NOTES DE LECTURE
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ALLÈGRE (Claude) |
« Faut-il avoir peur du Nucléaire ? » avec
Dominique de Montvallon, Éditions Plon, 2011, 161
pages |
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CAUNA (Jacques de) |
« Voyage d’Outre-mer et infortunes les plus accablantes
de la vie de M. Joinville-Gauban. Présentation et
commentaires » Edition La Girandole Histoire à Guitalens
– L’Albarède (81), 2011, 402 pages |
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CHATELIN (Yvon) |
« Recherche scientifique en terre africaine. Une vie,
une aventure » Collection Graveurs de Mémoire, L’Harmattan, 2011 |
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PONCET (Jacques-Charles) |
« Relation de mon voyage d’Ethiopie, 1698-1701. Un
médecin français à la cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de
l’Abyssin » Editions La Lanterne magique, 2010, Besançon, 222 pages |
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Collection de la Casa de Velázquez. |
L’Espagne dans l’Union Européenne. Un quart de siècle
de mutations territoriales. 2011, 280 pages avec 112 photos et 26 croquis en
couleurs. |
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DESHAIES (Michel) |
« Atlas de l’Allemagne, Les contrastes d’une puissance
en mutation » 2011, 80 pages |
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MOREL (Alain) |
« Quarante ans d’Afrique et de déserts, Carnets de
route d’un Géographe » Ibis Press, 2011, 126 pages,
48 planches photographiques |
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BATTIAU (Michel) |
« L’enjeu industriel dans le monde » Editions
Ellipses, Collection Carrefours 2011, 186 pages, 6 tableaux et 3 cartes |
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HOUTE (Arnaud-Dominique) |
" Louis Napoléon Bonaparte - le coup d'État du 2 décembre 1851 " Paris, Larousse, Coll. Essais et documents, 2011, 14 x 21 cm, 256 pages, 18 € |
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CHOUQUER (Gérard) |
" La terre dans le monde romain " Editions Errance, Paris, 2010, 329 pages. |
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RUELLAN (Alain) |
" Des sols et des hommes. Un lien menacé " Préface Bruno Latour, IRD éditions, Marseille, 2010, 105 pages illustrées |
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VARLET (Jean) et ZEMBRI (Pierre) |
" Atlas des transports " Paris, Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2010, 17 x 24,5 cm, 79 pages, 17 € |
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BODLORE-PENLAEZ (Mikael) sous la dir. de |
" Atlas des Nations sans État en Europe " Éditions Yoran Embanner, 2011, 160 pages, 25 € |
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POURTIER (Roland) |
" Afriques noires " 2010, 2ème édition revue et augmentée (1ère éd. 2001), Carré-Géographie, Hachette supérieur, 286 pages |
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BORIS (Jean-Pierre) |
" Main basse sur le riz " 2010, Paris, Fayard, 220 pages |
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PONS (Anne) |
" Lapérouse " Folio Biographies, Gallimard, Paris, 2010, 302 pages, 18 illustr. |
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CHARVET (Jean-Paul) |
" Atlas de l'agriculture. Comment pourra-t-on nourrir le monde en 2050 ? " Editions Autrement 2010 |
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LEPESANT (Gilles) |
" Géographie économique de l’Europe centrale " Édition Les presses de Sciences Po, 2010 |
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PAUMIER (Jean-Yves) |
" La Bretagne pour les nuls " First éditions, 2011 |
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TERTRAIS (Bruno) |
" Atlas mondial du nucléaire " Édition Autrement 2011 |
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BARON-YELLÈS (Nacima) |
" L'Espagne aujourd'hui. De la prospérité à la crise " Éditions De Boeck, 2010, 168 pages, 12 € |
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LINEL (Benoît) |
" Les Haxo " Editions les Galops de la Nuit, 23 rue Richelieu, Brest, 2010, 170 pages. |
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MORICEAU (Jean-Marc) et MADELINE (Philippe) (sous la dir.) |
" Repenser le sauvage grâce au retour du loup ", Presses universitaires de Caen, 2010 |
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BESSE (Jean-Marc), BLAIS (Hélène), SURIN (Isabelle) (sous la dir. de) |
" Naissances de la géographie moderne (1760-1860) ", Service de l'édition de l'E.N.S. Lyon, 2010 |
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OSTROWSKI (Zygmunt) avec la collaboration de JOSSE (Marie-Cristine) |
" Soudan. Conflits autour des richesses " Collection Etudes Africaines, L'Harmattan, 2010, 278 pages |
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GATTAZ (Vincent) et MOUNIER POULAT (Guy) |
" L'orientation facile " Les Echelles, Editions Missions spéciales Productions, 2010, 48 pages |
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PÉRON (Françoise) et MARIE (Guillaume) |
" Atlas du patrimoine maritime du Finistère " Brest, Editions Le Télégramme, 2010, format 25 x 26 cm, 142 pages, 48 cartes et plans, 24,90 € |
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DION (Isabelle) |
" Auguste Pavie, l'explorateur aux pieds nus " Archives nationales d'outre-mer, Collection Histoires d'outre-mer, 2010, 25 x 20 cm, broché, 200 pages, 24 € |
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SIBILLE (Blandine) & MINH (Tuan Tran) |
" Congo-Océan. De Brazzaville à Pointe-Noire (1873 - 1934) " Editions Frison-Roche, Paris, 2010, 142 pages |
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SCOCCIMARO (Rémi) |
" Le Japon. Renouveau d'une puissance ? " Paris, La Documentation française, documentation photographique, dossier n° 8076, juillet-aôut 2010, 64 p., 12 cartes |
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FRÉMONT (Armand) |
" Normandie sensible ", Paris, Éditions Cercle d'Art, 2009 |
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ISSA (Saïbou) |
" Les coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier dans le bassin du lac Tchad ", Coll. Les terrains du siècle, Khartala, Paris, 2010, 273 pages |
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MARCONIS (Robert) et VIVIER (Julie) |
" 150 ans de transports publics à Toulouse ", Editions Privat, Toulouse, 2009, format 28 x 29, 145 pages |
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PINEAU (Jean-Marc) |
" Mon voyage au Maroc " Les 2 encres, Cholet, format 15 x 21, photos couleur, 198 pages, 20 € |
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DUMONT (Gérard-François) (sour la dir.) |
" La France en villes " Paris, Sedes, 2010, 352 pages |
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SALSA (Annibale) |
" Il tramonto delle identità tradizionali. Spaesamento e disagio esistenziale nelle Alpi ", 2007, préface Enrico Camanni, Torino, Priuli &Verlucca, 205 pages, 14,50 € |
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BARON-YELLÈS (Nacima) |
" Atlas de l'Espagne. Une métamorphose inachevée " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 € |
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WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. - 22 auteurs) |
" L'écosociété : une société plus responsable est-elle possible ? " Éditions Ellipses, Paris, 2010, 623 pages |
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SMITH (Stephen) |
" Voyage en postcolonie. Le Nouveau Monde franco-africain " Éditions R. Grasset, Paris, 2010, 327 pages |
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LAMARQUE (Philippe) |
" Le Sénégal d'Antan. Le Sénégal à travers la carte postale ancienne " Collection Olivier Bouze, HC éditions, 2009, 109 p. |
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DUNMORE (John) |
" L'épopée fatale. Le voyage de Surville 1769-1770 " n°16, Coll. Lettres du Pacifique, L'Harmattan, Paris, 2009, 129 pages, 1 carte, 6 illustrations |
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N'DIAYE (Tidiane) |
" Le génocide volé, enquête historique " Coll. Continents noirs NRF Gallimard, 2008, 253 pages, 15 ill. |
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SEYER (Claude) |
" Nancy aérienne " Préface de Jean-Claude Bonnefont, Gérard Louis Éditeur à Haroué (54740), 2008, format 22,5 x 29 cm |
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ORSENNA (Erik) |
" L'Avenir de l'eau. Petit précis de mondialisation - II " Fayard, Le Livre de Poche, 2010, 470 pages |
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BONNET (Jacques), BROGGIO (Cécile) |
" Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie |
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BATAILLON (Claude) |
" Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009, 226 pages. |
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BAILONI (Mark) et PAPIN (Delphine) |
" Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 € |
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RADVANYI (Jean) et BEROUTCHACHVILI (Nicolas) |
" Atlas géopolitique du Caucase " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 € |
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IGAH (Emmanuel) |
"
Nigeria handbook. All you want to know about Nigeria " 2009, Federal
Ministry of Information and Communications, Abuja, Nigeria, 272 pages |
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SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.) |
" Elisée Reclus. Natura e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori, 2007, 296 pages |
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PETRELLA (Marco) |
" La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d'Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages |
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GAY (Jean-Christophe) |
" Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136 pages, 23,50 € |
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DION (Roger) |
" Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 € |
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PALAU (François et Maguy) |
" Le rail en France au Second Empire (1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages |
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TRÉGUER (Paul) |
" Trois marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de Claude Lorius membre de l'Institut, 2010, 146 pages dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie |
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DEVILLET (Guénaël) (sous la dir. de) |
" Être géographe aujourd'hui : La Géographie...Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages |
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LASSERRE (Frédéric) |
" Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages |
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BERNIER (François) |
" Un libertin dans l'Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne, Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées |
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AYALA (Roselyne de), GUÉNO (Jean-Pierre) |
" Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages |
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VIGUIER (Pierre) |
" Sur les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions QUAE, Versailles, 158 pages |
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POISSON (Jacques) |
" Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008, Société Saint Simon |
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MAUGARLONE (Jacques) |
" Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304 pages. |
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GOURAUD (Jean-Louis) |
" La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages. |
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LE GOIX (Renaud) |
" Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 € |
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SARDET (Michel) |
" Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages |
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DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) |
" Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 € |
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HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) |
" L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 € |
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Patrimoine mondial de l'UNESCO |
" Guide des sites français" 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 € |
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SANJUAN (Thierry) |
" Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 € |
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WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) |
" L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies |
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LOUCHET (André) |
" La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages |
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FOUCHER (Michel) |
" Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 € |
|
CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) |
" Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages |
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GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) |
" Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages. |
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TISSIER (Yves) |
" Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 € |
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CHAPPEY (F.) et al. |
" L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p. |
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ÉMÉRIAU (Jean) |
" Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 € |
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SIMON (Gildas) |
" La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes. |
|
BRIGAND (Louis) |
" Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages. |
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BENISTON (Martin) |
" Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie |
|
AROM (Simha) |
" La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages |
|
ROUSSET (Marc) |
" La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages |
|
TEULON (Frédéric) |
" Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages. |
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BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) |
" Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages. |
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FUMEY (Gilles) |
" Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages |
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BOGLIOLO BRUNA (Giulia) |
" Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages |
|
FAURE (Juliette) |
" Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 € |
|
CROIX (Nicole), RENARD (Jean) |
" Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages |
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COURTOIS (Sébastien de) |
" Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages |
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DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick - photographe) |
" Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 € |
|
MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) |
" Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée. |
|
HUMBERT (Jean-Charles) |
" Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 € |
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COLIN-DELAVAUD (Claude) |
" Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p. |
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HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) |
" Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux |
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THIBAULT (Christel) |
" L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros. |
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BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) |
" L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p). |
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BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) |
" Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes). |
ALLÈGRE (Claude) : « Faut-il avoir peur du Nucléaire ? » avec Dominique de Montvallon, Éditions Plon, 2011, 161 pages
Ce petit livre, rédigé
sous forme de questions- réponses, aborde tous les problèmes rencontrés
actuellement par l'industrie nucléaire dans le monde à la suite des dernières
catastrophes de Tchernobyl en Russie et Fukushima au Japon.
Il résume tout d’abord
d’une façon très claire et pédagogique ce qu’est la radioactivité (découverte
par Marie et Pierre Curie sans oublier Henri Becquerel) et la mécanique
quantique avec la théorie de la relativité de Albert Einstein (E=mc2) qui a été
la base théorique de l’énergie contenue dans les atomes. Cette énergie par
fission des atomes d'uranium 235 a permis de développer des centrales
nucléaires mais a d’abord servi à faire les bombes atomiques de Hiroshima et
Nagasaki d’août 1945 (projet Manhattan de 1942 avec les physiciens américains
et européens dont Robert Oppenheimer).
