les géographes français versés dans le domaine des transports brillent par leur absence. Il convient aussi de regretter que certains paragraphes soient trop concis notamment ceux qui abordent les modes de transports et leurs performances. D'autres déséquilibres apparaissent dans cet ouvrage : des séries d'images négatives mettent en accusation tantôt les besoins, tantôt les transporteurs. Les auteurs dénoncent les abus de transport, le bruit, les atteintes aux paysages, l'enclavement et les réseaux entravés par des aléas naturels ou par des dysfonctionnements d'origine humaine. Par cette posture vis-à-vis de phénomènes universellement connus, quelles craintes cherchent-ils à communiquer ? à la manière de la parabole de la peur du chemin de fer et de l'impact négatif de cette peur sur le développement ?

Le lecteur fatigué par l'entrelacement des affirmations, appréciera l'avant-dernier paragraphe qui est intitulé " des scénarios pour le futur ". Il s'agit ni plus ni moins d'une prospective pour l'an de grâce 2050. Ici les auteurs méritent des éloges pour leur habileté : ils proposent rien moins que quatre scénarios ! Statistiquement, jouer tous les chevaux assure 100% de réussite.

Gérard JOLY

 

BODLORE-PENLAEZ (Mikael) sous la dir. de : " Atlas des Nations sans État en Europe " Éditions Yoran Embanner, 2011, 160 pages, 25 €

Un atlas particulier qui distingue des nations sans État, les peuples nomades, les minorités nationales, les peuples autochtones et les peuples à forte identité, tout en s'évertuant à comprendre leur raison d'être. Comprendre leurs revendications, leurs conflits, les cadres législatifs dont ils dépendent, les foyers linguistiques qu'ils représentent, éventuellement leur dialecte, la pratique du bilinguisme, les principaux groupes politiques qui les composent. Les revendications linguistiques sont une constante dans toute l'Europe.

L'ouvrage est original et il offre un tour d'horizon des peuples en quête de reconnaissance que l'on désigne comme étant des nations sans État. Les minorités européennes anciennes, les plus emblématiques sont présentées avec des cartes de répartition très précises pour bien localiser leurs aires d'influence. Certaines de ces minorités sont parvenues à constituer de nouveaux États quand l'idéologie communiste a enfin cessé de terroriser les peuples, tout au moins en Europe.

Gérard JOLY

 

POURTIER (Roland) : " Afriques noires " 2010, 2ème édition revue et augmentée (1ère éd. 2001), Carré-Géographie, Hachette supérieur, 286 pages

Dans cet ouvrage d’apparence modeste, Roland Pourtier, professeur émérite de l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, présente une somme dense sur – non pas l’Afrique noire au sud du Sahara – mais les Afriques noires en raison de la diversité de ce puzzle de 48 états constituant " l’Afrique subsaharienne ". L’empathie de l’auteur avec l’Afrique où il a vécu et enseigné, est évidente. Il a divisé son ouvrage en huit grands chapitres. Pour lui, " l’afro-pessimisme " de la fin du XXème siècle est dépassé. " La mondialisation en cours accélère des mutations dont on a du mal à mesurer l’ampleur ". La population notamment a connu " une croissance sans précédent " passant de 100 millions d’habitants en 1900 à 860 millions en 2010 ! Les taux de natalité y sont les plus élevés au monde et la population y est la plus jeune : 45 % ont moins de 15 ans et 3% plus de 65 ans ! Les différences de densité peuvent varier de près de 300 habitants / km² au Rwanda ou au Burundi, à 5 au Gabon ou en Centrafrique !

Contrairement à la tendance actuelle, R. Pourtier n’occulte pas les contraintes du milieu naturel. Certaines de ses cartes sont très parlantes telle celle de l’hydrographie : absence d’écoulement ou chevelu hydrographique dense, ou celle de l’altimétrie : " Afrique haute " et " Afrique basse ". Même si beaucoup " d’opérations de développement " n’intégrant guère les souhaits des populations ont échoué, les terroirs africains se saturent ; les " espaces-tampons " ou " marges de sécurité " disparaissent. Les recherches actuelles en agroforesterie visent " le passage à l’agriculture fixe ". Plus que les voies ferrées, les routes bitumées se sont développées au moins en Afrique occidentale tandis que " la cuvette congolaise tend à devenir un trou noir des communications ". Des ethnies disparaissent et pas seulement du vocabulaire ! Pour décrire " la révolution urbaine " trop rapide, trop brutale, R. Pourtier utilise des termes imagés : " capitales de la douleur " … " espaces ingérables et dangereux, criminogènes … " ; " l’argent du village pèse peu en comparaison de celui de la ville, le seul susceptible d’ouvrir les portes de la fortune … ou de l’infortune car le tri est sévère … Ville, voiture et vidéo, les trois V au travers desquels la ville se met en images ". Les villes africaines se sont révélé de véritables laboratoires où s’expérimentent des formes d’activité non classiques : débrouille, secteur informel, " économie souterraine ".

Depuis 1960, la part de l’Afrique dans la production industrielle mondiale n’a cessé de diminuer : ce fut l’ère des " éléphants blancs ", " des cathédrales dans le désert ". A côté des trésors d’inventivité et de bricolage, on a vu combien de dirigeants, de ministres et de chefs d’état puiser directement dans le Trésor public ! A défaut de collecte d’ordures, " rien ne remplace les chèvres pour recycler papiers et cartons " mais la pollution des sacs en plastique n’est pas seulement visuelle. Les eaux usées représentent un risque permanent pour la santé des citadins. Jadis pourvoyeuse d’hommes, l’Afrique est aujourd’hui pourvoyeuse de matières premières. L’argent du pétrole est un pilier de la corruption. En outre, les intérêts pétroliers ne sont jamais loin des conflits violents. La mondialisation s’accentue. Il y aurait déjà plus de 750 000 Chinois en Afrique contre 230 000 Africains en Chine. " Selon l’INSEE, le nombre d’immigrés originaires d’Afrique subsaharienne résidant en France est passé de 20 000 en 1962 à 570 000 en 2005 ". Cette progression spectaculaire ne représente que la migration légale. La fuite des cerveaux existe bel et bien. Dans sa conclusion, l’auteur souligne : " Les apports de l’Afrique au patrimoine humain révèlent une richesse bien supérieure à sa participation à l’économie mondiale ".

Outre une orientation bibliographique fournie, cet ouvrage est accompagné de documents : extraits de textes à intérêt pédagogique. Les cartes sont en général parlantes mis à part quelques contrastes de teintes parfois peu perceptibles ; de même quelques sigles peuvent paraître ésotériques au commun des mortels. C’est peu de choses devant la richesse de cet ouvrage.

Yves BOULVERT

 

BORIS (Jean-Pierre) : " Main basse sur le riz " 2010, Paris, Fayard, 220 pages

Il s’agit d’un texte fourni, documenté et riche d’informations dont le thème central est le riz et dont l’objet est, en rappelant qu’un être humain sur deux s’en nourrit, de présenter les conséquences de ce fait. L’auteur élabore ici un traité d’économie portant sur cet aliment de base ; il décrit les pratiques agricoles, les modalités de stockage et de transport, l’évolution des marchés dans un contexte d’échanges à l’échelle du monde avec les actions commerciales et spéculatives qui s’y rapportent. L’analyse a, de ce fait, une dimension géographique. Les formes de production, les propriétés de chaque variété, les structures d’exportation et d’importation ont chacune des particularités régionales. Ainsi, l’auteur s’applique- t’il à une identification par Pays ou par groupes de ceux-ci des comportements en ces domaines. Outre ces spécificités qui appellent une approche de tels facteurs au cas par cas, on découvre aussi certaines attitudes, par exemple d’ordre politique, telles des promesses solennelles et populaires d’autosuffisance. Et aussi des dissimulations spéculatives et des compromissions au service d’intérêts inavoués.

En bref, l’ouvrage offre une description approfondie des mécanismes tant publics que d’autres plus discrets dont le résultat positif est que, à part certaines périodes de crise (en 2008 par exemple), l’Humanité, quel que soit le pouvoir d’achat de ses populations, généralement très bas, trouve, s’agissant du riz, sa subsistance. Un des aspects les moins connus du public réside dans la dépendance, organisée ou non, de l’approvisionnement, dans un commerce mondial, aux capacités de transport, résultat d’une organisation multiforme, actrice d’une spéculation permanente et invisible.Pour concrétiser à nos yeux les aspects caractérisant les mécanismes d’offre de la céréale, l’auteur nous ouvre des scènes régionales et locales. On y vit des faits quotidiens, reposant sur des personnages à la fois établis et enveloppés de mystère quant à leurs pratiques. Le lecteur se retrouve ainsi à Port au Prince à Bangkok, à l’Office du Niger, aux Philippines, et autres lieux que le public occidental n’imagine pas sous cet angle. Il y découvre l’action de grandes firmes spécialisées dans le négoce et la distribution, expertes en la maîtrise des flux et ne reculant pas devant l’hypothèse d’organiser une rareté artificielle de la denrée.

Au passage, l’auteur fustige les idéologies qui ont conduit à un désintérêt pour le monde agricole, ses investissements, ses équipements et sa capacité de production, sur la base d’un raisonnement constatant et accompagnant le développement urbain. Le thème de la corruption n’est pas occulté, vecteur de situations lucratives sous un consensus hypocrite. La toile de fond est celle d’un reportage centré sur une denrée certes présente en tous lieux de la planète, traité en termes d’économie, de marchés, d’analyse de l’offre et de la demande et de réponse à un immense besoin alimentaire. Les investigations et l’analyse auxquelles se livre l’auteur démontrent comment s’établit la maîtrise du marché par des voies expertes, discrètes et passablement cyniques. Ce qu’exprime le titre même de l’ouvrage.

Jacques GASTALDI

 

PONS (Anne) : " Lapérouse " Folio Biographies, Gallimard, Paris, 2010, 302 pages, 18 illustr.

Journaliste-écrivain, Anne Pons propose une nouvelle biographie de Lapérouse dont la tragique disparition dans une tempête en 1788 à Vanikoro suscite toujours recherches et interrogations. On sait que jeune officier de marine, Jean-François de Galaup de Lapérouse (qu’il écrivait La Pérouse) se distingua par un raid audacieux dans la baie d’Hudson en 1782, lors de la guerre d’Indépendance américaine. Il fut retenu par Louis XVI pour prendre la tête d’une grande expédition de circumnavigation scientifico-commerciale. Les instructions détaillées du monarque " révèlent un savoir surprenant de la part d’un roi si souvent rabaissé et réduit au rôle de lourdaud. Que n’a-t-il exercé pareille autorité dans les autres domaines … ! ". Après l’île de Pâques et le drame de la baie de Lituya, en Alaska où, le 13 juillet 1786, vingt et un officiers et marins, culbutés par la barre, périssent, on peut se demander pourquoi Lapérouse n’a pas prolongé sa route vers le Japon en longeant les îles Aléoutiennes plutôt que de traverser le Pacifique afin de livrer des peaux de loutre à Macao, enclave portugaise aux portes de la Chine méridionale. Déjà, " les savants pestent contre la rareté des escales (il y en aura treize en tout) " ; cette différence de préoccupations entre marins et savants est un problème récurrent à cette époque (cf. Nicolas Baudin, 1800-1803). Anne Pons s’émerveille : " Admirons ces explorateurs qui lancent sur son aire l’anthropologie moderne ". On sent qu’elle s’intéresse plus aux hommes et aux sciences humaines qu’aux connaissances acquises par les Scientifiques (dont il est vrai la plus grande partie sera perdue dans le naufrage) ou aux voies nouvelles ouvertes par l’exploration, ne donnant guère d’indications de localisation sur les îles encore inconnues des Occidentaux, telle " l’île Quelpaert ou Tsé-Tsiou " (cf. l’île sud-coréenne de Cheju, 33°30’N – 126°30’E) … Début juillet, Lapérousedécouvre un détroit entre Sakhaline et Hokkaido ", il sera baptisé " détroit de Lapérouse (débaptisé Soya Strait par nos amis anglais ) " !

L’expédition longe bientôt les montagnes du Kamtchatka. Selon Lapérouse, " toute cette côte paraissait hideuse, avec … ces masses énormes de rochers que la neige couvrait encore ". Nous sommes bien au XVIIIe siècle, lorsque les montagnes étaient un spectacle d’horreur ! ". A Petropavlosk, l’accueil russe est courtois mais pour Lapérouse, " les danses kamtschadales évoquent les convulsionnaires des tombeaux de Saint Médard " ; quant aux femmes, " elles exhalent une odeur d’huile et de poisson ". L’expédition y reçoit du courrier de France et Lapérouse y répond en renvoyant par " un voyage terrestre épuisant mais qui le sauva du sort tragique de l’expédition ", le jeune Barthélémy de Lesseps ; fils du consul de France à Saint-Pétersbourg, qui avait été engagé comme interprète de russe et oncle de Ferdinand de Lesseps !

Le 29 septembre 1787, Lapérouse repart pour une traversée nord-sud cette fois du Pacifique, avec des navires fatigués et peu de vivres. Cook avait prévenu du danger : " s’y trouvent des rochers de corail … d’une profondeur qu’on ne peut mesurer et qui sont toujours couverts à marée haute … ".

La route est longue. Lapérouse écrit : " Nous murmurions de la fatalité qui nous avait fait parcourir … une longue ligne sans faire la plus petite découverte ", et plus loin : " Les philosophes font leurs livres au coin du feu et je voyage depuis trente ans : je suis témoin de l’injustice et de la fourberie de ces peuples ". Le 10 décembre 1787, c’est le drame à l’escale de ravitaillement de Tutuila (une des îles Samoa) : son adjoint le breton P.A. Fleuriot de Langle, commandant l’Astrolabe, est massacré " à coups de massue et de pierres " avec deux de ses compagnons. Le 27 décembre 1787, ils découvrent l’île de Vavao (ou Vava’u) au nord des Tonga avant de mouiller fin janvier 1788 à Botany Bay envahi par la flotte anglaise d’A. Philipp qui vient y débarquer huit cents convicts pour fonder la colonie australienne. La dernière lettre de Lapérouse à un ami est douloureuse : " Dis à ma femme qu’elle me prendra à mon retour pour mon grand-père … Je n’ai plus ni dents ni cheveux ... ". Il n’a pas 47 ans ! Le 15 mars 1788, " les frégates mettent à la voile " ; personne ne devait les revoir. L’ouvrage pourrait s’arrêter là mais justement aujourd’hui encore le mystère Lapérouse continue à passionner. En février 1791, l’Assemblée Nationale vote des crédits pour envoyer une expédition de secours commandée par Joseph-Antoine Bruny d’Entrecasteaux, qui, après la Tasmanie, longe la côte occidentale de Nouvelle-Calédonie cartographiée pour la première fois par l’hydrographe Beautemps-Beaupré. Plus au nord, " au sud-ouest de l’archipel de Santa Cruz (îles Salomon), d’Entrecasteaux arrive en vue de l’île de la Recherche ". Comme le relève Anne Pons : " Ironie du sort, il ignore qu’il n’est pas à plus de dix lieues de Malicolo (actuel Vanikoro), lieu de la tragédie. Or nous savons qu’en 1791, vivaient encore à Vanikoro deux hommes de l’équipage de l’Astrolabe … ". Ils étaient à deux doigts de les retrouver.

Il faudra attendre 1827 pour que le capitaine irlandais Peter Dillon suivi du Français Jules Dumont D’Urville, découvrent les restes du naufrage. Depuis 2005, les recherches menées par l’association Salomon avec les moyens de la marine nationale ont apporté de notables précisions (dont un squelette) sur cette tragédie. Avant les repères chronologiques et les nombreuses références bibliographiques, Anne Pons conclut ainsi son ouvrage : " Que la gloire et l’infortune fussent indissociables, la vie de Jean-François de Galaup de Lapérouse en est l’exemple le plus accompli ".

Yves BOULVERT

 

CHARVET (Jean-Paul) : " Atlas de l'agriculture. Comment pourra-t-on nourrir le monde en 2050 ? " Editions Autrement 2010

Dans la droite ligne des Atlas des éditions Autrement, Jean-Paul CHARVET, Professeur émérite en Géographie, s’attache à un vaste débat à propos de l’alimentation des hommes sur la planète en 2050.

Le sujet est ambitieux mais ne manque pas d’intéresser tout autant le lectorat universitaire que les organismes qui travaillent sur les défis alimentaires. En cela, cet Atlas permet de cerner les questions cruciales, à l’origine de déséquilibres entre production agricole et besoins alimentaires mondiaux. Fidèle aux principes de présentation de cette collection " Atlas/monde ", l’ouvrage présente un ensemble iconographique riche et actualisé : cartes, graphiques, croquis viennent soutenir les textes et donnent, une vision claire et précise du sujet. L’auteur, spécialiste des questions agricoles et, plus largement, rurales, aborde d’abord les grands fléaux contemporains de déficits et d’excédents mal gérés pour les productions céréalière et laitière, bases d’alimentation mondiale. Il confirme, par quelques clés bien définies, les grands principes qui commandent les marchés mondiaux, tant en ce qui concerne les quantités, avec les fluctuations spatiales et temporelles, que la course à la qualité, sous-tendue par les préoccupations sanitaires. Ainsi les bases de la question, bien connues, ne serait-ce que par les nombreux ouvrages géographiques ou non qui lui sont consacrés, sont-elles ici éclairées de manière pédagogique et actualisée. Jean-Paul Charvet n’hésite pas à choisir des sujets qui fâchent pour étayer la réflexion et, notamment, la sous-nutrition et la faim de terre dans certaines régions du monde, les OGM, le productivisme et ses impacts environnementaux, les pratiques bio et durables, et la sécurité alimentaire. Les grandes puissances agricoles mondiales sont traitées à travers leurs stratégies (Etats-Unis, Europe) au regard des pays en voie de développement, densément peuplés mais insuffisamment mis en valeur (en Afrique, en Asie). Le tout est bien articulé et le lecteur peut aisément utiliser les chapitres comme des fiches documentaires, ce qui est facilité par la mise en page de cette collection d’Atlas mais aussi grandement servi par le parcours adopté par l’auteur.

Parmi les ouvrages consacrés à la question " nourrir les hommes ", au programme des concours durant plusieurs années, mais aussi au menu des principales instances internationales (FAO en particulier), cet Atlas de l’Agriculture devrait figurer en bonne place.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

LEPESANT (Gilles) : " Géographie économique de l’Europe centrale " Édition Les presses de Sciences Po, 2010

Un format de poche, facile à manier, pour cet ouvrage de 350 pages, dédié à un ensemble géographique, européen. Vingt années après la sortie du bloc de l’Est et de l’économie socialiste collectiviste, cet éclairage sur l’Europe centrale confère au sujet une dimension toute particulière de l’évolution contemporaine de ces pays.

L’auteur, Gilles Lepesant, est géographe, chargé de recherches au CNRS et enseignant à Sciences Pô. Il signe cette géographie d’Europe centrale comme une analyse à destination d’un public étudiant et plus généralement universitaire. Une large partie de l’ouvrage s’articule autour des politiques de l’UE, de l’intégration de nouveaux membres, et des modalités macro-économiques et institutionnelles des programmes européens. Après avoir évoqué les diverses étapes de l’Histoire politico-économique des pays de l’Europe centrale, " démocraties populaires " du temps de l’URSS, l’auteur passe en revue les épisodes de modernisations avortées qui ont marqué cette partie de l’Europe jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Les chapitres suivants prennent un autre rythme, décisif, traitant de l’intégration paneuropéenne par les réseaux parmi lesquels les axes énergétiques – enrichis par une approche régionale de la question des échanges – reste un temps fort de l’ouvrage. Les relations de voisinage entre les pays de l’Est européen, la Russie et les autres pays producteurs sont mis en évidence à travers les projets d’approvisionnement en hydrocarbures. Les recompositions territoriales entre Europe de l’Est et Russie sont abordées sous l’angle des nouvelles fonctionnalités de l’espace russe, y compris de ses façades maritimes, ainsi qu’avec l’Asie pacifique. Cet éclairage sur le voisinage oriental de l’Europe donne une dimension planétaire aux évolutions successives de l’espace centre-européen. C’est là un des axes forts de l’ouvrage, vu sous l’angle des défis économiques entre l’Est et l’Ouest et de la réorientation des courants d’échanges.

D’autres volets viennent ensuite illustrer les liens économiques de l’UE dans l’intégration de ces Etats nouveaux adhérents et les stratégies de réorientation de l’Europe centrale vers l’Europe occidentale. L’auteur aborde alors un débat de fond sur les valeurs émergentes avec, notamment, une évaluation des dynamiques territoriales et des disparités spatiales. Il met l’accent sur les forts écarts enregistrés entre les pays industrialisés, mais où la part de l’innovation reste encore faible, malgré l’apport de capitaux étrangers et les joint-ventures. Les termes de délocalisation, et de " clusters " (spécialisation industrielle dans une région donnée), y sont particulièrement décrits comme autant de clés pour comprendre l’évolution économique de ces Etats. Avec cette " Géographie économique de l’Europe centrale ", Gilles Lepesant apporte une contribution notable à la connaissance de ces pays longtemps prisonniers d’une idéologie et de pratiques économiques sclérosées, qui ont pris un virage brutal vers l’économie de marché. Une bibliographie abondante vient clôturer l’ouvrage. En revanche, on cherche les illustrations cartographiques : elles se résument à 3 cartes, non référencées et de qualité de reproduction très médiocre, et à quelques diagrammes en barres, tous de même type.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

PAUMIER (Jean-Yves) : " La Bretagne pour les nuls " First éditions, 2011

Une collection très grand public pour un ouvrage de géographe, voilà un challenge éditorial à découvrir à travers " La Bretagne pour les nuls ". En un gros volume de 500 pages, illustré de photographies couleur, de cartes, de tableaux et alimenté d’anecdotes et de clins d’œil bien choisis, l’auteur, Jean-Yves Paumier, géographe, nous offre un curieux mélange de genres. Le " Nul " qui parcourt les pages et découvre les mille et une facettes de l’Armorique, est pris d’une curiosité heureuse à la lecture de chapitres savoureux : après un parcours historique de la Bretagne, et des petites histoires du découpage administratif, il va entrer dans le cœur du sujet et apprendre, pour commencer, les " signes de reconnaissance " de ce que l’auteur appelle la race bretonne, alimentant le sujet par quelques références sur le manger et le boire breton. La deuxième partie de l’ouvrage traite de chacun des sous-ensembles régionaux avec leurs particularismes bien individualisés et leurs caractères géographiques où la mer et le littoral occupent une place royale.

Certes, le titre peut créer quelque ambiguïté quant à la valeur du contenu et peut entacher la crédibilité des propos ; c’est bien là le défi engagé par Jean-Yves Paumier, qui ne sombre pas dans la facilité ou les lieux communs. Ce qui donne tout son intérêt à un tel ouvrage reste la dimension géographique, clairement affichée et respectée, quoique sur un registre éditorial particulier. La collection " pour les Nuls " impose une organisation entre les chapitres, les encadrés, les effets de mise en page propices à capter le lecteur " à la carte ". Cela peut entraîner au pire, mais aussi – c’est le cas ici - au meilleur et c’est sans doute ce qui assure à cet ouvrage un sens de la mesure, le mettant en bonne place grâce au savoir-faire de l’auteur qui a su équilibrer les thèmes, jouer des anecdotes et des curiosités avec talent. Entre l’Ode au cochon, les crêpes et les galettes, les particularismes linguistiques de la " bretonnitude " et la Breizh Touch, le lecteur se trouve plongé dans un univers éclectique où tout prend un sens, y compris lorsque, dans les derniers chapitres, l’auteur révèle le " who’s who " des Bretons people. On ne s’ennuie pas à la lecture de ce traité initiatique. La coloration géographique reste toujours affirmée, pertinente et attachante jamais ennuyeuse.

Jean-Yves Paumier n’est pas un inconnu pour la Société de Géographie. Il est l’auteur de " Jules Verne, voyageur extraordinaire ", publié en 2005 dans la collection " Albums de la Société de Géographie " aux éditions Glénat. Avec cette nouvelle publication, sur un autre registre, il met la géographie à la portée de tous. Reste que la collection " pour les Nuls " n’engendre pas une adhésion unanime. Laissons au lecteur le soin de porter ses propres critiques et gageons que la Bretagne livrera ainsi d’autres pans de connaissance : le Breton lui-même risque d’être surpris.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

TERTRAIS (Bruno) : " Atlas mondial du nucléaire " Édition Autrement 2011

Arrivant à point nommé dans un climat énergétique mondial sous tension, après la catastrophe nucléaire de Fukushima, cet Atlas mondial du nucléaire suscitera, de toutes façons, l’intérêt d’un large public.

L’auteur, Bruno TERTRAIS, est politologue et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Son approche est, à la fois, celle de la géopolitique, celle des technologies du nucléaire civil et militaire et celle des enjeux énergétiques mondiaux. Tout débute par le volet technologique, reposant sur la spatialisation des activités d’enrichissement de l’uranium, de retraitement du combustible, les déchets, les armes nucléaires, et les usages militaires de l’atome ainsi que sur une préoccupation de plus en plus vive : la sécurité et la sûreté nucléaires, cartes à l’appui. Très bien illustré de croquis, ce volet difficile devient accessible à tous. L’approche géopolitique est un autre temps fort de cet atlas. L’auteur a su choisir les situations les plus représentatives : la guerre froide et ses héritages en Europe, la montée en puissance du nucléaire et les risques dans certains Etats " fragiles " tels que le Pakistan, l’Iran, la Corée du Nord, comme autant de débats sur les perspectives, tant du côté des usages civils que militaires, du nucléaire.

Peut-être manque-t-il un chapitre sur les industries du nucléaire, les grands lobbys, les stratégies politiques des principaux Etats producteurs d’électricité d’origine nucléaire et la part de celle-ci dans la production énergétique mondiale. L’organisation éditoriale des Atlas " Autrement " est confirmée par l’articulation de textes, croquis, cartes, tableaux statistiques commentés et reste très pédagogique, comme le veut cette collection. Un bon ouvrage de travail et une excellente base documentaire accessible à tous. A recommander, donc, pour compléter la connaissance de la question du nucléaire dans le monde.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

BARON-YELLÈS (Nacima) : " L'Espagne aujourd'hui. De la prospérité à la crise " Éditions De Boeck, 2010, 168 pages, 12 €

L'ouvrage propose une analyse approfondie à l'articulation de deux évolutions de l'État espagnol. L'une identifie la prospérité : c'est le bond prodigieux qui résulte de quinze années de croissance. L'autre est associée à la crise : elle correspond aux ruptures économiques récentes, mais néanmoins très profondes, avec leurs répercussions tant sociales que politiques. Nous avons donc assisté à un miracle " en trompe-l'œil " ainsi que nous le démontre méthodiquement Nacima Baron-Yellès. Dans cet ouvrage, elle décrypte les facteurs de cette croissance, l'entrée de l'Espagne dans la Communauté, dans la zone euro, plus précisément aux réformes structurelles qui lui ont été imposées par l'Union européenne. Cela eut pour conséquence une forte stimulation des investissements étrangers, avec des taux d'intérêt très bas qui ont boosté l'activité des entreprises et qui ont aussi encouragé les Espagnols à consommer à crédit. A ceci s'ajoute un phénomène social, l'assainissement les comptes publics après la régularisation massive des clandestins. Dans un contexte où l'optimisme était général, l'économie spéculative de l'immobilier espagnol a conduit à construire beaucoup, même beaucoup plus que la demande. L'épargne des ménages se focalisa sur la construction. Les actifs immobiliers furent largement surévalués, entraînant la banqueroute des promoteurs ayant acquis des terrains à bâtir, ayant des chantiers en cours et possédant un stock d'immeubles à vendre. L'éclatement de la bulle immobilière en 2007 touche par contre-coup l'ensemble des secteurs d'activité. Ce choc économique provoque une hausse durable du chômage que l'État ne peut résorber par manque de moyens. Il ne peut déployer que des financements à court terme pour soutenir la consommation et créer quelques emplois.

Nacima Baron constate que le pays retrouve ses divisions. Les gouvernements régionaux multiplient les demandes de reconnaissance politique et de moyens financiers, au risque d'ébranler le système politique et institutionnel. Alors que des réformes d’ajustement économique et budgétaire s'annoncent nécessaires quant aux salaires des fonctionnaires et aux retraites, les anciennes fractures idéologiques réapparaissent. Et des signes d'une tension se manifestent quand la Catalogne affirme sa volonté de s'isoler et de se tenir à l'écart des affaires espagnoles. Pourtant, le développement des places aéroportuaires et la révolution apportée par les trains à grande vitesse favorisent une logique de réseau de territoire et constituent aussi des atouts pour les entreprises qui doivent s'internationaliser.

Cet ouvrage est le fruit d'un travail considérable sur la prospective et la gestion des territoires. Il contient aussi un tableau chronologique des événements de nature politique et de nature économique et sociale des 150 dernières années. On y trouve enfin un glossaire bien utile avec les termes hispaniques les plus courants.

Gérard JOLY

 

LINEL (Benoît) : " Les Haxo " Editions les Galops de la Nuit, 23 rue Richelieu, Brest, 2010, 170 pages.

Au travers de cet essai biographique, qui s'appuie sur une riche documentation, Benoît Linel nous fait part de sa passion pour deux personnalités bien mal connues aujourd'hui : Nicolas-Benoît et François-Nicolas-Benoît Haxo, le second étant le neveu du premier, sont originaires de la Lorraine orientale, celle qui court le long de la Meurthe et qui a constitué, à travers l'histoire, une voie d'échanges et d'invasions. Ces deux membres d'une ancienne famille de juristes partagent le point commun d'être aussi généraux promus en servant la France révolutionnaire, le régime napoléonien et la Restauration. Nicolas-Benoît, né en 1749 à Estival, pourchasse le contre-révolutionnaire de Charrette en menant les colonnes infernales en Vendée. Il y perd la vie en 1794. François-Nicolas-Benoît est né en 1774 à Lunéville. L'auteur le considère comme le " Vauban du XIXe siècle ". Sorti de l'Ecole d'artillerie de Châlons en 1793, il participe lui aussi aux campagnes de la Révolution et de l'Empire. Il se fait connaître, entre autres, pour son projet de fortification à la Rocca d'Anfo sur la route de Trente à Brescia afin de contrer les Autrichiens. Son travail dénote un sens du terrain et de la géographie. Il achève sa carrière militaire sous la Restauration comme inspecteur général du Corps royal du génie. Il entretient également sa passion pour la géographie en collectionnant des cartes, des plans et des atlas. Il est d'ailleurs l'un des premiers membres de la Société de géographie, créée en 1821, et en préside quelque temps la commission centrale. Dans un style agréable à lire, Benoît Linel nous fait ainsi découvrir ainsi deux personnalités lorraines qui ont marqué leur époque.