Les centrales
atomiques ne sont pas des bombes atomiques ! L’uranium 235 est un isotope
de l’uranium naturel 238 (0,73%) et doit être enrichi par centrifugation à
environ 4% ce qui ne permet pas de fabriquer une bombe atomique Pour contrôler
le rythme de réaction en chaîne des neutrons il faut utiliser des absorbeurs de
neutrons comme le carbure de bore. Le cœur du réacteur est formé de pastilles
d’uranium enrichi enfilées dans des cylindres de métal. La quantité de chaleur
dégagée est énorme et va permettre d’actionner les turbines à vapeur pour
produire de l'électricité.
Il y a 2
options : soit un seul circuit d’eau pour les centrales à eau bouillante
comme les centrales japonaises, soit avec 2 circuits d’eau (eau pressurisée) en
un site aménagé avec un échangeur comme les centrales françaises et américaines
qui sont plus sécurisées. Le refroidissement de l’eau est à l’origine de la
plupart des accidents majeurs (Three miles Island, Tchernobyl, Fukushima après le séisme
et le tsunami). Il est nécessaire de disposer d’une importante source en eau.
On peut dire que les centrales françaises sont sûres mais le risque zéro
n’existe pas. Les améliorations de sécurité sont constantes et nécessaires
(réacteurs EPR en chantier).
Un problème pas encore
complètement résolu est celui des déchets : 1 kg de déchet radioactif par
habitant et par an en France. Il faut distinguer entre ceux qui sont à période
courte, peu dangereux et ceux à période longue. Ils sont retraités à la Hague
et stockés en un site aménagé (un site expérimental à Bure a été créé à 300m de
profondeur).
La radioactivité fait
toujours peur et pourtant il ne faut pas oublier que le corps humain est
radioactif (120Bq/kg) ; un poids de 70 kg a une radioactivité comparable à
1,2 kg de granite ! Pour traduire l'effet biologique des radiations on
utilise une unité qui intègre les doses reçues, le sievert ; la dose
normale reçue par an est de 2,4 milli-sievert ; Il faut être vigilant à
partir de 250 milli-sievert.
Les réserves en
uranium risquent de s’épuiser rapidement comme le pétrole avec le développement
actuel de cette industrie en Chine, Inde et autres pays. Une solution à l’étude
en France est le surgénérateur Phénix qui utilise comme combustible du
plutonium 239, produit à partir d’uranium 238 et qui n’aurait pas besoin d’être
enrichi mais il faut utiliser du sodium liquide comme transporteur de chaleur
ce qui pose des problèmes techniques.
Une autre option est
le réacteur à thorium qui produirait peu de déchets.
La fusion est encore
dans le domaine utopique mais la recherche a été lancée en France à Cadarache
avec le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) et le
soutien des pays occidentaux et du Japon. La fusion nécessite une température
très élevée pour s’enclencher mais elle dégage une énorme énergie ensuite.
C’est l’énergie de la bombe H (Atoll Eniwetok 1er novembre 1952) et
de notre soleil. Résultats possibles dans le courant du siècle ?
D’autres recherches
sont en cours pour l’utilisation de l’hydrogène par exemple. Avec la construction
de nombreuses centrales nucléaires dans le monde et le problème latent des
déchets et de leurs utilisations possibles, Claude Allègre propose qu’un Comité
national consultatif d’Éthique énergétique soit institué pour suivre de près
les problèmes du nucléaire en particulier.
Ce livre est un
excellent résumé de l’industrie nucléaire, très importante en France et très
fiable à condition d’appliquer des règles draconiennes de sécurité.
Michel DAGNAUD
CAUNA (Jacques de) : « Voyage d’Outre-mer et infortunes les plus accablantes de la vie de M.
Joinville-Gauban. Présentation et commentaires »
Edition La Girandole Histoire à Guitalens – L’Albarède (81), 2011, 402 pages
Historien et
diplomate, spécialiste des Caraïbes et plus particulièrement de l’histoire de
Saint-Domingue, Jacques de Cauna présente et commente
un témoignage exceptionnel sur les dernières années de la colonie et sa chute,
témoignage que l’auteur, M. Joinville-Gauban, de
retour après quatorze ans passés à Haïti entre 1790 et 1803 avait fait éditer
en 1829 à Bordeaux en 170 exemplaires, le dédiant à ses deux fils et le faisant
imprimer « pour ses amis seuls » !
L’auteur y décrit la
richesse de l’île à son arrivée. Il travaille comme régisseur d’une vaste
plantation de café, puis d’une sucrerie, avant d’être pris dans les rivalités
entre royalistes et patriotes qui entraînent le soulèvement des Noirs encadrés
de mulâtres. Horreurs et massacres se succèdent. S’y ajoutent les intrigues des
Espagnols et des Anglais suivies en 1802 du débarquement de l’expédition
Leclerc, envoyée par Napoléon pour reprendre l’île en main. En quelques mois,
cette expédition est décimée par la fièvre jaune et doit se ré-embarquer
avec à son bord, l’auteur du récit, ruiné après quatorze années d’efforts et de
vaines tentatives.
Ce récit est fort
instructif. Il décrit les soubresauts de la chute inévitable d’une riche
colonie esclavagiste s’ouvrant aux idées révolutionnaires. Elle est jugée de
l’intérieur et l’on y sent le vécu. L’ouvrage en outre bénéficie d’une longue
introduction et de multiples notes explicatives sur les termes locaux, les
divers personnages et les circonstances historiques. C’est un travail minutieux
et précis qui fait regretter parfois quelques coquilles. Enfin le géographe
aurait apprécié en hors texte une carte de toute la partie française de
Saint-Domingue au XVIIIe siècle ; à défaut le lecteur dispose
des extraits figurant sur la couverture et en annexe.
Yves BOULVERT
CHATELIN (Yvon) : « Recherche scientifique en terre africaine. Une vie, une aventure »
Collection Graveurs de Mémoire, L’Harmattan, 2011
Notre collègue,
également chercheur en Sciences de la Terre à l’ORSTOM (Office de la Recherche
Scientifique et Technique Outre-Mer) devenu IRD
(Institut de Recherche pour le Développement), retrace ici l’évolution de sa
carrière mais aussi de ses idées, de sa réflexion sur la Science.
Dès la fin des années
50, il fut « plongé dans un environnement naturel et humain passionnant
mais difficile et parfois dangereux ».Les jeunes générations peineront à
croire qu’au milieu du XXème siècle, une bonne partie du milieu naturel
africain demeurait « quasiment inconnu scientifiquement ». A l’écart
de rares pistes carrossables, les prospections s’y effectuaient encore avec des
moyens rudimentaires, à pied, avec des porteurs, au cœur des savanes boisées ou
de la forêt dense humide. Au contact des populations noires, il se remémore les
rencontres tant avec les collègues chercheurs, affectés ou en mission, de
disciplines diverses, qu’avec le personnel diplomatique, administratif, et les
hommes de terrain (planteurs, forestiers …).
Directeur du centre de
Bangui en 1966, Y. Chatelin évoque les arcanes des
relations de la Françafrique avec « Papa Bok ». Affecté à Abidjan, en 1972, il poursuit ses
recherches sur l’élaboration d’un langage multidisciplinaire, fondant avec des
géographes et des botanistes, « l’Ecole d’Abidjan ». Cette réflexion
lui fournit son sujet de thèse d’Etat : « Une épistémologie des
sciences du sol » (1979).
Epuisé par une
schistosomiase, il est affecté en métropole au centre de Bondy où, dirigeant
les « Cahiers de Pédologie », il publie « Milieux et
paysages » (1984) puis « Stratégies scientifiques et
développement » (1988). En 1985, il élargit sa réflexion à l’occasion d’un
détachement aux Etats-Unis à l’Université du Kentucky. Il publie deux ouvrages,
l’un sur un précurseur naturaliste – utilisé par François-René de
Chateaubriand, « Le voyage de William Bartram. Découverte du paysage et
invention de l’exotisme américain » (1991), l’autre sur « Audubon.
Peintre, naturaliste, aventurier » (2002), somme remarquée sur cet artiste
singulier (prix Jules Verne, 2002).
Outre son parcours
scientifique au contact du réel, Y. Chatelin nous
convie à suivre sa réflexion sur la pédologie, science du sol, à la confluence
de plusieurs autres domaines et de ce fait conceptuellement intéressante.
Elargissant son propos, il cherche « à aller plus loin dans la
connaissance, la compréhension de la science et de ses multiples
productions ». Cette réflexion épistémologique le conduit à proposer une
taxonomie et à étudier « l’interface entre différentes sciences du milieu
naturel ». « Déconstruction » suivie d’une
« reconstruction » originale ouvrant sur « une vraie multi ou transdisciplinarité »,
la mise au point d’un « référentiel commun » et débouchant sur les
champs désormais essentiels de l’écologie.
Au terme de cette
relation synthétique, fort bien écrite, mêlant souvenirs insolites et retours
réflexifs sur un parcours de vie « au service des pays en développement »
et au service de la Science, Yvon Chatelin invite la
jeune génération à poursuivre sa réflexion sur « la science du
concret ».
Yves BOULVERT
PONCET (Jacques-Charles) : « Relation de mon voyage d’Ethiopie,
1698-1701. Un médecin français à la
cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de l’Abyssin » Préface
de José-Marie Bel. Texte établi et présenté par Eric Poix. Editions La Lanterne
magique, 2010, Besançon, 222 pages
Entre la période des
découvertes portugaises du XVIe à la recherche d’une alliance avec
le Roi chrétien dit Prêtre-Jean, et les explorations scientifiques puis
militaires du XIXe, l’Ethiopie demeura quasiment fermée aux
Européens durant plus d’un siècle et demi. L’un des rares contacts au
XVII-XVIIIe fut Jacques-Charles PONCET, originaire de Franche-Comté,
établi comme médecin au Caire. Il eut la chance de soigner et de guérir un
envoyé du roi d’Ethiopie Iyasu (Jésus) Ier
venu lui-même chercher un médecin pour son maître.
Poussé par le consul
de France, Poncet – bien qu’âgé de 43 ans – accepte de partir, accompagné d’un
père jésuite parlant arabe et ayant étudié l’éthiopien. Ce dernier, déguisé en
serviteur, devait, épuisé par une dysenterie chronique, périr à la veille
d’atteindre Gondar. L’ambassadeur-écrivain Jean-Christophe Ruffin a romancé
cette histoire dans « L’Abyssin » (Gallimard 1997), d’où le
sous-titre de cet ouvrage : « Un
médecin français à la cour de Gondar sous Louis XIV. La véritable histoire de
l’Abyssin ».
Ce texte est
directement transcrit du manuscrit original de Poncet conservé à la
Bibliothèque Universitaire de médecine de Montpellier. Il présente tout
l’intérêt du réel, des choses vues, et montre les difficultés d’un déplacement
qui s’étale sur trois ans, de juin 1698 à juin 1701. Une petite carte permet de
suivre ce périple : remontée du Nil jusqu’à Assiout, route des caravanes
du Darfour jusqu’à Selima, puis retour au Nil à
travers l’ancien royaume chrétien de Dongala et
traversée de l’aride désert de Bayuda. Le Nil Bleu
fut longé jusqu’au royaume musulman Fundj de Sennar
avant que ne soit atteinte la ville fortifiée de Gondar. Avec ses palais de
pierres, celle-ci subsiste toujours, près du splendide lac Tana, réservoir
supérieur du Nil Bleu.
Bien reçu par le Roi
qu’il soigna ainsi que sa famille, Poncet séjourna près de neuf mois à la Cour
dont il décrit les us et coutumes. Son témoignage est précieux sur cette région
à cette époque. Il obtint enfin de rentrer au Caire via Aksoum et Massaoua. L’embarquement
sur la mer Rouge lui permit de stationner à Djedda, le port de la Mecque, puis
de visiter le monastère Sainte Catherine qui se situe non au sommet (note 219)
mais au pied du mont Sinaï, l’autre djebel Moussa.