Philippe BOULANGER

MORICEAU (Jean-Marc) et MADELINE (Philippe) (sous la dir.) : " Repenser le sauvage grâce au retour du loup ", Presses universitaires de Caen, 2010

Cet ouvrage, de deux cent cinquante pages, illustré de dessins, de cartes et de photographies en couleurs est complété de tableaux et de diagrammes éclairant des rubriques sous leurs angles géographique et historique. Ce document contient, sous la plume de quatorze auteurs, des textes thématiques de nature historique, ethno-éthologique et aussi politique au sens où le loup - et autres espèces sauvages - s'inscrit dans le débat sur le thème des " utiles " et des " nuisibles ". Les témoignages du passé (16e à 18e siècles) sur les méfaits du loup anthropophage ou porteur de la rage justifient la terreur populaire à l'égard de cet animal. La chasse, le braconnage et la déforestation, aidées par l'octroi de primes pour la destruction du loup ont concouru à la disparition de l'espèce en France. Cependant, le loup, réapparu ici en 1992, redevient un sujet d'intérêt pour l'opinion publique, pris en compte notamment dans les parcs. L'ouvrage a pour ambition, après nous avoir mieux fait connaître le loup - voire à nous conduire à lui conférer de la sympathie - de concourir à la réflexion contemporaine sur la conservation d'espèces rares et sur leur insertion dans un milieu soumis à la pression humaine et à la compétition pour des espaces convoités. Les éleveurs, on les comprend, craignent pour la sécurité de leurs troupeaux, mais ils sont aussi chasseurs et revendiquent la légitime défense. Ils sont donc sujets d'une contradiction profonde sur ce thème, et redoutent toute intrusion politique ayant pour objet une régulation du mode d'occupation de leur territoire. Parallèlement, dans l'opinion générale aujourd'hui, chacun s'accorde à souhaiter l'équilibre dans la diversité et le maintien de toute espèce sauvage qui n'est plus considérée comme nuisible. D'où les hésitations, les atermoiements du pouvoir réglementaire en la matière, liés à la difficulté de qualifier de manière universelle le nuisible et l'utile. L'ouvrage démontre la nécessité d'une géographie environnementaliste, support de l'étude des conflits et des enjeux de gestion. Outre de nombreux développements sur la problématique en France et en Italie, le livre décrit des exemples de traitement du sujet, élargi à d'autres prédateurs, au Canada, au Kirghizistan, en Indochine. Dédommager la nature, éduquer à la protection. Voici une phrase clé du livre, tirée de cette réflexion d'ensemble sur l'exemple du loup.

Jacques GASTALDI)

BESSE (Jean-Marc), BLAIS (Hélène), SURIN (Isabelle) (sous la dir. de) : " Naissances de la géographie moderne (1760-1860) ", Service de l'édition de l'E.N.S. Lyon, 2010

Ce livre est un apport très nouveau à l'histoire de la géographie et à son épistémologie. Il est le résultat substantiel d'une recherche collective et donne lieu à des articles de 10 auteurs Il se divise en quatre parties : 1° géographes en mouvement, 2° les épreuves du terrain, 3° les voisinages de la géographie en ce siècle, 4° la géographie dans l'espace public. Ces quatre titres montrent bien l'objectif des auteurs : la géographie est d'abord liée aux récits des navigateurs et explorateurs, avec notamment l'expédition russo-sibérienne, puis les voyages asiatique et américain d'Alexandre de Humboldt. La confection de cartes de ces voyages et les liens avec les diplomates et les sociétés savantes comme la Société de Géographie font apparaître que la pratique géographique de l'époque est totalement descriptive, non déterministe et cosmopolite. Celle-ci s'intéresse, moins à une explication scientifique de l'espace terrestre qu'à une vision universelle de la Terre et à la confrontation entre les sociétés instruites et évoluées et les sociétés primitives. Dans ces récits, la géographie est aussi une science naturelle avant tout classifiante. Pour Humboldt, la géographie est " une science-monde " de conception " transaréale " (Ottmar Ette). Aussi un rôle éminent est-il réservé aux Atlas et aux cartes décrivant à partir des récits des explorateurs, surtout les zones de la colonisation européenne. Le Marquis de Santarem, par exemple, qui est un " géographe de cabinet " recueille toutes les informations d'abord sur la colonisation portugaise depuis le XVIe siècle, puis sur toutes celles des autres colonisations de l'époque (18e siècle) en vue d'établir un premier Atlas mondial moderne, composé de mappemondes, de portulans et de cartes hydrographiques et historiques.

La seconde partie nous montre une tout autre " géographie "très utilitaire et au service primordial de la colonisation et des armées napoléoniennes. Il s'agit d'une descriptive appliquée au terrain. pour permettre la manœuvre des troupes ; Napoléon Ier a initié un projet de cartes de France, en s'appuyant sur les plans d'Etat-major. La géographie ou plutôt la cartographie de terrain se réduit aux travaux des ingénieurs-géographes qui travaillent pour le compte de l'Armée et le principe de cette carte topographique sert de base à la colonisation en Algérie après 1840, les cartographes en Algérie sont des anciens de la Carte de France : la géographie s'identifie au relevé topographique. Mais Isabelle Surin montre que l'analyse du terrain prend parallèlement une grande importance dans les explorations en Afrique. Ainsi Jomard assume-t-il la pratique d'une géographie régionale en grande partie conjecturale et linéaire. La carte qu'il produit sur ses explorations est une collection d'itinéraires. Dans une communication faite à la Société de Géographie en 1824, Jomard conçoit le savoir des géographes comme étroitement assujetti, dans sa portée spatiale, au " cheminement " des voyageurs européens sur le continent africain. Selon Marie-Thébaud Sorger l'aérostation depuis le 18e siècle est devenue une nouvelle technique au service des topographes (1794-1802). Les " Ballons de la République " servent à une plus vaste et plus juste connaissance du terrain, mais cette connaissance s'avère trop générale et ne remplace pas les cartes scientifiques qui vont être dressées à partir de 1860 par le Service géographique de l'Armée, la célèbre carte d'état-major en hachures au 1/80 000.

La troisième partie me paraît la plus importante pour la connaissance de la naissance de la Géographie moderne, elle rassemble deux communications sur les voisinages de la Géographie : l'inventaire et la cartographie des ressources minérales et les rapports complexes entre géographie et sciences de l'homme. Le XIXe siècle va développer une géographie-inventaire de ressources, c'est l'objet de l'étude d'Isabelle Laboulais Dans le projet d'Atlas minéralogique de France de Guettard, il apparaît qu'il s'agit d'une géographie inventaire des ressources. Les illustrations nombreuses montrent que l'on part d'une carte générale pour conduire à des cartes détaillées, mais sans aucune connexion des échelles ! Plus utile pour appréhender la naissance de la géographie moderne est le chapitre de Jean-Luc Chappey : les rapports entre géographie et sciences de l'homme. La géographie " savoir pluriel " peine à trouver sa place dans les classifications des savoirs des débuts du XIXe siècle. A la fin du XVIIIe siècle la géographie est considérée comme le fondement des sciences de l'homme et des sociétés humaines, entre histoire naturelle de l'homme et l'anthropologie, mais la place de la géographie " savoir dispersé " semble encore difficile à situer dans l'ordre des savoirs et sa visibilité apparaît réduite. La notion de géographie est strictement réduite à celle de comptes-rendus de voyages.

En revanche, Conrad Malte-Brun réagit à l'époque contre cette conception qui est celle du pouvoir impérial, la création en 1807 de ses " Annales des voyages " est un moment important dans l'institutionnalisation de la géographie moderne. Malte-Brun entend faire de la géographie le cadre d'une science générale de l'homme pouvant réunir des spécialistes de savoirs différents, autrement dit la géographie ne saurait être que pluridisciplinaire. Il s'oppose à la réduction de la géographie à la cartographie et prend ses distances à l'égard de la volonté de " mathématisation " des ingénieurs géographes, cette géographie de terrain doit devenir cependant une science exacte, mais en gardant pour objet d'études dans leurs milieux les phénomènes humains (langages, religions, sociétés, etc..). Les transformations de la géographie vers 1810 participent directement aux mutations qui touchent à l'organisation des savoirs autant que des relations des sciences avec le pouvoir politique. La quatrième partie présente la géographie dans l'espace public sous la Révolution et après. Hervé Ferrière montre l'exemple d'un géographe de terrain Bory de Saint-Vincent, sans formation scientifique théorique, mais voyageur, naturaliste et aussi militaire aventureux. Proche des cartographes militaires, il privilégie la " carte-inventaire ", qui pour lui est le substitut parfait du terrain. Cette géographie itinérante sert à collecter et mettre en forme les données recueillies sur le terrain, Bory se définit lui-même plus comme géologue que comme géographe. Bory publie sous la Restauration une géographie d'opposition politique et mêle discours géographique et naturaliste. La géographie de Bory est très empirique, utilitaire, un lieu de confluence de multiples problématiques scientifiques, sociales et souvent politiques.

Hélène Richard nous présente la création du Département des cartes de la Bibliothèque royale, œuvre d'Edme-François Jomard, qui a été à l'origine de la classification des cartes et plans, mais ce conservateur s'est passionné pour la diffusion de la géographie dès l'école élémentaire, publiant une Géographie de la France. Son successeur Cortambert se considérait comme géographe et publia, à la Société de Géographie, " un Parallèle de la Géographie et de l'Histoire " où il considérait que l'un des caractères de la Géographie était de se rattacher à presque toutes les sciences humaines. Comme Jomard, il travailla en étroite relation avec la Société de Géographie. Enfin, Jean-Marc Besse nous livre une curieuse et passionnante étude sur la géographie des rues de Paris, à l'époque où les Jacobins tenaient à faire de Paris un espace révolutionnaire (1789-1802). Pour effacer les noms de rues dédiées à des saints ou évoquant l'Ancien Régime, plusieurs projets virent le jour, fondés sur des considérations républicaines et morales. L'Abbé Grégoire plaide en faveur d'une logique géographique. Paris centre de la France doit avoir des noms de rues selon les directions des villes avec lesquelles la capitale est reliée à côté de rues honorant les grands hommes et aussi les vertus de l'esprit civique. Mais ces projets furent sans lendemain., cet épisode est révélateur de la place occupée par la référence à la géographie dans la constitution des espaces urbains

A mon avis, ce livre très intéressant traite de sujets assez hétérogènes et il manque une conclusion synthétique sur l'apport de cette période dans la constitution de " l'esprit géographique moderne " même si la remarquable introduction de Jean-Marc Besse annonce bien clairement le contenu de ce volume très enrichissant.

Bernard DÉZERT

OSTROWSKI (Zygmunt) avec la collaboration de JOSSE (Marie-Cristine) : " Soudan. Conflits autour des richesses " Collection Etudes Africaines, L'Harmattan, 2010, 278 pages

Pédiatre parisien polyglotte, d'origine polonaise, le docteur Zygmunt L. Ostrowski, ancien conseiller de l'Organisation Mondiale de la Santé, est président de l'ADE (Association Européenne pour l'Etude de l'Alimentation et du Développement de l'Enfant), une ONG humanitaire. A ce titre, il a servi à partir de 1978 au Sud Soudan, se passionnant de plus en plus pour ce " magnifique pays " et " son beau peuple ". Outre ses publications scientifiques, il lui a déjà consacré deux ouvrages : " Coulisses d'une guerre oubliée " (2001) et " A l'aube de la paix. Combat de John Garang " (2005) qui reçut en novembre 20007 le prix Henri Duveyrier de la Société de Géographie dont le docteur Ostrowski est membre.

Cet ouvrage " Soudan. Conflits autour des richesses " se concentre sur l'évolution géopolitique du Soudan durant la dernière décennie, tout en rappelant - contrairement à beaucoup de médias vite oublieux, que depuis l'Indépendance du Soudan acquise le 1er janvier 1956, ce pays a connu de longues guerres civiles, entre le Sud animiste ou chrétien et le Nord musulman (de 1956 à 1972 puis de 1983 à 2005), le relais étant pris depuis 2003 par le conflit du Darfour. L'auteur qui a partagé la vie des " rebelles " du Sud-Soudan et bien connu son chef John Garang, lui-même fédéraliste, s'étend longuement sur la signature du CPA (Comprehensive Peace Agreement) entre le gouvernement central du président Omar al-Bashir et le SPLM de John Garang sans la participation des autres régions ou partis politiques. Devenu Premier Vice-Président du Soudan, John Garang décède 21 jours plus tard dans un accident d'hélicoptère. L'auteur s'étend sur cette tragédie et sur le nombre de personnes pouvant avoir eu intérêt à cette disparition. Il semble bien que l'on n'ait aucune preuve d'attentat et qu'il puisse s'agir d'un simple accident d'hélicoptère : le vol était trop long, les conditions atmosphériques dégradées et l'heure tardive. A 19h08, il fait nuit en région équatoriale !

Un autre développement concerne le Darfour dont les revendications furent soutenues par John Garang dès 2003. Dans cette région périphérique délaissée, islamisée depuis plusieurs siècles, il y eut toujours une différence importante entre les cultivateurs noirs sédentaires des monts Marra bien arrosés et les pasteurs nomades arabisés des steppes sub-désertiques environnantes. L'ancien président Nemeyri, ayant décrété que toute terre appartenait à l'Etat, permit aux Nomades d'acquérir les terres abandonnées, exacerbant les inévitables conflits agriculteurs-éleveurs. La découverte de fossés pétroliers du centre Soudan (cf. Bahr - el -Ghazal) servit de déclencheur à la rébellion contre laquelle le gouvernement lâcha les Djanjawids (cavaliers) pour piller, voler, violer..., ce qui entraîna le déplacement de 700 000 personnes.

L'auteur peut paraître trop optimiste sur cette région " riche sur le plan agricole " (p.159) et " grâce à son sous-sol rempli de pétrole, d'uranium, de cuivre ... " (p.177), ses réserves " rivalisant avec celles de L'Arabie Saoudite " (p.197). Il nous est apparu (Y. Boulvert 2005) que les terres utilisables des monts Marra dans ce contexte sub-désertique étaient très réduites et que l'on ne peut confondre potentialités éventuelles et richesses produites et distribuées. L'auteur a raison d'insister sur l'ampleur et le drame des personnes déplacées, certaines depuis plus de vingt ans, près de deux millions - un record - qui " payent le prix de l'enjeu politique ". Zygmunt L. Ostrowski qui révèle son propre " rôle d'intermédiaire entre John Garang et le Quai d'Orsay ", connaît parfaitement bien les personnalités politiques du Soudan aussi bien du gouvernement central que des diverses oppositions du nord comme du sud dont il souligne la diversité, le morcellement. Il les a interrogées en vue de connaître leur opinion sur leur pays, sur les événements passés et à venir comme le référendum annoncé pour janvier 2011 sur la séparation possible entre Nord et Sud. On décèle dans son ouvrage que d'anciens rebelles songent plus aux délices du pouvoir, à l'accaparement des richesses qu'aux besoins de leurs ethnies dont, dans le Sud, près de deux générations ont été privées d'éducation, de soins, d'infrastructures en général. L'auteur qui craint les problèmes que poserait l'éclatement du pays s'élève également contre les manœuvres des grandes puissances, la malédiction du pétrole, citant X. Harel : " S'abritant derrière la confidentialité des contrats, les compagnies pétrolières alimentent un système de corruption enrichissant une poignée d'initiés ... ", le dévoiement de certaines ONG (cf. " L'Arche de Noé "), " l'information peu objective " de nos médias, les experts " occidentaux guère familiers des traditions soudanaises et de la langue arabe " ...

Cet état des lieux des problèmes soudanais à l'heure de choix décisifs est d'une grande actualité. Dommage que l'auteur, non francophone de naissance, n'ait pu bénéficier d'une correction de son éditeur. Quelques coquilles, anglicismes, et parfois faux-sens subsistent hélas ! L'ouvrage est heureusement accompagné d'annexes, d'une chronologie, d'une présentation trilingue (anglais, polonais, arabe) et d'un index. Zygmunt Ostrowski est membre de la Société de Géographie.

Yves BOULVERT

GATTAZ (Vincent) et MOUNIER POULAT (Guy) : " L'orientation facile " Les Echelles, Editions Missions spéciales Productions, 2010, 48 pages

Ce manuel est destiné à tous les adeptes de la promenade ou du parcours sportif. Nous savons que l'exercice de telles activités peut, une fois sur le terrain, rencontrer des obstacles, conduire à des incertitudes, imposer des détours, donner lieu à des temps de parcours inattendus. Autant de motifs pour justifier une soigneuse préparation. L'orientation est un des paramètres essentiels de celle-ci. Nous avons, en général, un sens inné de l'orientation, lié notamment à la position du soleil, dont nous déduisons intuitivement et approximativement le cap, lequel détermine le sens de la marche. Ceci étant, lorsqu'il s'agit d'atteindre un but, de découvrir lieux et paysages, de déterminer un itinéraire, d'organiser des temps de parcours et de passage, il est besoin de références, de repères, de documents, d'instruments aussi. Au nombre de ceux-ci, la boussole, connue depuis des millénaires, reste toujours actuelle. Les cartes, avec leur symbolique et leurs différents degrés de richesse sont, elles aussi, les compagnes du voyageur. Aujourd'hui, le GPS se popularise, devient techniquement et financièrement abordable, sa lecture est accessible à tous. Autant de moyens décrits dans cet ouvrage, lequel est délibérément écrit en forme et en termes pédagogiques. Reste l'humain, deviné au fil des pages, par la démonstration de notre capacité d'initiative, d'écoute et de lecture des signes qu'exprime le milieu. Ce vade-mecum est agréablement et utilement illustré. Il constitue un petit précis de topographie, nous invitant à assimiler les notions de distance, d'azimut, de coordonnées, de dénivelée et de relief, d'orientation, de position, puis d'en déduire la lecture du terrain et les composantes de l'itinéraire. Il répond à la soif d'apprendre des jeunes lecteurs, dont l'esprit va ainsi vagabonder et découvrir les règles essentielles. Il devance la demande de tout sportif soucieux de maîtriser les composantes de son parcours, qu'il pratique la marche, la randonnée, l'équitation, le ski, le vélo, le canoë.

Un instrument de base (en carton léger), appelé " règle d'orientation ", conçue par les auteurs, est jointe au livre.

Jacques GASTALDI

PÉRON (Françoise) et MARIE (Guillaume) : " Atlas du patrimoine maritime du Finistère " Brest, Editions Le Télégramme, 2010, format 25 x 26 cm, 142 pages, 48 cartes et plans, 24,90 €

Les deux auteurs sont des géographes spécialistes du Finistère et de son littoral. Françoise Péron, agrégée de géographie, est professeur émérite à l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. Je la rencontre de longue date partout où l'on s'intéresse à la promotion et à la défense du patrimoine maritime. Guillaume Marie, docteur en géographie, ancien chercheur du laboratoire Géomer, est professeur régulier de géographie à l'Université du Québec à Rimouski, une ville dont les liens culturels conviviaux avec le Finistère sont multiples. Cet atlas abondamment illustré de cartes très informatives, de photographies et de peintures, rassemble pour la première fois tous les éléments du patrimoine maritime du Finistère. Et il a fort à faire, car ce département dont les 1 250 kilomètres de côtes représentent presque le quart du littoral de la France est logiquement le parc naturel de l'essentiel de son patrimoine maritime : Phares et sémaphores, fortifications et chapelles votives, hôtels d'armateurs, maisons de pêcheurs et abris du marin, monuments commémoratifs et infrastructures portuaires, conserveries et musées maritimes, chantiers navals, épaves et cimetières de bateaux. Avec les sites légendaires, depuis les côtes des naufrageurs jusqu'à la ville d'Ys, et les foyers de création picturale depuis l'Ecole de Pont-Aven. Françoise Péron n'est pas pour rien la belle-fille de Pierre Péron, un peintre officiel de la marine dont l'éblouissante créativité - qui méritait une notoriété nationale - a marqué très profondément la culture brestoise. Cet ouvrage est un révélateur en forme d'électrochoc de l'exceptionnelle richesse d'un département aimé des dieux marins, sans doute parce qu'il leur a beaucoup sacrifié. Si ce n'est absolument pas son but, cet inventaire pluridisciplinaire qui donne à s'émerveiller est le plus intelligent des guides touristiques. Il suggère en effet au lecteur de porter désormais sur le Finistère un regard plus attentif, et de marcher partout du pas prudent d'un visiteur de lieux précieux et fragiles. Pen ar Bed. Là ou la terre commence plutôt qu'elle ne finit. En Finistère, un trésor patrimonial peut en cacher un autre. Tout y est témoignage d'un passé admirable. Ce beau livre confirme qu'on y a la passion de l'entretenir et de le faire perdurer.

Contre-amiral François BELLEC

DION (Isabelle) : " Auguste Pavie, l'explorateur aux pieds nus " Archives nationales d'outre-mer, Collection Histoires d'outre-mer, 2010, 25 x 20 cm, broché, 200 pages, 24 €

Né en 1847 à Dinan dans un milieu modeste, Auguste Pavie va d'abord s'engager dans l'armée. En 1867 il décide de changer de corps et part de Toulon pour l'Indochine au 4è régiment d'infanterie de marine (deux mois de traversée jusqu'à Saigon). Il entrera alors au service télégraphique d'Indochine. Revenu en France il participera à la guerre de 1870, 1871 et regagnera Saigon en 1872 puis de nouveau en 1874 reviendra en Indochine (Cambodge et Laos) dans l'administration des télégraphes. Il sera ensuite promu dans la carrière diplomatique grâce à ses compétences et à ses connaissances des langues. Il participera à la pacification du Cambodge lors de la révolte de 1885. Il parcourra le pays où il sera très bien accueilli étant donné son caractère sociable et humain (plus de 40 000 km de pistes) et relèvera de nombreuses cartes. A la suite de son action et de la mission Pavie au Laos de 1885 à 95, le Laos passera sous contrôle français.

A son retour en France en 1895 il épouse Hélène Gicquelais et habitera à Paris rue Erlanger et dans sa propriété de Thourie en Ille-et-Vilaine. Après avoir refusé plusieurs hautes fonctions administratives, il se consacrera à la publication de ses archives et récits de voyage dont la Mission Pavie (Géographie et voyages : sept volumes et un atlas) et de nombreux livres dont " A la conquête des cœurs ", préfacé par G. Clémenceau en 1921. Il meurt le 7 juin 1925. A son arrivée en Indochine, Pavie séjournera d'abord à Saigon puis au Cambodge. Il va sillonner le Cambodge et le Siam et construira, avec en particulier une mission d'exploration du gouverneur Thomson, la ligne télégraphique de Phnom-Penh à Bangkok, environ 700 km, entre octobre 1880 et juillet 1883. Le gouverneur oblige le roi Norodom à signer une convention qui donne aux français la gestion des affaires intérieures. Une révolte éclate en janvier 85 et le pays ne sera pacifié que fin 86 après de nombreuses violences. Pavie est rentré en France en 85 ; il a emmené avec lui 13 jeunes Cambodgiens parlant thai (c'est le début de l'Ecole cambodgienne) pour être instruits en France. L'école deviendra en 1888 l' Ecole coloniale. En novembre 1885 il est nommé vice-consul de 2ème classe et part pour Luang Prabang au Laos.

Après la main-mise sur l'Annam et le Tonkin la France a des visées sur les Etats laotiens, mais le Siam cherche aussi à s'y établir : il a annexé l'état de Vientiane en 1830 et déporté une partie de sa population. Le Royaume-uni occupe la Birmanie et s'intéresse au nord-Mékong avec le Siam. De plus, des groupes armés, les pavillons noirs ou jaunes venant du nord pillent ces régions. Pavie va d'abord chercher à démontrer que le roi de Luang-Prabang paye tribut à l'Annam et que la France a donc des droits. Pavie, nommé vice-consul à Luang-Prabang, arrive à Bangkok en 1886. Il se rendra à Luang-Prabang (après 6 mois de voyage) où il rencontre le vieux roi Ounkam qui gouverne sous le contrôle du Siam. Pavie avec patience et diplomatie va discuter des frontières du Laos il ne pourra éviter le sac de la ville par les bandes chinoises. Il se rendra au Tonkin (Theng ou Dien-Bien Phu) et aura l'appui de 2 officiers français Capet et Nicolon pour l'étude des frontières. Le colonel Pernot chassera les Hos des cantons thai et Pavie obtiendra la reddition des pavillons noirs. Il rencontrera le général siamois à Theng et obtiendra que les siamois renoncent à toute ingérence dans ce territoire

Après un voyage en France en 1889 pour rendre compte de sa mission il sera nommé consul de 2ème classe à Bangkok où il arrivera en décembre. Il rencontre le roi du Siam qui donne son accord pour la poursuite des travaux de délimitation des frontières( il avait déjà ceux du roi du Cambodge et de l'empereur d'Annam) ; il obtiendra la soumission de Deo van tri à Luang-Prabang et Lai. Finalement le traité de 1893 sera signé avec le Siam après des escarmouches avec les anglais frustrés par leur éviction du Mékong. Le Laos devient un protectorat français. Une commission franco-anglaise étudiera les frontières Mékong- Rivière Noire. La Chine cèdera ses droits sur les territoires compris entre le haut Mékong et le Nam Hou. Un accord sera signé en janvier 1896 avec les anglais qui évacuent Muong Sing en échange de la garantie de l'indépendance et de l'intégrité du Siam. En avril 95 les princes laotiens reçoivent l'investiture du gouvernement français. Pavie passera par Bangkok avant de repartir en France au grand soulagement des siamois. En 96 il sera promu ministre plénipotentiaire et élevé au grade de Commandeur de la Légion d'honneur.

On peut imaginer qu'il a fallu beaucoup d'énergie, de courage, de ténacité et de diplomatie pour arriver à de tels résultats avec une Mission qui comportait moins de 40 personnes. Ce livre compliqué comme la vie de Pavie est très bien illustré de photographies, de cartes et documents sur les ethnies laotiennes. Une exposition virtuelle sur l'explorateur aux pieds nus est présentée sur site Internet http://pavie.culture.fr

Michel DAGNAUD

SIBILLE (Blandine) & MINH (Tuan Tran) : " Congo-Océan. De Brazzaville à Pointe-Noire (1873 - 1934) " Editions Frison-Roche, Paris, 2010, 142 pages

Cet ouvrage superbe bénéficiant d'une préface du Professeur Marc Gentilini et d'un avant-propos de Jacques Toubon, président de la Mission du Cinquantenaire des Indépendances africaines de 1960, traite d'un sujet rarement abordé en ce début du XXIe siècle : l'épopée d'un chemin de fer africain. Il y a un siècle, l'on imaginait qu'aujourd'hui, l'Afrique serait ouverte à la Civilisation, au Commerce et au Progrès par un maillage dense de voies ferrées, alors que les Colonisateurs se lançaient dans des constructions de voies disparates (aux écartements divers de 0,60 - 0,69 - 0,75 - 1 et 1,06 mètre) ! Dans une première partie remarquablement illustrée - notamment de cartes anciennes - est relatée la découverte progressive de la région depuis le Portugais Diégo Cam en 1484 jusqu'à Stanley et Brazza. Tout de même, on est surpris de lire (p.6) : " Certains (missionnaires) remontaient même le cours du fleuve pour pénétrer à l'intérieur du continent ". Les auteurs omettent que l'expédition britannique dirigée en 1816 par J. K. Tuckey se heurta au formidable barrage d'une succession de cataractes et de rapides étagés sur plus de 200 mètres !

Outre celui de la voie belge Léopoldville-Matadi réalisée de 1887 à 1898, le parallèle à faire est tentant entre la réalisation de cette voie ferrée et celle du Conakry-Niger effectuée entre l'affectation de l'ingénieur E. Salesses (cf. Hommes et Destins, ASOM, tome XI) en 1899 et l'inauguration dès 1910 ! La réalisation en fut effectuée sans tunnel alors que la ligne devait franchir à près de 900 mètres les reliefs du Fouta-Djalon. Dommage que faute d'entretien, cette ligne ait dû être fermée en 1965, sept ans à peine après l'indépendance ! Jouant de malchance, la réalisation du Congo-Océan demanda près d'un demi-siècle. Dès 1886, Brazza en avait préconisé la réalisation. Différents tracés furent envisagés entre 1887 et 1907. En juillet 1914, un emprunt fut enfin obtenu mais trois semaines plus tard, la guerre éclatait. Le premier coup de pioche ne put être donné qu'en 1921 après 36 années et 4 millions de francs or dépensés en études ! Les difficultés du chantier avaient été gravement sous-estimées avec notamment, la traversée difficile du massif du Mayombé recouvert par une forêt dense, dans un climat humide et débilitant. Les moyens mécaniques étant insuffisants et la main d'œuvre locale très réduite, il fallut faire venir de la main d'œuvre de l'autre extrémité de l'A.E.F. : Oubangui-Chari et sud du Tchad, pays de savanes ouvertes, relativement sèches, d'où un dépaysement total. Le transport s'effectua dans l'entassement des barges, comme on peut toujours l'observer dans le bassin du Congo ! Au départ, rien n'était prévu pour l'accueil ; ce n'est que peu à peu que furent organisés le ravitaillement et l'encadrement sanitaire. Les travaux - avec la crise de 1924 - s'étalèrent jusqu'en 1934, date de l'inauguration. La mortalité fut élevée ; il y eut des abus dénoncés par les témoins de l'époque ou plus tard les chercheurs. Pour un géographe-chercheur, il peut paraître assez incroyable qu'une carte soit présentée sans nom d'auteur ni échelle ni date de réalisation ; il en est bien sûr de même pour les textes cités. Certes, sont bien connues les références à Albert Londres (Terre d'ébène, 1928) ou à André Gide (Voyage au Congo, 1927), moins celle de chercheurs tels Marcel Soret (Le chemin de fer du Congo, 1956) ou Gilles Sautter (De l'Atlantique au fleuve Congo, une géographie du sous-peuplement, 1966), encore moins celle d'un témoin comme Michel Romanot dit R.O. Manot (L'aventure de l'or et du Congo-Océan, 1950, Secrétan, Paris).