Cette intéressante
relation d’un précurseur des explorateurs français à l’intérieur de l’Afrique,
bénéficie – outre d’une chronologie et d’une bibliographie détaillée – de 221
notes explicatives, en général précises, du présentateur-éditeur Eric Poix
(qui, déjà en 2005, avait commenté le voyage en Abyssinie de Rochet
d’Héricourt, 1842-43). Ce titre bénéficie également de nombreuses illustrations
extraites de la collection iconographique de José-Marie Bel (qui accompagna
Théodore Monod dans une exploration naturaliste au Yémen), de photographies
mais aussi de gravures anciennes (qui auraient mérité d’être assorties chacune
de précisions sur leur origine …).
Yves BOULVERT
L’Espagne dans l’Union Européenne.
Un quart de siècle de mutations territoriales. Madrid, 2011,
Collection de la Casa de Velázquez., 21 x 29 cm, 280 pages avec 112 photos et
26 croquis en couleurs.
Durant cet été 2011,
la Casa de Velázquez, dirigée par le Professeur Jean-Pierre Etienvre,
vient de faire paraître le 121ème volume (à raison de trois à quatre par an)
d’une collection lancée en 1978, il y a trente trois ans, et qui traite de
thèmes à la fois historiques et archéologiques, depuis le Moyen-âge, mais aussi
géographiques et économiques jusqu’à ce jour.
Cet ouvrage renferme
treize articles dans les deux langues français et castillan, de seize auteurs
des deux pays entraînés par le français André Humbert et deux collègues
espagnols, Fernando Molinero Hernando et Manuel
Valenzuela Rubio. Le lorrain André Humbert est à la
fois géographe, aviateur et photographe aérien ; tous nos collègues des
deux pays connaissent son dynamisme. Cette collaboration entre les deux pays
est ancienne. Je ne citerai comme exemple que Pierre Deffontaines
qui dirigea longtemps l’Institut français de Barcelone et Jean Sermet de Toulouse qui travailla toute sa vie sur
l’Andalousie.
La méthode est la même
pour les onze études, toutes sur l’évolution récente de l’Espagne économique et
paysagère depuis son adhésion au marché commun. A partir de photographies
aériennes en couleurs obliques prises par André Humbert, est dessiné un croquis
synthétique simplifié en couleurs lui aussi, mais plus vives, des divers modes
d’occupation et d’utilisation du sol. Par exemple :
-
les vignobles
et les oliveraies modernisés comme en Andalousie, première région oléicole au
Monde ;
-
les espaces
littoraux voués au tourisme : les autoroutes, les golfs, les tours de
résidence de vacanciers comme à Benidorm (v. photo page 115) ;
-
les jardins
d’éoliennes ou de panneaux solaires qui créent de nombreux paysages énergétiques
(v. page 46)
-
les cultures
d’exportation : fraises, agrumes etc. qui, avec le bas coût de la main
d’œuvre espagnole ou immigrée, constituent des concurrents redoutables pour les
mêmes productions des autres pays européens dont la France.
L’analyse de ces
photos aériennes en couleurs vives rend parfaitement bien compte de la profonde
transformation de l’Espagne. Et les pays méditerranéens de l’Europe :
Espagne, Portugal, Italie, Grèce, sont bien les premiers bénéficiaires de
l’Unité européenne et par la même, ils sont aussi les premières victimes de ses
difficultés.
Jean BASTIÉ
DESHAIES (Michel) : « Atlas de l’Allemagne, Les contrastes d’une puissance en mutation »
Paris, Autrement, 2011, 80 pages
Michel Deshaies (Université de Nancy II) réalise un ouvrage de
qualité pour comprendre les forces et les mutations, les contrastes spatiaux et
les problèmes de la puissance allemande. « L’Allemagne, écrit l’auteur, apparaît
ainsi plus que jamais comme un pays aux multiples visages où l’unité politique
retrouvée est confrontée aux divisions de plus en plus profondes de la société ».
Dans le contexte géopolitique actuel de l’Union Européenne, la place pivot de
cet Etat, sur le plan politique et économique, se révèle essentielle et
l’ouvrage nous en donne toutes les clefs. Celui-ci s’articule en sept parties
majeures, déclinées chacune en plusieurs thèmes : « le peuple et son territoire, l’Allemagne
multiple, une société postmoderne rétrécissant, Made in Germany, Villes,
culture et aménagement du territoire, les enjeux environnementaux, une nouvelle
place en Europe et dans le monde ».
L’ouvrage nous
présente un pays fortement urbanisé, un multiculturalisme croissant, surtout
dans les grandes villes de l’Ouest et à Berlin, un système industriel toujours
performant et une transition réussie vers les hautes technologies, une économie
exportatrice puissante. Le pays doit aussi faire face à de nouveaux défis comme
la gestion des problèmes environnementaux, le déclin démographique et le
vieillissement de sa population, les inégalités économiques et sociales qui
font découvrir de nouveaux contrastes régionaux, entre l’Est et l’Ouest dont
les écarts tendent à diminuer, entre un Nord industriel et un Sud plus
dynamique en Allemagne de l’Ouest. Tous ces aspects sont clairement abordés à
partir d’un texte dense et précis, de nombreuses cartes à différentes échelles,
d’une approche de synthèse bien argumentée à partir d’exemples précis (les
mutations des industries de la Ruhr, les changements urbains à Berlin, les
conséquences de l’exploitation du lignite dans la région de Cologne, les
entreprises allemandes en France, la capitale financière de
Francfort-sur-le-Main, le polycentrisme des foyers culturels et universitaires
qui sont à la base du rayonnement économique, Volkswagen dans le monde entre
autres thèmes traités).
Au final, cet atlas de
l’Allemagne constitue une somme d’informations mises à jour, incontournable
pour aborder les mutations et le rayonnement de cet Etat central de l’Europe.
Philippe BOULANGER
MOREL (Alain) : «
Quarante ans d’Afrique et de déserts, Carnets de route d’un Géographe »
Ibis Press, 2011, 126 pages, 48 planches
photographiques
Dans ces carnets de
bord, agrémentés de notions historiques et géographiques, Alain Morel
s’interroge sur la place de la France et des Français en Afrique et dénonce les
effets déplorables d’un néocolonialisme persistant, plus ou moins voilé. Son
initiation aux études de terrain et au contact d’une autre civilisation
commence à Madagascar. Là, il a été très marqué par les cérémonies typiques de
la grande île, notamment les formes originales du culte des morts. Les morts
tiennent une place importante dans la société, avec la « famadihana », où chaque année les tombeaux sont
ouverts et les vivants font « danser les morts » lors de grandes
fêtes. Puis l’auteur fait la découverte du monde tropical en participant à des
camps d’éclaireurs unionistes à Tahiti, Nouméa et au Cameroun. Le texte assez
décousu retrace de multiples incidents de parcours. L’auteur nous fait part de
ses réflexions critiques les méfaits du néo-colonialisme et leur persistance
dans la lutte contre le sous-développement. La transcription du voyage en
Éthiopie est haute en couleurs et se lit comme un roman d’aventure. La seconde
partie est consacrée aux récits des expéditions au sud du Sahara et dans le
Sahel nigérien. Cette fois le voyage a rapport avec un sujet de thèse sur le
Massif de l’Aïr, mais la relation n’a pas de but scientifique dans ce récit et
a trait aux multiples péripéties de l’expédition. Ces carnets d’aventures se
poursuivent avec le compte-rendu de la première traversée du Sahara. Ce récit
de voyage est attachant ; la description est très colorée et ce texte sur
l’Aïr et le Niger se lit avec plaisir et intérêt comme un roman réaliste (par
exemple l’épisode du guide Koulné). Les missions
scientifiques de l’auteur dans l’Aïr sont très intéressantes à lire, car on
voit que le géomorphologue initial s’est donné aussi une mission éducative, car
il s’est aperçu que les mentalités ont évolué chez les Touaregs, qui sont plus
réceptifs à l’éducation de base. Le compte-rendu de l’expédition avec des
étudiants de Grenoble dans le Ténérédonne lieu à des
descriptions précises du désert,de son immensité et
de son mystère ! Une comparaison avec le désert de l’Arizona dans la
région de Tucson montre des « déserts d’écran », à l’abri des
Montagnes Rocheuses du versant Pacifique, avec de belles descriptions des types
de végétation. La quatrième partie est consacrée à l’art de voyager en
géographie. L’auteur se pose la question de l’utilité sociale de la Géographie
et il s’est attaché à étudier et faire étudier le monde des nomades touaregs.
Il en tire une réflexion assez philosophique sur la séduction des voyages avec
approches géographiques : c’est « connaître et se connaître en
voyageant ». Les récits de voyages ont fait avancer la connaissance
géographique et l’auteur passe bien revue tous ces récits depuis l’Antiquité.
L’auteur distingue cinq types de voyageurs :le « missionnaire »,
le « capitaliste » qui cherche le les affaires et le profit, le
« poète » sensible aux couleurs, aux odeurs, le
« touriste » qui préfèrent visiter les monuments que les habitants du
pays, enfin « l’intellectuel », qui compare et critique. C’est donc
tout un plaidoyer (pour les géographes physiciens surtout) sur l’importance de
s’ouvrir au monde actuel, de s’enrichir de contacts humains et de faire en
sorte que respect et solidarité soient des valeurs reconnues de tous Suit un
rappel des œuvres des géographes africanistes.
Bernard DÉZERT
BATTIAU (Michel) : « L’enjeu industriel dans le monde » Editions Ellipses,
Collection Carrefours 2011, 186 pages, 6 tableaux et 3 cartes
Ce livre est un solide
ouvrage de synthèse sur l’enjeu industriel mondial. Après un court rappel
historique et une mise au point sur l’actualité de cet enjeu dans tous les pays
développés, contrairement à l’idée de la tertiairisation systématique des
économies développés, l’auteur présente les principaux acteurs du développement
industriel actuel : les entreprises privées des P.M.E. aux
multinationales. La taille de l’entreprise influe évidemment sur son
comportement spatial : les grandes firmes et les multinationales ont
adopté un comportement d’implantation en rapport avec les enjeux des marchés
locaux, des facilités fiscales et des catégories de main d’œuvre disponibles.
Elles sont donc spatialement plus souples et plus fluides dans leurs
investissements et leurs implantations. Michel Battiau
commence par présenter les principaux facteurs des dynamiques spatiales de la filière
textile-habillement. Dans ce domaine, les nouvelles technologies et
l’abaissement des barrières douanières avec la mondialisation de l’économie a
entraîné une refonte totale des structures de la filière. L’évolution de la
mode a favorisé la filière textile-habillement, tandis que filatures et
tissages traditionnels disparaissaient peu à peu des pays européens et
nord-américains à hauts salaires et tandis que se renforçait le rôle des
« distributeurs-concepteurs ». Dans cette filière on a assisté à la
montée eu puissance des pays asiatiques « émergents », qui ont
absorbé une bonne part des productions de base grâce à une main d’œuvre
disponible et mal payée. Le plan du livre est ensuite axé sur l’étude mondiale
aux chapitres 2 et 3 de l’enjeu industriel de deux filières majeures :
l’industrie automobile et les technologies de l’information et de la
communication. La production automobile pour sa part est devenue un phénomène
de masse et Michel Battiau nous montre que les
constructeurs automobiles ont eu recours à la robotisation en remplacement du
« fordisme »,c’est-à-dire du travail à la chaîne. Le constructeur est
désormais « un chef d’orchestre » qui élabore par lui-même une
proportion de plus en plus faible de produit final, laissant à des sous-traitants
le soin de produire de multiples pièces détachées selon une production « à
flux tendus ».Il en résulte de véritables nébuleuses industrielles autour
des grandes usines d’assemblage très automatisées. Cependant, le marché
automobile mondial demeure encore très cloisonné. Au contraire, les industries
des technologies vde l’information et de la communication sont largement
ouvertes à l’échelle mondiale, à partir de l’essor des semi-conducteurs depuis
la seconde moitié du XXe siècle. Cette branche set devenue un enjeu territorial
de première importance L’auteur distingue trois ensembles :d’abord, le
rôle prépondérant de l’Amérique du nord, surtout des États-Unis qui abritent
toujours des firmes-leaders, l’ensemble contrasté de l’Union européenne, de la
Suisse et de la Norvège, enfin les Pays d’Asie orientale et méridionale et
notamment le Japon, Taiwan, la Corée du Sud, mais aussi et de plus en plus la
Chine et L’Inde. Nombre de pays actuellement spécialisés dans certaines phases
de production en sous-traitance tentent de remonter la filière, mais ceux qui
la contrôlent cherchent alors de nouveaux partenaires moins avancés. La seconde
partie porte sur les principales spécialisations des différents
États :l’ouvrage passe en revue État par État les spécialisations
industrielles et il présente avec précision et clarté le pôle industriel
européen dans les six États les plus peuplés, puis les autres États en
distinguant avant et après 1990, date de la fin du rideau de fer, avec à la fin
un essai de bilan sur le « métaterritoire
européen ». Puis un chapitre est consacré à l’Amérique du Nord, pôle
industriel mondial à intégration croissante. Un chapitre est consacré à la
formation du nouveau pôle industriel majeur asiatique, surtout Chine et Inde
avec ses grands enjeux actuels. Ce tour d’horizon se termine par la place des
autres États de la planète dans l’industrie mondiale et une courte synthèse
montrant qu’une nouvelle phase de révolution industrielle est déjà en cours,
tenant compte des contraintes environnementales pour fabriquer différemment des
biens de qualité plus durables. Cet ouvrage très clair permet de comprendre
aisément les grandes dynamiques spatiales de la nouvelle industrie dans le
monde.