L'iconographie de l'ouvrage est soignée. Outre de nombreuses photographies, les auteurs ont utilisé des gravures d'époque. Il est toutefois déroutant de constater qu'empruntées à diverses publications, leurs légendes aient été détournées ; ainsi Madame Paul Crampel, l'épouse de l'explorateur assassiné en 1890, ne reconnaîtrait pas la légende de la gravure de la page 97 ! Quelles que furent les difficultés de construction et les controverses suscitées, en 1960, seize ans après sa construction, le Congo indépendant disposait d'un outil de développement, indispensable également pour les pays de l'intérieur : exportations de coton puis de bois, approvisionnement en machines et carburants. Pourtant, comme l'écrit dans sa préface le professeur Marc Gentilini : " Pendant plus d'une décennie de guérilla (particulièrement entre 1993 et 1999), des chefs irresponsables prirent le chemin de fer Congo-Océan en otage, inhibant toute circulation d'un seul tenant, privant la société congolaise d'une vie économique équilibrée, de la sécurité des personnes et des biens ... ".

Les auteurs, deux humanitaires ont retracé " la grande épopée du Congo-Océan ", cet ouvrage richement illustré se voulant un hommage à ses victimes.

Yves BOULVERT

SCOCCIMARO (Rémi) : " Le Japon. Renouveau d'une puissance ? " Paris, La Documentation française, documentation photographique, dossier n° 8076, juillet-aôut 2010, 64 p., 12 cartes.

Même s'il se termine par un point d'interrogation, le sous-titre de ce dossier de la documentation photographique peut surprendre. En effet, s'il est incontestable que le Japon est une puissance régionale, son importance relative a diminué depuis que la Chine s'est ouverte à l'économie mondiale. Divers événements de l'année 2010 ont d'ailleurs montré que l'évolution de ses relations avec la Russie, comme avec la Chine, n'a pas semblé à son avantage. Sur la question des " Territoires du Nord ", que le Japon considère toujours comme devant faire partie intégrante de l'archipel, la souveraineté soviétique, puis russe, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'est trouvé implicitement affirmée par la visite du président Dmitri Medvedev le 1er novembre 2010, une première pour un chef d'État russe depuis 1945. À l'extrême sud de l'archipel, les incidents avec la Chine n'ont pas amélioré la position du Japon. Comme le précise ce dossier, si le point de vue chinois l'emportait au sujet de la contestation territoriale sur l'atoll corallien d'Okinotorishima, le Japon perdrait 400 000 km2² de zone économique exclusive. Au plan géopolitique mondial, les espoirs du Japon d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU se sont plutôt amoindris depuis que d'autres membres, comme la France, ont officiellement pris position en faveur de l'Inde, du Brésil et d'une présence africaine. Une autre faiblesse relative du Japon tient à la diminution de sa population depuis 2005, ce que j'ai appelé un " soleil démographique couchant ", avec notamment une baisse de sa population active.

Effectivement, ce dossier apporte de nombreux éléments de réponse négatifs à la question posée en sous-titre. Il analyse ainsi la " fin du compromis social ", la montée des inégalités territoriales ou le fait que les économies coréenne (du Sud, bien entendu) et taiwanaise sont parvenues à s'émanciper de la tutelle japonaise. Il signale la faiblesse de la natalité, notamment en raison des " célibataires parasites ", pour reprendre la formulation d'un livre à succès de Masahiro Yamada, traitant de ces 10 millions de Japonais entre 20 et 34 ans qui vivent chez leurs parents et dépensent tout ce qu'ils gagnent en vêtements, sorties et voyages à l'étranger. Toutefois, le Japon conserve des éléments de puissance et nous pourrions demain en repérer de nouveaux. Le premier tient à des bases économiques solides, avec d'abord une industrie lourde toujours puissante : production d'aciers spéciaux et d'aciers de bonne qualité, fabrication de navires de guerre ou de véhicules blindés. L'industrie mécanique s'est renforcée à l'image de Nissan ou de Mitsubishi Motors, et la montée de Toyota, devenant en 2010 le premier producteur automobile mondial devant General Motors, demeure un symbole, en dépit de défaillances sur certains modèles de voitures. Le Japon dispose de la meilleure compétence mondiale dans la recherche sur l'intelligence artificielle, suite de sa forte spécialisation dans les techniques de pointe (machines-outils, robotique). En décryptant ce dossier, un deuxième atout de puissance du Japon tient à son industrie culturelle au sens large, à ce Japon qui fait rêver et qu'on appelle le Japon tranquille, Cool japon, qui entre dans la logique de la puissance douce, du soft power. Les productions culturelles japonaises sont largement présentes dans le monde, voire, selon certains, envahissantes. Par exemple, les mangas, pourtant imprégnés de l'expérience historique unique du Japon, précisément d'une nation ouverte de force par les canons américains en 1853, représentent 43 % du marché de la bande dessinée en France. Il faut aussi constater le développement de l'apprentissage de la langue japonaise à l'étranger. Enfin, le Japon s'est lancé dans un vaste programme de promotion touristique intitulé " bienvenue au Japon ", Yôsoko ! Japon, dont l'objectif serait d'atteindre 30 millions de visiteurs en 2020. Enfin, un atout à ne pas oublier est... géographique, au cas où s'ouvriraient des routes maritimes arctiques, et ce malgré une position qui, aujourd'hui, " marginalise ses ports " relativement aux ports coréen (Pusan), chinois (Tianjin et Shanghai) ou taiwanais (Kaohsiung). Certes, le Japon ne possède pas de frontière arctique, mais sa position géographique le place à l'entrée de l'Asie par ces éventuelles routes du nord.... Certains ports de taille moyenne, disposant déjà d'infrastructures, pourraient devenir des hubs régionaux, comme Tomakomai ou Otaru à Hokkaido. Ce dossier propose d'ailleurs une carte qui éclaire cette possibilité. La route arctique pourrait être privilégiée pour une autre raison : des conditions de sécurité face à la piraterie, meilleures que celles des routes via le sud-est asiatique. Reste qu'une telle prospective géographique demeure incertaine.

Soulignons enfin que ce dossier offre, outre des cartes, de remarquables photos. Par exemple, la page 51 est passionnante avec, d'une part, la photo aérienne de Kobé et, d'autre part, l'analyse géographique de la ville comme de la localisation de ses activités portuaires et aéroportuaires, sur des terre-pleins côtiers situés dans le prolongement des littoraux ou sur des îles artificielles.

Gérard-François DUMONT

FRÉMONT (Armand) : " Normandie sensible ", Paris, Éditions Cercle d'Art, 2009

Armand Frémont est l'un des pionniers de l'approche de l'espace perçu, vécu, représenté. Et celui qu'il connaît le mieux, c'est le sien, la Normandie où il est né, où il a passé sa jeunesse où il a longtemps enseigné, dont il a fait l'objet de ses recherches depuis sa thèse sur l'élevage publiée en 1968 : " La Normandie, écrit-il, est mon pays, mon laboratoire, mon terrain de travail et de plaisir, ma plus belle lecture. " Il aime arpenter sa province en tous sens, rencontrer et faire parler ses habitants et rendre compte de ses impressions par des travaux scientifiques reconnus, mais aussi une biographie géographique (La mémoire d'un port) et des nouvelles (Les baskets de Charlotte Corday). Il doit la variété des genres qu'il pratique avec talent à une véritable sensibilité littéraire et artistique. Ce n'est pas par hasard qu'il a écrit sur Maupassant et sur Flaubert. Normandie sensible est une nouvelle biographie associant des extraits d'ouvrages antérieurs, des textes nouveaux, des photographies personnelles, y compris familiales, des reproductions de tableaux. C'est un feu d'artifice qui porte très bien son titre. À lire pour apprendre autant que pour se faire plaisir.

Jean-Robert PITTE

ISSA (Saïbou) : " Les coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad ", Coll. Les terrains du siècle, Khartala, Paris, 2010, 273 pages

Très probablement d'origine peul du Nord Cameroun, Saïbou Issa, professeur d'histoire à l'Université de Maroua, mène depuis 1990 des recherches sur la géopolitique du bassin du lac Tchad. Suite à une recrudescence à la fin des années 1980 du banditisme de grand chemin, dit des Zarguina ou " coupeurs de route " dans le bassin du lac Tchad et à sa périphérie : Cameroun, Tchad, RCA mais aussi Nigeria et Niger, il consacre son dernier ouvrage à cette " pratique à la fois séculaire et universelle ". La littérature et la filmographie en effet abondent d'exemples de " seigneurs de guerre ..., bandes professionnelles ..., pirates ..., mercenaires ..., brigands ... " et autres bandits. Au milieu du XIXème siècle, en Afrique centrale, " les Arabes, les Toubou, les Touareg, les Boudouma ... - j'y ajouterais les Peuls - sont quelques-uns des peuples qui traînent une réputation de prédateurs ". Vivant de razzias aux dépens des païens - animistes, les " Arabes nomades sont dits "plus soucieux de rapine que de jihad" "... Egalement, " au Cameroun septentrional, Mousgoum, Massa et Guiziga sont les peuples qui ont le plus codifié la razzia "; ainsi les jeunes Guiziga pratiquent-ils le " vol initiatique " de bétail: c'était un test de bravoure. En outre, " la précarité a généré une économie de prédation ".

Selon l'auteur, l'arrivée du colonisateur modifie le banditisme de grand chemin avec son passage systématique à la clandestinité et partant sa professionnalisation ". Il ajoute : " la culture de la razzia est caractéristique de nombre d'économies de la rareté, nées des violences environnementales qui déciment les animaux, raréfient les récoltes et forgent des caractères rudes ". C'est ainsi que les peuples sahariens organisaient des rezzous.

En 1955, le Sud-Cameroun a vécu l'insurrection de l'U.P.C., le Nigeria une terrible guerre civile en 1967-70. Cette dernière a généré une " criminalité, particulièrement violente à cause de la dissémination des armes et de la colère des démobilisés sans emplois ". Tandis que la décennie 1960 avait été pluvieuse, la sécheresse, apparue dans les années 70, a été durement ressentie dans le Sahel, entraînant paupérisation, exode rural et errance des pasteurs. Au Tchad, les excès des fonctionnaires sudistes, chrétiens ou animistes, tôt scolarisés, eurent pour conséquence la révolte des populations islamisées et réfractaires du nord dont bientôt les diverses factions se déchirèrent. Un rapport des Nations-Unies (1999) juge alarmante la situation économique du Tchad où l'on cherche " à occulter la gestion catastrophique des finances par l'Etat tchadien depuis des années ". La situation n'est pas plus reluisante en République centrafricaine. La banqueroute de l'Etat, salaires impayés, antagonismes ethniques et vie chère entraînent en 1996 trois mutineries avec destruction de l'outil de travail : usines et commerces pillés et détruits ... " On n'est donc pas surpris que la corruption emprunte tous les couloirs de la fonction publique ".

Toutes ces crises socio-politiques constituent " le facteur nourricier du banditisme transfrontalier " qui prend une allure résolument guerrière " dans un contexte de violence organisée ". Loin de l'amateurisme, la criminalité devient militaire. Libye, Soudan et aussi Nigeria ont interféré sur la crise politique du Tchad qui a débordé sur le Cameroun et le Centrafrique, sans parler du Darfour. On a assisté " à la dissémination des armes et à la militarisation des civils ". Dans le monde, on estime que plus d'un million d'armes légères sont entre les mains de rébellions diverses. " Et c'est en Afrique centrale que la phénomène a le plus d'ampleur ". Selon d'autres auteurs : " Cette institution (des forces africaines de sécurité) s'est avérée plutôt être un facteur d'insécurité pour les populations ". En réalité, il y a ambivalence entre confrontation et collaboration de ces forces avec les malfaiteurs! Il est facile de se procurer aux fripes des tenues camouflées, " il y a surabondance d'exemples de faux officiers, de fausses patrouilles ou de vraies fausses unités ".

Saïbou Issa poursuit : " La ville africaine des années 1990 est une cité dans laquelle la pyromanie et la cleptomanie le disputent à l'insalubrité et à la promiscuité ... ". S'y ajoute une " perte de confiance entre les forces de sécurité " et un " soupçon de corruption ". Il conclut avec justesse : " On a davantage le sentiment d'avoir écrit un long prologue que d'avoir exploré tous les contours de la question ". Cet ouvrage est en effet un travail d'historien rempli de références précises et écrit avec un riche vocabulaire. On aurait aimé que s'y ajoute - outre une estimation des pertes et dégâts - une recension des principales attaques ou enlèvements contre rançons, notamment aux dépens des pasteurs mbororos qui ont commencé à quitter le Centrafrique pour regagner le Cameroun. Outre l'aspect économique, le risque de " somalisation " semble sous-estimé. La sécurité non assurée sur les routes non seulement empêche tout développement du tourisme qui demeure pratiquement inexistant, mais pénalise lourdement l'agriculture, entravant le déroulement normal des marchés-coton. Avec des frontières non-sécurisées, l'or et le diamant s'exportent massivement en fraude. Dans " Retour à Bangui en 2004 ", j'indiquais : " Les villages ne peuvent plus commercialiser librement leurs productions : cultures de rente mais également manioc et viande de chasse. Quelle peut être l'action de l'administration, des enseignants, des services de santé ... dans de telles conditions ? "

Yves BOULVERT

MARCONIS (Robert) et VIVIER (Julie) : " 150 ans de transports publics à Toulouse ", Editions Privat, Toulouse, 2009, format 28 x 29, 145 pages

L'un de nos éditeurs de province les plus anciens et les plus connus, la maison Privat rue des Arts, près du Musée des Augustins en plein centre-ville à Toulouse, publie un Album illustré de 145 pages sur l'histoire du réseau de transports en commun de cette vieille métropole régionale qui dépasse aujourd'hui le million d'habitants.

Dès 1856, elle est atteinte par le canal latéral à la Garonne, prolongé ensuite par le canal du Midi jusqu'à Sète, puis en 1857 par la voie ferrée Bordeaux-Sète. Pour sa desserte intérieure, les trois premières lignes d'omnibus à cheval sur rails, non en site propre, apparaissent en 1863, le tramway électrique en 1906, le réseau d'autobus en 1926, la première ligne de métro souterrain automatique en 1993.

Cette métropole régionale constitue aujourd'hui une agglomération étalée sur 342 communes alors qu'elle n'en occupait que 80 en 1962, sur 50 km du nord au sud et à peu près autant d'est en ouest avec des structures intercommunales imbriquées. En un siècle et demi, sa population a sextuplé et c'est l'une des villes françaises dont la croissance est la plus forte aujourd'hui, un pôle majeur de l'industrie aéronautique française.

C'est l'élection de Dominique Baudis aux fonctions de maire en 1983 qui fit pencher la balance en faveur du métro souterrain. Il resta maire dix-huit ans (1983-2001), ce qui permit au bout de dix ans en 1993 d'inaugurer la première ligne du Val : Métro souterrain automatique. Sont mises en service successivement :

Un choix a dû être effectué entre deux types de réseaux : dans la partie centrale : un métro souterrain, prolongé dans la partie périphérique par un réseau de lignes de tramways le plus souvent en site propre. Bien des choix restent encore à effectuer, avec de nombreuses divergences : réseau étalé, rocades etc., les partis sont divisés.

Deux points de vue s'affrontent : celui des élus et de la population des communes périphériques attachés à un réseau plus fin et plus maillé, ce n'est pas celui des élus de la partie centrale qui sont pour un réseau plus radioconcentrique.

On peut regretter dans l'ouvrage l'absence d'une carte générale des lignes de transports en commun selon leur type et leur âge.

Jean BASTIÉ

PINEAU (Jean-Marc) : " Mon voyage au Maroc " Les 2 encres, Cholet, format 15 x 21, photos couleur, 198 pages, 20 €

C'est le récit du second voyage de Jean-Marc Pineau sur les traces de René Caillié. Il avait consacré ses 2 premiers livres à son voyage à Tombouctou et le voilà reparti pour une traversée du Maroc, à pied sur plus de mille kilomètres à travers le désert, les oasis du Tafilalet, le Haut et Moyen-Atlas, les cités impériales et le littoral atlantique jusqu'à Tanger.

Avec l'aide de Lhoussaine, un enseignant de la communauté des Amazighs, Jean-Marc retrouve presque tous les points de passage de René Caillié. Recherche inédite offerte aux lecteurs. Il décrit avec minutie et rigueur ce qu'il observe : nombreuses informations sur la vie locale, problèmes environnementaux, profondes inégalités sociales de la société marocaine.

Des rencontres organisées ponctuent son chemin : école d'infirmières, médiathèque, cinémathèque, écoles. Il collecte des contes auprès des anciens. Sur le parcours, des amis viennent l'encourager et goûter l'atmosphère d'un explorateur. L'auteur nous fait également partager de grands moments d'émotion vécus au cours de son voyage. L'aventure met face parfois à des dangers bien réels. Enfin, il nous livre son cœur et dévoile les motivations qui l'ont poussé à entreprendre ce voyage.

Éditions les 2 encres

DUMONT (Gérard-François) (sour la dir.) " La France en villes " Paris, Sedes, 2010, 352 pages

La France en villes, ouvrage dirigé par le géodémographe Gérard-François Dumont, est issu du travail collectif d'enseignants-chercheurs reconnus qui collaborent pour l'essentiel à la revue Population & Avenir. Organisé en six parties, l'ouvrage conduit le lecteur à examiner les processus à l'œuvre dans le phénomène d'urbanisation en France.

L'exploration débute avec l'analyse de la complexité des villes françaises des origines à nos jours. La ville, " phénomène complexe " par définition, dont l'examen requiert de recourir tout autant aux textes législatifs qu'aux multiples branches de la géographie - historique, administrative et quantitative - est disséquée par Gérard-François Dumont dans la première partie de l'ouvrage.

Le géodémographe amène le lecteur à cerner l'évolution et la richesse du concept de la ville en France en prenant en compte les définitions de l'espace urbain proposé par le dictionnaire et les géographes, de même que celles proposées par le droit administratif. Gérard-François Dumont n'oublie pas l'importance de la géographie historique qui est soulignée à travers un chapitre qui entraîne le lecteur dans un tour de la Gaule antique, de la France des Temps modernes, du XIXe et du XXe siècles étayé par de nombreux exemples. Sont notamment citées Nîmes, Le Havre ou encore Montpellier dont les analyses sont largement détaillées.

L'auteur achève cette analyse consacrée aux concepts par l'examen des critères quantitatifs. C'est l'occasion pour lui de guider le lecteur dans le maquis des " définitions quantitatives " dont l'usage s'est développé en France depuis les années 1960 et de les initier au décryptage de ces outils indispensables à l'analyse de la ville aujourd'hui.

Ayant dévoilé au lecteur les concepts éclairant la notion de ville en France, l'ouvrage s'attache dans un deuxième partie, due également à Gérard-François Dumont, à dépeindre l'armature urbaine française selon une approche multiscalaire au sein de laquelle Paris se voit attribuer une place spécifique.

Cette démarche est suivi dans une troisième partie par un panorama des villes françaises classées selon le critères d'importance du peuplement avantageusement croisé avec des " éléments complémentaires " d'ordre fonctionnel, géoéconomique ou historique. Cette partie comprend notamment un développement d'Alfred Dittgen consacré aux " originalités géodémographiques et géosociales de Paris ", ainsi qu'une analyse fine, quoique pessimiste, de Jean-Marc Zaninetti sur les villes nouvelles dont il attribue l'échec en Ile-de-France à une " erreur stratégique de localisation [et à] une doctrine d'urbanisme inadaptée ".

Les " questions de gouvernance " font l'objet par les auteurs d'une quatrième partie. Elles sont abordées selon une approche englobant aussi bien un exposé du contexte institutionnel et de ses phases d'évolution que des développements concernant l'intercommunalité ou encore les enjeux de l'application des principes du développement durable et de la gestion des quartiers en difficulté. Gérard-François Dumont retrace ainsi avec précision la genèse de la décentralisation dont il rappelle qu'elle a été menée " au pas de charge " par le gouvernement socialiste de l'époque. L'évolution parfois compliquée de sa mise en œuvre depuis les années 1980 n'empêche pas l'auteur d'affirmer la " nature révolutionnaire des changements intervenus depuis la décentralisation ". On doit par ailleurs à Julien Damon une mise en perspective de la politique de la ville.

Le panorama des caractéristiques de la France en villes se poursuit en cinquième partie par une analyse des dynamiques à l'œuvre dans ces dernières. Exposant les mutations en cours et les enjeux qui en découlent, la partie consacrée aux " dynamiques des villes " apporte des éclairages particuliers et souvent originaux. Gérard-François Dumont et Laurent Chalard fournissent une analyse de la recomposition du peuplement urbain fondée sur une typologie détaillée, accompagnée d'une carte de synthèse ainsi qu'un examen de l'évolution de l'organisation spatiale des grandes villes du XXIème siècle à travers Marseille dont le caractère polynucléaire fait l'objet d'un traitement fouillé.

Le tandem poursuit en proposant une étude sur le phénomène d'exclusion examiné suivant une démarche consistant à recourir à un ensemble d'indicateurs, issus de sources différentes au rang desquels l'Insee, la Direction générale des impôts, la Banque de France et la Caisse d'allocations familiales. Cette méthodologie au caractère novateur, appliquée à l'unité urbaine de Toulouse revêt un grand intérêt pour deux raisons. Tout d'abord, en ce qu'elle offre une vision plus fine d'un phénomène difficile à appréhender, notamment grâce à la formulation d'un " indice synthétique d'exclusion ". Ensuite, parce qu'elle apporte un éclairage nouveau sur la géographie de l'exclusion en remettant en cause le " modèle parisien ".

Le lien entre commerce et aménagement est étudié par René-Paul Desse qui offre une analyse de l'évolution de la forme et de la localisation de l'activité commerciale dans l'espace urbain avant de livrer un exposé particulièrement intéressant sur l'urbanisme commercial et ses acteurs. Jean-François Ghekière conduit une analyse sur l'un des enjeux majeurs du XXIe siècle : le vieillissement démographique en ville. Fondant sa réflexion sur l'augmentation de la population âgée des villes depuis 2006, l'auteur montre l'impact du vieillissement de la population sur l'aménagement des territoires urbains à travers l'étude du cas de Lille sur la période 1990-2006. Face au constat d'un " vieillissement démographique [et d'une] gérontocroissance intenses et jamais égalés ", il en conclut que " l'aménagement urbain jouera un rôle prépondérant dans l'intégration [...] de la population âgée ".

Le parcours approfondi au cœur de la France en villes s'achève comporte une sixième partie avec des exercices pédagogiques. Consacrée à l'analyse des enjeux de l'urbanisation outre-mer et à celle du Grand Paris, cette dernière partie témoigne de la volonté affichée des auteurs de délivrer des clés de lecture des enjeux contemporains tout autant que des outils pédagogiques à leurs lecteurs.

L'ensemble du livre est accompagné de cartes et de graphiques originaux et détaillés. Enfin, un précieux lexique comptant plus de cent entrées et un riche index géographique, avec plus de 450 entrées, complètent avantageusement l'ouvrage. La France en villes, en proposant un format adapté à chaque type de public, se présente donc comme un livre de référence en géographie.

Maïté VERDOL

SALSA (Annibale) : " Il tramonto delle identità tradizionali. Spaesamento e disagio esistenziale nelle Alpi ", 2007, préface Enrico Camanni, Torino, Priuli &Verlucca, 205 pages, 14,50 €

Ouvrage riche et transdisciplinaire, Il tramonto delle identità tradizionali. Spaesamento e disagio esistenziale nelle Alpi du professeur Annibale Salsa, titulaire de la chaire d'Anthropologie philosophique à l'Université de Gênes et Président Général du Club Alpino, analyse les processus socio-économiques et les transformations ayant engendré à l'âge moderne la crise de l'identité traditionnelle alpine ainsi que la progressive marginalisation de cet espace géographique. La mondialisation a impulsé des processus culturels allant du repliement identitaire jusqu'à la folklorisation, en passant par la résurgence des localismes.

Tout au long des siècles l'iconographie des Alpes a véhiculé une vision ambivalente de cet espace physique et mythopoïétique qui s'est inscrite dans la dialectique Nature/Culture : de l'image terrifiante des montes horribiles forgée par les Romains et reprise jusqu'au XVIIe siècle à la vision romantique du XIX' siècle, imprégnée de Sacré et d'Absolu.

Jadis les Alpes, souligne l'auteur, ne constituaient pas une barrière mais un "pont" naturel entre les peuples. Les Etats-Nations ont établi des frontières souvent artificielles : l'espace alpin a été ainsi redessiné selon des logiques politiques et ce en dépit des appartenances anthropologiques des populations. De plus la doctrine du partage des eaux est moderne et, comme le rappelle l'auteur, se réfère à Descartes et à la scansion géométrique de I'espace.

Tout au long du XIXe siècle, la naissance et l'affirmation de I'alpinisme, héritier de l'Âge des Lumières et de sa curiosité intellectuelle, ont ouvert l'espace alpin aux naturalistes et aux scientifiques. Ce qui ne fut pas sans avoir des retombées économiques. Dans la manière de se rapporter à la montagne, souligne le professeur Salsa, se réalise pour l'homme la plénitude par une conjugaison entre expérience empathique avec la Nature, relations sociales et quête de soi. Ce qui, dans l'alpinisme, permet d'atteindre une expérience holiste.

Aujourd'hui dans notre planète devenue un " village global " - où la dialectique centre - périphérie a perdu de son sens- le réseau informatique donne à cette civilisation de l'hic et nunc, de l'immédiateté et de l'éphémère le vertige de l'omnipuissance. Quel avenir pour la civilisation alpine, écologique ante litteram et héritière d'une tradition pluri-millénaire ? Comment une certaine image de la montagne créée par des citadins nourris d'idéalisme romantique peut-elle composer avec le désenchantement du monde, propre à l'ère contemporaine ? Comment restituer à l'espace alpin son rôle authentique de " lieu anthropologique " ? De plus, la montagne serait-elle devenue " un monde des vaincus "?

Dans la postmodernité, affranchis des coordonnées spatio-temporelles, l'archaÏque et le hypermoderne, l'hyperréel et le virtuel coexistent et se télescopent. Pour sauver les Alpes il faut apprendre à négocier entre tradition et modernité au travers d'un processus de " globalisation ", voire d'une interaction raisonnée entre le global et le local. Aujourd'hui le territoire des Alpes se configure comme un véritable laboratoire pour réinventer un " lieu anthropologique " de sauvegarde d'une diversité à la fois biologique et culturelle. Penser les Alpes, nous invite l'Auteur, implique in primis de dépasser le schème interprétatif binaire et obsolète qui oscille entre l'image de locus horridus infranchissable et mortifère et celle de haut lieu idyllique de catharsis. La palingenèse de la société alpine nécessite une hauteur de vision incarnée dans la concrétude de projets stratégiques foncièrement ancrés dans la complexité du réel.

Giulia BOGLIOLO BRUNA

BARON-YELLÈS (Nacima) : " Atlas de l'Espagne. Une métamorphose inachevée " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

Cet Atlas de l'Espagne, que l'on y consacre une lecture attentive ou un parcours rapide, procure le sentiment d'une richesse documentaire extraordinaire. L'ouvrage est dense, particulièrement dense, il apparaît comme un condensé de connaissances qui intéressent presque tous les domaines de la géographie.

Ce sont les mutations, les transformations et les évolutions contemporaines de l'Espagne qui constituent le fil conducteur de cet ouvrage. Des évolutions réellement considérables qui conduisent à la formation d'une nouvelle identité hispanique.

Mais que de contrastes ! Que de métamorphoses !

La modernité en Espagne s'affirme d'autant plus intense que cette nation ne sort de son isolement franquiste que depuis 35 ans. Seulement 35 ans ! Un retard considérable était donc à combler vis-à-vis de certains pays européens dont elle est géographiquement proche. Il n'est pas étonnant que les mutations profondes d'ordre social, d'ordre économique, d'ordre culturel, y soient d'autant plus rapides.

Les étapes qui accompagnent cette modernité - ce qu'il convient de nommer "le miracle espagnol" - sont intimement liées à l'adhésion de l'Espagne au Marché commun, à la Communauté européenne, puis à l'actuelle Union européenne.

En parcourant cet atlas, on ne compte plus les cartes, graphiques, diagrammes et plans qui le parsèment. C'est de la belle géographie, de la vraie géographie. Ces illustrations mettent la métamorphose en évidence, autant par le moteur démographique, que par les multiples facettes de l'économie, les enjeux politiques, la crise de l'urbanisme sauvage ou encore l'urbanisation galopante qui se développe sur le littoral de la Costa del Sol.

Pour sortir de la crise, qu'elle soit considérée au niveau national ou au niveau mondial, les Espagnols vont devoir affronter des choix stratégiques constituant les uniques perspectives d'intégrer l'État au concert des grandes puissances. Ces perspectives jalonnent cet atlas, proposant des visions nuancées de ce qu'il convenait récemment d'appeler le miracle espagnol.

Cet atlas n'évite pas les sujets sensibles ou aigus, bien au contraire. Il aborde notamment un paragraphe consacré à la guerre civile, à l'effacement de ses symboles et à la localisation de ses victimes ; d'autres paragraphes évoquent les querelles nationalistes, ou encore s'attèlent, dans un domaine moins sanguinaire mais tout aussi conflictuel, à la guerre de l'eau douce. Et l'on constate que chaque dossier présente une richesse documentaire considérable, tant dans le domaine informatif liant des commentaires affinés à leurs représentations graphiques que dans le domaine cartographique en affichant des objets documentés et précis.

C'est à l'évidence le fruit d'un travail considérable qui a engendré ce livre réjouissant.

Gérard JOLY

WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. - 22 auteurs) : " L'écosociété : une société plus responsable est-elle possible ? " Éditions Ellipses, Paris, 2010, 623 pages

Ce livre est un ouvrage collectif à la manière anglo-saxonne de rassemblement de nombreuses contributions de spécialistes d'une question.. Il a l'ambition louable d' appréhender les nouvelles voies possibles qui s'ouvrent aux hommes pour entamer les mutations nécessaires au changement climatique. C'est une réflexion géographique tous azimuts, mais aussi pluridisciplinaire, sur un projet de société mieux respectueuse de l'environnement L'ouvrage très copieux explore des solutions possibles pour un développement plus durable en une trentaine de chapitres. Il aborde tous les aspects de la démarche écologique très à l'honneur actuellement. La question est traitée aussi bien à l'échelle mondiale qu'à l'échelle locale.

L'originalité de cette somme écologique réside dans le " projet écosociétal ", dans une démarche avant tout globale, prenant en compte enjeux et acteurs à l'échelle mondiale. Beaucoup des thèmes abordés ont déjà été traités ailleurs, mais les auteurs professeurs et chercheurs universitaires ont un grand souci didactique, car ce livre s'adresse d'abord aux étudiants, même s'il est très pratique à utiliser et à exploiter par les enseignants, les aménageurs et les hommes politiques responsables des choix environnementaux de notre époque ; car ces travaux inédits sont une mine précieuse de renseignements et de réflexions sur l'avenir d'une société tenant compte du changement climatique rapide.