Bernard DÉZERT
HOUTE (Arnaud-Dominique) :
" Louis Napoléon Bonaparte - le coup d'État du 2 décembre 1851 "
Paris, Larousse, Coll. Essais et documents, 2011, 14 x 21 cm, 256 pages,
18 €
L'histoire du coup d'État du 2
décembre ne peut être considérée comme une œuvre isolée. L'auteur de cet
ouvrage tend à démontrer qu'elle ne s'est pas tramée, décidée et développée uniquement
à Paris, qu'elle se noue aussi et surtout en province, qu'elle implique de
nombreux acteurs, partisans ou adversaires. Ce livre accorde une large place
aux anecdotes qui entourent l'histoire du coup d'État réalisé par ce neveu de
l'Empereur Napoléon Ier et petit-fils de l'Impératrice Joséphine de
Beauharnais. Attentif à la fois aux péripéties rencontrées par le régime
orléaniste et aux encouragements du bonapartiste Persigny, il se laisse engager
dans plusieurs conjurations. La dernière le conduira rapidement au fort de Ham
et se soldera par son évasion rocambolesque dans la tenue du maçon Badinguet.
Le gouvernement provisoire mené
par Alphonse de Lamartine proclame en 1848 le suffrage universel masculin,
faisant croître le nombre d'électeurs de 250 000 à 9 millions d'inscrits !
Louis Napoléon va recueillir aisément 80 000 suffrages à cette élection
législative, ce qui n'est pas du goût du républicain Lamartine, lequel va
connaître bien d'autres déboires. Dans un climat de chômage croissant qu'accentue
la fermeture des Ateliers Nationaux et les répressions sanglantes des
manifestations, un divorce durable va s'instaurer entre le monde ouvrier et la
République. Les première pages de l'ouvrage décrivent les identités des
principaux auteurs du coup d'État, ainsi que celles des hommes du parti de
l'Ordre et des républicains. Bien que les parlementaires soient divisés, nombre
d'entre eux finissent par considérer que Louis Napoléon n'a pas du tout
l'étoffe d'un prétendant, qu'il n'a rien d'un bon tribun et par conséquent
qu'il n'y a pas lieu de le craindre. Leur surprise est donc totale quand le
scrutin du 10 décembre 1848 apporte les 3/4 du suffrage universel à celui qui
porte le nom légendaire de Bonaparte. De défiances en arrangements, la montée
en puissance du Président ne cesse pas. Tandis que les suspicions de fomenter
un coup d'État s'amoncellent, l'opération est préparée avec minutie. Et le 2
décembre la plupart des parlementaires vont s'accommoder du coup d'État. Après
tout, dans l'esprit des conservateurs, mieux vaut l'Empire avec Bonaparte et
Morny, que ce qui ressemblerait à la Terreur avec Nadaud et Victor Hugo.
Combats, fusillades et
arrestations vont se succéder pendant plusieurs jours à Paris. Quelques
insurrections, quelques actes de résistance vont soulever une partie de la
province. L'auteur en cite plusieurs à travers toute la France, il évoque les
confusions et les rebellions qui entraînent des affrontements violents. Il
décrit aussi les décisions sommaires quant aux 27 000 dossiers des prisonniers
dont 10 000 vont être déportés à Alger ou en Guyane avant que certains
d'entre eux puissent aller s'exiler dans un pays européen, par exemple la
Suisse, la Belgique ou même la Grande-Bretagne peu prévenante à l'égard de
Louis Napoléon. En citant abondamment les déclarations de Victor Hugo, l'auteur
de l'ouvrage tient à démentir le phénomène de jacquerie qui fut exploité par la
propagande bonapartiste. Mais en province, où rumeurs et mensonges sont
entretenus par des républicains très bien organisés, les sentiments vont
demeurer confus pour ceux qui vont choisir de servir Louis Napoléon Bonaparte.
Avec une interrogation obsédante : et si Paris se retournait ?
Gérard JOLY
CHOUQUER (Gérard) : " La
terre dans le monde romain " Editions Errance, Paris, 2010, 329 pages.
L’auteur, archéogéographe,
traite ici les aspects anthropologiques, juridiques et géographiques se
rapportant au foncier sous l’empire romain. Il s’appuie sur sa spécialité
d’analyse des espaces des sociétés du passé pour donner à l’Histoire la
Géographie dont elle a besoin et à cette dernière le passé dans lequel elle
intègre la dynamique et les héritages.
La première partie de l’ouvrage
analyse la tradition historique en miroir de l’État moderne, pour indiquer
combien il faut tenter de se défaire de la formalisation moderne pour entrer
dans la réalité antique. Si la lecture nous rappelle combien le droit latin
inspire le nôtre et nous permet de maîtriser les notions riches, complexes et
controversées de propriété et de possession dans un contexte d’appétence
croissante pour le foncier, elle nous conduit cependant à des réévaluations. Le
propos de l’auteur est de suggérer que la situation du droit et de l’arpentage
dans les terres conquises par Rome était plus proche d’une situation asiatique
ou africaine que d’une situation occidentale. On découvre, et cela ouvre la
réflexion, la similitude des faits et des règlements propres au colonialisme
récent avec ceux pratiqués aux temps de la colonisation romaine. A savoir
l’immixtion de colons attributaires ou acquéreurs de foncier, la coexistence
paisible ou conflictuelle des colons et des indigènes, le fait de règles et de
coutumes y compris d’ordre religieux propres à chacun, la compétence
d’institutions spécifiques et différentes pour ce qui est du règlement des
litiges, les principes afférents aux démembrements du droit de propriété et aux
droits délégués.
La seconde partie étudie le rôle
des arpenteurs, lesquels définissent la structure géométrique des centuriations, assurent la délimitation des parcelles et la
matérialisation de leurs limites, établissent les plans, concourent au
recensement fiscal des biens ; c’est dire leur importance en qualité de
délégataires de la puissance publique. On a recueilli aujourd’hui un corpus de
textes romains, à caractère réglementaire et technique- dont la réécriture
actuelle occupe quatre cents pages imprimées- régissant l’activité et les
pratiques des agrimensores. Nous
apprenons qu’existent différentes classes d’arpenteurs, soit militaires, soit
fonctionnaires -impériaux ou régionaux- soit privés. Des textes détaillés
définissent leur rôle et leur pouvoir, les cas où le géomètre est l’expert
auxiliaire du juge et ceux où il est lui-même juge agraire en quelque sorte de
droit divin, pour les cas dits à l’époque, de "controverses agraires
". Des instructions à caractère technique établissent les modes
opératoires dont découlent des plans cadastraux homogènes quant aux échelles,
aux orientations, aux contenus (nous dirions " normalisés "), sur
l’ensemble de l’Empire. On connaît le débat philosophique sur les frontières,
lequel s’avère pertinent à l’échelle de la parcelle. La limite, authentifiée
par le géomètre, permet à chacun de regarder l’autre en toute quiétude, fort de
l’exercice, en son lieu de vie, de sa liberté dans la sécurité et la dignité,
Terres et droits sont sans doute au cœur de la Pax romana.
Jacques GASTALDI
RUELLAN (Alain) : " Des
sols et des hommes. Un lien menacé " Préface Bruno Latour,
IRD éditions, Marseille, 2010, 105 pages illustrées
Alain Ruellan
a acquis une connaissance mondiale des sols en tant que pédologue ORSTOM,
devenu IRD, dont il fut directeur général avant d’être Président de
l’Association Internationale de la Science du Sol. Il a soutenu la gageure de
présenter en une centaine de pages magnifiquement illustrées la diversité des
sols en relation avec les hommes. Cet ouvrage de vulgarisation intéresse bien
sûr les pédologues, agronomes, géographes, physiciens ; il s’adresse tout
autant à " l’honnête homme " qui trop souvent côtoie les
sols sans les voir ni songer aux problèmes qui se posent de plus en plus à leur
sujet.
Certains ne remarquent les sols
que lorsqu’ils sont gravement atteints : ravines d’érosion (lavakas), entailles d’érosion (bad-lands) ou travaux
publics. Le sol est un " épiderme vivant " de la terre à
" l’interface fragile " de la lithosphère, de l’atmosphère,
de l’hydrosphère et de la biosphère, qu’il s’agisse de la flore ou de la faune,
notamment la microfaune. Milieux dynamiques, les sols sont très diversifiés
selon les climats, les roches, les reliefs, le temps. Les sols qui abritent une
grande partie de la biodiversité, sont à la source des productions végétales
nourrissant l’homme et l’animal, fournissant des matériaux (bois, textiles),
des minerais (bauxite) ou des biocarburants … ; stockant du carbone, ils
participent à la régulation de l’effet de serre. Alors que les sols et leurs
fonctions ont pour le moins 450 millions d’années d’histoire, depuis quelques
dix mille ans, les hommes défrichent, coupent, brûlent, labourent …
Aujourd’hui, la destruction des sols va plus vite que leur construction, la
couleur des surfaces labourées n’est pas uniforme … On voit apparaître une
" lèpre blanche " révélant le travail sournois de
l’érosion. Des aménagements ne tenant pas compte des diversités pédologiques,
comme on le voit à Rio de Janeiro, provoquent de fortes déstabilisations des
versants : ruissellements, érosion, glissements de terrain, inondations,
" coulées de boue ". En France même, l’INRA estime la
vitesse moyenne de formation des sols de 0,1 à 0,02 mm/an, l’érosion
moyenne étant d’1 mm/an. 60 000 ha disparaissent chaque année
sous le béton ; aujourd’hui, 9% de la France est ainsi artificialisée,
bétonnée. Or ce sont souvent les meilleurs sols agricoles (cf. Roissy, Saclay
…) ainsi que les sols dont on a le plus besoin pour gérer les eaux, les déchets
et l’atmosphère qui subissent ce triste sort. Les sols sont de plus en plus
pollués par l’abus d’engrais, de lisiers, de pesticides sans oublier les métaux
lourds (Cu, Pb, Cd …) apportés par les gaz polluants des industries, des
véhicules … Des irrigations mal conduites entraînent le compactage des sols,
leur salinisation. En Amazonie, le remplacement de la forêt par une agriculture
inadaptée se traduit par un appauvrissement considérable des sols. On voit
apparaître des " réfugiés pédologiques " qui doivent
abandonner leurs terres.
L’homme doit apprendre à mieux
utiliser les sols. En 2050, il faudra pouvoir nourrir 9 milliards d’humains,
assurer à tous un accès à une eau douce non polluée. Le cycle de l’eau tend à
se raccourcir lorsque l’on diminue le pouvoir filtrant et épurateur des sols.
Il faudra également pouvoir fournir à chacun l’énergie dont il a besoin :
d’abord en l’économisant, en étant prudent sur les agrocarburants,
en veillant aux changements climatiques, en gérant correctement les déchets …
Il importe de bien connaître les sols : les plans d’occupation des sols
doivent être réalisés en fonction des réalités pédologiques. Veillons à
améliorer le fonctionnement des sols utilisés (cf. agroforesterie), la
circulation et le filtrage de l’eau, le stockage du carbone, à quantifier les
qualités et les défauts des sols. La destruction d’un sol qui a demandé des
milliers d’années à se constituer est irréversible ; la valeur d’un sol ne
correspond pas à son estimation vénale. Le propriétaire d’une terre ne peut
avoir tous les droits concernant l’utilisation de " ses
sols " ; lois et plans doivent protéger les meilleurs sols agricoles.
Le sol ne peut s’adapter aux hommes qui eux, en revanche, doivent chercher à
s’adapter aux diversités pédologiques. La Terre est connue … Le sol doit
l’être.
Ainsi, dans cet ouvrage
" admirablement illustré ", comme le souligne le préfacier
B. Latour, A. Ruellan veut
attirer l’attention du grand public sur la valeur des sols, sur leur intérêt,
sur les problèmes récents qui leur sont liés. Il le fait dans un langage clair
et simple. Un court glossaire permet d’expliciter quelques termes spécifiques,
tandis qu’une orientation bibliographique est destinée au lecteur qui souhaite
des compléments d’information.
Yves BOULVERT
VARLET (Jean) et ZEMBRI
(Pierre) : " Atlas des transports " Paris, Autrement, Coll.
Atlas/Monde, 2010, 17 x 24,5 cm, 79 pages, 17 €
Les transports constituent un challenge
extraordinaire dans une société mondialisée. Le sujet abordé dans cet atlas
pouvait laisser espérer une avalanche d'informations cruciales et impartiales
sur les besoins de la société et sur les modes de transports existants dans le
monde. Les auteurs l'ont structuré en quatre parties relatives aux besoins, aux
logiques épousées par les opérateurs de réseaux, aux dysfonctionnements,
tensions et excès et aux réponses politiques. Et un CD-Rom est inséré dans
l'atlas.
On saura gré aux auteurs d'avoir
fourni un glossaire de termes usités dans ce domaine, une belle bibliographie
d'ouvrages généraux d'auteurs français, une filmographie et une sitographie... où malheureusement les géographes français
versés dans le domaine des transports brillent par leur absence. Il convient
aussi de regretter que certains paragraphes soient trop concis notamment ceux
qui abordent les modes de transports et leurs performances. D'autres
déséquilibres apparaissent dans cet ouvrage : des séries d'images négatives
mettent en accusation tantôt les besoins, tantôt les transporteurs. Les auteurs
dénoncent les abus de transport, le bruit, les atteintes aux paysages,
l'enclavement et les réseaux entravés par des aléas naturels ou par des
dysfonctionnements d'origine humaine. Par cette posture vis-à-vis de phénomènes
universellement connus, quelles craintes cherchent-ils à communiquer ? à la
manière de la parabole de la peur du chemin de fer et de l'impact négatif de
cette peur sur le développement ?
Le lecteur fatigué par
l'entrelacement des affirmations, appréciera l'avant-dernier paragraphe qui est
intitulé " des scénarios pour le futur ". Il s'agit ni plus ni moins
d'une prospective pour l'an de grâce 2050. Ici les auteurs méritent des éloges
pour leur habileté : ils proposent rien moins que quatre scénarios !
Statistiquement, jouer tous les chevaux assure 100% de réussite.
Gérard JOLY
BODLORE-PENLAEZ
(Mikael) sous la dir. de : " Atlas des
Nations sans État en Europe " Éditions Yoran Embanner, 2011, 160 pages, 25 €
Un atlas particulier qui
distingue des nations sans État, les peuples nomades, les minorités nationales,
les peuples autochtones et les peuples à forte identité, tout en s'évertuant à
comprendre leur raison d'être. Comprendre leurs revendications, leurs conflits,
les cadres législatifs dont ils dépendent, les foyers linguistiques qu'ils
représentent, éventuellement leur dialecte, la pratique du bilinguisme, les
principaux groupes politiques qui les composent. Les revendications
linguistiques sont une constante dans toute l'Europe.
L'ouvrage est original et il
offre un tour d'horizon des peuples en quête de reconnaissance que l'on désigne
comme étant des nations sans État. Les minorités européennes anciennes, les
plus emblématiques sont présentées avec des cartes de répartition très précises
pour bien localiser leurs aires d'influence. Certaines de ces minorités sont
parvenues à constituer de nouveaux États quand l'idéologie communiste a enfin
cessé de terroriser les peuples, tout au moins en Europe.
Gérard JOLY
POURTIER (Roland) : "
Afriques noires " 2010, 2ème édition revue et augmentée (1ère
éd. 2001), Carré-Géographie, Hachette supérieur, 286 pages
Dans cet ouvrage d’apparence
modeste, Roland Pourtier, professeur émérite de
l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne, présente une somme dense sur – non
pas l’Afrique noire au sud du Sahara – mais les Afriques noires en raison de la
diversité de ce puzzle de 48 états constituant " l’Afrique
subsaharienne ". L’empathie de l’auteur avec l’Afrique où il a
vécu et enseigné, est évidente. Il a divisé son ouvrage en huit grands
chapitres. Pour lui, " l’afro-pessimisme " de la fin du
XXème siècle est dépassé. " La mondialisation en cours accélère
des mutations dont on a du mal à mesurer l’ampleur ". La
population notamment a connu " une croissance sans précédent "
passant de 100 millions d’habitants en 1900 à 860 millions en 2010 ! Les
taux de natalité y sont les plus élevés au monde et la population y est la plus
jeune : 45 % ont moins de 15 ans et 3% plus de 65 ans ! Les
différences de densité peuvent varier de près de 300 habitants / km² au Rwanda
ou au Burundi, à 5 au Gabon ou en Centrafrique !
Contrairement à la tendance
actuelle, R. Pourtier n’occulte pas les contraintes
du milieu naturel. Certaines de ses cartes sont très parlantes telle celle de
l’hydrographie : absence d’écoulement ou chevelu hydrographique dense, ou
celle de l’altimétrie : " Afrique haute " et
" Afrique basse ". Même si beaucoup " d’opérations
de développement " n’intégrant guère les souhaits des populations
ont échoué, les terroirs africains se saturent ; les " espaces-tampons "
ou " marges de sécurité " disparaissent. Les
recherches actuelles en agroforesterie visent " le passage à
l’agriculture fixe ". Plus que les voies ferrées, les routes
bitumées se sont développées au moins en Afrique occidentale tandis que " la
cuvette congolaise tend à devenir un trou noir des communications ".
Des ethnies disparaissent et pas seulement du vocabulaire ! Pour décrire
" la révolution urbaine " trop rapide, trop brutale,
R. Pourtier utilise des termes imagés :
" capitales de la douleur " … " espaces
ingérables et dangereux, criminogènes … " ; " l’argent
du village pèse peu en comparaison de celui de la ville, le seul susceptible
d’ouvrir les portes de la fortune … ou de l’infortune car le tri est sévère … Ville,
voiture et vidéo, les trois V au travers desquels la ville se met en images ".
Les villes africaines se sont révélé de véritables laboratoires où
s’expérimentent des formes d’activité non classiques : débrouille, secteur
informel, " économie souterraine ".
Depuis 1960, la part de l’Afrique
dans la production industrielle mondiale n’a cessé de diminuer : ce fut
l’ère des " éléphants blancs ", " des
cathédrales dans le désert ". A côté des trésors d’inventivité et
de bricolage, on a vu combien de dirigeants, de ministres et de chefs d’état
puiser directement dans le Trésor public ! A défaut de collecte d’ordures,
" rien ne remplace les chèvres pour recycler papiers et
cartons " mais la pollution des sacs en plastique n’est pas
seulement visuelle. Les eaux usées représentent un risque permanent pour la
santé des citadins. Jadis pourvoyeuse d’hommes, l’Afrique est aujourd’hui
pourvoyeuse de matières premières. L’argent du pétrole est un pilier de la
corruption. En outre, les intérêts pétroliers ne sont jamais loin des conflits
violents. La mondialisation s’accentue. Il y aurait déjà plus de 750 000
Chinois en Afrique contre 230 000 Africains en Chine. " Selon
l’INSEE, le nombre d’immigrés originaires d’Afrique subsaharienne résidant en
France est passé de 20 000 en 1962 à 570 000 en 2005 ".
Cette progression spectaculaire ne représente que la migration légale. La fuite
des cerveaux existe bel et bien. Dans sa conclusion, l’auteur souligne :
" Les apports de l’Afrique au patrimoine humain révèlent une
richesse bien supérieure à sa participation à l’économie mondiale ".
Outre une orientation
bibliographique fournie, cet ouvrage est accompagné de documents :
extraits de textes à intérêt pédagogique. Les cartes sont en général parlantes
mis à part quelques contrastes de teintes parfois peu perceptibles ; de
même quelques sigles peuvent paraître ésotériques au commun des mortels. C’est
peu de choses devant la richesse de cet ouvrage.
Yves BOULVERT
BORIS (Jean-Pierre) : "
Main basse sur le riz " 2010, Paris, Fayard, 220 pages
Il s’agit d’un texte fourni,
documenté et riche d’informations dont le thème central est le riz et dont
l’objet est, en rappelant qu’un être humain sur deux s’en nourrit, de présenter
les conséquences de ce fait. L’auteur élabore ici un traité d’économie portant
sur cet aliment de base ; il décrit les pratiques agricoles, les modalités de
stockage et de transport, l’évolution des marchés dans un contexte d’échanges à
l’échelle du monde avec les actions commerciales et spéculatives qui s’y
rapportent. L’analyse a, de ce fait, une dimension géographique. Les formes de
production, les propriétés de chaque variété, les structures d’exportation et
d’importation ont chacune des particularités régionales. Ainsi, l’auteur
s’applique- t’il à une identification par Pays ou par groupes de ceux-ci des
comportements en ces domaines. Outre ces spécificités qui appellent une
approche de tels facteurs au cas par cas, on découvre aussi certaines
attitudes, par exemple d’ordre politique, telles des promesses solennelles et
populaires d’autosuffisance. Et aussi des dissimulations spéculatives et des
compromissions au service d’intérêts inavoués.
En bref, l’ouvrage offre une
description approfondie des mécanismes tant publics que d’autres plus discrets
dont le résultat positif est que, à part certaines périodes de crise (en 2008
par exemple), l’Humanité, quel que soit le pouvoir d’achat de ses populations,
généralement très bas, trouve, s’agissant du riz, sa subsistance. Un des
aspects les moins connus du public réside dans la dépendance, organisée ou non,
de l’approvisionnement, dans un commerce mondial, aux capacités de transport,
résultat d’une organisation multiforme, actrice d’une spéculation permanente et
invisible.Pour concrétiser à nos yeux les aspects
caractérisant les mécanismes d’offre de la céréale, l’auteur nous ouvre des
scènes régionales et locales. On y vit des faits quotidiens, reposant sur des
personnages à la fois établis et enveloppés de mystère quant à leurs pratiques.
Le lecteur se retrouve ainsi à Port au Prince à Bangkok, à l’Office du Niger,
aux Philippines, et autres lieux que le public occidental n’imagine pas sous
cet angle. Il y découvre l’action de grandes firmes spécialisées dans le négoce
et la distribution, expertes en la maîtrise des flux et ne reculant pas devant
l’hypothèse d’organiser une rareté artificielle de la denrée.