L'ouvrage commence par une copieuse et intéressante introduction de Gabriel Wackermann sur une réflexion sur écosociété et finalité territoriale et l'approche de la notion d'écosociété avec de nombreux encarts tirés de textes d'auteurs. La richesse des orientations bibliographiques montre l'étendue de la difficulté de mettre en place une écosociété.

L'ouvrage rassemble les rubriques en quatre grandes parties :une problématique générale montrant une indispensable démarche intégrée, l'importance de la géodiversité des cultures et des systèmes, des institutions et des réglementations, mais aussi les risques d'achoppement et les concepts de précaution et de sécurisation : deux modèles de développement apparaissent possibles. La seconde partie traite des rapports entre milieux physiques et finalités sociétales :sont pris comme exemples les finalités écosociétales de la biogéographie française, le " jardin créole " à Fort de France, avec pour objectif de montrer ensuite que la terre et les sols sont fondements primaires de l'écosociété, d'où une approche " foncière environnementale ". Les problèmes socio-économiques sont l'objet d'une importante et substantielle troisième partie : les territoires urbains et les finalités écosociétales, avec le déploiement inquiétant des fractures sociales, l'expansion démographique accélérée et le respect des exigences écosociétales, les nouveaux impératifs des aménagements urbanistiques avec les grands concentrations de l'habitat et les pollutions accrues liées à cette croissance des densités d'habitat et de transport, liés à un déploiement de la mobilité et des fortes densités de transports. On constate une responsabilité sociale accrue de l'économie mondiale et donc des perspectives nouvelles dans la constitution d'une écosociété :doit-on réduire la consommation des ménages, penser à un commerce plus équitable et développer des circuits courts ; les oasis sont-ils des modèles d'écosociété durable ? Comment passer de la transition économique dans les pays ex-collectivistes à l'éco-développement ?Toutes questions d'une brûlante actualité.

La quatrième partie rassemble des interrogations sectorielles assez disparates à propos de la production des biens et des services, du temps libre "support possible d'une éco-société, la constitution du " village global " dans une société de l'information et de la communication globales, le rôle de la mer et des transports, comment revisiter le transport dans une optique écosociétale et quelle gestion de la responsabilité sociale au sein des chaînes logistiques et du nouvel esprit marketing et entrepreneurial enfin, l'ouvrage se conclut sur la notion et les possibilités d' " écoquartiers " Peut-être manque-t-il une synthèse des propositions d'écosociété ?

Toutes les multiples questions abordées sont parfois quelque peu utopiques, mais elles méritent d'être posées à une époque de changement planétaire global.

Bernard DÉZERT

SMITH (Stephen) : " Voyage en postcolonie. Le Nouveau Monde franco-africain " Éditions R. Grasset, Paris, 2010, 327 pages

Dans son dernier ouvrage, le journaliste américain Stephen Smith déclare (p.22) : " J'ai commencé à apprendre le français en Afrique ... en 1975 ", après avoir traversé le Sahara en auto-stop. Il l'a appris vite et bien. Journaliste à " Libération " puis au " Monde ", il est devenu " Spécialiste de l'Afrique ". Ayant acquis les subtilités de notre langue, il peut s'amuser du " français domestiqué " revu et corrigé en Afrique : " une leçon d'authenticité par temps de mondialisation ".

Les digressions historiques ou politiques sont nombreuses dans cet ouvrage relatant un périple de trois mois en 2009, qui, d'Abidjan, conduit l'auteur à Conakry, Dakar, Kayes, Bamako, Yamoussoukro, mais aussi Douala, Yaoundé, Brazzaville jusqu'à la frontière gabonaise. Là, bloqué à la suite du décès du président Bongo, il n'hésite pas à profiter de son carnet d'adresses. Pourtant, il répète : " J'exècre la Françafrique, le mot autant que la chose ", ajoutant : " L'état franco-africain ... c'était la colonie de vacances pour des coopérants occupés à faire du CFA ", comme s'ils étaient tous venus pour cela ! N'est-il pas lui-même un passionné, un " fou d'Afrique " ?

Pour son périple, il a voulu n'emprunter que des moyens de transports en commun : avion, autocar, taxi-brousse, moto-taxi, ce qui peut paraître téméraire. Il n'a couvert en réalité que la moitié des " pays du Champ " ; il est vrai qu'aujourd'hui, il ne fait pas bon circuler dans certains (cf. " Les coupeurs de route " de Saïbou Issa). En si peu de temps, les contacts sont évidemment rapides : à Dakar, une soirée à l'Abreuvoir, à Conakry, une interview de Baba-Kourouma à défaut d'une audience du fantasque Dadis Camara, éphémère président auto-proclamé, au Cameroun, une enquête sur les derniers jours de Mongo Béti.

Stephen Smith a le sens de la formule ; il en use jusqu'à rassembler sa pensée dans des raccourcis faciles : " Le Sénégal importe la charité et exporte ses fils ". Cela le conduit des inexactitudes : " Marchand tournant bride face aux Anglais à Fachoda " ou à des erreurs : " Le naufrage du Joala, la plus grande catastrophe maritime de tous les temps qui fait 1800 victimes en 2002 ". Il y en eut hélas bien d'autres, surtout durant la guerre (cf. 9 343 victimes sur le W. Gustloff coulé le 30 janvier 1945 !).

La France n'aurait-elle légué à l'Afrique que la baguette de pain, le PMU, sa langue et, en raison de l'explosion démographique au sud du Sahara, un désir d'expatriation ? Tandis que les Français faisaient apprendre aux Africains : " nos ancêtres les Gaulois ", nous pourrons bientôt dire, si l'on en croit l'auteur, " nos descendants les Bantous ".

Yves BOULVERT

LAMARQUE (Philippe) : " Le Sénégal d'Antan. Le Sénégal à travers la carte postale ancienne " Collection Olivier Bouze, HC éditions, 2009, 109 p.

La Collection d'Antan réunit des albums de collections de cartes postales anciennes par pays ou région. Dans son élogieuse préface, " le président de la République, maître Abdoulaye Wade ", présente l'auteur né en Algérie comme " Africain de naissance et de cœur ".

Certes l'ouvrage est agréable et assez bien documenté sur la géographie, les ethnies, les anecdotes même si l'on y décèle quelques erreurs. Le comptoir de Saint-Louis n'a pu être baptisé ainsi en 1659 par Richelieu (décédé en 1642), mais plutôt par Mazarin (p.11). Podor et non " Matam " est la ville la plus septentrionale du Sénégal (p.31). Je doute fort que " les amateurs de faune africaine apprécient les ... oryx " de Garembeul !

Les cartes postales - près de 350 - sont bien présentées mais pourquoi certaines sont-elles reproduites deux fois ? Dans un ouvrage de ce type, une carte géographique de situation des prises de vue serait souhaitable. Elle révèlerait que certaines ne sont pas localisées et sont même des clichés pris hors du Sénégal : Mali, Dahomey, Guinée (cf. p.102-103 : " Les environs de Ziguinchor ") ! Que vient faire au Sénégal un chef kikouyou du Kenya (p.32) ? Pour les cartophiles, il est encore plus grave de ne pas préciser, voire d'occulter les signatures du photographe et de son éditeur.

Pour un ouvrage de belle présentation, ces erreurs et négligences sont vraiment regrettables.

Yves BOULVERT

DUNMORE (John) : " L'épopée fatale. Le voyage de Surville 1769-1770 " n°16, Coll. Lettres du Pacifique, L'Harmattan, Paris, 2009, 129 pages, 1 carte, 6 illustrations

Surville est l'un de ces explorateurs malchanceux qui ne rentrèrent pas à bon port et ne purent faire connaître leur part de découvertes, demeurant de ce fait des " oubliés de l'Histoire ".

Jean-François Marie de Surville naît le 18 janvier 1717, face à Lorient, à Port-Louis, fief de la Compagnie des Indes. A peine âgé de dix ans, il embarque sur l'un de ses vaisseaux. Il y fait une belle carrière d'" officier bleu ", non noble, de la Marine marchande, au Bengale en 1740, en Chine en 1743. Après avoir été retenu prisonnier par les Anglais de 1745 à 1748, il se fixe à l'Ile-de-France (devenue Maurice) avant de se réengager pour la malheureuse guerre de Sept ans.

La Compagnie des Indes s'effondre. Pourtant Surville fait construire à Nantes un navire de 700 tonneaux, 26 canons, le " Saint-Jean-Baptiste ", et le 3 juin 1767, il fait à nouveau voile pour l'Ile-de-France, puis les Indes. Les gouverneurs et négociants des comptoirs de Pondichéry et Chandernagor, désormais étranglé par Calcutta, cherchaient de nouveaux débouchés, après la perte des Indes. Ils entendirent parler d'îles merveilleuses dans le Pacifique sud : Tahiti et Terre de Davis (ou de David) abritant, croyait-on, une colonie juive et décident de s'associer en un syndicat commercial pour y envoyer le " Saint-Jean-Baptiste ".

Surville embarque donc depuis Chandernagor début mars 1769 et, après escale à Yanaon, cingle vers le détroit de Malacca, puis les îles de Poulo Condor (au large de Saïgon), avant de contourner les Philippines par le nord. A l'escale des îles Batan ou Bashi, trois déserteurs s'enfuient. Surville les remplace en emmenant de force trois indigènes. Il faut rappeler qu'à cette époque le recrutement quasi forcé de soldats ou de matelots n'était souvent qu'un " kidnapping " déguisé.

Après l'entrée dans le Pacifique et l'équateur franchi le 22 septembre 1769, le scorbut se déclare à bord ; c'était, à côté de l'imprécision des longitudes, le grand fléau des voyages au long cours. J. Dunmore rappelle que le " traité du scorbut " de Lind paru en 1753 fut traduit en français dès 1756. Il recommandait les agrumes et la bière ; Cook l'adopta. Il ne fut vulgarisé qu'en 1795 dans la marine anglaise et plus tard encore, dans la marine française!

En octobre, l'aiguade indispensable dans une des îles Salomon : Gagi, baptisé Port Praslin, se passe mal : 250 guerriers mélanésiens les agressent, un sergent est tué. Un jeune garçon est enlevé pour les guider " vers une bonne source d'eau ". Adopté, Lova Sérégua parvint en France mais il ne fut pas présenté à la cour comme le Tahitien de Bougainville en 1769. Avant de quitter la baie, Surville prit possession de celle-ci au nom du Roi.

Surville longe les autres îles Salomon mais ne peut entrer en relations pacifiques avec leurs habitants pour se ravitailler. Le 12 décembre, il parvient en vue de la Nouvelle-Zélande, dont il contourne la pointe septentrionale (cap Reinga), croisant sans le savoir, Cook qui en achève alors le tour! La cap Karikai dépassé, Surville pénètre le 17 dans " Doubtless Bay " où Cook n'avait pas débarqué. Les Maoris offrent du poisson mais leur danse d'accueil, le " haka ", surprend les Français, plus que le frottement mutuel du nez qui correspond à l'échange du souffle c'est-à-dire de l'âme! Surville pense à demander l'autorisation de ramasser du bois de feu, car il ne veut pas toucher à des arbres ou à des sites sacrés. Faute de cette précaution, le navigateur français qui lui succèdera en 1772, Marion Dufresne y perdra la vie.

Malheureusement, cette première escale française en Nouvelle-Zélande fut gâtée le 30 par le vol d'une yole. Irrité, Surville se venge en mettant le feu à quelques cabanes de pêche et en capturant un jeune homme " avec l'intention de le ramener en France comme exemple de l'art maori "!

Ne voulant pas revenir par l'ouest et les calmes équatoriaux, l'expédition de Surville se poursuit vers l'est à la recherche de la riche terre australe toujours espérée. Oscillant entre 34 et 40° sud, le trajet fut le premier accompli d'ouest en est à ces latitudes basses. On peut parler " d'anti-découvertes " : aucun continent ou île importante n'existe à ces niveaux, Cook n'y avait fait qu'une incursion. En été austral, il ne fait pas froid et les vents sont portants, mais l'océan est vide et la " pêche toujours difficile quand un navire est en marche ". Dès le 6 mars 1770, " disette d'eau, de bois de feu, de vivres et les maladies qui recommencent à gagner l'équipage ... nous ne pouvions nous amuser plus longtemps à chercher les terres de David " écrit Surville . Son second, Labé, ajoute : " Je n'ai plus que six matelots sur le gaillard d'arrière et douze pour les manœuvres de devant ". Les décès se succèdent dont le Maori Ranginui.

Le 8 avril, mouillé au large du village de Chilca à quelque 500 kilomètres au sud de Lima, Surville en grande tenue descend dans un canot avec deux marins pour demander du secours à terre. Hélas, pris par une lame, le canot chavire, les trois hommes sont noyés. Labé peut regagner Callao, port de Lima, où le " Saint-Jean-Baptiste " sera bloqué plus de deux ans avant d'obtenir - depuis Madrid - l'autorisation de rentrer en France. Labé ne put appareiller de Callao que le 7 avril 1773, trois ans après le désastreuse arrivée à Chilca ; il atteignit enfin Port-Louis le 20 août. Cette circumnavigation avait coûté la vie à 79 des 175 hommes qui avaient embarqué en Inde, en plus des 28 déserteurs, fatigués d'attendre au Pérou! D'un point de vue financier, l'expédition fut un désastre pour ses armateurs.

Surville avait eu " la malchance de poursuivre une chimère qui ... hantait les navigateurs et les cartographes ". J. Dunmore souligne que " son voyage fut le complément de celui de Cook, un exploit qui pendant longtemps ne fut pas reconnu ". Les journaux de bord de Surville de ses officiers, toujours conservés aux Archives de la Marine à Vincennes, permirent au géographe J.N. Buache de Neuville de recouper les données espagnoles éparses et de publier en 1782 un " Mémoire sur l'existence et la position des îles Salomon " ! L'étude de Fleurieu " Découverte des Français en 1768 et 1769 dans le Sud-Est de la Nouvelle-Guinée " parue en 1790, ne laissant plus aucun doute. Tel fut le destin de Surville : " redécouvrir une terre dont beaucoup pensaient qu'elle n'existait pas, tandis qu'il en recherchait une autre qui n'existait pas " elle-même.

On peut remercier J. Dunmore d'avoir su utiliser les découvertes bibliographiques tant anglaises que françaises et d'avoir fait revivre la mémoire de Surville pour un public anglophone : son ouvrage reçut le " Best book prize en Nouvelle-Zélande ". Regrettons seulement qu'une relecture n'ait pas été effectuée par l'éditeur pour quelques coquilles et termes inappropriés.

Yves BOULVERT

N'DIAYE (Tidiane) : " Le génocide volé, enquête historique " Coll. Continents noirs NRF Gallimard, 2008, 253 pages, 15 ill.

L'anthropologue et économiste Tidiane N'Diaye est présenté par son éditeur comme " l'un des grands spécialistes des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas ", sans que son origine - probablement sénégalaise - ne soit précisée. Tout comme l'Algérien Malek Chebel dans son ouvrage : " L'esclave en Terre d'Islam " (2007), Tidiane N'Diaye s'attaque au tabou de la traite orientale, beaucoup moins connue que la traite occidentale sur laquelle d'accablants documents écrits et chiffrés ne manquent pas et qui en outre concerne directement l'Occident. En 2001, la France finit par reconnaître la traite et l'esclavage comme " crimes contre l'humanité ", après les excuses du président Clinton et la demande de pardon du pape Jean-Paul II en 1991. Les peuples arabo-musulmans sont encore loin de telles repentances comme l'a montré la conférence de Durban en 2001.

Selon l'auteur, " avant l'arrivée des Arabes, le système d'asservissement préexistant en Afrique subsaharienne ... était plutôt du servage ... ". Tidiane N'Diaye précise : " La traite négrière arabo-musulmane a commencé lorsque l'émir ... Abdallah a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves ...Ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXème siècle " (soit onze siècles contre quatre pour la traite atlantique). " Les Arabes ... eurent recours à des arguments à la fois racistes et religieux pour justifier l'esclavage des Noirs même convertis ... Chez les Arabes, bien des écrits témoignent de leur solide mépris envers les peuples des Bilad as-Sudan( le pays des Noirs) ".

Outre Zanzibar, les Arabes furent les premiers à découvrir Madagascar. Les guerres s'accompagnèrent de multiples razzias, villages après villages. Un auteur centrafricain E. Goyémidé a réussi l'exploit de relater l'une d'elles (Le dernier survivant de la caravane, 1985) sans jamais évoquer Arabes ou Islam ! Hommes et vieillards étaient exterminés; les femmes jeunes et les enfants étaient emmenés en caravanes. Ceux de l'Est africain étaient emmenés vers le Nil, la côte de la Mer Rouge ou de l'Océan Indien. Ceux razziés par les royaumes esclavagistes de la bordure saharienne étaient entraînés vers les marchés d'esclaves de Marrakech, Alger, Tunis, Ghadamès, Tripoli jusqu'au Caire dans des conditions éprouvantes relatées dès 1827 dans le récit vécu de René Caillié. Les témoignages des explorateurs ou des consuls sont multiples à ce sujet; le plus marquant est celui d'un Africain, le lettré tunisien musulman, le Cheykh M. El-Tounsy dans ses " Voyages au Darfour " (1845) et " au Ouaddaï " (1851).

Tidiane N'Diaye souligne " que l'Islam partageait des valeurs et comportements communs aux Africains : fécondité, famille, suprématie masculine, mariages précoces et polygamie ". Selon un érudit, " L'Islam doit sa rapide diffusion à la clarté de ses dogmes, à la facilité de ses préceptes et à l'équité de ses lois ", contrairement au christianisme associé " à la colonisation et à l'Occident ". L'Islam ayant rapidement autorisé la réduction en esclavage de qui n'est pas musulman, " les Arabes ont islamisé et influencé de nombreux empires ... du Bornou à l'Abyssinie en passant par le Darfour, le Wadaï, le Sokoto et le Wassoulou ... ". L'arrivée des Arabes fut " le prélude d'une éclipse totale " de civilisations pré-existantes (cf. Nok, Ife, Yorubas ... ). Pour des motifs bien différents les uns des autres, il y eut une " résistance africaine "; à l'inverse, " plus répugnants, les monarques dahoméens animistes entrèrent en collaboration avec les Arabes musulmans, puis avec les négriers européens ... ".

T. N'Diaye s'étend sur " la bestialisation, les razzias et chasses à l'homme ", y compris la révolte soudanaise du " mystique et illuminé Mahdi ... Ces Arabes commettaient les pires crimes en Afrique mais pensaient qu'ils n'en restaient pas moins fidèles aux principes de l'Islam ... avec leurs traditions religieuses qui, à leurs yeux, étaient plus fortes que toutes les lois de la terre ". C'est ce qui se passe encore aujourd'hui au Sud Soudan et au Darfour!

Après avoir traité des " Noirs dans le système esclavagiste arabo-musulman ", T. N'Diaye détaille " l'extinction ethnique programmée par castration massive ". Une bonne partie des " enfants nés de ces relations (Arabes et " femmes-objets " noires) étaient en général victimes d'infanticides ou d'avortements. " Ainsi seule une minorité a pu laisser une descendance dans le monde arabo-musulman ".

L'auteur conclut: " Aucune amnésie sélective ne devrait réussir indéfiniment à voiler des événements avérés ". La thèse est forte et devrait avoir plus de poids venant d'un Africain que d'un Européen toujours suspecté de néo-colonialisme. L'on peut regretter un certain manque de rigueur de l'auteur qui, dans sa bibliographie - trop sommaire - cite de multiples témoignages d'auteurs - connus ou non - avec des références insuffisantes (noms, titres, dates ...). En outre, il est dommage que les citations mélangent les transcriptions anglo-saxonnes (cf. p. 199, Warghla) et françaises (p,168, Ouargla)!

Cet ouvrage interpelle et mérite des réactions.

Yves BOULVERT

 

SEYER (Claude) : " Nancy aérienne " Préface de Jean-Claude Bonnefont, Gérard Louis Éditeur à Haroué (54740), 2008, format 22,5 x 29 cm

Les photographies aériennes réalisées par deux géographes Bruno Valentin et Julien Pannetier mettent en évidence le damier des toits rouges ou gris avec les alignements verts ou ocres des espaces verts et des rangées d'arbres dans la cité ducale. L'auteur Claude Seyer, également géographe, démontre combien la géométrie des rues différencie chaque quartier ; leurs limites apparaissent incroyablement tranchées. Pourtant, ces effets photographiques ne sont pas aussi aisément observables par le piéton ou par l'automobiliste qui franchit différents quartiers. L'architecture a modelé la ville dans sa diversité ; elle suit l'évolution constante de certains quartiers, elle offre aussi une apothéose dans la disposition de la prestigieuse place Stanislas.

Le nouveau Nancy a véritablement commencé avec l'afflux des Alsaciens-Lorrains après les annexions allemandes de 1871 - la population de 50 000 habitants passera à 120 000 à la veille de la Grande Guerre. Il se poursuit encore aujourd'hui, accompagné par des projets urbains destinés à relever d'importants défis, certains d'ordre social, d'autres à caractères industriels. L'architecture, à l'intérieur de l'ancienne enceinte fortifiée, ou dans les premiers faubourgs de la ville, ou dans ses tentacules récentes, reflète l'histoire urbaine de la ville de Nancy.

Gérard JOLY

 

ORSENNA (Erik) : " L'Avenir de l'eau. Petit précis de mondialisation - II " Fayard, Le Livre de Poche, 2010, 470 pages

Après un premier essai sur la mondialisation consacrée aux chemins du coton, l'Académicien Erik Orsenna, écrivain prolixe, s'attaque à la diversité des problèmes liés à l'avenir de l'eau. Doué d'un remarquable don de conteur, il y relate un périple de deux années d'une extrémité du globe à l'autre. En position d'observateur privilégié grâce à son prestige d'Académicien et aux " bons papiers diplomatiques " (p.284), il rencontre des situations très contrastées, enquêtant auprès de praticiens très divers, des paysans aux techniciens et chercheurs jusqu'à de hautes personnalités.

A côté de pays noyés sous la pluie ou les inondations, comme le Bangladesh, d'autres, en proie à la sécheresse, utilisent des solutions extrêmes. " Le Guide de la Révolution libyenne " accélère les travaux de la " Great Man-made River " pompant dans les nappes fossiles, non renouvelées, aux dépens des oasis, comme on le voit à Ghadamès par exemple. L'Australie qui manque d'eau, exporte son bétail ; l'auteur rappelle que la production d'un kilo de bœuf nécessite un volume d'eau de 13 500 litres ! Dans ce même pays, l'exploitation d'une mine a imposé de construire une usine de dessalement à plus de 300 kilomètres du site ! A l'eau de pluie, à celle provenant du dessalement et à celle achetée en Malaisie, la ville-état surpeuplée de Singapour doit ajouter l'eau retraitée à partir de ses eaux usées.

L'auteur reconnaît avoir modifié sa perception des barrages, si décriés depuis peu dans nos pays qui n'en ressentent plus le besoin. Pourtant il ne fait pas ressortir les énormes potentialités inexploitées dans le bassin du Congo notamment. Il est vrai que la géopolitique s'en mêle : aux problèmes cités du bassin du Nil et du Jourdain, s'ajoutent ceux, au moins aussi graves, de l'Euphrate et du Tigre. L'auteur en est conscient, intitulant un paragraphe : " Le bel avenir des guerres de l'eau ", mais il n'insiste pas.

Cette interrogation nous paraît cruciale au XXIème siècle, de même que celle du développement anarchique des mégalopoles du Tiers-Monde : " Si le nombre des citadins double sans que progresse l'assainissement, dans quels cloaques géants vivront-ils ? ". Curieusement, Erik Orsenna conclut : " Où allons-nous développer l'agriculture capable de nourrir neuf milliards d'êtres humains ? La crise globale de l'eau n'aura pas lieu. La crise de la terre commence ... " Tournant la page, l'auteur annoncerait-il son prochain ouvrage ?

Yves BOULVERT

BONNET (Jacques), BROGGIO (Cécile) : " Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie

Les auteurs sont des spécialistes de géographie urbaine, industrielle et d'aménagement du Territoire de l'Université de Lyon. Ils ont obtenu la collaboration de Nicolas Millet, Directeur de l'aménagement du territoire à la Chambre de commerce de Lyon. L'ouvrage s'attache remarquablement à démontrer à l'aide de nombreux exemples historiques et actuels que le développement ne se produit que dans et par les territoires. Même dans la mondialisation économique, il y a une dimension spatiale forte, d'abord liée à la localisation et à la distribution inégale des ressources naturelles, mais aussi aux effets de proximité, aux contraintes de la distance et des obstacles ou avantages physiques, liés à la circulation et aux échanges, facteur fondamental à notre époque de mondialisation financière et économique. Du reste, la notion de territoire d'entreprise suppose que s'établisse une concordance selon les espaces, entre des faits à la fois d'ordre économique, politique et social. Ainsi, en un demi-siècle, les Pays anciennement industrialisés sont rapidement passés d'une économie de production industrielle à une économie à base de services. En outre, la sophistication des entreprises s'est singulièrement compliquée, notamment avec le rôle contraignant pour le choix ou le maintien des sites de la protection de l'environnement naturel, selon les principes du développement durable.

Ce manuel au texte dense est solidement illustré, avec de nombreux schémas et encadrés pour expliciter des exemples souvent très judicieux ou des extraits d'ouvrages en rapport. Il procède d'une profonde réflexion, à la fois économique et géographique rigoureuse. Ainsi, les auteurs ont divisé leur ouvrage logiquement en trois parties : d'abord, la dimension historique : l'évolution profonde du rapport entreprises/territoires, ensuite, la dimension territoriale des entreprises, avec étude originale de la géographie du financement des entreprises, l'analyse des logiques locales de l'innovation et l'ancrage territorial des gains de productivité ; enfin, les rapports entre l'efficacité économique et l'efficience territoriale, partie qui est l'apport essentiel de ce livre à la connaissance des nouvelles gouvernances d'entreprise : échelles de relations des entreprises, réflexions pertinentes sur la mobilité des facteurs de production en Europe, des entreprises et des personnels ; " flexisécurité " et principe du pays d'origine. J'ai beaucoup apprécié le dernier chapitre très instructif sur le nouveau " management territorial ",à savoir, le rôle de l'acteur-territoire et de l'acteur-entreprise, où l'aspect sociologique de la question apparaît avec la grande responsabilité sociale des territoires et des entreprises. Aussi, le management des entreprises est-il de ^plus en plus compatible avec celui des territoires et de leur zone de rayonnement, d'où les nouveaux enjeux de la décentralisation et de la mobilité des entreprises, dans la relation entreprises/territoires. Les auteurs concluent sur l'idée que l'efficience territoriale est mesurée par la capacité d'évolution des entreprises, de transformation constante des organisations et du rôle de soutien des pouvoirs publics, sujet pleinement d'actualité !

Bernard DÉZERT

BATAILLON (Claude) : " Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009, 226 pages.

Claude Bataillon nous livre un bien intéressant ouvrage sur le parcours de six géographes français nés dans les années 1930. Tous ont marqué des générations d'étudiants et influencé la manière de penser la géographie : Roger Brunet, Paul Claval, Olivier Dollfus, François Durand-Dastès, Armand Frémont et Fernand Verger. L'ouvrage s'articule en deux parties, la première s'intéresse au " récit ", c'est-à-dire à leur formation, leur carrière et leur production scientifique, la seconde aux " autobiographies et choix de textes personnels ". Bien que l'ouvrage soit d'un incontestable apport pour la connaissance de l'histoire de la géographie française sur cette période, il faut d'emblée souligner l'accès parfois technique et ardu du propos qui en fait une étude réservée aux plus intéressés. L'approche thématique ne semble écarter aucun aspect fondamental de la vie de ces géographes ayant marqué leur époque. Toutefois, le lecteur peine souvent à prendre du recul sur la destinée des uns et des autres dans l'évolution globale de la géographie française. En particulier, la mise en relation de ces six destins différents n'apparaît pas évidente. On s'interroge souvent sur le fil directeur qui pourrait caractériser cette génération 1930 de géographes français. La réponse est donnée à la dernière page de la conclusion (p. 209). Vers 1982, la revue L'Espace géographique les unit après des formations et des parcours divers, et parfois opposés, au sein de la géographie et de l'institution universitaire. Mais ce réseau de relations reste provisoire puisque Frémont et Claval, qui fonde la revue Géographie et culture, s'en éloignent alors que Brunet, Dollfus et Durand-Dastès s'investissent dans la Géographie universelle Reclus qui aura connu son plus fort rayonnement dans les années 1990. Tous auront fondé des supports institutionnels qui en font, parmi d'autres, des grandes figures de la géographie de la fin du XXe siècle.

Philippe BOULANGER

BAILONI (Mark) et PAPIN (Delphine) : " Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

Très illustré, cet atlas offre un panorama intéressant de différents défis géopolitiques qui se présentent aujourd'hui au Royaume-Uni. Ses auteurs s'appliquent à mettre en évidence les identités nationales qui le composent, rapportant leurs évolutions historiques et leurs disparités actuelles, lesquelles se manifestent notamment dans le clivage électoral et les particularismes culturels.

Cet atlas développe des paragraphes différenciés pour l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. On y retrouve également la composition du Commonwealth, aspect d'autant plus intéressant que certains territoires - héritages de l'Empire britannique - présentent aujourd'hui encore des positions stratégiques, tant dans le domaine économique que dans le domaine militaire. On ne s'étonnera pas que plusieurs chapitres soient consacrés à l'Europe, aux rapports parfois difficiles qu'entretiennent les Anglais avec l'Union, à l'économie européenne et donc aux stratégies adoptées par les Britanniques pour innover quand les investisseurs indiens rachètent ses fleurons industriels.

En effet, l'accent est mis sur les innovations, celles qui sont destinées à rétablir la puissance mondiale du Royaume-Uni dans plusieurs domaines, profitant encore de la suprématie linguistique qui demeure.

C'est probablement dans ce contexte que la ville de Londres a opté pour l'organisation des Jeux olympiques en 2012. Un choix qui n'est peut-être pas des plus judicieux.

Gérard JOLY

RADVANYI (Jean) et BEROUTCHACHVILI (Nicolas) : " Atlas géopolitique du Caucase " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €

Le Caucase est à plusieurs titres une région de paradoxes, d'abord sur le plan de sa géographie physique mais pareillement sur celui de ses différentes populations avec tout ce qui les accompagne : cultures, religions et prétentions nationales.

La multiplicité des territoires, l'enchevêtrement des républiques autonomes sont sources de tensions sous-jacentes quand ils n'ont pas déjà déclenché des conflits.

L'atlas réalisé par Radvanyi et le collègue géorgien décédé en 2006, restitue le contexte historique de cette région entre mer Noire et mer Caspienne, et rappelle les choix adoptés par le régime communiste de l'URSS ainsi que les éclatements qui ont suivi le démantèlement de la dictature.

Les auteurs réalisent un véritable tour de force en mettant en évidence les imbrications linguistiques, ethniques et religieuses avec les rivalités et les massacres que toutes les religions suscitent par leur prosélytisme. Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas que les questions de géopolitique soient le fil conducteur de chaque paragraphe de cet atlas et les accompagnent de multiples cartes affichant avec une grande précision les positions tenues et les mouvements effectués.

Quelques pages de l'atlas sont réservées aux capitales : Bakou, Erevan, Tbilissi et aussi à Sotchi, ville choisie pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 2014.

Plusieurs des conflits du Caucase sont abordés mais le lecteur constatera qu'ils le sont sous un éclairage orienté - systématiquement critique à l'égard de Moscou - favorable à certaines rebellions ou mouvements terroristes.

Gérard JOLY

IGAH (Emmanuel) : " Nigeria handbook. All you want to know about Nigeria " 2009, Federal Ministry of Information and Communications, Abuja, Nigeria, 272 pages

Notre confrère Emmanuel IGAH présente "avec le soutien de la Société de Géographie", un guide-répertoire du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique (plus de 140 millions d'habitants) et donc essentiel à ce continent. C'est le travail d'un collectif d'auteurs spécialisés dont il fallait rassembler et coordonner les apports. Tel qu'il est, cet ouvrage, agréablement illustré de nombreuses photographies et de cartes infographiques en couleurs (parfois difficiles à déchiffrer, telle la carte géologique), rassemble de nombreuses données statistiques dont plus de 40 diagrammes et tableaux.

Après un rappel de l'histoire et de la géographie physique de ce grand pays, les contributeurs présentent le Nigeria dans sa diversité ethnique, linguistique et religieuse. Les rivalités entre chrétiens et musulmans sont signalées ; on pourrait préciser qu'elles peuvent s'ajouter aux oppositions fréquentes en Afrique entre agriculteurs et éleveurs. Les divers secteurs d'activité économique sont présentés sans que l'on insiste sur le développement du secteur pétrolier au détriment de l'agriculture ; on ne mentionne pas non plus le problème géopolitique de la répartition de ce pactole entre les divers états de ce pays fédéral, ni les problèmes de pollution du delta du Niger. Ce n'est pas, il faut le reconnaître, le propos de cet ouvrage.

La diversité des secteurs est bien traitée, y compris banques, assurances, bourse des valeurs, mais aussi constructions, approvisionnement en eau, santé, sports, culture - inclus le phénomène cinématographique " Nollywood ", médias. Cet ouvrage s'adresse à tous les visiteurs qu'ils soient hommes d'affaires, investisseurs ou simples touristes. Pour ces derniers sont présentés les principaux sites naturels, attractions culturelles et musées, sans que soit évoqué le problème de la sécurité.

On comprend que ce guide soit une mine de renseignements, de statistiques, d'adresses - e mails compris - fort utiles. Il ne faut pas oublier qu'il résulte du partenariat Public-Privé. Il ne s'agit pas là d'une étude critique mais d'une présentation officielle et documentée du Nigeria.

Yves BOULVERT

SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.) : " Elisée Reclus. Natura e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori, 2007, 296 pages.

Les 12 et 13 octobre 2005, à la Faculté de Sciences de la Formation de l'Université de Milano-Bicocca, a eu lieu le Congrès International " Elisée Reclus : nature et éducation " dont les actes sont publiés dans le volume ici présenté.

Avec ce Congrès, les géographes italiens ont ainsi voulu d'une part apporter leur contribution au débat en cours sur le grand géographe français pour le centenaire de sa mort, et de l'autre saisir l'occasion pour rappeler dans leur pays l'attention sur toute l'œuvre du grand géographe et activiste politique français, jusqu'à maintenant insuffisamment prise en considération si l'on excepte la fin des Années soixante quand, grâce à la diffusion de la revue " Hérodote " et à son édition italienne, il fut redécouvert et, pour un bref moment, étudié et analysé.

La rencontre a voulu prendre en considération surtout deux aspects de l'énorme et très riche production scientifique de Reclus (1830-1905), la nature et l'éducation, aussi bien pour les intérêts de l'organisatrice que parce qu'ils sont strictement liés entre eux et aux autres différents thèmes de ce prolifique auteur.

Les travaux sont donc partis d'une définition diligente de l'idée reclusienne de nature, car cela est une opération fondamentale non seulement pour comprendre les études géographiques physiques de Reclus, mais aussi pour aborder correctement ses thèmes géographiques humains. Dans un moment historique où le déterminisme est le paradigme prédominant, Reclus s'y oppose de façon catégorique, en proposant une vision pas du tout statique ou fétichiste de la nature et de son rapport avec l'Humanité (Philippe Pelletier). Sur la base de ce préliminaire, les participants ont donc aussi analysé l'importance qu'une telle idée de nature prend dans la pensée anarchique de Reclus (Ronald Creagh), surtout en ce qui concerne le colonialisme (Vincenzo Guarrasi). D'autre part, la formation typique du XIXème siècle sur les idées de Reclus est apparue très évidente dans d'autres domaines : peut-être quelques collègues français seront-ils étonnés qu'il ait été défini comme un géographe " allemand " ou plutôt le " dernier des Erdkunder ", puisque ce qui le rapproche de C. Ritter est beaucoup plus important que ce qu'il l'en éloigne (Franco Farinelli), ou bien qu'il ait été rapproché d'un autre allemand, K. Marx, avec lequel il avait partagé l'ostracisme du monde géographique académique, et non seulement de son époque (Massimo Quaini).

En tout cas, l'actualité de la pensée de Reclus est encore aujourd'hui extraordinaire. Par exemple, l'idée d'environnement qui devient paysage culturel (Giuseppe Campione) et la conception anthropologique selon laquelle l'homme n'est pas le cancer de la planète (Raffaele Mantegazza); l'approche anthropocentrique dans l'étude des " catastrophes " (Stefano Malatesta) et les réflexions sur le rôle pervers de l'interaction entre les principales formes de pouvoir (John P. Clark) ; la proposition d'une école où les enfants deviennent les protagonistes absolus (Francesco Codello), d'un nouveau plan d'études géographiques universitaires (Teresa Vicente Mosquete) approfondi surtout du point de vue de la géographie politique (Fabrizio Eva) et d'une éducation permanente des adultes qui le rapproche de A. Ghisleri (Emanuela Casti).

Du Congrès en question il en est ressorti que même les textes les plus didactiques de Reclus peuvent être aujourd'hui d'utiles instruments de vulgarisation scientifique, comme le démontre la traduction italienne de l'Histoire d'un ruisseau de 1869 (chez Eleuthera, 2005) et celle de l'Histoire d'une montagne de 1880 (chez Tararà, 2008). Ces deux livres peuvent sans doute pousser aussi bien l'écolier (Enrico Squarcina) que le lecteur adulte, à la redécouverte d'une géographie où tous les sens participent à l'expérience (Marcella Schmidt di Friedberg) et où le sentiment, le rêve et les images trouvent aussi leur place (Claude Raffestin). Le volume ici présenté, qui reporte les interventions en langue originale et en traduction italienne, a donc apporté une grande contribution à la redécouverte en Italie d'un géographe que beaucoup citent mais que peu, jusqu'à présent, avaient lu et approfondi d'une façon adéquate.

Lorenzo BAGNOLI (Università di Milano-Bicocca, Italie)

PETRELLA (Marco) : " La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d'Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages.

L'ouvrage de Marco Petrella, rédigé à partir de sa thèse de doctorat, apporte une pierre significative à la connaissance de l'histoire de la cartographie de la Bourgogne encore pauvre en contributions scientifiques.

Le livre repose sur l'étude de la cartographie imprimée de la Bourgogne au XVIIème et XVIIIème siècle, mais l'analyse est centrée sur la question de la formation du territoire provincial et son intégration dans l'État français.

Après une mise au point méthodologique, l'auteur s'attache à réfléchir à la production centrale, distincte de la locale, expression des élites provinciales. Tous les deux jouent un rôle décisif dans l'organisation territoriale et la construction d'un royaume unitaire centralisé.

En effet, il est hors de doute que la carte géographique ne constitue pas une représentation fidèle d'un territoire, mais plutôt un élément qui la précède.

Du début à la fin de l'étude, tout est référencé et discuté sur la base d'une documentation ample. L'ouvrage inclut de nombreuses illustrations qui enrichissent les argumentations et donnent une idée de la séduisante province française si riche en histoire et culture.

Giuliana ANDREOTTI

GAY (Jean-Christophe) : " Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136 pages, 23,50 €

Cet ouvrage sur les tourismes en outre-mer présente un planisphère sur lequel sont énumérés toutes les possessions françaises actuelles. L'auteur rappelle que le tourisme a pris son essor au temps des colonies et qu'au cours de son développement, il va s'avérer parfois lié à des catastrophes naturelles.

L'accessibilité est bien entendu un facteur primordial : - une ligne de navigation qui se crée ou, à l'inverse, qui cesse son activité - un nouvel aéroport - l'arrivée des avions longs courriers - autant d'exemples qui ont été ou sont encore de nature à bouleverser les activités touristiques locales.

Mais c'est essentiellement le rôle de l'administration de l'État qui va favoriser l'essor touristique vers les DOM-TOM à partir de 1986. Ceci est illustré par de nombreux tableaux, graphiques et cartes présentant les évolutions des 20 ou 50 dernières années, ses contrastes avec les commentaires explicatifs. L'ouvrage est aussi agrémenté d'une série de 32 très jolies photographies en couleurs.

Les crises hôtelières, les sur-rémunérations de certaines personnes, les grèves paralysantes et les disparités économiques locales nuisent gravement à certaines destinations par rapport à leurs pays environnants. De même que l'attitude de la société locale pouvant aller de l'enthousiasme à l'hostilité.

Gérard JOLY

DION (Roger) : " Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 €

Voici enfin réédité le chef-d'oeuvre de Roger Dion, qui a révolutionné l'approche traditionnelle de l'histoire et de la géographie viticoles.

Non, la qualité des vins de France ne tient pas seulement à celle des terroirs, ni à celle des cépages. Elle dépend surtout de la position géographique des vignobles par rapport aux marchés, des goûts et des attentes des clients. Les crus classés de Bordeaux ? Ils doivent leur richesse à la stratégie commerciale des Anglais, qui ont cherché dès le Moyen Âge des produits de qualité pour un marché formé de princes et de négociants. Les grandes appellations de Bourgogne? Elles s'expliquent par les exigences de la cour des ducs de Bourgogne à Dijon. Le nez frais et ouvert des Côtes-du-Rhône septentrionales, dominé par de subtiles notes épicées? Il doit son originalité aux attentes de la bourgeoisie lyonnaise. Le succès du Champagne? Il résulte d'une invention anglaise qui a connu une grande vogue dans la haute société britannique et française. À l'inverse, le Languedoc a mis du temps à produire des vins de qualité car la région a connu des difficultés à l'export: ses péniches qui descendaient le Canal du Midi étaient bloquées avant Bordeaux...

Pour Roger Dion, le terroir est un "fait social et non géologique", une construction historique avant toute chose. Une ode amoureuse aux terroirs des vins de France et aux hommes qui les façonnèrent. La référence inégalée pour comprendre la grande aventure des vignobles et du vin français.

Roger Dion (1896-1981) a enseigné la géographie historique au Collège de France de 1948 à 1968. Il est l'un des plus grands géographes français du XXe siècle.

Librairie La GéoGraphie

PALAU (François et Maguy) : " Le rail en France au Second Empire (1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages

Ce 3ème volume de 240 pages de format 21x30, abondamment illustré, n'est comme les 2 premiers qu'une simple nomenclature, mais combien précieuse ! Tous les 163 tronçons de voies de chemin de fer construits en France sous le Second Empire y sont répertoriés avec leur date précise de mise en service, leur description et leurs caractéristiques ; profil, ouvrages d'art, gares, longueur, par exemple Bayonne-Irun, 21 avril 1864, 36 km.

La comparaison par pays et par année est édifiante. Du 1.01.1850 au 31.12.1870 le réseau anglais passe de 10 594 km à 23 376 tandis que le réseau français passe de 2 904 km à 17 723. La croissance a été multipliée par 2,2 en Grande-Bretagne et par 6,1 en France, soit 3 fois plus forte. Le Second Empire français a été de loin la période où l'on a le plus construit de chemins de fer en France.

C'est un outil indispensable pour l'étude du développement économique des régions et villes françaises.

Jean BASTIÉ

TRÉGUER (Paul) : " Trois marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de Claude Lorius membre de l'Institut, 2010, 146 pages dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie.

Paul Tréguer, professeur émérite à l'université de Bretagne occidentale, est océanographe spécialiste de l'Antarctique. Son ouvrage retrace trois expéditions emblématiques de la conquête du pôle antarctique à partir de la mer de Ross, quasiment simultanées, à la veille de la Première Guerre mondiale. Les trois expéditions étaient confiées à Robert Falcon Scott, appareillé de Londres à bord du baleinier Terra Nova, à Roald Amundsen d'Oslo à bord du navire polaire Fram et au Japonais Nobu Shirase à bord du trois-mâts goélette Kainan Maru. Les Japonais allaient s'apercevoir très vite que l'Antarctique n'était pas une affaire d'amateurs, et une terrible compétition s'ouvrit entre le Britannique et le Norvégien pour planter le premier son drapeau au pôle sud.

La course tourna à l'avantage d'Amundsen, qui planta sa tente au pôle le 17 décembre 1911 après une course sportive à ski de cinquante deux jours admirablement organisée, jalonnée de dépôts de viande de phoque pour nourrir les chiens de traîneaux. Encombré de poneys sibériens et de véhicules motorisés mal adaptés à l'environnement, Scott déploya le 17 janvier l'Union Jack au pôle, en retard de 31 petits jours et d'une éternité. Le retour du raid fut un long cauchemar qui s'acheva dans les derniers jours de mars 1912 quand Scott, le dernier survivant, s'allongea pour attendre la mort, la tête sur son carnet de notes et ses échantillons minéraux, mettant fin à ce que la presse britannique appela The Antarctic disaster

L'auteur achève son ouvrage par le récit de sa participation en 1990 à une campagne du navire de recherche américain Polar Duke aux abords du volcan Erebus.

Contre-amiral François BELLEC

DEVILLET (Guénaël) (sous la dir. de) : " Être géographe aujourd'hui : La Géographie...Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages

Cet ouvrage collectif (45 contributions) en hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, retrace d'abord les faits les plus marquants de la carrière très bien remplie de notre collègue belge et ses nombreux apports scientifiques à la Géographie. L'importante et complète bibliographie associée à cet hommage est forte de 328 références essentiellement sous forme de multiples articles de revues, dont plusieurs excellents manuels. D'abord assistante du Professeur Sporck, Bernadette Mérenne s'est vite spécialisée dans les différentes parties de la géographie humaine et régionale (en premier lieu, la géographie industrielle, avec des ouvrages fondamentaux qui ont fait date à mon avis, comme : " la Localisation des industries, mutations récentes et méthodes d'analyse ", Nathan Université 1991, " Géographie de l'énergie ", Nathan Université, 1993, " La localisation des industries, enjeux et dynamiques ", Rennes,2002, nouvelle édition en 2008, " Géographie de l'énergie, Acteurs, lieux et enjeux ", Paris Belin Sup Géographie ;2007).Elle a également publié articles de revue et livres sur la géographie du commerce de détail : " La localisation des services ",Paris, Nathan 1996, " La localisation des productions agricoles, mutations récentes et méthodes d'analyse "Paris, Nathan Univ.1999, " Géographie des services et des commerces ",P.U.de Rennes,2003, reprise en 2008,autant de manuels au texte bien illustré et clair, très appréciés des étudiants). Cet ouvrage en hommage collectif de collègues, accueille un ensemble de contributions, démontrant la diversité profonde des intérêts scientifiques de Bernadette Mérenne-Schoumaker d'où l'orientation des articles sur les fondements de la géographie, sur ses pratiques théoriques, descriptives et géosystèmiques, sur les regards jetés sur la discipline par des géographes issus de milieux et de convictions scientifiques différentes :L'intérêt majeur de ce volume pour l'épistémologie de la géographie est que chacun des auteurs (au total :45)a été sollicité pour s'interroger sur sa pratique de la discipline, tant en géographie économique et sociale, qu'en géographie physique ou en " géomatique " ou dans le domaine de la didactique de la discipline, (préoccupation assidue de notre collègue, que ce soit dans la recherche en géographie appliquée ou dans l'enseignement secondaire et supérieur), avec des textes en français, en anglais et en néerlandais. De ces contributions disparates, trois questions ont émergé : les courants de pensée les plus influents avec les fondements philosophiques et scientifiques de la démarche des auteurs, en second lieu, la perception de la géographie(principes ou valeurs guidant recherches et enseignement et en fonction des choix majeurs opérés dans la carrière), enfin l'évolution de la vision de la géographie ressentie par les auteurs avec le sens qu'ils attribuent aujourd'hui à leur métier de géographe. Les contributions montrent naturellement des désaccords scientifiques, mais aussi et surtout des convictions communes :l'amour profond pour ce rôle d'enseignant/chercheur ouvert sur le monde, les changements spectaculaires de la discipline géographique, moins descriptive, mais plus systémique, les prodigieux progrès de la connaissance sur toute la planète des faits géographiques à plusieurs échelles à la fois grâce à l'Internet et à ses serveurs, et surtout à la télédétection par l'utilisation des S.I.G. en géomatique ; ceux-ci permettent aux décideurs la connaissance dynamique de tous les paysages et leur interprétation précise ;Bernadette Mérenne-Schumaker a brillamment participé et continue de participer à cette évolution, avec ses grandes qualités d'observation consciencieuse et de rigueur Ce livre d'hommage à une géographe passionnée mérite une lecture attentive pour bien connaître le géographe d'aujourd'hui sous ses multiples aspects et comprendre son utilité socio-culturelle.

Bernard DÉZERT

LASSERRE (Frédéric) : " Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages

L'auteur, Directeur de l'Observatoire sur l'eau de l'Université Laval à Québec est un des meilleurs géopoliticiens de l'eau. En dix chapitres tous passionnants, il met l'accent sur la rareté croissante de l'eau douce et il commence sa démonstration par les relations israélo-palestiniennes et syriennes, à propos des sources du Jourdain, puis il pose la question difficile du partage des eaux du Nil entre Ethiopie, source d'agressivité égyptienne, Soudan et Egypte. Vient ensuite le rapport Etats-Unis Canada, où l'on constate que le Canada est fournisseur d'eau aux Etats-Unis, alors que le Mexique souffre de pénurie. Sur le sub-continent indien, l'Indus est objet de conflit entre Inde et Pakistan, de même à l'intérieur de l'Inde à propos du fleuve Cauvery ; procès et arbitrages se sont multipliés.

Ces exemples montrent que partout la querelle de l'approvisionnement et celle de la régulation des fournitures ne cessent de s'exacerber avec l'actuel réchauffement. Un chapitre est consacré à la multiplication excessive des irrigations, afin d'accroître la production agricole, mais l'agriculture devient un moyen de contrôle par les Etats des espaces et des sociétés.

Alors, les guerres de l'eau sont-elles imminentes ? l'auteur ne le pense pas. Il y a une sorte " d'adaptation sociale " à la pénurie. Pour faire face à l'accroissement en progression géométrique de la population mondiale, il faut multiplier les barrages et l'irrigation. L'agriculture est devenue dans les Pays riches un instrument d'appropriation de la terre. L'auteur, bon connaisseur de la géopolitique, souligne le danger potentiel des gestes unilatéraux qui font qu'un Etat détenteur de ressources en eau considérées comme réserves stratégiques en refuse au voisin plus démuni, comme l'Egypte vis-à-vis du Soudan et surtout de l'Ethiopie. En échange, la tension sur l'eau pourrait, dit-il, se traduire par un frein sérieux à la croissance économique, si elle s'accentuait et par la déstabilisation des sociétés.

Alors comment éviter ces guerres de l'eau ? Frédéric Lasserre estime nécessaire de préciser un droit international un peu flou. Il déplore les positions mouvantes au gré des intérêts des Etats et des groupes de pression économiques et financiers. La coopération est-elle vraiment possible ? Il est difficile de définir un droit international de l'eau avec une approche globale et équitable : la convention des Nations Unies a défini de manière ambiguë en 1997 un principe de gestion globale des fleuves irriguant plusieurs pays, mais aura-t-elle jamais force de loi ?

La question du partage de l'eau, conclut l'auteur, est de plus en plus envisagée sous l'angle des conflits que pourrait déclencher sa très inégale répartition. Il faudrait séparer hydraulique et tensions régionales. L'auteur conclut son étude par huit propositions pour éviter les guerres de l'eau : favoriser les agricultures des pays en développement, développer la prise en compte de la valeur de l'eau, dissocier développement agricole et prise de possession du territoire, multiplier les petits barrages plus que les gros ouvrages, permettant d'économiser de l'eau, encourager le découplage des questions de l'eau des autres contentieux politiques, éviter le rôle " explosif "des décisions unilatérales sans discussion approfondie avec les partenaires de la ressource, enfin, encourager la prise en compte des nouveaux paramètres du nouveau droit international de l'eau. Voilà un excellent livre, très objectif, bien illustré de cartes régionales claires et précises et de tableaux, avec un souci d'utiliser de multiples titres de paragraphes évocateurs, des exemples très concrets et une solide bibliographie.

Bernard DÉZERT

BERNIER (François) : " Un libertin dans l'Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne, Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées

Jeune philosophe et médecin familier des milieux libertins, peut-être mal à l'aise dans la France du Grand Siècle, ou naturellement porté vers l'avenir et l'aventure, François Bernier s'embarque en 1656 pour de longues pérégrinations orientales motivées par le seul "désir de voir le monde".

Ni la peste qu'il contracte en Égypte, ni la sanglante guerre de succession qui déchire le grand empire musulman de l'Inde ne freinent son élan philosophique : sur les bords du Nil, à la cour du Moghol ou dans les vallées retirées du Cachemire, Bernier poursuit inlassablement une vaste enquête, dont il publie la relation à son retour.

Ses prises de vues nous offrent une série de tableaux très instructifs sur l'Inde moghole, dont les intrigues de cour, l'organisation politique et économique, les pratiques religieuses, musulmanes ou hindoues, sont analysées avec autant de finesse que de précision. Bernier sait aussi décentrer son regard et questionner les normes européennes, ainsi qu'en témoigne sa description émerveillée d'un monument alors récemment construit : le Taj Mahal. Surtout, ce récit nous apporte un témoignage précieux sur une période historique importante pour la bonne intelligence d'un pays où vit aujourd'hui près d'un cinquième de la population humaine.

La Bibliothèque de notre Assemblée Nationale lui rend un hommage tardif mais parfaitement justifié en exposant quelques pages des œuvres de François Bennier. Pour sa part, notre librairie, La Géographie, propose au siège de notre Société, 184 Bd Saint Germain 75006 Paris, une édition récente de ce récit publié sous le titre " François Bernier, un libertin dans l'Inde moghole " avec une préface de Frédéric Tinguely, professeur de littérature française à l'Université de Genève, spécialiste des récits de voyage et des relations interculturelles aux XVI et XVIIe siècles.

Jean-Claude FORTUIT

AYALA (Roselyne de), GUÉNO (Jean-Pierre) : " Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages

Dans cette anthologie du voyage, R. de Ayala et J.-P. Guéno ont imaginé de rassembler une centaine de manuscrits originaux de récits de voyages parfois imaginaires ou rêvés (Sindbad le marin, Cyrano de Bergerac vers la lune ou Jules Verne sous les mers). La grand majorité des voyageurs retenus sont français, l'immense majorité européens, mais on y trouve un Marocain (Ibn Battuta) et même un Siamois (Kosa Pan), à côté de seulement cinq femmes (G. de Staël, G. Sand, A. David-Néel, E. Maillart et G. Tillion).Très connus, méconnus ou parfois inconnus, ces voyageurs représentent de nombreuses professions ou formations, en premier lieu des écrivains, et bien sûr des marins qu'ils soient officiers de l'Etat, de la marine de commerce (J. Sauvage, N. de Frémery) ou corsaires (F. Drake, Surcouf). Depuis le haut Moyen-Age, on croise des diplomates, des chroniqueurs (Villehardouin, Joinville), des religieux (Plan Carpin, Vincent de Paul) des officiers (Cl. Hugan, Général Court ...), des commerçants (Marco Polo, J. de Nieuhoff ...). Parmi les scientifiques, on trouve des naturalistes (Ch. de La Condamine, A. von Humboldt, Alcide d'Orbigny ...), des ethnologues ou sociologues (Cl. Levi-Strauss, A. David-Néel, G. Tillion ...), à côté d'aventuriers (R. de Févelas, H. de Monfreid ...), d'aviateurs (Saint-Exupéry), de chasseurs (comte d'Haussonville), de riches esthètes (F. Roussel) ...

Le principe retenu pour l'ouvrage est, pour chaque voyageur, une courte notice biographique, face à une page de manuscrit ou d'illustration. Un graphologue aurait beaucoup à dire sur la comparaison des diverses écritures tandis qu'un commentateur littéraire relèverait les ratures et les reprises d'écriture. Les collaborateurs de notices sont multiples mais certains, tel Pierre-Emmanuel Prouvost d'Agostino, ressortent par leur qualité de plume. L'ouvrage vaut surtout par la qualité des illustrations, depuis les miniatures du Moyen-Age, jusqu'aux aquarelles les plus récentes. On note la précision des dessins des naturalistes (de Beauchesne, Alcide d'Orbigny) ; à côté des aquarelles de Delacroix, on admire les gouaches pré-impressionnistes de Houel. De même que Maxime du Camp, Pierre Loti se révèle photographe. Certains explorateurs savaient dessiner tel Ch. de Foucauld, ainsi que certains écrivains exotiques (V. Segalen). Les illustrations participent à l'intérêt de certains manuscrits inédits (R. de Févelas, O. d'Haussonville, prince de Joinville). Un regret cependant : la qualité des illustrations aurait nécessité au moins un format A4, de même que la lisibilité des notes infra-paginales et des transcriptions complémentaires des manuscrits présentés.

Yves BOULVERT

VIGUIER (Pierre) : " Sur les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions QUAE, Versailles, 158 pages

Arrivé au Mali à 22 ans en 1931, l'agronome Pierre Viguier a, pendant un quart de siècle, parcouru ce pays où il devint chef du Service de l'agriculture et directeur général de l'Office du Niger. Connaissant les lieux et les gens, mais aussi les langues vernaculaires, si précieuses pour expliciter la toponymie, Pierre Viguier était particulièrement bien placé pour reconstituer et commenter l'itinéraire de René Caillié en 1828 à travers l'actuel Mali depuis Tingréla au sud jusqu'à Tombouctou, but tant désiré du célèbre voyageur. Dans la lignée de son projet, il invite ( p.21, note 7) à suivre " pas à pas " l'itinéraire de René Caillié à travers la Guinée-Conakry ! Cet itinéraire, comme l'évoque le professeur Pélissier dans sa chaleureuse préface, je m'étais efforcé de le retracer dans une communication lors du colloque organisé par la Société de Géographie en 1999 pour le bicentenaire de la naissance de René Caillié. Je ne m'étais pas étendu sur le contexte géomorphologique et phytogéographique traité par ailleurs. Il m'apparaissait que l'ouvrage " remarquable et incontournable " d'H. Jacques-Félix (1963) sur la " Contribution de René Caillié à l'ethnobotanique africaine " suffisait pour ce thème.

P. Viguier relève au sujet de Caillié : " Son journal restitue un itinéraire complet et sans faille, d'une précision telle qu'on peut aisément le suivre sur les excellentes cartes IGN ". Il le prouve en reportant dans son ouvrage ce tracé reconstitué avec minutie sur des extraits de cartes à 1/500 000, mais également en l'illustrant de photographies prises depuis un siècle. Outre les remarques sur le climat, la faune et l'ethnobotanique, l'ouvrage de René Caillié révèle, selon P. Viguier, " aux environs du premier tiers du XIXème siècle, une authentique et attachante civilisation soudano-sahélienne à l'économie largement autosuffisante, et surtout en équilibre avec son biotope, ce qui malheureusement, n'est plus le cas aujourd'hui ". Ce n'était pourtant pas un âge d'or, étant donné " l'instabilité politique et l'esclavagisme ". Selon P. Viguier, " le récit de René Caillié laisse l'impression que les esclaves envoyés en Afrique du Nord étaient traités moins cruellement que ceux des sinistres comptoirs côtiers ". Emporté par son attachement pour ces populations - il dédie son ouvrage aux paysans maliens en témoignage de profonde sympathie, et n'ayant pas traité de la partie saharienne malienne du voyage de René Caillié, il omet d'évoquer le sort éprouvant des esclaves traversant à pied le Sahara ou employés dans les terribles salines de Taoudéni !

On peut aussi discuter certaines observations ou points de vue, telle la notion du bonheur des populations, concept bien subjectif. Des précisions actualisées pourraient être apportées sur la nomenclature botanique, la métallurgie indigène, les régimes des vents, la valeur du bétail pour les Peul, la persistance de nos jours d'éléphants autour du Hombori, les pistes des caravanes sahariennes ..., il n'en reste pas moins que - comme le souligne P. Pélissier - l'ouvrage de P. Viguier " atteste la richesse d'une culture peu commune, servie par une plume dont on laisse à chaque lecteur le plaisir de savourer le pouvoir évocateur, la concision et la clarté ".

Yves BOULVERT

POISSON (Jacques) : " Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008, Société Saint Simon

Dans ce volume in-octavo de près de 300 pages, Georges Poisson conservateur général du patrimoine regroupe une quarantaine de ses textes concernant la vie de Saint Simon, mais aussi des lieux historiques de la banlieue sud de Paris, du XVIe au XXIe siècle notamment Sceaux, Meudon, Vincennes, Saint-Cloud, Choisy, Rueil-Malmaison, le Mont Valérien, l'Ile Seguin, la Vallée aux loups, etc.

En raison même de la proximité de la capitale, de la diversité des sites, des châteaux et leurs parcs, des événements historiques qui s'y sont déroulés, chaque lieu-dit, chaque anecdote a sa signification pour l'histoire générale. Georges Poisson est certainement le savant vivant qui connaît le mieux dans les moindres détails l'histoire monumentale, architecturale, artistique, littéraire de la banlieue parisienne et de toute l'Ile de France. On lui doit aussi dans la monumentale "Nouvelle histoire de Paris" chez Hachette composée d'une vingtaine d'in-octavo, une Histoire de l'Architecture à Paris (1997).