Au passage, l’auteur fustige les
idéologies qui ont conduit à un désintérêt pour le monde agricole, ses
investissements, ses équipements et sa capacité de production, sur la base d’un
raisonnement constatant et accompagnant le développement urbain. Le thème de la
corruption n’est pas occulté, vecteur de situations lucratives sous un
consensus hypocrite. La toile de fond est celle d’un reportage centré sur une
denrée certes présente en tous lieux de la planète, traité en termes
d’économie, de marchés, d’analyse de l’offre et de la demande et de réponse à
un immense besoin alimentaire. Les investigations et l’analyse auxquelles se
livre l’auteur démontrent comment s’établit la maîtrise du marché par des voies
expertes, discrètes et passablement cyniques. Ce qu’exprime le titre même de
l’ouvrage.
Jacques GASTALDI
PONS (Anne) : " Lapérouse " Folio Biographies, Gallimard, Paris, 2010,
302 pages, 18 illustr.
Journaliste-écrivain, Anne Pons
propose une nouvelle biographie de Lapérouse dont la
tragique disparition dans une tempête en 1788 à Vanikoro suscite toujours
recherches et interrogations. On sait que jeune officier de marine,
Jean-François de Galaup de Lapérouse
(qu’il écrivait La Pérouse) se distingua par un raid audacieux dans la baie
d’Hudson en 1782, lors de la guerre d’Indépendance américaine. Il fut retenu
par Louis XVI pour prendre la tête d’une grande expédition de circumnavigation scientifico-commerciale. Les instructions détaillées du
monarque " révèlent un savoir surprenant de la part d’un roi si
souvent rabaissé et réduit au rôle de lourdaud. Que n’a-t-il exercé pareille
autorité dans les autres domaines … ! ". Après l’île de
Pâques et le drame de la baie de Lituya, en Alaska
où, le 13 juillet 1786, vingt et un officiers et marins, culbutés par la barre,
périssent, on peut se demander pourquoi Lapérouse n’a
pas prolongé sa route vers le Japon en longeant les îles Aléoutiennes plutôt
que de traverser le Pacifique afin de livrer des peaux de loutre à Macao,
enclave portugaise aux portes de la Chine méridionale. Déjà, " les
savants pestent contre la rareté des escales (il y en aura treize en tout) " ;
cette différence de préoccupations entre marins et savants est un problème
récurrent à cette époque (cf. Nicolas Baudin, 1800-1803). Anne Pons
s’émerveille : " Admirons ces explorateurs qui lancent sur
son aire l’anthropologie moderne ". On sent qu’elle s’intéresse
plus aux hommes et aux sciences humaines qu’aux connaissances acquises par les
Scientifiques (dont il est vrai la plus grande partie sera perdue dans le
naufrage) ou aux voies nouvelles ouvertes par l’exploration, ne donnant guère
d’indications de localisation sur les îles encore inconnues des Occidentaux,
telle " l’île Quelpaert ou Tsé-Tsiou " (cf. l’île sud-coréenne
de Cheju, 33°30’N – 126°30’E) … Début juillet, Lapérouse
" découvre un détroit entre Sakhaline et Hokkaido ",
il sera baptisé " détroit de Lapérouse
(débaptisé Soya Strait par nos amis
anglais ) " !
L’expédition longe bientôt les
montagnes du Kamtchatka. Selon Lapérouse,
" toute cette côte paraissait hideuse, avec … ces masses énormes
de rochers que la neige couvrait encore ". Nous sommes bien
au XVIIIe siècle, lorsque les montagnes étaient un spectacle
d’horreur ! ". A Petropavlosk,
l’accueil russe est courtois mais pour Lapérouse, " les
danses kamtschadales évoquent les convulsionnaires
des tombeaux de Saint Médard " ; quant aux femmes,
" elles exhalent une odeur d’huile et de poisson ".
L’expédition y reçoit du courrier de France et Lapérouse
y répond en renvoyant par " un voyage terrestre épuisant mais qui
le sauva du sort tragique de l’expédition ", le jeune Barthélémy
de Lesseps ; fils du consul de France à Saint-Pétersbourg, qui avait été
engagé comme interprète de russe et oncle de Ferdinand de Lesseps !
Le 29 septembre 1787, Lapérouse repart pour une traversée nord-sud cette fois du
Pacifique, avec des navires fatigués et peu de vivres. Cook avait prévenu du
danger : " s’y trouvent des rochers de corail … d’une
profondeur qu’on ne peut mesurer et qui sont toujours couverts à marée haute
… ".
La route est longue. Lapérouse écrit : " Nous murmurions de la
fatalité qui nous avait fait parcourir … une longue ligne sans faire la plus
petite découverte ", et plus loin : " Les
philosophes font leurs livres au coin du feu et je voyage depuis trente
ans : je suis témoin de l’injustice et de la fourberie de ces peuples ".
Le 10 décembre 1787, c’est le drame à l’escale de ravitaillement de Tutuila
(une des îles Samoa) : son adjoint le breton P.A. Fleuriot de Langle, commandant l’Astrolabe, est massacré " à
coups de massue et de pierres " avec deux de ses compagnons. Le
27 décembre 1787, ils découvrent l’île de Vavao (ou Vava’u) au nord des Tonga avant de mouiller fin janvier
1788 à Botany Bay envahi
par la flotte anglaise d’A. Philipp qui vient y
débarquer huit cents convicts pour fonder la colonie australienne. La dernière
lettre de Lapérouse à un ami est douloureuse :
" Dis à ma femme qu’elle me prendra à mon retour pour mon
grand-père … Je n’ai plus ni dents ni cheveux ... ". Il n’a
pas 47 ans ! Le 15 mars 1788, " les frégates mettent à la
voile " ; personne ne devait les revoir. L’ouvrage pourrait
s’arrêter là mais justement aujourd’hui encore le mystère Lapérouse
continue à passionner. En février 1791, l’Assemblée Nationale vote des crédits
pour envoyer une expédition de secours commandée par Joseph-Antoine Bruny d’Entrecasteaux, qui, après la Tasmanie, longe la
côte occidentale de Nouvelle-Calédonie cartographiée pour la première fois par
l’hydrographe Beautemps-Beaupré. Plus au nord,
" au sud-ouest de l’archipel de Santa Cruz (îles Salomon),
d’Entrecasteaux arrive en vue de l’île de la Recherche ". Comme
le relève Anne Pons : " Ironie du sort, il ignore qu’il n’est
pas à plus de dix lieues de Malicolo (actuel
Vanikoro), lieu de la tragédie. Or nous savons qu’en 1791, vivaient encore à
Vanikoro deux hommes de l’équipage de l’Astrolabe … ". Ils
étaient à deux doigts de les retrouver.
Il faudra attendre 1827 pour que
le capitaine irlandais Peter Dillon suivi du Français Jules Dumont D’Urville,
découvrent les restes du naufrage. Depuis 2005, les recherches menées par
l’association Salomon avec les moyens de la marine nationale ont apporté de
notables précisions (dont un squelette) sur cette tragédie. Avant les repères
chronologiques et les nombreuses références bibliographiques, Anne Pons conclut
ainsi son ouvrage : " Que la gloire et l’infortune fussent
indissociables, la vie de Jean-François de Galaup de Lapérouse en est l’exemple le plus accompli ".
Yves BOULVERT
CHARVET (Jean-Paul) : "
Atlas de l'agriculture. Comment pourra-t-on nourrir le monde en 2050 ? " Editions Autrement 2010
Dans la droite ligne des Atlas
des éditions Autrement, Jean-Paul CHARVET, Professeur émérite en Géographie,
s’attache à un vaste débat à propos de l’alimentation des hommes sur la planète
en 2050.
Le sujet est ambitieux mais ne
manque pas d’intéresser tout autant le lectorat universitaire que les
organismes qui travaillent sur les défis alimentaires. En cela, cet Atlas
permet de cerner les questions cruciales, à l’origine de déséquilibres entre
production agricole et besoins alimentaires mondiaux. Fidèle aux principes de
présentation de cette collection " Atlas/monde ", l’ouvrage
présente un ensemble iconographique riche et actualisé : cartes,
graphiques, croquis viennent soutenir les textes et donnent, une vision claire
et précise du sujet. L’auteur, spécialiste des questions agricoles et, plus
largement, rurales, aborde d’abord les grands fléaux contemporains de
déficits et d’excédents mal gérés pour les productions céréalière et laitière,
bases d’alimentation mondiale. Il confirme, par quelques clés bien définies,
les grands principes qui commandent les marchés mondiaux, tant en ce qui
concerne les quantités, avec les fluctuations spatiales et temporelles, que la
course à la qualité, sous-tendue par les préoccupations sanitaires. Ainsi les
bases de la question, bien connues, ne serait-ce que par les nombreux ouvrages
géographiques ou non qui lui sont consacrés, sont-elles ici éclairées de
manière pédagogique et actualisée. Jean-Paul Charvet
n’hésite pas à choisir des sujets qui fâchent pour étayer la réflexion et,
notamment, la sous-nutrition et la faim de terre dans certaines régions du
monde, les OGM, le productivisme et ses impacts environnementaux, les pratiques
bio et durables, et la sécurité alimentaire. Les grandes puissances agricoles
mondiales sont traitées à travers leurs stratégies (Etats-Unis, Europe) au
regard des pays en voie de développement, densément peuplés mais insuffisamment
mis en valeur (en Afrique, en Asie). Le tout est bien articulé et le lecteur
peut aisément utiliser les chapitres comme des fiches documentaires, ce qui est
facilité par la mise en page de cette collection d’Atlas mais aussi grandement
servi par le parcours adopté par l’auteur.
Parmi les ouvrages consacrés à la
question " nourrir les hommes ", au programme des concours
durant plusieurs années, mais aussi au menu des principales instances
internationales (FAO en particulier), cet Atlas de l’Agriculture devrait
figurer en bonne place.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
LEPESANT (Gilles) : "
Géographie économique de l’Europe centrale " Édition Les presses de
Sciences Po, 2010
Un format de poche, facile à
manier, pour cet ouvrage de 350 pages, dédié à un ensemble géographique,
européen. Vingt années après la sortie du bloc de l’Est et de l’économie
socialiste collectiviste, cet éclairage sur l’Europe centrale confère au sujet
une dimension toute particulière de l’évolution contemporaine de ces pays.
L’auteur, Gilles Lepesant, est géographe, chargé de recherches au CNRS et
enseignant à Sciences Pô. Il signe cette géographie d’Europe centrale comme une
analyse à destination d’un public étudiant et plus généralement universitaire.
Une large partie de l’ouvrage s’articule autour des politiques de l’UE, de
l’intégration de nouveaux membres, et des modalités macro-économiques et
institutionnelles des programmes européens. Après avoir évoqué les diverses
étapes de l’Histoire politico-économique des pays de l’Europe centrale,
" démocraties populaires " du temps de l’URSS, l’auteur
passe en revue les épisodes de modernisations avortées qui ont marqué cette
partie de l’Europe jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Les chapitres suivants
prennent un autre rythme, décisif, traitant de l’intégration paneuropéenne par
les réseaux parmi lesquels les axes énergétiques – enrichis par une approche
régionale de la question des échanges – reste un temps fort de l’ouvrage. Les
relations de voisinage entre les pays de l’Est européen, la Russie et les
autres pays producteurs sont mis en évidence à travers les projets
d’approvisionnement en hydrocarbures. Les recompositions territoriales entre
Europe de l’Est et Russie sont abordées sous l’angle des nouvelles
fonctionnalités de l’espace russe, y compris de ses façades maritimes, ainsi
qu’avec l’Asie pacifique. Cet éclairage sur le voisinage oriental de l’Europe
donne une dimension planétaire aux évolutions successives de l’espace
centre-européen. C’est là un des axes forts de l’ouvrage, vu sous l’angle des
défis économiques entre l’Est et l’Ouest et de la réorientation des courants
d’échanges.