Jean BASTIÉ

MAUGARLONE (François George) : " Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304 pages.

Cet ouvrage, le douzième de son auteur, devrait intéresser les géographes à plus d'un titre. Il est de François George qui a pris le pseudonyme de " Maugarlone ", philosophe, écrivain, parfois pamphlétaire, fils cadet du grand géographe François George (1909-2007) dont le dernier et 59e ouvrage (1995) s'intitule " Le temps des collines " (Editions la Table ronde, 1995), géographie ni théorique, ni quantitative. L'ensemble de son œuvre lui valut le 25 novembre 2008 la remise par Alice Saunier-Séïté, ancien ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, membre de l'Institut et de notre Conseil, du Grand Prix de notre Société .

Ce livre de François George présente quelques affinités avec le Tour de France par deux enfants (1917), ouvrage éminemment géographique lui aussi, mais le sien est plus personnel et plus intime. Pour lui, la plupart des écrivains français, et il connaît fort bien notre littérature, sont ancrés dans un territoire. Et c'est par-là aussi que l'on retrouve les liens étroits de la littérature avec la géographie depuis Montaigne et Rousseau jusqu'à Chateaubriand, Lamartine, Georges Sand, Balzac, Arthur Rimbaud, Proust, Mauriac et tant d'autres ! Il affectionne les Ardennes où il enseigna la philosophie au collège de Rethel.

François George connaît aussi fort bien la banlieue parisienne qu'il a apprise sur le terrain où il est né en 1948, où il a passé une enfance et une jeunesse heureuses à Bourg-la-Reine, Sceaux et Châtenay-Malabry et aussi à Ablon-sur-Seine où il allait voir souvent ses grands-parents. Une géographie vivante, venant du cœur !

Jean BASTIÉ

GOURAUD (Jean-Louis) : " La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages.

Jean-Louis GOURAUD est un maniaque heureux. Les chevaux et tous ceux qui les chérissent sont la passion de sa vie et le cœur battant de toute son œuvre. Écrivain hippophile, il a, aux quatre coins du monde et en cinquante ans de pérégrination, cherché et trouvé son Graal à lui : le couple indéfectible d'un cheval et de son cavalier. Et de chacun de ses voyages, il nous a rapporté des récits épiques, des histoires de chevaux bien sûr, des histoires d'hommes surtout et des paysages à perdre haleine. Dans son dernier livre, La terre vue de ma selle, il nous propose un nouveau tour du monde équin à la fois bref et intense. De nos villes d'Europe, dont certaines refusent résolument la présence de chevaux sur leurs pavés (Et cela met très en colère notre auteur), jusqu'au fin fond des montagnes kazakhs où se pratique encore la chasse à l'aigle et... à cheval, en passant par la Kirghizie, New York, ou l'improbable palais équestre de Kadhafi, Gouraud nous raconte toujours des histoires extraordinaires. Il nous fait ainsi découvrir une Malibran cavalière que sa passion des galopades effrénées a fini par tuer dans un Londres qui célébrait sa gloire de cantatrice. Des rencontres à faire, des livres à lire, des chevaux à monter ou à rêver, voilà la quête inassouvie que nous fait partager ce passionné aussi érudit qu'amateur de calembours. Pour Gouraud, les chevaux font la beauté du monde et la grandeur des Hommes. Et à le lire on pourrait presque le croire, alors pourquoi s'en priver ?

Bénédicte DURAND

LE GOIX (Renaud) : " Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €

New York est certainement la ville qui symbolise le mieux l'architecture vertigineuse. L'atlas qui lui est consacré offre une étude riche et agréable, y intégrant ses origines de ville industrielle devenue la plus grande ville du pays en 1825 quand elle attire à la fois les migrants - essentiellement irlandais - et les investissements.

La mégapole devient rapidement le centre du monde, son attraction est universelle et les plus beaux symboles l'accompagnent : la statut de la Liberté et le bâtiment des Nations Unies.

Outre la très bonne qualité qui est commune aux représentations cartographiques des atlas de cette collection, les enseignants du secondaire apprécieront cet ouvrage qui présente la particularité de détailler les mutations et les dynamiques de la mégapole new-yorkaise, la concurrence entre les intérêts privés et les exigences des politiques publiques. Il met aussi en évidence la complexité de son espace urbain qui est étiré entre plusieurs niveaux de gouvernance et de multiples communautés. Plus l'économie se mondialise, plus les fonctions stratégiques et les interfaces se concentrent dans les villes globales, New York en tête. Cette métropole n'a pas d'équivalent dans le monde, aussi il n'est pas étonnant que son espace soit fantasmé tant par les élites culturelles que financières parce que c'est la ville de la démesure.

Gérard JOLY

SARDET (Michel) : " Les mémoires inédits du naturaliste circumnavigateur Jean-René Quoy - Un témoignage exceptionnel sur la société du XIXe siècle ", 292 pages, Pharmathèmes

Jean-René Quoy (1790-1809) est né à Maillé en Vendée dans une famille de notables chirurgiens et médecins depuis plusieurs générations. Après de bonnes études il opta pour la médecine navale à Rochefort où il fût admis en1806 à l'age de 16 ans. En 1807 il est nommé chirurgie-auxiliaire de 3e classe et embarque sur une corvette (en ces temps-là on ne perdait pas de temps !) qui se rendra en Guadeloupe puis retourne à Rochefort. En 1814 il soutient sa thèse de doctorat en médecine (sur l'effet de la peur !) à Montpellier et devient franc-maçon.

En 1817, survient alors sa première grande aventure sur l'Uranie commandée par le capitaine de frégate L.-C. de Freycinet qui avait accompagné Nicolas Baudin vers la nouvelle Hollande (l'Australie) de 1800 à 1804. Le projet de circumnaviga-tion pour des recherches en sciences naturelles et ethnologie avait été accepté par Louis XVIII. Quoy qui a 26 ans est à la fois chirurgien major et naturaliste avec Guimard, Charles Gaudichaud-Beaupré, pharmacien et botaniste. Quantité de spécimens furent envoyés au Muséum d'Histoire naturelle malgré un naufrage aux Malouines en 1820. Quoy devient professeur de médecine et membre correspondant de l'Académie de médecine. Il embarquera en 1826 sur l'Astrolabe comme naturaliste pour le 2e voyage de circumnavigation de Dumont d'Urville. L'Astrolabe ne rentrera qu'en 1829 avec de nombreuses découvertes et collections envoyées au Muséum où il fut à nouveau accueilli par Cuvier. La relation de l'expédition fit l'objet d'un ouvrage collectif comprenant 14 volumes et 5 atlas : Dumont d'Urville rédigea l'histoire du voyage et Quoy et Gaimard, la zoologie (son nom sera donné à un mollusque de Nlle-Guinée et à un mammifère d'Australie !)

A son retour, Quoy sera nommé membre correspondant de l'Académie des sciences en 1830 et affecté successivement à Rochefort, Toulon, Brest puis Paris où il sera promu inspecteur général du service de Santé de la marine auquel il va se consacrer jusqu'à son décès en 1869 à Rochefort. Ses mémoires inédits sont commentés dans une deuxième partie de l'ouvrage. Ils ont été écrits à sa retraite vers 1865 dans son petit manoir de Saint-Jean de Liversay En plus des relations de voyage et de naturaliste sont évoqués de nombreux personnages célèbres qu'il a côtoyés outre les marins et scientifiques, comme Lucien Bonaparte, Barras etc...

Pour résumer, il s'agit d'une vie agitée et bien remplie avec de nombreux succès Le Docteur Michel Sardet est lui-même un ancien médecin des hôpitaux des Armées. Il a écrit plusieurs livres sur la médecine militaire dont l'un " naturalistes et explorateurs du service de santé de la marine au XIXe siècle " a eu le prix Francis Garnier de la Société en 2008.

Michel DAGNAUD

DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) : " Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 €

Voici un atlas destiné à évaluer la place et le rôle tenus par l'Union européenne dans la mondialisation. Il a été réalisé par des chercheurs et des universitaires associés dans un projet de recherche européen.

La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'importante notion de continent ; une notion qui demeure à géométrie variable et qui, par conséquent, soulève le problème majeur de l'identité européenne et de sa signification. Ensuite, ce sont les richesses humaines qui sont mesurées, évaluées, à travers la démographie, ses évolutions prévisibles dans le contexte du vieillissement de la population et les proportions d'actifs. Une partie de l'ouvrage dédiée à l'étude de la puissance financière de l'Europe est plus brièvement développée, en revanche les aides au développement y sont largement commentées. Les liaisons internationales bénéficient quant à elles d'une étude plus sérieuse ; trafics aériens et maritimes sont analysés avec précisions, toutefois il est dommage que les liaisons ferroviaires aient été oubliées. En revanche, Internet et la télécommunication font l'objet d'une étude remarquable.

Enfin les 2/5 de l'ouvrage sont consacrés à une succession de thèmes épars venant ainsi compléter cet atlas : qualité de vie - droits de l'homme - le mal manger - l'occupation du sol - le développement durable - le développement humain. Le sentiment de fourre-tout s'amplifie quand s'y ajoutent les mobilités touristiques, les migrations tournées vers une forteresse qui n'est pas imprenable (sic) et les aires d'influence de l'Union européenne. Tous ces sujets ne manquent pas d'intérêt mais l'ouvrage souffre d'une absence de plan cohérent.

On peut également déplorer les choix retenus en matière cartographique pour cet ouvrage dans lequel les illustrations et les cartes sont très nombreuses, systématiquement en couleurs. Une abondante bibliographie figure en fin d'ouvrage, ainsi que les sources de données, lesquelles sont mentionnées directement sur les représentations graphiques.

Gérard JOLY

HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) : " L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 €

Ce petit livre passe en revue les mythes et les réalités de l'Inde : les mythes et idées reçues (par exemple sur les maharadjahs, les fakirs et les vaches sacrées, le kamasutra, etc.) qui nous ont imprégnés depuis Alexandre, les épopées légendaires des dieux hindous, l'éveil de Boudah et le parcours irrésistible de Gandhi. Il s'intéresse de loin à la géographie mais surtout aux religions, au développement social et économique. Le fatalisme est dû au karma, résultat d'actions commises dans des vies antérieures, qui justifie le système des castes.

Le sanskrit serait bien un des plus anciens états d'une langue indo-européenne mais ne serait pas la " mère " de toutes les langues (la bhagavad-gita est écrit en sanskrit). C'est la langue religieuse, mais en déclin. L'hindouisme représente 80,5 % des religions soit 827,6 millions de fidèles, l'islam 13,4% soit 138,2 millions, le christianisme 2,3% soit 24,1 millions, le sikhisme (synthétisme entre hindouisme et islam) 1,9% soit 19,2 millions et le boudhisme seulement 0,8% soit 9 millions. Plus le jaïnisme et le parsime. Gandhi n'est peut-être pas l'inventeur de la non-violence (voir Thoreau, ou Tolstoï ?) mais il a su l'utiliser au maximum et au mieux pour décourager les anglais. C'est un pays sous- développé ? faible niveau d'alphabétisation 62,2 % en Inde contre 93% en Chine, retard du nord par rapport au sud, population pauvre surtout au nord (les états " bimaru ") 640 millions sans assainissement, 171 millions sans eau potable mais c'est une puissance nucléaire avec beaucoup d'entreprises performantes : Tata, Mittal, secteur des technologies d'information et de communication.

La population a quadruplé au cours du XXe siècle : 1 milliard en 2000 croissance annuelle ramenée à 1,6%, la fécondité décroît depuis les années 70 : 1,147 milliard en 2008 avec 70% de la population rurale. Calcutta serait-elle une ville en faillite depuis la partition et son afflux de réfugiés ? mais c'est un haut- lieu intellectuel.

Les femmes indiennes sont-elles soumises ? Un dicton populaire dit : éduquer une femme c'est comme arroser la plante d'un voisin (à cause de la dot) ; sex ratio seulement de 933 femmes pour 1000 hommes alors que dans les pays développés, c'est 1050 pour 1000. Pourtant les femmes sont devenues militantes depuis 1917 et l'égalité des sexes est reconnue dans la Constitution de 1947, mais les traditions religieuses et de castes perdurent. N'oublions pas que Indira Gandhi a été Premier Ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 jusqu'à son assassinat en1984. Emergence rapide d'un secteur de pointe les NTIC mais retard dans les infrastructures : Internet et téléphonie mobile. Environ 1 million et demi de personnes dans les services informatiques (notamment Bangalore). Les hindous suivent leurs ancêtres qui auraient inventé le zéro et le jeu d'échecs !

Le système de castes, illégal théoriquement, a structuré la société civile et s'est souvent transformé en partis politiques : par ex. les dalit ou intouchables, menés par le Dr. Ambedkar, ont porté au pouvoir présidentiel, Abdul Kalam entre 2002 et 2007. L'Inde est du point de vue politique une " anomalie démocratique " à cause de sa taille. Ce sera un géant du XXIème siècle avec la Chine. Survol très dense de l'Inde actuelle par les auteurs : Pascale Haag, linguiste maître de conférence EHESS et Blandine Ripert, géographe et anthropologue CNRS.

Michel DAGNAUD

Patrimoine mondial de l'UNESCO. Guide des sites français. 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 €

On sait que l'UNESCO agit, depuis 1972 pour la reconnaissance et la sauvegarde des biens dont la disparition constituerait une perte irréparable en raison de leur valeur universelle. Trente trois biens et sites français (incluant la Nouvelle Calédonie pour l'un d'eux) sont répertoriés et inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour les faire connaître et permettre de les localiser, les éditions DEL viennent de publier un guide édité en français et en anglais. Ce guide est très richement illustré en couleurs. La préface rappelle les critères de sélection ayant présidé au choix des sites, à savoir notamment -parmi dix critères- ceux se rapportant à un chef-d'œuvre du génie créateur humain, une aire naturelle d'une importance esthétique exceptionnelle, un habitat naturel lieu de conservation de la diversité biologique et autres facteurs géographiques et culturels.

Le guide rappelle que le patrimoine classé par l'UNESCO représente huit cent quatre vingt dix biens dans le monde.

Le guide contient une annexe technique qui donne une série de définitions et des illustrations permettant de mieux connaître et comprendre les dispositifs architecturaux.

Sur le plan pratique, le guide comporte une carte de France, ainsi qu'une carte régionale pour chacun des trente trois sites. Sur chacun d'eux, figurent les itinéraires permettant de découvrir trois cent quatre vingt lieux avoisinants présentant un caractère historique, architectural ou naturel. Un texte accompagne l'illustration principale, décrivant l'histoire du bien classé, ses caractéristiques, ses spécificités, les détails intérieurs des monuments ou les richesses naturelles du lieu. Les adresses où trouver de plus amples informations sont systématiquement mentionnées. En définitive, un ouvrage de découverte et de documentation très agréable à compulser, substantiellement fourni en informations, un inventaire précieux de nos richesses. On ne se lassera pas d'admirer celles-ci. Nous ne pouvons que recommander chaudement la lecture de ce mémento artistique de géographie et de culture.

Jacques GASTALDI

SANJUAN (Thierry) : " Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €

Cet atlas nous instruit des évolutions sociales, architecturales et environnementales qui ont totalement transformé Shanghai au cours des 20 dernières années. Cette ville que les Européens identifiaient auparavant comme étant celle des concessions étrangères avec une modernité à dominante occidentale, offrait une façade presque légendaire avec notamment ses maisons de jeux et son commerce de l'opium. Cette ville portuaire, havre de la modernité et des plaisirs, fut longtemps marginalisée et proscrite par le régime communiste qui condamnait à la fois l'ancien système féodal chinois et l'impérialisme occidental. A partir de 1990, la mise en place d'un nouveau dispositif politique amorça la réhabilitation de Shanghai. Une réhabilitation qui allait s'avérer spectaculaire !

Les nombreuses cartes et les plans inclus dans l'atlas associent la qualité à la pédagogie. Ils montrent en premier lieu les dispositions de l'ancienne ville fortifiée et des concessions étrangères, puis ils illustrent, avec de remarquables photographies à l'appui, la mutation en une métropole hybride dans laquelle les aménagements successifs mêlent une urbanisation moderne vertical et souvent monumentale avec une certaine protection du bâti des concessions étrangères, de quelques anciens quartiers chinois et de sa façade portuaire (le Bund). Dans cette grande puissance étrangère où l'accroissement des écarts de richesse est le plus élevé de toute l'Asie orientale, les opérations d'aménagement forcèrent les déplacements de millions de Shanghaiens. Shanghai n'échappe pas à une forte stratification sociale

Sa métamorphose s'assimile sous certains aspects à une course au gigantisme. L'urbanisation détruit forcément une grande part du passé mais s'efforce de conserver l'identité en rétablissant la mémoire des lieux et leurs souvenirs. L'auteur explique qu'aujourd'hui la municipalité favorise une politique de villes nouvelles constituant des pôles multifonctionnels. Elle tend à adopter une structure polycentrique.

Shanghai est devenue la première mégapole chinoise - devant Pékin - et l'une des principales métropoles du monde, grâce notamment à sa situation géographique et à l'aménagement du gigantesque fleuve Yangzi qui traverse la Chine d'Ouest en Est. Premier port du monde en volume global, la municipalité de Shanghai s'évertue à conserver sa suprématie mondiale. Et elle obtient aussi des réussites incontestables. Ainsi, depuis 2004, le Grand Prix de Chine de Formule 1 y est organisé sans interruption.

Autre succès annoncé : une exposition universelle ! Elle va s'étaler de mai à octobre 2010 et elle promet d'ores et déjà 100 millions de visiteurs, dont 10 visiteront le pavillon français. Si vous voulez profiter de cette occasion pour aller à Shanghai, munissez-vous de cet Atlas pour mieux apprécier votre voyage. Et si vous ne pouvez y aller, soyez certains que cet atlas pédagogique qui a été conçu et réalisé par un sinologue va vous aider à bien comprendre son évolution et à aimer cette mégapole d'Asie.

Gérard JOLY

WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) : " L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies

Cet ouvrage, œuvre collective de 22 auteurs, s'adresse tout spécialement aux historiens et géographes, candidats au CAPES et à l'Agrégation de Géographie, dont c'est l'une des questions au programme 2009-2010, mais il est destiné aussi à intéresser un large public sur ce qu'est devenu actuellement l'Europe, à l'heure où le Traité de Lisbonne va entre en vigueur et où l'Union européenne se dote enfin d'un Président et d'un Ministre des Affaires extérieures ; cependant, tous les Etats de l'Europe ne sont pas au même diapason et ne se réduisent pas non plus à un " noyau dur ", mais comportent aussi des Etats hors communauté européenne : Norvège, Islande, Suisse, Biélorussie, Ukraine et Moldavie, plus la Russie.

L'ouvrage a l'ambition de répondre aux grandes questions qui animent l'Europe au sens large : définition d'une ou plusieurs identités, genèse de l'édification au XXe siècle, enjeux environnementaux, enjeux migratoires, enjeux socio-économiques, aménagement du territoire et eurorégions, enfin, place de l'Europe dans la mondialisation actuelle. Les textes ont été rédigés par une belle pléiade de Professeurs géographes spécialistes des diverses Europes, qui traitent chacun une question sous forme d'un chapitre ou d'un modèle de " dissertation "-originalité de ce livre. Ce sont des questions très contemporaines, très utiles pour les étudiants des concours, mais susceptibles aussi d'intéresser un large public et notamment nos sociétaires qui aiment une géographie concrète et bien actualisée.

Cet ouvrage collectif est bien charpenté, avec des paragraphes aux titres courts et clairs, des cartes, des tableaux et des schémas très parlants d'une lecture aisée. Il permet de bien comprendre la nature de ce que Gabriel Wackermann appelle " la singularité européenne " avec la forte imbrication de civilisations et de religions, mais d'où émerge maintenant peu à peu une conscience, une identité communes et une affirmation mondiale de ses valeurs humanistes. Ce livre se divise en cinq parties de manière judicieuse : d'abord les fondements de l'Europe, puis la " Trilogie territoriale : Europe de l'Ouest, Europe centrale et Europe orientale non intégrée à l'Union européenne, milieux naturels, peuplement et cultures, aspects sectoriels (territoires ruraux, grandes métropoles, villes-ports, transports, énergies et reconversion industrielle, tourisme, enfin place mondiale de l'Europe, avec les rapports méditerranéens et atlantiques et également avec l'aire asiatique et pacifique.

Aux chapitres fondamentaux sont associés des thèmes de modèles de dissertations très pratiques pour écrits et oraux sur ces divers sujets. Voilà un livre très utile pour la compréhension de l'Europe qui mérite, après tous les ouvrages déjà parus sur ce vaste sujet une large diffusion

Bernard DÉZERT

LOUCHET (André) : " La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages

L'ouvrage de 559 pages consacré aux mers et océans, représente un bilan très complet et tout à fait original, sur ces immenses espaces maritimes et littoraux de plus en plus atteints par des actions anthropiques diverses qui menacent leurs écosystèmes.

Premier manuel d'approche globale de géographie tant physique qu'humaine des océans et de leurs littoraux, il apporte une vision très synthétique de ces immensités océaniques qui couvrent les deux-tiers de la terre et qui sont devenus aujourd'hui un enjeu majeur et beaucoup moins étudiés jusqu'alors que les milieux continentaux de notre planète.

L'ensemble se divise en 25 chapitres, appelés " études " par l'auteur. L'ouvrage commence par une géographie des mers, tant physique qu'humaine et environnementaliste, avant de s'intéresser aux grandes aires maritimes, et enfin aux ressources minérales marines et sous-marines, au droit de la mer, dans une dimension géostratégique. Il est remarquable de voir traitées dans un même livre les différentes approches s'attachant aux mers et océans. Commençant par les grands reliefs océaniques et leur explication par la tectonique des plaques, l'étude des grandes masses d'eau et les variations eustatiques, André Louchet nous expose ensuite les types de projections cartographiques et leur rôle dans la navigation. Il poursuit par les grands domaines de circulation maritime et les diverses activités de transport et de pêche.

Les douze études suivantes portent sur les grandes aires maritimes, et leurs caractéristiques tant physiques, qu'humaines et culturelles. Enfin, dans les trois derniers chapitres, l'auteur s'intéresse à la dimension géostratégique des océans, leurs ressources minérales, le droit de la mer et les télécommunications. Chaque étude ou chapitre se termine par des documents, ainsi que des questions avec réponses et commentaires, fort utiles aux étudiants. Une bibliographie substantielle, comportant ouvrages et articles majeurs sur tous les aspects des océans et deux index d'une grande commodité, l'un des noms et des lieux, l'autre des notions, terminent l'ensemble.

Au total, l'ouvrage d'André Louchet, " La Planète océane " sera une véritable référence pour tous les Géographes et autres spécialistes s'intéressant aux mers et océans.

Brigitte COQUE

FOUCHER (Michel) : " Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 €

Il s'agit d'un dossier de 64 pages en format A4, particulièrement dense, enrichi de cartes et de plans précis, de tableaux et de photographies. Dans la première partie, l'auteur fait le point sur les logiques de la mondialisation, il étudie l'ensemble hétérogène des pays émergents et il analyse la crise 2007-2009, les enjeux géopolitiques liés à la démographie, aux ressources naturelles et aux réseaux qui préfigurent un monde polycentrique.

Le monde bipolaire que nous avons connu n'existe plus, il en va de même des hyperpuissances. Désormais, les puissances émergentes s'invitent à tous les niveaux de décision en géopolitique. C'est aussi le cas dans la course mondiale à l'énergie et aux matières premières. Et dans l'épineux domaine agricole : quel scénario doit être privilégié pour nourrir les hommes ?

Le dossier fait également état des nouveaux centres de la piraterie mondiale, du marché mondialisé de la drogue, des marchés illégaux et de la criminalité organisée. Il propose à la réflexion de chacun des tableaux de statistiques sur quelques éléments de mesure de la démocratie dans le monde, d'autres sur l'influence des langues, leur usage sur Internet, les dynamiques religieuses ou encore l'émancipation des femmes.

Un chapitre du dossier est consacré à des tableaux éloquents sur les flux et les réseaux de communication. Une occasion de signaler le rôle croissant de la plateforme twitter sur des points qui ont été où sont encore géopolitiquement chauds, comme la Moldavie, ou Téhéran.

Il décrypte les défis contemporains, notamment ceux agricoles et énergétiques qui appellent des réponses collectives, ainsi que les enjeux énergétiques et environnementaux dans le monde en 2009, au travers de ses réseaux, de ses interactions. Un monde dans lequel les flux sont croissants et les connexions sont multipliées, sans pour autant disposer d'une gouvernance globale.

L'ouvrage offre une réflexion originale sur le monde par son analyse détaillée des nouveaux équilibres et des déséquilibres.

Gérard JOLY

CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) : " Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages

C'est un magnifique album de photos prises par le photographe américain Alexandre Orloff en Asie Centrale avec les commentaires et résumés historiques de René Cagnat sur ces pays (Crimée, Caucase, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie et Kazakhstan). R. Cagnat est écrivain, ancien Attaché militaire et réside à Bichkek. Il est l'auteur de plusieurs essais (celui sur le Milieu des empires a été écrit avec Michel Jan qui nous avait présenté un exposé sur les transsibériens). Le centre de l'Eurasie est devenu une plate-forme stratégique sur les arrières de la Chine, de la Russie, de l'Inde et de l'Iran. La guerre en Afghanistan a amené les Américains à installer une base militaire à Manas en Kirghizie pour ravitailler les avions. Les Français disposent d'une base à Douchambé au Tadjikistan.

L'histoire de l'Asie centrale, terres de passage et de guerres ! Avant et après l'épopée d'Alexandre le Grand ! Cette énorme région jusqu'à la Crimée avait été autrefois parcourue par les nomades et envahisseurs indo-iraniens, scythes, parthes, sarmates. La route de la soie est ouverte par les Chinois au 1er siècle avant J-C. La Perse des Sassanides (227-650) rayonna jusqu'à l'arrivée des envahisseurs arabes. Merv est rasée, Samarkand est prise. Puis les hordes de Huns (proto-turks ?), sont venues d'Asie centrale suivies par les turcs et le raz-de-marée mongol : en 1206 Gengis Khan apparut et son empire s'étendra de la Corée à l'Égypte et à la Russie. Il annihila de nombreuses villes et peuples dans le Khorezm et la Transoxiane et mourut en 1227. L'empire se disloqua jusqu'à l'arrivée de Tamerlan (né à Chabrisabz en Ouzbékistan) : une deuxième apocalypse suivie d'un long déclin avec la capitale Boukhara. Le dernier Timouride, Babour, préféra partir et fonda la dynastie des Grands Moghols à Delhi en 1526.

L'empire tsariste colonisera progressivement l'Asie centrale, après la Sibérie, au XVIIIème et XIXème siècle avec ses cavaliers cosaques et tatars et des répressions souvent terrible, pendant que les Anglais entraient en Inde et pénétraient en Afghanistan avec difficultés. L'empire soviétique connaîtra des tragédies comme celle du Kazakhstan en 1931 : 45% (1 600 000 personnes) de la population meurt de faim. Puis vint l'irrigation irresponsable, pour le coton, et la mer d'Aral qui risque de disparaître.

Au Turkménistan autrefois déshérité on a trouvé du pétrole, du gaz et de l'uranium si bien que le contrôle de cette région gigantesque pourrait devenir source de conflits De plus le trafic de stupéfiants s'intensifie : la route de la soie risque de devenir la route de la drogue ! Les Républiques nouvelles d'Asie centrale sont nées sans préavis en 1991. Certaines disposent de ressources considérables et leurs populations se sont beaucoup accrues. Elles sont devenues des partenaires économiques et commerciaux avec l'Europe, l'Amérique et la Chine.

Michel DAGNAUD

GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) : " Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages.

Un de plus ! Celui-ci est relatif aux banlieues. Notion de plus en plus vague au fur et à mesure qu'elle s'étend. Qui trop embrasse mal étreint ! N'importe quel thème peut faire aujourd'hui l'objet d'un Dictionnaire spécialisé, dont le choix des mots définis est toujours discutable. A quoi attribuer cette mode si pratique pour les cruciverbistes et les concours télévisés, mais si néfaste pour le développement de l'esprit de synthèse ? Ascenseur est coincé entre arabes et ascenseur social, drogue fait suite à Dreux, ville nouvelle est précédé de Vénissieux et suivi de viol ! Les vrais dictionnaires distinguent (ce qui est conforme à leur utilité), les noms communs et les noms propres, les noms de personnes ou de lieux. Ici, tout est mélangé !

Certes, il s'agit souvent d'un outil qui est commode pour trouver l'orthographe d'un mot, son origine, son histoire, et peut permettre de préciser son ou ses sens, ses nuances selon le contexte, surtout pour les mots qui sont mis à toutes les sauces et en deviennent imprécis.

On a aujourd'hui des dictionnaires de tout, des sigles, des expressions littéraires ou latines, des proverbes, d'autres encore ! La liste de ceux déjà sortis ou prévus dans la même collection, une bonne douzaine pour commencer, ouvre de vastes horizons sur les filons à exploiter? Cela rappelle celle où ont paru "La géographie pour les nuls" et ses homologues.

L'ordre alphabétique ne répond à aucune logique, sinon à celle de la commodité pratique, ou même à celle du hasard qui cache souvent la subjectivité du fond et laisse de côté tout esprit de synthèse. Et on peut craindre que par facilité le mot isolé prime sur la phrase construite avec ses nuances, ses restrictions, sa progression. Comme pour bien des remèdes pour lesquels il ne faut pas oublier d'ajouter la mention : "à utiliser avec précaution".

Jean BASTIÉ

TISSIER (Yves) : " Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 €

Ce dictionnaire constitue un bel ouvrage de référence de l'évolution territoriale des États de l'Europe depuis la révolution française. Il comporte cinq parties.

Une chronologie des répartitions territoriales en l'Europe depuis 1789 - les périodes y sont différenciées selon les conjonctures géopolitiques ébauchées par les grandes puissances en présence. Plus de 500 pages sont ensuite consacrées aux 46 États existants en 2008. Cette partie relate le déroulement des événements politiques qu'ils ont connus, évoquant selon les circonstances : dominations, occupations, restitutions de provinces, ainsi que les traités s'y afférant. Toutes ces informations sont adaptées à la compréhension des questions de géopolitique européenne en tenant compte des spécificités de chaque État et de ses particularités régionales.

Ensuite, un dictionnaire recense la situation politique de plus de 300 États qui ont eu une existence plus ou moins éphémère de 1789 à nos jours. On y retrouve nombre de duchés, comtés, villes impériales, villes libres, évêchés, abbayes, seigneuries, prévôtés, principautés, royaumes et républiques aujourd'hui disparus. Quelques annexes viennent compléter les connaissances géopolitiques, avec notamment l'évocation de l'hétérogénéité du vaste ensemble que constitua le Saint Empire ou encore les contrées qui furent gérées directement par Napoléon à l'issue de ses victoires. Une quarantaine de cartes en couleur illustrent l'évolution de la situation politique de l'ensemble de l'Europe et la variabilité territoriale des nations.

Gérard JOLY

CHAPPEY (F.) et al. : " L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p.

Cet ouvrage accompagne l'exposition du même nom qui se tient à L'Isle-Adam durant l'été 2009 et qui sera reprise à Abidjan et Bamako en 2010. Le véritable sujet en est " l'histoire de la découverte mutuelle de mondes étrangers ". Jusqu'à une époque récente, l'on relatait la découverte du monde noir par les Européens ; la participation dans ce collectif d'auteurs de plusieurs historiens africains révèle le point de vue africain devant l'irruption des Blancs armés, toujours supposés riches ... Outre les historiens, le collectif d'auteurs comporte des spécialistes de l'art, du dessin, de la photographie. Binger, bon observateur, s'intéressait aussi bien aux instruments de musique qu'aux masques et aux textiles locaux... ; il était également bon dessinateur. Il avait compris l'intérêt d'adjoindre à sa dernière mission un photographe professionnel, son ami Marcel Monnier.

Il importe d'insister sur l'iconographie exceptionnelle de cet ouvrage : les multiples photographies de M. Monnier représentent un témoignage icono-graphique unique sur la Côte d'Ivoire à la fin du XIXème siècle. Notre confrère, Ph. David, président de l'Association Images et Mémoire, y a rajouté les reproductions de la collection de F.E. Fortier, maître de la carte postale ouest-africaine. Remarques de détail : les " cornes d'antilope " (p.92) sont très probablement de Guib harnaché (Tragelaphus scriptus) ; le " beurre de " (p.132) est le beurre de karité (Butyrospermum parkii ou Vitellaria paradoxa). Il est regrettable que l'un des auteurs n'hésite pas à écrire (p.117) : " De nombreux pays d'Afrique avaient à l'époque une pluviométrie beaucoup plus abondante que de nos jours ". On sait qu'en Afrique noire, les années 60 furent pluvieuses relativement aux années 80-90 mais comment le savoir au XIXème siècle alors qu'il n'y avait quasiment pas de poste pluviométrique !

Riche et documenté, ce bel ouvrage est un appréciable témoignage sur l'Afrique de l'Ouest, au début de la colonisation, fin XIXème.

Yves BOULVERT

ÉMÉRIAU (Jean) : " Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 €

C'est un livre dédié à la religion et à l'histoire. Il incorpore un grand nombre de cartes sur lesquelles sont mentionnées les villes concernées par les évocations religieuses. D'abondantes photos illustrent cet ouvrage, mais ce sont, avant tout, les évocations religieuses qui priment dans cet atlas. On y trouve de nombreux éléments de la Bible, des traductions et des informations d'ordre archéologique.

Toutes les cartes sont accompagnées de quelques commentaires historiques ou archéologiques. Mais surtout chacune est accompagnée d'une citation religieuse, un extrait biblique, ainsi que d'un texte de littérature profane.

Des annexes proposent des tableaux, un glossaire, des index et une chronologie.

Gérard JOLY

SIMON (Gildas) : " La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes.

Le géographe qui suit, avec raison, les publications de Gildas Simon se rappelle son livre publié en 1995 Géodynamique des migrations internationales dans le monde (Paris, PUF). Cet ouvrage, après avoir analysé dans une première partie les " dynamiques actuelles ", présentait dans une seconde partie les " systèmes migratoires ", donc, essentiellement, ceux des années 1980 et du début des années 1990. Toutefois, comme il est impossible d'être exhaustif, il ne traitait pas des systèmes migratoires de l'Afrique, de l'Amérique latine ou de l'ex-Urss, qui venait d'imploser quelques années auparavant. On aurait pu donc imaginer que Gildas Simon propose, une quinzaine d'années plus tard, une mise à jour complète de son précédent livre.

Mais son livre a le mérite d'être beaucoup plus ambitieux. Prenant en compte les considérables changements intervenus depuis avec ce qu'il résume dans son titre du terme " mondialisation ", il propose un livre nouveau dans son plan comme dans son contenu. Quant à la méthode d'analyse, elle s'enrichit, sachant que " le déplacement des problématiques vers la prise en compte de nouvelles formes d'organisation spatiale de la mobilité ne signifie pas pour autant la caducité des méthodes d'analyse traditionnelle de la migration ". Nous adhérons totalement à cette réalité puisque nous avions formulé par avance notre accord avec l'auteur sur la nécessité de prendre en compte à la fois les concepts traditionnels et les nouveaux nés de la mondialisation en écrivant notamment : " La combinaison des facteurs migratoires classiques et des nouvelles logiques migratoires multiplie les types de migrations et rend possibles des cheminements de plus en plus complexes " (" Les nouvelles logiques migratoires ") dans : Université de tous les savoirs, sous la direction d'Yves Michaud, Qu'est-ce que la Globalisation ?, Paris, Éditions Odile Jacob, 2004, p. 97-116).

Une seconde approbation du beau travail de l'auteur tient au fait qu'il refuse, à juste titre, de se laisser pervertir par différents poncifs les plus répandus en écrivant : " Nous ne partageons pas le schéma qui paraît désormais admis, du moins dans le champ de la recherche, du remplacement définitif du paradigme migratoire par le paradigme circulatoire ". En effet et par exemple, l'importance des migrations ne doit pas conduire à nier que, pour la nature humaine, le souhait de " vivre et travailler au pays " demeure privilégié. Celui de s'approprier définitivement un territoire qui devient un lieu définitif de vie reste aussi, le plus souvent, pour le migrant une intention qui, un jour, l'emporte. Ayant posé les bases qui justifient à la fois la durabilité et la mobilité des concepts géographiques, l'auteur décline la planète migratoire en quatre parties. La première, après avoir d'abord résumé la longue histoire migratoire de l'humanité, montre comment la mondialisation des flux dessine actuellement une nouvelle géographie migratoire. L'auteur illustre cette dernière par les évolutions des systèmes migratoires nord-américain et européen et l'analyse en montrant l'importance de la dimension réticulaire de la migration. La deuxième partie dresse un bilan des migrations forcées et des migrations de travail et insiste sur la diversité croissante, par sexe comme par âge, des caractéristiques des migrants parmi lesquels il faut parfois intégrer des éléments subjectifs comme " l'imaginaire migratoire ".

La troisième partie insiste sur différentes formes transnationales. La première tient aux stratégies familiales, d'autant que les migrations familiales ont une place déterminante dans les dispositifs légaux des pays du Nord. Au plan économique, les liens diasporiques créent aussi des liens économiques facteurs de circulation migratoire. Quant à la facilitation accrue des transferts financiers dans le monde, elle concourt également à la migration, qui implique en outre des recompositions identitaires et culturelles qui font l'objet d'un chapitre 13. Après les riches trois premières parties, la quatrième et dernière partie s'intéresse aux politiques migratoires des pays du Nord et notamment à l'Europe de Schengen. À côté d'analyses justes, cette partie nous apparaît plus discutable car elle met insuffisamment en évidence le caractère dual de ces politiques. L'auteur me permettra donc d'ouvrir un débat sur cette question. Par exemple, il parle pour la France d'une politique " de plus en plus fermée ", ce qui est, il est vrai, une idée souvent répandue, alors que la réalité peut être jugée contraire. En effet, tant dans les années 1980 que dans les années 1990, le pouvoir, de gauche ou de droite, a apporté de nombreux témoignages de sa volonté de tendre vers une " immigration zéro ". En revanche, depuis les années 2000, la politique migratoire de la France s'est inversée. Le mythe de l'immigration zéro a été politiquement abandonné et l'ouverture à l'immigration de travail s'est largement effectuée, soit dans le cadre de l'Union européenne (ouverture partielle, puis fin de la période transitoire avec les nouveaux membres en 2008, soit l'enterrement du refus du " plombier polonais " qui avait justifié, à tort, la période transitoire), soit avec les pays du Sud (accords migratoires organisant des possibilités migratoires, droit donné aux étudiants étrangers d'acquérir une première expérience professionnelle en France...), tandis que la France demeurait largement ouverte à l'immigration familiale et se classait, parmi tous les pays du monde, premier ou dans les toutes premières places au titre des demandes d'asile. D'ailleurs, même après corrections, le solde migratoire de la France des années 2000, au moins jusqu'à la crise démarrée en 2008, est largement supérieur à celui des années 1990. En outre, il faut noter que, dans les pays du Nord, ceux qui aspirent le plus à une immigration de peuplement, le Canada et l'Australie, sont en même temps ceux dont le contrôle de l'immigration est le plus organisé. Autrement dit, dans les pays du Nord, tout se passe comme si l'ouverture migratoire et le contrôle de l'immigration étaient les deux faces d'une même pièce de monnaie. Quant à la politique de l'Union européenne, on peut se demander si elle résulte d'une " stratégie volontaire ou contrainte ? ", question traitée dans le livre dirigé par Abdelkhaleq Berramdane et Jean Rosetto .

Au total, le livre de Gildas Simon est à la fois riche de nombreuses et fines analyses et fort intéressant par les utiles débats qu'il peut susciter.

Gérard-François DUMONT

BRIGAND (Louis) : " Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages.

Louis Brigand est géographe. Il nous livre son sentiment sur ces microcosmes singuliers que sont les îles. Deux motifs substantiels pour nous intéresser à son livre. Ses connaissances sont le fruit d'une existence passée à voguer d'île en île. Il les a abordées en tous les océans et mers du Monde et aussi sur des fleuves. Qu'il s'agisse des vingt-huit îles ou groupes d'îles de France métropolitaine ou des vingt deux îles ou groupes d'îles du reste du Monde, chaque fois le même objet infiniment complexe est livré aux analyses de l'auteur, révélant similitudes et singularités. C'est tout d'abord une description de la vie quotidienne des îliens, imprégnée d'une acceptation fataliste de leur sort. Celui de communautés partageant le même mode d'existence, dominé par le vent et la rudesse de la pêche. Ce qui leur confère leur " statut " d'insulaire. L'auteur fait le constat que tout cercle restreint vit une intimité fragile, ce qui ne l'empêche pas d'être soudé vis-à-vis de l'extérieur. Notre attention est attirée sur la comparaison possible entre l'île et le village de montagne où l'autobus est le frère du bateau et où s'exerce une solidarité quasi insulaire, ceci étant de même nature pour l'oasis.

Pour l'auteur, les îles constituent un " gisement géographique " dans lequel, sous sa conduite, nombre d'étudiants ont travaillé à des nouvelles connaissances. Il nous rappelle que l'insularité a une incidence majeure sur l'évolution, ce en quoi le Conservatoire du littoral hérite d'une responsabilité historique. En bref : Besoin d'îles : besoin d'elles ! De Béniget en particulier.

Jacques GASTALDI

BENISTON (Martin) : " Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie

On ne peut que se féliciter du souci qu'a l'auteur d'insister sur la signification des échelles et d'en faire la trame de son ouvrage. On est cependant quelque peu dérouté de voir la Suisse illustrer à elle seule, dans le détail, les échelles régionales et locales, de telle sorte que lorsqu'on en arrive à elle, on a le sentiment d'entrer dans un développement qui pourrait être autonome. Comment ne pas regretter, par-delà l'analyse approfondie des latitudes extratropicales, celle, également approfondie, des latitudes sub et intertropicales. Les changements climatiques annoncés dans le titre, sont pourtant d'approche avant tout globale et ne sauraient minorer des latitudes qui risquent de fournir les plus grosses masses de réfugiés climatiques.

Une meilleure connaissance de la production française, en particulier celle des géographes, aurait évité de déséquilibrer l'ouvrage à l'avantage des régions extratropicales (l'Europe, la Suisse), dès lors qu'il doit être question de décrire des espaces territoriaux intéressant toute la mosaïque climatique du globe. Du moins, telle est la position à laquelle semble inviter, répétons- le, le titre du livre. Mais ces remarques ne doivent pas, pour autant, occulter les qualités du texte. On ne peut être que d'accord avec l'auteur lorsqu'il souligne que c'est du Réchauffement Global qu'il doit être question, avant de parler de changement climatique. On est actuellement en phase de réchauffement, et non de réel changement, tout comme au XVIIIe siècle, on était en phase de refroidissement, sans que le climat ait été considéré comme changé pour autant. Si le réchauffement doit dépasser un seuil que l'on peut fixer à 2"C - 3"C par rapport à l'ère préindustrielle, on entrera alors dans un processus de " changement ". Pour la suite, on retiendra :

Le système climatique : C'est le " grand classique " ; tous les auteurs y reviennent. Le texte n'en est pas moins fort pertinent. On fera toutefois une remarque à propos de la cryosphère. L'auteur évoque, à juste titre, les rétroactions qui s'instaurent entre les englacements et l'atmosphère. On aurait aimé que soit développé ici, le fait que l'Arctique se réchauffe plus vite ( réchauffement de l'ordre de 7,5 - 8°C par rapport à l'ère préindustrielle prévu d'ici la fin du siècle ), que l'ensemble de la planète (3° C, référence faite au scénario médian du GIEC). C'est que, par rétroactions, l'Arctique intègre à la fois le réchauffement global et des processus internes, avec un albédo dont l'affaiblissement progressif doit induire, par effet cumulatif, une décrue glaciaire accélérée. Les forçages naturels du système climatique. Ce ne sont autres que les facteurs climatiques (cosmiques, planétaires et géographiques ). Les facteurs planétaires, impliquant l'atmosphère, apparaissent alors comme ceux sur lesquels interviennent les hommes avec l'introduction des GES D'où l'intérêt du développement sur le cycle du carbone et sur les caractéristiques des GES.

Modélisation et observation du climat. La pertinence des modèles est telle pour l'auteur, qu'ils constituent pour lui, des outils d'une puissance leur permettant d'aller " au-delà de l'interprétation des données d'observation ". Remarque intéressante car elle nous amène au cœur d'un débat qui peut opposer l'observation (où s'inscrivent prioritairement les climatologues géographes) et les modèles mathématiques. C'est que les climatologues géographes sont, pour beaucoup d'entre eux, avant tout des naturalistes qui n'acceptent pas l'idée selon laquelle, si l'observation aboutit à des conclusions différentes des modèles, ce sont nécessairement les modèles qui ont raison.

Changements climatiques actuels et futurs. Très bon chapitre, dont on aurait aimé, qu'il fut plus détaillé concernant les régions tropicales. On lui rattachera un point que l'on relève dans l'étude de la Suisse. Il s'agit de la signification de la canicule de 2003. Il est écrit (p. 165) que " les processus physiques qui ont caractérisé la vague de chaleur 2003.... vont se multiplier au cours des prochaines décennies ". Le raisonnement est théoriquement parfait dans la perspective du réchauffement. Il se trouve cependant que l'observation force à se poser une question. Comment se fait-il que, en phase de réchauffement indiscutable de la planète, surtout à partir du milieu du XXe siècle, on continue d'observer des hivers sévères, des vagues de froid profondes et le maintien de manifestations du système polaire, jusqu'au cœur de certains étés. Il n'est pas question de minimiser l'importance des canicules éventuellement sévères. Ce dont il est question, c'est du processus antagoniste, qui rappelle le maintien des laboratoires d'air froid, malgré le réchauffement. D'où la variabilité accrue à laquelle on doit s'attendre aux latitudes moyennes, dans les décennies qui viennent, l'air froid étant maintenu au contact d'air de plus en plus chaud. Le climat en Suisse depuis 1900 ( En soi, développement réussi). Par delà l'intérêt porté à la diminution des englacements alpins qui sont en phase avec celle de toutes les montagnes du globe, on retiendra la corrélation présentée entre la variabilité de l'Oscillation Nord Atlantique et celle des pressions sur le pays (figure 7.8, p.145).situation d'autant plus intéressante qu'elle caractérise une partie au moins, de l'Europe, et non simplement la Suisse. Sans vouloir retirer à cette corrélation toute l'attention qu'elle requiert, on fera remarquer toutefois ceci. C'est l'application d'une moyenne glissante au pas de temps de 5 ans, dont le but est d'éliminer " le bruit interannuel dans les séries " qui donne cette " subtile " (citation de l'auteur) relation. Or, cette technique statistique simple a pour conséquence, en éliminant " le bruit interannuel " d'éliminer des situations " vraies ", qui ne sont pas forcément en phase avec la tendance mise en évidence. Faire face aux changements climatiques. Bon développement.

Ce qui précède fait apparaître certaines réserves. Ces réserves sont un appel au dialogue, en particulier avec la climatologie géographique française, dont le signataire de ces lignes a la faiblesse de croire qu'elle n'est pas sans qualités. Ces précisions étant données, on ne peut que recommander le livre.

Pierre PAGNEY

AROM (Simha) : " La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusi-cologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages

Voici un destin extraordinaire. Simha Arom n'évoque pas l'enfance forcément tragique d'un jeune juif allemand dans les années 1930-40. Elevé en France, il est formé au Conservatoire national de Musique de Paris, avant de gagner la jeune République d'Israël.

En novembre 1963, " le téléphone sonna chez un corniste de l'orchestre symphonique de la radio israélienne " : le président centrafricain David Dacko cherchait un expert pour former " une fanfare de jeunes de chez nous ". Au début des années 60, le gouvernement israélien, non suspecté de colonialisme, développe une politique de Coopération active pour gagner à l'ONU les voix des pays africains venant d'acquérir leur indépendance. A 33 ans, disponible, Simha Arom s'envole vers Paris pour rencontrer quelques spécialistes : A. Schaeffner, D. Paulme, E. de Dampierre, avant de parvenir à Bangui à l'occasion de la Ëte nationale, le 1"'décembre. Il y subit " un déferlement sonore... le choc de musiques dissemblables ", notamment les " prodigieux chants polyphoniques pygmées, venus du fond des âges ". Plutôt qu'une fanfare, il propose au président de créer un chœur de jeunes, ainsi que des archives de musique locale.

Accompagné de G. Dournon, il sillonne durant trois ans le pays, rassemblant les éléments d'un musée des arts et traditions populaires, inauguré le 1"'décembre 1967 par... J.B.Bokassa qui entre temps s'est emparé du pouvoir. Fin 1967, S. Arom se retrouve à Paris attaché de recherche au CNRS, " n'ayant ", dit-il, " pas même mon baccalauréat ", mais avec un sujet de thèse : " L'arc musical Ngbaka ". En 1971, il revient en Centrafrique dans le cadre du LACITO, laboratoire du CNRS dirigé par J.M.C. Thomas, pour participer à l'étude de la langue et de la musique des Pygmées Aka du sud-ouest (et non de l'est) de Bangui. A ce jour, treize volumes de l'Encyclopédie des Pygmées Aka sont déjà publiés.

Chercheur compétent, aussi passionné et chaleureux que pédagogue, S. Arom évoque aussi bien le " cantus firmus " médiéval que le jodel (alternance rapide entre voix de poitrine et voix de tête) que l'on retrouve en Centrafrique comme dans les Alpes. Il étudie de même les orchestres de trompes des Banda - Linda, les unes étant des cornes d'antilopes, les autres " creusées dans des racines d'arbres évasées ". L'IRD ex-ORSTOM assurait un soutien logistique à ces missions CNRS auxquelles certains de ses propres chercheurs étaient associés (tel Henri Guillaume). La dernière fois que nous avons rencontré S. Arom, en 1989, il travaillait sur son terrain d'enregistrement équipé de synthétiseurs ultra - modernes. Il venait d'entreprendre l'étude des échelles musicales dans le but de comprendre comment différentes communautés ethniques les conçoivent. Plutôt que l'échelle diatonique, en effet, " en Afrique Centrale, on utilise le plus souvent une échelle pentatonique anhémitonique ". S. Arom a travaillé au Burkina Faso, au Bénin... mais il est bien sûr revenu chez les Aka ne serait-ce que pour enregistrer le " chant sur le cadavre ".

Quel parcours pour cet ethnomusicologue de renommée mondiale : il vient de se voir décerner le prix international de la fondation Fyssen !

Yves BOULVERT

ROUSSET (Marc) : " La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages

L'auteur (diplômé HEC, Docteur en Sciences économiques, MBA Columbia, AMP Harvard Business School) soutient (sans aucunes références bibliographiques) que les Européens, sauf les Britanniques et les Irlandais, sont avant tout des citoyens paneuropéens. Ceux-ci ont tout intérêt, à la suite de la politique du Général de Gaulle, de s'associer à la Russie comme à l'Allemagne pour une Grande Europe continentale de Brest à Vladivostok. Il est donc très critique vis-à-vis des Etats-Unis et hostile à l'OTAN, et au Système d'Union européenne supranationale. Il soutient que la Russie est européenne, parce que son centre de gravité est plus que jamais en deçà de l'Oural, que le catholicisme et l'orthodoxie sont les " deux poumons de l'Europe " et qu'il n'y a pas d'opposition entre catholiques/protestants ouest-européens et orthodoxes de l'autre. Voilà un plaidoyer séduisant dans le sens de la politique du gouvernement russe de Poutine et son rêve de nouvelle grande puissance euro-asiatique continentale. Ce livre très argumenté et intéressant se lit agréablement.

Pour Marc Rousset le contrôle de la Sibérie sera le grand enjeu du XXIè siècle, face à la puissance chinoise. La Russie est le Far East de l'Europe par ses grands espaces sous-peuplés et un " avant-poste " de l'Occident chrétien face à la Chine et à l'Islam de l'Asie centrale. L'auteur sort des arguments historiques pour sa démonstration : Paris avec Napoléon et le Blocus continental, Berlin et Vienne avec le Drang nach Osten, le " Lebensraum " nazi, Moscou et la zone soviétique au-delà du rideau de fer. Pour maintenir la paix sur le continent, il faudrait, selon Marc Rousset, rompre avec l'Europe transatlantique de l'OTAN et constituer avec la Russie un arc boréal paneuropéen de nations, se concrétisant par un rapprochement " entre l'Europe carolingienne, capitale Strasbourg " (sic) et la Russie. L'avenir serait dans une grande Europe avec deux alliances ouest-est européennes qui s'équilibreraient mutuellement. C'est exactement ce que souhaite la Nouvelle Russie redevenue nationaliste pour contrer l'OTAN et l'Union européenne à 27, qui remet en cause fortement la sphère d'influence russe sur les Pays d'Europe centrale et orientale. Et à défaut du français, l'auteur remet en selle une langue internationale, l'espéranto, pour que ce ne soit pas la langue des impérialistes américains qui triomphe en Europe. Ce plaidoyer bien argumenté aurait demandé 7 années de travail :Il se divise en trois parties : L'Alliance Europe carolingienne/Russie, les Défis à l'Alliance carolingienne/ Russie. Quelle langue commune pour le continent européen(qui ne soit pas l'anglais) :le multilinguisme, une stratégie nécessaire.

La première partie est une vive critique de l'actuelle Union européenne et de l'Alliance Atlantique. Elle souligne l'importance de l'espace économique et énergétique fondé sur les échanges euro-russes, et, au contraire, une Union européenne apolitique de libre échange, sans " âme ni frontières ", rejetée par les référendums populaires. L'auteur croit à un noyau dur France-Allemagne, âme et tête de " l'Europe carolingienne ", avec l'Italie et l'Espagne. Il met en avant ce qu'il considère comme le dangereux encerclement et le refoulement de la puissance russe par l'OTAN, accusée de troubler les relations de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Moldavie avec leur grand voisin. Pour conclure cette première partie, il devient évident que seul l'axe Paris-Berlin-Moscou serait la seule voie d'avenir pour l'Europe. Mais cette Alliance se heurte à l'Angleterre " cheval de Troie de l'Amérique " (sic).Seul cet axe serait capable de faire face à l'immigration extra-européenne et au terrorisme islamique, en s'opposant fortement comme les Russes à la mondialisation euro-atlantiste. L'auteur montre les rivalités actuelles en Asie centrale entre Russie, Amérique et Chine. Il est très critique vis-à-vis de la Pologne " atlantiste, ennemie héréditaire de la Sainte Russie " et de la Turquie que les Américains veulent imposer et elle aussi ennemie héréditaire de la Russie et de mettre en avant au contraire l'enjeu prometteur de la Sibérie par le contre-poids Paris-Berlin-Moscou

Si l'auteur me semble sincère dans ses réflexions, il fait le jeu de la propagande nationaliste russe et des tenants de l'antiaméricanisme. Pour un économiste distingué, il est, me semble-t-il, affligeant de soutenir des réflexions sans nuances sur le rôle des Etats-Unis et sur un renouveau de méfiance nationaliste russe, dont il se fait le porte-parole vis-à-vis d'une Europe centre-orientale qui a voulu s'émanciper par l'OTAN de la pression et de la tutelle économico-politique russe, notamment par la distribution du pétrole et du gaz naturel. Bref, cette étude originale, intéressante par ses arguments, qui ne sont pas chiffrés, manque d'objectivité en ne prenant pas en compte l'identité d'une Europe à géométrie variable entre Etats-Unis et Russie, qui voit dans la Russie un partenaire distinct qu'il ne convient pas d'intégrer dans une Eurasie irréalisable avant longtemps

Bernard DÉZERT

TEULON (Frédéric) : " Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages.

Ce dictionnaire me paraît être un chef d'œuvre, car il rassemble les biographies de la majorité des économistes qui ont marqué leur siècle depuis l'antiquité gréco-romaine. L'auteur, professeur à l'Ecole supérieur du commerce extérieur et à l'IPAG a auparavant dirigé la publication du Dictionnaire d'histoire, économie, finances, géographie. L'objectif est d'être avant tout un ouvrage de référence pour tous les grands auteurs économistes, mais aussi de culture générale, offrant une vision synthétique et globale de l'état des savoirs en économie.

L'auteur nous offre l'analyse des avancées de la science économique au cours des âges, à travers près de 1000 auteurs. Les biographies sont plus ou moins substantielles, mais les créateurs de l'économie moderne à base mathématique ont naturellement les pages les plus importantes. Les plus modernes ont droit à de lon gues présentations, par exemple William Baumol, Gary Becker (5 p.), Jean Fourastié (4 p.), Milton Friedmann (7,5 p.), Friedrich Hayek (7 p.), John Ecks (4 p.), John M. Keynes (10 p.), Paul Krugman (6 p.), Robert Mundell (6 p.), Joseph Schumpeter (6 p.).

L'analyse historique est très développée pour les anciens : l'auteur range Vauban parmi les économistes et il a raison, comme avec Marx et Engels ou Rosa Luxembourg, pour montrer les prises de position politico-économistes. Les économistes modernes sont souvent présentés avec les modèles mathématiques qu'ils ont conçus. L'étude scientifique montre l'évolution récente des économistes vers les méthodes des sciences dures, même si la modélisation est parfois audacieuse, quand elle veut être prévisionniste. Les étudiants et les chercheurs, même non économistes comme les historiens et les géographes apprécieront les réflexions solides sur les grands économistes qui ont évolué d'un genre littéraire comme le Comte de Saint-Simon à un vocabulaire scientifique avec des analyses statistiques et mathématiques de plus en plus poussées.

Bernard DÉZERT

BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) : " Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages.

Tout honnête homme du XXIe siècle, surtout s'il n'est pas géographe professionnel, devrait avoir lu cet ouvrage. En effet, il s'agit d'un panorama géographique, historique et géopolitique succinct, mais complet et expliqué, des 220 Etats qui se partagent la surface de la terre en soulignant les traits essentiels de chacun d'eux, quelle que soit sa taille, et chacun selon son importance. Le Burundi a droit à cinq lignes comme le Bhoutan, le Sénégal a une page, le Nigéria en a deux comme la Suisse. Bref, le minimum de ce que chaque citoyen du Monde devrait savoir de chaque pays pour comprendre. Le sens du raccourci des deux auteurs leur fait trouver dans tous les domaines, la formule-choc que chacun retient.

Cette étude Etat par Etat, est précédée d'un rappel des caractères physiques de la Terre et de son architecture générale et se termine par une mise au point sur les phénomènes de mondialisation expliqués, et relativisés. Les océans, mers et archipels sont eux aussi caractérisés et leur rôle souligné. Des regroupements régionaux d'Etats sont effectués, souvent originaux, puis dans un dernier chapitre, les grands problèmes mondiaux sont évoqués : réchauffement climatique, alimentation, transports, rôle des frontières, religions, délocalisations, migrations, organismes internationaux etc. Bref, en 400 pages et 17 cartes, un Vade-mecum indispensable pour celui qui veut comprendre le Monde d'aujourd'hui dans sa diversité.

Jean BASTIÉ

FUMEY (Gilles) : " Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages

En un style alerte et accessible à tous, Gilles Fumey dégage d'emblée les interrogations du monde contemporain dans le grand débat pour " nourrir la planète ". Passant par-delà les lieux communs, il pointe les incohérences du système alimentaire mondial, avec le jeu des firmes, des ONG, les déficits alimentaires affichés et, encore et toujours, la dépendance des " Sud ".

Ce petit ouvrage a le mérite d'identifier les processus à l'œuvre, dénonçant les " politiques " et leurs erreurs, les " Cassandre ", alarmistes et leurs propres intérêts, la " fatalité " qui s'abat sur les plus pauvres de la planète, assortie des effets, réels ou supposés, d'un " réchauffement climatique " amplement médiatisé. Au fil des pages, se tisse un plaidoyer pour la prise en compte des spécificités régionales dans le monde, à l'encontre des paramètres standard utilisés pour caractériser les moyennes mondiales de la sous-alimentation.

La cause des agricultures paysannes apparaît comme une référence oubliée des politiques, et l'auteur tient à rappeler, avec raison, la part des valeurs fondamentales régissant les liens de l'Homme à la terre et la défense d'une agriculture vivrière. Le rôle de la paysannerie, évoqué dans le chapitre VI et en conclusion (" l'avenir s'écrit aussi avec les paysans ") aurait, à lui seul, mérité plus que quelques pages. Ainsi, en six chapitres ouverts sur des préoccupations contemporaines, qu'elles soient de l'ordre de la loi des marchés mondiaux de productions agricoles, du rôle des IAA, de la géographie du goût ou des " géopolitiques dans l'assiette ", l'auteur balaie l'essentiel des questions à l'interface de l'agriculture et de l'alimentation dans le monde et plante les bases d'un vrai débat. Rappelons l'intérêt des cartes et les données statistiques en fin d'ouvrage.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

BOGLIOLO BRUNA (Giulia) : " Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages

Ce livre explore l'art et les mythes inuit avec une belle préface de Jean Malaurie. Le grand Nord, ultima thulé était à la fois région apollinienne de l'harmonie chez les grecs et royaume du chaos ou du purgatoire (les volcans d'Islande ?). L'inuk ressent la sacralité de cette nature animée, tel un angakkok-chamane- qui possède un pouvoir magique et peut déchiffrer le système entre microcosme et macrocosme et voir au delà des apparences pour atteindre la vérité.." sous le signe des apparences trompeuses les esprits- tutélaires ou hostiles, célestes ou chtoniens entourent et protègent ces nomades des déserts froids ".