D’autres volets viennent ensuite
illustrer les liens économiques de l’UE dans l’intégration de ces Etats
nouveaux adhérents et les stratégies de réorientation de l’Europe centrale vers
l’Europe occidentale. L’auteur aborde alors un débat de fond sur les valeurs
émergentes avec, notamment, une évaluation des dynamiques territoriales et des
disparités spatiales. Il met l’accent sur les forts écarts enregistrés entre
les pays industrialisés, mais où la part de l’innovation reste encore faible,
malgré l’apport de capitaux étrangers et les joint-ventures. Les termes de
délocalisation, et de " clusters " (spécialisation
industrielle dans une région donnée), y sont particulièrement décrits comme
autant de clés pour comprendre l’évolution économique de ces Etats. Avec cette
" Géographie économique de l’Europe centrale ", Gilles Lepesant apporte une contribution notable à la connaissance
de ces pays longtemps prisonniers d’une idéologie et de pratiques économiques
sclérosées, qui ont pris un virage brutal vers l’économie de marché. Une
bibliographie abondante vient clôturer l’ouvrage. En revanche, on cherche les
illustrations cartographiques : elles se résument à 3 cartes, non
référencées et de qualité de reproduction très médiocre, et à quelques
diagrammes en barres, tous de même type.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
PAUMIER (Jean-Yves) : "
La Bretagne pour les nuls " First éditions, 2011
Une collection très grand public
pour un ouvrage de géographe, voilà un challenge éditorial à découvrir à
travers " La Bretagne pour les nuls ". En un gros volume de
500 pages, illustré de photographies couleur, de cartes, de tableaux et
alimenté d’anecdotes et de clins d’œil bien choisis, l’auteur, Jean-Yves
Paumier, géographe, nous offre un curieux mélange de genres. Le
" Nul " qui parcourt les pages et découvre les mille et une
facettes de l’Armorique, est pris d’une curiosité heureuse à la lecture de
chapitres savoureux : après un parcours historique de la Bretagne, et des
petites histoires du découpage administratif, il va entrer dans le cœur du
sujet et apprendre, pour commencer, les " signes de
reconnaissance " de ce que l’auteur appelle la race bretonne,
alimentant le sujet par quelques références sur le manger et le boire
breton. La deuxième partie de l’ouvrage traite de chacun des sous-ensembles régionaux
avec leurs particularismes bien individualisés et leurs caractères
géographiques où la mer et le littoral occupent une place royale.
Certes, le titre peut créer
quelque ambiguïté quant à la valeur du contenu et peut entacher la crédibilité
des propos ; c’est bien là le défi engagé par Jean-Yves Paumier, qui ne
sombre pas dans la facilité ou les lieux communs. Ce qui donne tout son intérêt
à un tel ouvrage reste la dimension géographique, clairement affichée et
respectée, quoique sur un registre éditorial particulier. La collection
" pour les Nuls " impose une organisation entre les
chapitres, les encadrés, les effets de mise en page propices à capter le
lecteur " à la carte ". Cela peut entraîner au pire, mais
aussi – c’est le cas ici - au meilleur et c’est sans doute ce qui assure à cet
ouvrage un sens de la mesure, le mettant en bonne place grâce au savoir-faire
de l’auteur qui a su équilibrer les thèmes, jouer des anecdotes et des
curiosités avec talent. Entre l’Ode au cochon, les crêpes et les galettes, les
particularismes linguistiques de la " bretonnitude "
et la Breizh Touch, le
lecteur se trouve plongé dans un univers éclectique où tout prend un sens, y
compris lorsque, dans les derniers chapitres, l’auteur révèle
le " who’s who "
des Bretons people. On ne s’ennuie pas à la lecture de ce traité initiatique.
La coloration géographique reste toujours affirmée, pertinente et attachante
jamais ennuyeuse.
Jean-Yves Paumier n’est pas un
inconnu pour la Société de Géographie. Il est l’auteur de " Jules
Verne, voyageur extraordinaire ", publié en 2005 dans la collection
" Albums de la Société de Géographie " aux éditions Glénat. Avec cette nouvelle publication, sur un autre
registre, il met la géographie à la portée de tous. Reste que la collection " pour
les Nuls " n’engendre pas une adhésion unanime. Laissons au lecteur
le soin de porter ses propres critiques et gageons que la Bretagne livrera
ainsi d’autres pans de connaissance : le Breton lui-même risque d’être
surpris.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
TERTRAIS (Bruno) : "
Atlas mondial du nucléaire " Édition Autrement 2011
Arrivant à point nommé dans un
climat énergétique mondial sous tension, après la catastrophe nucléaire de
Fukushima, cet Atlas mondial du nucléaire suscitera, de toutes façons, l’intérêt
d’un large public.
L’auteur, Bruno TERTRAIS, est
politologue et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique
(FRS). Son approche est, à la fois, celle de la géopolitique, celle des
technologies du nucléaire civil et militaire et celle des enjeux énergétiques
mondiaux. Tout débute par le volet technologique, reposant sur la
spatialisation des activités d’enrichissement de l’uranium, de retraitement du
combustible, les déchets, les armes nucléaires, et les usages militaires de l’atome
ainsi que sur une préoccupation de plus en plus vive : la sécurité et la
sûreté nucléaires, cartes à l’appui. Très bien illustré de croquis, ce volet
difficile devient accessible à tous. L’approche géopolitique est un autre temps
fort de cet atlas. L’auteur a su choisir les situations les plus
représentatives : la guerre froide et ses héritages en Europe, la montée
en puissance du nucléaire et les risques dans certains Etats
" fragiles " tels que le Pakistan, l’Iran, la Corée du
Nord, comme autant de débats sur les perspectives, tant du côté des usages
civils que militaires, du nucléaire.
Peut-être manque-t-il un chapitre
sur les industries du nucléaire, les grands lobbys, les stratégies politiques
des principaux Etats producteurs d’électricité d’origine nucléaire et la part
de celle-ci dans la production énergétique mondiale. L’organisation éditoriale
des Atlas " Autrement " est confirmée par l’articulation de
textes, croquis, cartes, tableaux statistiques commentés et reste très pédagogique,
comme le veut cette collection. Un bon ouvrage de travail et une excellente
base documentaire accessible à tous. A recommander, donc, pour compléter la
connaissance de la question du nucléaire dans le monde.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
BARON-YELLÈS (Nacima) : " L'Espagne aujourd'hui. De la
prospérité à la crise " Éditions De Boeck, 2010, 168 pages, 12 €
L'ouvrage propose une analyse
approfondie à l'articulation de deux évolutions de l'État espagnol. L'une
identifie la prospérité : c'est le bond prodigieux qui résulte de quinze
années de croissance. L'autre est associée à la crise : elle correspond
aux ruptures économiques récentes, mais néanmoins très profondes, avec leurs
répercussions tant sociales que politiques. Nous avons donc assisté à un
miracle " en trompe-l'œil " ainsi que nous le démontre
méthodiquement Nacima Baron-Yellès.
Dans cet ouvrage, elle décrypte les facteurs de cette croissance, l'entrée de
l'Espagne dans la Communauté, dans la zone euro, plus précisément aux réformes
structurelles qui lui ont été imposées par l'Union européenne. Cela eut pour
conséquence une forte stimulation des investissements étrangers, avec des taux
d'intérêt très bas qui ont boosté l'activité des entreprises et qui ont aussi
encouragé les Espagnols à consommer à crédit. A ceci s'ajoute un phénomène
social, l'assainissement les comptes publics après la régularisation massive
des clandestins. Dans un contexte où l'optimisme était général, l'économie
spéculative de l'immobilier espagnol a conduit à construire beaucoup, même
beaucoup plus que la demande. L'épargne des ménages se focalisa sur la
construction. Les actifs immobiliers furent largement surévalués, entraînant la
banqueroute des promoteurs ayant acquis des terrains à bâtir, ayant des
chantiers en cours et possédant un stock d'immeubles à vendre. L'éclatement de
la bulle immobilière en 2007 touche par contre-coup
l'ensemble des secteurs d'activité. Ce choc économique provoque une hausse
durable du chômage que l'État ne peut résorber par manque de moyens. Il ne peut
déployer que des financements à court terme pour soutenir la consommation et
créer quelques emplois.
Nacima Baron constate que le pays retrouve ses
divisions. Les gouvernements régionaux multiplient les demandes de
reconnaissance politique et de moyens financiers, au risque d'ébranler le
système politique et institutionnel. Alors que des réformes d’ajustement
économique et budgétaire s'annoncent nécessaires quant aux salaires des
fonctionnaires et aux retraites, les anciennes fractures idéologiques
réapparaissent. Et des signes d'une tension se manifestent quand la Catalogne
affirme sa volonté de s'isoler et de se tenir à l'écart des affaires
espagnoles. Pourtant, le développement des places aéroportuaires et la
révolution apportée par les trains à grande vitesse favorisent une logique de
réseau de territoire et constituent aussi des atouts pour les entreprises
qui doivent s'internationaliser.
Cet ouvrage est le fruit d'un
travail considérable sur la prospective et la gestion des territoires. Il
contient aussi un tableau chronologique des événements de nature politique et
de nature économique et sociale des 150 dernières années. On y trouve enfin un
glossaire bien utile avec les termes hispaniques les plus courants.
Gérard JOLY
LINEL (Benoît) : " Les
Haxo " Editions les Galops de la Nuit, 23 rue Richelieu, Brest, 2010, 170
pages.
Au travers de cet essai
biographique, qui s'appuie sur une riche documentation, Benoît Linel nous fait part de sa passion pour deux personnalités
bien mal connues aujourd'hui : Nicolas-Benoît et François-Nicolas-Benoît Haxo,
le second étant le neveu du premier, sont originaires de la Lorraine orientale,
celle qui court le long de la Meurthe et qui a constitué, à travers l'histoire,
une voie d'échanges et d'invasions. Ces deux membres d'une ancienne famille de
juristes partagent le point commun d'être aussi généraux promus en servant la
France révolutionnaire, le régime napoléonien et la Restauration.
Nicolas-Benoît, né en 1749 à Estival, pourchasse le contre-révolutionnaire de
Charrette en menant les colonnes infernales en Vendée. Il y perd la vie en
1794. François-Nicolas-Benoît est né en 1774 à Lunéville. L'auteur le considère
comme le " Vauban du XIXe siècle ". Sorti de
l'Ecole d'artillerie de Châlons en 1793, il participe
lui aussi aux campagnes de la Révolution et de l'Empire. Il se fait connaître,
entre autres, pour son projet de fortification à la Rocca d'Anfo
sur la route de Trente à Brescia afin de contrer les Autrichiens. Son travail
dénote un sens du terrain et de la géographie. Il achève sa carrière militaire
sous la Restauration comme inspecteur général du Corps royal du génie. Il
entretient également sa passion pour la géographie en collectionnant des
cartes, des plans et des atlas. Il est d'ailleurs l'un des premiers membres de
la Société de géographie, créée en 1821, et en préside quelque temps la
commission centrale. Dans un style agréable à lire, Benoît Linel
nous fait ainsi découvrir ainsi deux personnalités lorraines qui ont marqué leur
époque.
Philippe BOULANGER
MORICEAU (Jean-Marc) et
MADELINE (Philippe) (sous la dir.) :
" Repenser le sauvage grâce au retour du loup ", Presses
universitaires de Caen, 2010
Cet ouvrage, de deux cent
cinquante pages, illustré de dessins, de cartes et de photographies en couleurs
est complété de tableaux et de diagrammes éclairant des rubriques sous leurs
angles géographique et historique. Ce document contient, sous la plume de
quatorze auteurs, des textes thématiques de nature historique, ethno-éthologique
et aussi politique au sens où le loup - et autres espèces sauvages - s'inscrit
dans le débat sur le thème des " utiles " et des
" nuisibles ". Les témoignages du passé (16e à 18e siècles) sur
les méfaits du loup anthropophage ou porteur de la rage justifient la terreur
populaire à l'égard de cet animal. La chasse, le braconnage et la
déforestation, aidées par l'octroi de primes pour la destruction du loup ont
concouru à la disparition de l'espèce en France. Cependant, le loup, réapparu
ici en 1992, redevient un sujet d'intérêt pour l'opinion publique, pris en
compte notamment dans les parcs. L'ouvrage a pour ambition, après nous avoir
mieux fait connaître le loup - voire à nous conduire à lui conférer de la
sympathie - de concourir à la réflexion contemporaine sur la conservation
d'espèces rares et sur leur insertion dans un milieu soumis à la pression
humaine et à la compétition pour des espaces convoités. Les éleveurs, on les
comprend, craignent pour la sécurité de leurs troupeaux, mais ils sont aussi chasseurs
et revendiquent la légitime défense. Ils sont donc sujets d'une contradiction
profonde sur ce thème, et redoutent toute intrusion politique ayant pour objet
une régulation du mode d'occupation de leur territoire. Parallèlement, dans
l'opinion générale aujourd'hui, chacun s'accorde à souhaiter l'équilibre dans
la diversité et le maintien de toute espèce sauvage qui n'est plus considérée
comme nuisible. D'où les hésitations, les atermoiements du pouvoir
réglementaire en la matière, liés à la difficulté de qualifier de manière
universelle le nuisible et l'utile. L'ouvrage démontre la nécessité d'une
géographie environnementaliste, support de l'étude des conflits et des enjeux
de gestion. Outre de nombreux développements sur la problématique en France et
en Italie, le livre décrit des exemples de traitement du sujet, élargi à
d'autres prédateurs, au Canada, au Kirghizistan, en Indochine. Dédommager la
nature, éduquer à la protection. Voici une phrase clé du livre, tirée de cette
réflexion d'ensemble sur l'exemple du loup.