La pulsion esthétique se manifeste alors par une grande puissance créatrice d'où une variété de formes et de styles à la fois réalistes et surréalistes. Sananguak est l'art du chasseur-artiste inuk. pour lequel la vérité n'est pas toujours la réalité visible :l'androgène primitif, nalikatek la déesse de la mer, sirène effrayante, superbes œuvres en ivoire ou bois flotté, sont des sculptures investies d'un pouvoir associées à des pratiques magiques ou religieuses. Seul le chaman peut relier le monde des vivants et celui des morts. La matière est avant tout sacrée et vivante, d'où les amulettes et talismans : mythe de la naissance du monde.

Puis les "blancs " sont arrivés mais les inuit n'ont pas trahi leur identité( leur langue primitive se retrouve dans les légendes du Groenland et du Canada arctique). D'abord les vikings dès 985 sur la côte sud-ouest du Groenland, qui auraient continué à avoir des relations commerciales pendant plusieurs siècles et dont le souvenir a été occulté par les inuits. Ensuite les marins et pêcheurs au Labrador et Terre Neuve, les baleiniers basques français et espagnols. A noter que le fer semble avoir été connu avant l'arrivée des européens qui développèrent le troc et les échanges. A la recherche des derniers descendants des vikings, le commandant danois Gustave Holm découvre en 1884 les eskimos d'Ammassalik. Après l'arrivée des prêtres et des pasteurs, tous les inuit seront convertis et baptisés vers les années 1920. Les objets et sculptures inuit perpétuent les anciens mythes. Giulia Bogliolo Bruna a écrit ce livre des " merveilles nordiques "Elle est ethno-historienne et membre du Centre d'Etudes Arctiques et du Centre d'études amérindiennes de Pérouse.

Michel DAGNAUD

 

FAURE (Juliette) : " Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 €

C'est à une balade historique dans le quartier parisien du Marais que l'auteur nous convie. Une balade suivant un parcours bien ordonné afin d'arpenter chaque rue de ce quartier et de ses abords. Sept chapitres sont dédiés à des sous-ensembles géographiques marqués, parfois différemment, par les événements historiques.

Les emplacements, les rues et une multitude d'hôtels particuliers font l'objet d'une description historique par laquelle les périodes fastes ou troubles de l'Histoire de France sont évoquées avec leurs conséquences architecturales, artistiques et culturelles. Ce lieu, tellement propice aux révoltes et aux conspirations politiques, a été le creuset d'événements majeurs : notamment les guerres de religion et, plus tard, la Révolution française lors de la prise de la Bastille.

Une place conséquente est donnée aux personnages royaux qui ont résidé à l'intérieur du Marais, aux religieux et hommes d'église qui sont venus y édifier leurs églises et exercer leur culte, aux célèbres Templiers qui y établirent le siège de leur confrérie et qui y périrent sur le bûcher, aux destinées des grandes figures historiques qui l'ont fréquenté, aux modes de vie, aux mœurs des notables, des artistes, des écrivains, des citoyens, des artisans qui ont façonné le quartier, que ce soit par l'exercice de leur profession, par leur esprit rénovateur ou par leur talent artistique, et aussi aux femmes influentes et célèbres qui y tinrent salon.

Chaque Parisien appréciera de renouer avec ses racines en effectuant un parcours truffé d'anecdotes dans ce quartier si ancien.

Gérard JOLY

CROIX (Nicole), RENARD (Jean) : " Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages

" Les auteurs souhaitent inscrire cet ouvrage dans une série de monographies géographiques ". Le ton est donné dès l'introduction. Les auteurs, Nicole Croix et Jean Renard, professeurs émérites en géographie, affichent avec bonheur le parcours d'une commune vendéenne, renouant avec une pratique longtemps décriée par les " modernes " de la géographie.

Cet ouvrage éclaire, dans toutes ses dimensions, l'évolution d'un territoire rural, avec ses pesanteurs, ses dynamiques, ses valeurs économiques et son identité, ce qui, dans le contexte du bocage vendéen, revêt une signification fondamentale et justifie, précisément, qu'on s'y attache. Que cette collection débute par une étude sur une commune de Vendée n'est pas neutre : le " modèle " vendéen basé sur un développement endogène et son fait " entrepreneurial " intégré aux campagnes reste une référence pour les zones rurales et méritait bien cet éclairage.

La présentation est claire, pédagogique, structurée en des thèmes accessibles à tous. Dotée d'une abondante iconographie - cartes, schémas, photographies - cette étude rappelle qu'en géographie rurale tout particulièrement, les réalités ne sont livrées qu'à celui qui chausse les bottes pour parcourir les campagnes.

Au cœur du débat, il ne faut pas s'y méprendre, c'est bien de la construction d'un territoire par des sociétés paysannes qu'il s'agit, c'est d'une Vendée habitée, qui vit et témoigne de la valeur du temps et des hommes, face à la banalisation du fait rural dans le contexte européen. Mouchamps devient ainsi un maillon de cette diversité qu'il faut maintenir et encourager. Les auteurs ont ouvert la voie et initié cette démarche, gageons que des monographies d'autres communes viendront enrichir cette collection et ouvrir ainsi le champ d'un débat constructif sur le devenir des espaces ruraux.

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

COURTOIS (Sébastien de) : " Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages

Cet ouvrage relate un grand périple dans la Turquie contemporaine sur les traces de la chrétienté. L'auteur, Sébastien de Courtois, est journaliste et juriste, excellent connaisseur de la Turquie où il séjourne régulièrement. Il entraîne le lecteur au long d'un parcours très riche, au gré de monuments et de témoignages rappelant des pages de l'histoire chrétienne de cet Etat musulman. L'auteur possède une réelle connaissance des premiers temps de l'Eglise, de la vie des Apôtres, bien avant l'Islam, sur ces terres d'Asie mineure. L'immersion dans l'Histoire sainte qui, parfois, par sa complexité, égare le lecteur, poursuit son objectif : le voyageur entend faire revivre, les restes des églises et autres sites chrétiens émaillant son chemin, vestiges de la présence des Grecs qu'il connaît parfaitement bien.

Partant de l'assassinat du journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, en janvier 2007, l'auteur rappelle les antagonismes cruels dont ont été victimes les Arméniens dans ce pays, plaçant son périple sous le signe des relations ambiguës entre chrétienté et islam dans une société turque écartelée par ce débat " politique ", ainsi que par les non-dits, les oublis, voire une amnésie organisée par cet Etat qui frappe aux portes de l'Europe. Alors que le fond du problème est résolument marqué par des contradictions de taille - l'obstination du Pouvoir à nier la réalité du génocide des Arméniens, à effacer toute trace de faits réfutés par l'Histoire officielle de la Turquie moderne - S. De Courtois se livre à un exercice périlleux fait de compromis et de faux semblants vis-à-vis de faits de mémoire et, tout particulièrement, ceux du peuple arménien. Comment comprendre ces aller-retour de langage ? Pourquoi n'évoque-t-il que des " massacres ", terme politiquement correct qu'il ne substitue jamais à celui de " génocide ". Serait-il soucieux de ménager des susceptibilités ? Aurait-il émis le vœu d'une objectivité scrupuleuse ? Mais au bénéfice de qui ? Ces décalages entre l'extrême rigueur de ses descriptions du chemin des premiers chrétiens et le flou, entretenu, de ses positions sur le débat historique des Arméniens de Turquie, sont récurrents, tout au long du récit.

Ce récit rejoint un grand débat contemporain sur les menaces qui pèsent de plus en plus sur l'avenir des minorités chrétiennes dans nombre d'Etats de la région. Pourtant, malgré ses qualités, il ne peut faire l'unanimité. Il aurait pourtant suffi de prendre en compte les réalités convaincantes sur le fait socio-culturel arménien. L'anéantissement total d'une Histoire et d'une mémoire reste le non-dit que l'auteur évite d'aborder ; en témoigne, sans aucun doute, l'oubli magistral et très révélateur de cet état de fait : le 24 avril 1915, date de référence du génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman, n'est même pas mentionnée dans la chronologie de début d'ouvrage. Mais est-ce un oubli ?

Françoise ARDILLIER-CARRAS

 

DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick - photographe) : " Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 €

Un bel ouvrage, abondamment illustré avec des reproductions de planches issues de plusieurs herbiers dont celui du Muséum d'histoire naturelle de Paris, l'ensemble étant entremêlé de nombreuses photographies artistiques. Une vingtaine de botanistes, apothicaires, médecins ou biologistes ont été choisis par l'auteur pour jalonner l'histoire des principales découvertes réalisées en diverses parties du monde. Et c'est avec une curiosité toujours renouvelée que l'on se remémore le célèbre périple entrepris en Amérique latine par Humboldt et Bonpland qui, en 1804, rapportèrent au Muséum une récolte particulièrement riche de 6 200 spécimens du monde végétal. On apprécie aussi les reproductions de planches du précieux herbier réalisé par Pitton de Tournefort au XVIIe siècle et les travaux de la classification des plantes établie par Linné, améliorée par la famille Jussieu, ou, plus proche de nous, les innombrables parcours de cet infatigable explorateur que fut Théodore Monod, fasciné par le Sahara et toujours à la recherche de nouvelles espèces végétales : il en a découvert 32.

Cet ouvrage raconte comment ces explorateurs de la nature voyagèrent des années durant et rapportèrent de leurs expéditions de nouvelles drogues, de nouveaux aliments ainsi que de nombreuses plantes tropicales et exotiques.

Gérard JOLY

MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) : " Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée.

L'ouvrage, d'une présentation impeccable à l'image des nombreux manuels rédigés par les enseignants et chercheurs de l'EPFL et publiés par les Presses polytechniques universitaires romandes, est un manuel de statistique, un manuel appliqué à l'hydrologie, mais valable dans beaucoup d'autres domaines. Il convient pour l'aborder d'avoir acquis quelques concepts de base, population, échantillon, médiane et quantiles, variance, variable aléatoire ..., et il serait utile pour le lecteur déjà familier de la statistique de mettre en évidence les caractères propres à l'hydrologie. Destiné en premier lieu aux hydrologues, il emprunte des exemples concrets à des cours d'eau suisses, sans aller jusqu'à fournir d'exercices d'application à des problèmes pratiques de l'aménagement du territoire et de la sécurité civile en général, ni à ceux des constructeurs et exploitants d'ouvrages en milieu fluvial.

La spécificité précisée dans le sous-titre, "une science prédictive", montre que l'objectif est de fournir un outil à celui qui a besoin pour agir (ou ne pas agir) d'un aperçu fiable d'un avenir plus ou moins lointain. Les difficultés en sont soulignées ; en particulier la stationnarité des processus, bafouée à l'échelle décamillénaire par la fin des glaciations quaternaires est devenue bien difficile à admettre à l'échelle du siècle, en raison du changement annoncé du climat, et même à très court terme lorsqu'il s'agit d'événements rares, c'est-à-dire des valeurs extrêmes des distributions. L'ouvrage montre les incertitudes qui subsistent toujours et la difficulté des choix entre les modèles comme entre les tests, mais n'insiste pas sur les conséquences de ces choix sur les valeurs extrêmes des distributions. L'extrapolation des lois (mathématiques) que l'on peut ajuster sur les valeurs centrales n'a aucune justification hors des domaines connus, même en conditions stationnaires ; l'avenir garde son mystère. La Nature est floue dans l'espace et capricieuse dans le temps, on ne sait pas assigner de limite à ses valeurs extrêmes.

Sans doute, les débits et les pluies "ont été, de bonne heure, des objets privilégiés de la statistique descriptive et analytique" (Massé, 1940). Mais bien longtemps avant l'ère du "tout-modèle numérique", la thèse de Monique Dacharry (1974), portait déjà un jugement définitif sur l'usage des statistiques : "la tentation est forte aujourd'hui pour le mathématicien de dévorer les données, de jongler avec elles sans se plier au réel, ... pour le géographe, de se cantonner dans une attitude de méfiance globale" envers des formules "qui lui inspirent une vénération un peu superstitieuse" (Halphen, 1955).

Beaucoup de sources françaises sont utilisées au long des neuf chapitres (dont Duban et Guillot, Matheron, Thirriot ...), ce qui témoigne de la richesse de la réflexion française dans ce domaine, mais les influences anglo-saxonnes arrivent par le Québec, qui les a francisées (pour s'en tenir à un exemple, les manuels de statistique français utilisent ² et non chi carré). Beaucoup d'articles et ouvrages récents sont recommandés (mais pas les publications de Jean Lombardi sur l'analyse fréquentielle, éminent spécialiste suisse des barrages qui recommande d'utiliser des lois de distribution bornées).

Pierre DUFFAUT

HUMBERT (Jean-Charles) : " Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 €

Abondamment illustré, avec de nombreuses photographies auxquelles sont mêlées des reproductions de cartes portales, l'ouvrage se présente comme une évocation précieuse, à la fois d'un pays et de plusieurs familles algériennes durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe.

Ayant été conçu comme un véritable inventaire ethnographique et artistique, son contenu est associé aux évolutions techniques du support photographique, lesquelles relèvent essentiellement des progrès réalisés dans le domaine de la chimie. Dès cette époque, des expositions de photographies sont organisées dans les grandes capitales et elles donnent lieu à des palmarès. La photographie devient un instrument aussi indispensable que le carnet et le crayon le sont à l'ethnologue, au géographe, à l'archéologue, à l'historien, au voyageur comme au savant.

La photographie va être considérée comme un auxiliaire précieux pour rendre compte des évènements importants. Ce sera déjà le cas lors des voyages effectués par Napoléon III à Alger en 1860 puis en 1865. Quarante ans plus tard, la visite du Président Emile Loubet en Tunisie et en Algérie fera l'objet d'un reportage pour lequel Jean Geiser s'efforcera d'en être le témoin officiel. Car, comme tout photographe, il se préoccupe avant tout de capter ce qui est éphémère. Il abandonne plus volontiers la reproduction des paysages nus aux peintres. Sur les cartes portales qui sont éditées au tout début du XXe siècle, hommes, femmes ou enfants sont presque toujours présents.

Remarquable portraitiste, Jean Geiser a été témoin de son temps en visitant le bled, la Kabylie, en voyageant dans les régions du Sud aux portes du désert, en parcourant des villes et des villages d'Algérie et de Tunisie. Il observe tout sur son passage, la vie dans les quartiers, celle qui se développe autour des édifices ou dans les marchés, le travail des fabricants et des commerçants, les scènes de rues, l'équipement des ports, leurs navires de guerre, les navires de commerce, le navire-école Duguay-Trouin, captant toujours l'instantané, le répandant grâce au nouveau support postal que constitue la carte postale.

Jean Geiser éditera des albums de photographies, présentera des reportages, des catalogues de voyages. Il s'intéressera à des manifestations et à des festivités, ainsi qu'à des représentations théâtrales dont ses clichés immortalisent certaines actrices.

La photo de reportage a pris son véritable essor au moment de la miniaturisation "relative" des équipements, d'autant que celle-ci coïncida avec un usage croissant de la carte postale. Des touristes, aussi bien que des militaires de l'Armée ou de la Légion vont devenir photographes anonymes, fiers que leurs clichés puissent être utilisés en cartes postales et appréciés par le public.

Photographe, un métier, une passion. Jean Geiser en fut un grand passionné et il laisse un important témoignage à l'attention des artistes, des historiens, des géographes et de tous ceux qui ont attachement sentimental avec l'Algérie.

Gérard JOLY

COLIN-DELAVAUD (Claude) : " Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p.

Cet ouvrage très original déconcerte a priori le lecteur et c'est pourtant un essai de géopolitique imaginant ce qu'aurait pu être la suite de la Seconde guerre mondiale, si les troupes allemandes avaient réussi un débarquement en Grande-Bretagne en 1940, si les troupes de Rommel avaient gagner le Proche-Orient et si les armées allemandes en URSS avaient réussi à franchir le Caucase ou l'Oural. L'auteur se basant sur ses expériences de géographe-explorateur en Asie Centrale, ose affirmer que la guerre aurait duré une année supplémentaire ; mais, malgré tout, la stratégie de Hitler n'aurait pu sauver l'Allemagne d'un désastre militaire total, puisqu'il avait trop dispersé ses forces. Aurait-il pu s'emparer des gisements de pétrole de l'Orient arabe et s'avancer vers l'Inde et les troupes japonaises en refaisant le périple d'Alexandre, avec en même temps une invasion de toute la Russie, qu'il n'aurait pu malgré tout vaincre les Etats-Unis et ceux-ci auraient sans doute utilisé contre l'Allemagne les frappes nucléaires. Seul, dit l'auteur, le " pouvoir égalisateur de l'atome " aurait pu sauver le Reich, grâce aux armes nouvelles des fusées à longue portée V2 et V3 ; Le retard pris par les recherches nucléaires en Allemagne sera décisif en plus de la grande dispersion des forces allemandes et la réaction héroïque du peuple russe.

L'auteur imagine une contre-offensive alliée depuis la Sibérie et l'Oural. pour reconquérir la Russie occidentale, mais seulement fin 1945. Ce texte fait appel aussi aux attitudes pro-russes des populations de l'Asie centrale et des pays musulmans du Proche Orient à l'époque, car l'auteur est un grand connaisseur de ces pays. L'auteur imagine aussi que la première bombe atomique au lieu de tomber sur les villes japonaises serait tombé sur une grande ville allemande, entraînant la capitulation immédiate du Reich hitlérien, mais...en 1946 !

Cette histoire-fiction agréablement rédigée avec des cartes originales se lit avec curiosité et doit intéresser autant les historiens que les géographes et les stratèges militaires.

Bernard DÉZERT

HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) : " Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux

Espaces protégés par excellence, les parcs nationaux ont été observés sur tous les continents par un groupe de géographes dynamiques qui ont analysé les diverses situations, les types de gestion, et les objectifs de préservation. Les parcs se sont imposés dès 1872, d'abord à Yellowstone, avec les particularités territoriales des états gigantesques, avant d'apparaître également en diverses parties d'Amérique du Nord et d'Océanie puis en Afrique du Sud (2 millions d'hectares pour le parc Kruger en 1898).

Plus d'une dizaine de dossiers répartis dans les 3 chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la réflexion géographique, portée d'abord sur les espaces de nature dans lesquels sont gérées les activités touristiques, puis progressivement elle implique le développement durable dans le prestigieux parc des Galápagos pour lequel la gestion s'oppose à la conservation de la géodiversité. Mais que serait l'écoumène sans géodiversité ? A l'île de Pâques, où la population insulaire a triplé depuis les années 70, l'ouverture géographique sur la géodiversité est surtout d'ordre culturel. De même en Europe centrale, l'espace steppique de la Grande Plaine, symbole de l'identité nationale des cavaliers magyars, valorisa les premiers parcs nationaux. A présent, les fonctions des parcs européens sont réorientées vers le développement durable : ce n'est donc plus la sensibilité au pittoresque, ni l'esthétique pour améliorer la mise en valeur touristique, ni l'écologie radicale résolument en rupture avec le territoire. La volonté est au contraire d'intégrer les principes de l'écologie scientifique aux objectifs du développement des territoires.

Un regard croisé sur l'environnement politique des initiatives de parcs internationaux est porté sur l'Amérique centrale, dans une région où coexistent 7% de toutes les espèces végétales et animales du monde. Aux lisières de ces Etats, les difficultés gouvernementales à agir dans des aires marginales amorcent parfois des processus conflictuels.

Le continent africain représente le second ensemble régional par l'étendue de ses parcs. Réservoirs écologiques, ils sont notamment destinés à pallier les déficiences écologiques du monde moderne. Mais les enjeux, tels qu'ils sont observés ici et là, apparaissent forts disparates. Le modèle du parc national est ambigu.

Les conflits qui ont agité les parcs nationaux français ont généralement été localisés à certaines vallées, mais certains de ces conflits se généralisèrent dans un vaste ensemble comme ce fut le cas pour le développement des stations de sports d'hiver en Vanoise. Il en alla de même pour les loups des Apennins introduits dans le parc du Mercantour, quand ils se sont ensuite répandus dans l'ensemble du massif alpin et générèrent des attitudes conflictuelles devant une problématique épineuse. Ces événements ont montré que la protection de l'environnement doit certainement passer par une meilleure acceptation sociale, ou, tout au moins, par une politique qui diminue les risques potentiels de contestation, par exemple en subdivisant les territoires et en offrant des contreparties compensatoires.

S'ils sont en certains lieux un instrument d'appel touristique, les parcs relèvent parfois d'une idéologie inquiétante de protection de la nature sans l'homme, alors que tout au contraire ils devraient contribuer à la reconstruction des liens économiques, politiques et sociaux qui composent les territoires.

Gérard JOLY

THIBAULT (Christel) : " L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros.

Une bibliographie précise en français et en anglais (conventions de Genève - ONU -résolutions du Conseil de sécurité - UNBRO (United Nations Border Relief Opération) etc.), cinq cartes très claires : Provinces du Cambodge ; sectorisation de la frontière khméro-thaïlandaise ; vers 1980, à l'ouest, positions des combattants khmers rouges ; vers 1990, organisation de l'espace frontalier ; principales régions d'origine des réfugiés des camps UNBRO.

Trois chapitres d'égale importance traitent des populations en fuite, des influences et interventions complexes dans les camps, et enfin du rapatriement général lié au processus de Paix, âprement discuté, négocié. Cet ouvrage a obtenu le Prix Le Monde de la recherche universitaire.

La présence vietnamienne apparaît comme le principal facteur de départ vers les camps, bien plus que celle des khmers rouges. Les " viets " imposent des chantiers avec déplacements forcés des populations ; plus les paysans travaillent, augmentent leurs rendements, plus ils sont taxés. Par un jumelage imposé, le Cambodge doit envoyer du riz au Vietnam, alors qu'il en manque pour lui-même et qu'à partir de décembre 1988, le PADDY n'est plus autorisé à circuler entre provinces.

Les Nations Unies aident à la distribution de nourriture à partir de la frontière thaïlandaise, mais 75 % sont détournés pour et par les Vietnamiens, 25 % seulement parviennent aux Cambodgiens, depuis le " Landbridge ", dont la tête de pont est située à Aranyaprathet. Loin d'être une zone démilitarisée, la frontière thaïlandaise devient le théâtre de violents affrontements saisonniers ; dans les camps se mêlent civils et militaires. Phnom-Malai, Samlaut sont de puissants bastions khmers rouges. Tatouages de protection, offrandes aux génies sont censés protéger lors des fréquents déplacements d'un camp à un autre ou lors des franchissements nombreux de la frontière.

En apportant une aide humanitaire à des camps où se trouvaient rassemblés des civils et des combattants dès le début des années 1980, la communauté internationale a indirectement permis le maintien puis le renforcement de la résistance khmère rouge sur les marges N.O. du Cambodge.

L'ouvrage décrit la vie surpeuplée dans les camps (ex. site 2, non loin d'Aranyaprathet : 26.847 h/km² en 1992) d'où un système de distribution alimentaire très rigoureux : " jour du riz ", distribution quotidienne d'eau ; certains réfugiés franchissent la frontière pour travailler clandestinement en Thaïlande (petit commerce, activités agricoles). Ce qui est fort dangereux, puisqu'ils n'ont pas de statut légal.

La troisième partie de l'ouvrage traite des énormes difficultés pour aboutir au " cessez le feu ", aux accords de Paix signés à Paris le 23 octobre 1991 ; les combattants khmers rouges royalistes, républicains tentent d'étendre leur influence dans l'intérieur du pays ; le rapatriement général des populations en 1992-1993 proposait six options de réinstallation. 90 % des rapatriés choisirent une somme en dollars. Les terres agricoles (minées, polluées, dangereuses) furent attribuées par lots de deux hectares cultivables " nettoyés " à 2.500 familles seulement. Avec une personne amputée pour 384 habitants en moyenne, le Cambodge détient le funeste record, fin 1990, du plus fort taux de personnes invalides au Monde.

Pendant plus de onze ans, les camps ont abrité et nourri près de 400.000 cambodgiens. Ces personnes sont au moins restées en vie. Les relations entre l'humanitaire, le politique et le militaire sont tristement mises en évidence dans cet ouvrage très dense et tragiquement bien documenté.

Jacqueline GALLO-MARTIN

 

BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) : " L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p).

 Zanzibar, île mythique? L' Ile des mille et une nuits ? C'était autrefois...

Cet archipel de corail, composé de 2 îles principales, Unguja l''île Capitale et Pemba, est situé à environ 50 km de la côte de la Tanzanie à laquelle il est rattaché politiquement depuis l'Union de 1964 (Tanzanie est la contraction de Tanganyika et de Zanzibar, la mer des noirs). Ce n'est pas un territoire immobile ni isolé comme sous-entendu dans le mot île mais qui s'est développé grâce à la mer et au commerce des esclaves d'abord et des clous de girofle et autres épices après l'interdiction par les anglais en 1873 du trafic d'esclaves (toléré encore pendant quelques décennies).

Z a été gouvernée après les portugais par le sultanat d'Oman à partir du 17ème siècle puis passa sous protectorat anglais en 1890. Le Sultanat de Z. accéda à l'indépendance en 1963 et la république fut proclamée en 1964. Des gouvernements plus ou moins dictatoriaux se sont succédés avec de nombreuses violations des droits de l 'homme et de multiples massacres. La situation ne paraît guère s'être améliorée aux dernières élections de 2005.

Cependant la population a plus que doublé en moins de 25 ans et atteint environ 1 million d'habitant. La langue originale est le swahili, l'arabe est utilisé pour le commerce avec Oman et le continent. Celui-ci était effectué par boutres de 30 à 160t. La révolution de 1964 a mis fin à ce commerce par boutres. L'influence arabe a continué à s'exercer. Les terres furent nationalisées et redistribuées en parcelles pour les plantations, en particulier de girofliers, mais les crises des années 1985-87 accélérèrent la pauvreté. Curieusement, ce fut l'Agence de développement de la Finlande qui apporta un soutien financier et le droit foncier compliqué fut réformé à partir de 89. L'émigration (surtout vers la Grande Bretagne et Oman) a commencé après la 2ème guerre mondiale et l'importante diaspora à Mascate et ailleurs aide les familles pauvres restées dans les îles.

Le système politique a besoin de réformes. C'est le développement touristique qui va permettre de moderniser l'économie et d'améliorer le sort des " îles aux épices ", petites mais belles, comme d'autres îles de l'Océan indien.

C'est un ouvrage collectif écrit sous la direction de Nathalie Bernardie-Tahir, Maître de conférences à l'Université de Limoges, avec de nombreux auteurs et articles ce qui ne facilite pas la synthèse.

 Michel DAGNAUD

BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) : " Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes).

               Les deux auteurs, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations internationales et stratégiques, et Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Etrangères, ambitionnent dans ce court atlas de géopolitique de fournir des clefs pour décrypter le monde d'aujourd'hui dans sa complexité et ses problèmes, ses antagonismes. Après quelques repères sur le passé, ils présentent diverses interprétations du monde global : unipolaire ou multipolaire. Formons-nous une " communauté internationale " ou sommes-nous face au " clash des civilisations " ?

               Une troisième partie rappelle quelques " données globales " démographiques, économiques, énergétiques ... La dernière partie la plus originale s'efforce de représenter le monde vu par les autres. On sait que la Chine s'est toujours considérée comme l'Empire du Milieu, le centre du monde. Quel est donc le monde vu - outre les divers pays européens, par les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, mais aussi par la Turquie, la Corée, le Canada, le Brésil, l'Inde, Israël ... ainsi que par les Méditerranéens, les Africains, le monde arabe et les Islamistes ... Sans conclure, les auteurs nous proposent de réfléchir aux problèmes inscrits " de façon évidente ou en filigrane " sur ces cartes.

               Le but est fort louable et l'ouvrage intéressant, bien que certains propos soient contestables. Malheureusement, on se demande si les deux auteurs haut-placés ont pris la peine de bien relire le texte et d'examiner attentivement les cartes. Certaines coquilles sont excusables mais des erreurs de dates sont regrettables. A titre d'exemple (p.117), on ne peut indiquer comme date d'indépendance : 1968 pour le Cameroun au lieu de 1960, de même1956 pour la RCA au lieu de 1960. En Egypte, le protectorat britannique a pris fin en 1922, la République remonte à 1953 et non à 1956, date du coup de Suez. Bien plus, certaines cartes sont erronées, d'autres se contredisent. Ce travail manque de cohérence. S'il importe en effet de bien souligner pour l'Afrique l'importance de la ligne de contact islam et christianisme / animisme, il convient d'harmoniser les cartes des p.28, 62 et 117. Sur la carte des religions (page 62), l'islam englobe tout l'Erythrée, le Burkina, le Tchad, la moitié du Centrafrique. Cette carte ne correspond pas exactement à celle de l'islam majoritaire (p.117), encore moins à celle (p.28) sur laquelle la " civilisation arabo-musulmane " englobe toute la côte d'Afrique occidentale. Rappel : il n'y a pas large majorité de populations musulmanes au Nigéria (50%), Erythrée (46%), Ethiopie (45%), Tchad (44%), encore moins au Burkina Faso (25%), au Cameroun (20%), Togo (15%) et Bénin (13%).

               La simple carte de " l'Empire français en 1930 " (p.77) révèle d'autres erreurs : Congo et Oubangui-Chari n'y figurent pas comme colonies, alors que Cameroun et Togo étaient alors des mandats de la SDN, tout comme Syrie et le Liban également non représentés ! Dans le même genre (p.90), la Norvège est encore rattachée à l'Union Européenne mais pas le Suède et la Finlande. Par ailleurs, les axes de la traite musulmane (p.116) n'étaient pas tracés au hasard, ils suivaient les puits ; c'est le cas des pistes caravanières reliant le lac Tchad à Tripoli ou le Darfour au Caire, la voie fluviale du Nil étant essentielle pour le trafic d'esclaves !

               Ces erreurs ou omissions devraient être corrigées pour la diffusion souhaitable de cet ouvrage.

Yves BOULVERT