Jacques GASTALDI)
BESSE (Jean-Marc), BLAIS
(Hélène), SURIN (Isabelle) (sous la dir. de) :
" Naissances de la géographie moderne (1760-1860) ", Service de
l'édition de l'E.N.S. Lyon, 2010
Ce livre est un apport très
nouveau à l'histoire de la géographie et à son épistémologie. Il est le
résultat substantiel d'une recherche collective et donne lieu à des articles de
10 auteurs Il se divise en quatre parties : 1° géographes en mouvement, 2°
les épreuves du terrain, 3° les voisinages de la géographie en ce siècle,
4° la géographie dans l'espace public. Ces quatre titres montrent bien
l'objectif des auteurs : la géographie est d'abord liée aux récits des
navigateurs et explorateurs, avec notamment l'expédition russo-sibérienne,
puis les voyages asiatique et américain d'Alexandre de Humboldt. La confection
de cartes de ces voyages et les liens avec les diplomates et les sociétés
savantes comme la Société de Géographie font apparaître que la pratique
géographique de l'époque est totalement descriptive, non déterministe et
cosmopolite. Celle-ci s'intéresse, moins à une explication scientifique de
l'espace terrestre qu'à une vision universelle de la Terre et à la
confrontation entre les sociétés instruites et évoluées et les sociétés
primitives. Dans ces récits, la géographie est aussi une science naturelle
avant tout classifiante. Pour Humboldt, la géographie
est " une science-monde " de conception " transaréale " (Ottmar Ette). Aussi un rôle éminent est-il réservé aux Atlas et
aux cartes décrivant à partir des récits des explorateurs, surtout les zones de
la colonisation européenne. Le Marquis de Santarem, par exemple, qui est
un " géographe de cabinet " recueille toutes les
informations d'abord sur la colonisation portugaise depuis le XVIe siècle, puis
sur toutes celles des autres colonisations de l'époque (18e siècle) en vue
d'établir un premier Atlas mondial moderne, composé de mappemondes, de
portulans et de cartes hydrographiques et historiques.
La seconde partie nous montre une
tout autre " géographie "très utilitaire et au service
primordial de la colonisation et des armées napoléoniennes. Il s'agit d'une
descriptive appliquée au terrain. pour permettre la manœuvre des troupes ;
Napoléon Ier a initié un projet de cartes de France, en s'appuyant sur les
plans d'Etat-major. La géographie ou plutôt la cartographie de terrain se
réduit aux travaux des ingénieurs-géographes qui travaillent pour le compte de
l'Armée et le principe de cette carte topographique sert de base à la
colonisation en Algérie après 1840, les cartographes en Algérie sont des
anciens de la Carte de France : la géographie s'identifie au relevé
topographique. Mais Isabelle Surin montre que l'analyse du terrain prend
parallèlement une grande importance dans les explorations en Afrique. Ainsi
Jomard assume-t-il la pratique d'une géographie régionale en grande partie
conjecturale et linéaire. La carte qu'il produit sur ses explorations est
une collection d'itinéraires. Dans une communication faite à la Société de
Géographie en 1824, Jomard conçoit le savoir des géographes comme étroitement
assujetti, dans sa portée spatiale, au " cheminement " des
voyageurs européens sur le continent africain. Selon Marie-Thébaud
Sorger l'aérostation depuis le 18e siècle est devenue
une nouvelle technique au service des topographes (1794-1802). Les
" Ballons de la République " servent à une plus vaste et
plus juste connaissance du terrain, mais cette connaissance s'avère trop
générale et ne remplace pas les cartes scientifiques qui vont être dressées à partir
de 1860 par le Service géographique de l'Armée, la célèbre carte d'état-major
en hachures au 1/80 000.
La troisième partie me paraît la
plus importante pour la connaissance de la naissance de la Géographie moderne,
elle rassemble deux communications sur les voisinages de la Géographie :
l'inventaire et la cartographie des ressources minérales et les rapports
complexes entre géographie et sciences de l'homme. Le XIXe siècle va développer
une géographie-inventaire de ressources, c'est l'objet de l'étude d'Isabelle Laboulais Dans le projet d'Atlas minéralogique de France de
Guettard, il apparaît qu'il s'agit d'une géographie inventaire des ressources.
Les illustrations nombreuses montrent que l'on part d'une carte générale pour
conduire à des cartes détaillées, mais sans aucune connexion des
échelles ! Plus utile pour appréhender la naissance de la géographie
moderne est le chapitre de Jean-Luc Chappey :
les rapports entre géographie et sciences de l'homme. La
géographie " savoir pluriel " peine à trouver sa place
dans les classifications des savoirs des débuts du XIXe siècle. A la fin du
XVIIIe siècle la géographie est considérée comme le fondement des sciences de
l'homme et des sociétés humaines, entre histoire naturelle de l'homme et
l'anthropologie, mais la place de la géographie " savoir
dispersé " semble encore difficile à situer dans l'ordre des savoirs
et sa visibilité apparaît réduite. La notion de géographie est strictement
réduite à celle de comptes-rendus de voyages.
En revanche, Conrad Malte-Brun
réagit à l'époque contre cette conception qui est celle du pouvoir impérial, la
création en 1807 de ses " Annales des voyages " est un
moment important dans l'institutionnalisation de la géographie moderne.
Malte-Brun entend faire de la géographie le cadre d'une science générale de
l'homme pouvant réunir des spécialistes de savoirs différents, autrement dit la
géographie ne saurait être que pluridisciplinaire. Il s'oppose à la réduction
de la géographie à la cartographie et prend ses distances à l'égard de la
volonté de " mathématisation " des ingénieurs
géographes, cette géographie de terrain doit devenir cependant une science
exacte, mais en gardant pour objet d'études dans leurs milieux les phénomènes
humains (langages, religions, sociétés, etc..). Les transformations de la
géographie vers 1810 participent directement aux mutations qui touchent à
l'organisation des savoirs autant que des relations des sciences avec le
pouvoir politique. La quatrième partie présente la géographie dans l'espace
public sous la Révolution et après. Hervé Ferrière montre l'exemple d'un
géographe de terrain Bory de Saint-Vincent, sans
formation scientifique théorique, mais voyageur, naturaliste et aussi militaire
aventureux. Proche des cartographes militaires, il privilégie la " carte-inventaire ",
qui pour lui est le substitut parfait du terrain. Cette géographie itinérante
sert à collecter et mettre en forme les données recueillies sur le terrain, Bory se définit lui-même plus comme géologue que comme
géographe. Bory publie sous la Restauration une
géographie d'opposition politique et mêle discours géographique et naturaliste.
La géographie de Bory est très empirique, utilitaire,
un lieu de confluence de multiples problématiques scientifiques, sociales et
souvent politiques.
Hélène Richard nous présente la
création du Département des cartes de la Bibliothèque royale, œuvre
d'Edme-François Jomard, qui a été à l'origine de la classification des
cartes et plans, mais ce conservateur s'est passionné pour la diffusion de la
géographie dès l'école élémentaire, publiant une Géographie de la France. Son
successeur Cortambert se considérait comme géographe
et publia, à la Société de Géographie, " un Parallèle de la
Géographie et de l'Histoire " où il considérait que l'un des
caractères de la Géographie était de se rattacher à presque toutes les sciences
humaines. Comme Jomard, il travailla en étroite relation avec la Société de
Géographie. Enfin, Jean-Marc Besse nous livre une curieuse et passionnante
étude sur la géographie des rues de Paris, à l'époque où les Jacobins tenaient
à faire de Paris un espace révolutionnaire (1789-1802). Pour effacer les noms
de rues dédiées à des saints ou évoquant l'Ancien Régime, plusieurs projets
virent le jour, fondés sur des considérations républicaines et morales. L'Abbé
Grégoire plaide en faveur d'une logique géographique. Paris centre de la France
doit avoir des noms de rues selon les directions des villes avec lesquelles la
capitale est reliée à côté de rues honorant les grands hommes et aussi les vertus
de l'esprit civique. Mais ces projets furent sans lendemain., cet épisode est
révélateur de la place occupée par la référence à la géographie dans la
constitution des espaces urbains
A mon avis, ce livre très
intéressant traite de sujets assez hétérogènes et il manque une conclusion
synthétique sur l'apport de cette période dans la constitution de
" l'esprit géographique moderne " même si la remarquable
introduction de Jean-Marc Besse annonce bien clairement le contenu de ce volume
très enrichissant.
Bernard DÉZERT
OSTROWSKI (Zygmunt)
avec la collaboration de JOSSE (Marie-Cristine) :
" Soudan. Conflits autour des richesses " Collection Etudes
Africaines, L'Harmattan, 2010, 278 pages
Pédiatre parisien polyglotte,
d'origine polonaise, le docteur Zygmunt L. Ostrowski, ancien conseiller de l'Organisation Mondiale de
la Santé, est président de l'ADE (Association Européenne pour l'Etude de
l'Alimentation et du Développement de l'Enfant), une ONG humanitaire. A ce
titre, il a servi à partir de 1978 au Sud Soudan, se passionnant de plus en
plus pour ce " magnifique pays " et " son
beau peuple ". Outre ses publications scientifiques, il lui a
déjà consacré deux ouvrages : " Coulisses d'une guerre
oubliée " (2001) et " A l'aube de la paix. Combat de
John Garang " (2005) qui reçut en
novembre 20007 le prix Henri Duveyrier de la Société de Géographie dont le
docteur Ostrowski est membre.
Cet ouvrage " Soudan.
Conflits autour des richesses " se concentre sur
l'évolution géopolitique du Soudan durant la dernière décennie, tout en
rappelant - contrairement à beaucoup de médias vite oublieux, que depuis
l'Indépendance du Soudan acquise le 1er janvier 1956, ce pays a
connu de longues guerres civiles, entre le Sud animiste ou chrétien et le Nord
musulman (de 1956 à 1972 puis de 1983 à 2005), le relais étant pris depuis 2003
par le conflit du Darfour. L'auteur qui a partagé la vie des " rebelles "
du Sud-Soudan et bien connu son chef John Garang,
lui-même fédéraliste, s'étend longuement sur la signature du CPA (Comprehensive Peace Agreement)
entre le gouvernement central du président Omar al-Bashir
et le SPLM de John Garang sans la participation des
autres régions ou partis politiques. Devenu Premier Vice-Président
du Soudan, John Garang décède 21 jours plus tard dans
un accident d'hélicoptère. L'auteur s'étend sur cette tragédie et sur le nombre
de personnes pouvant avoir eu intérêt à cette disparition. Il semble bien que
l'on n'ait aucune preuve d'attentat et qu'il puisse s'agir d'un simple accident
d'hélicoptère : le vol était trop long, les conditions atmosphériques
dégradées et l'heure tardive. A 19h08, il fait nuit en région
équatoriale !
Un autre développement concerne
le Darfour dont les revendications furent soutenues par John Garang dès 2003. Dans cette région périphérique délaissée,
islamisée depuis plusieurs siècles, il y eut toujours une différence importante
entre les cultivateurs noirs sédentaires des monts Marra bien arrosés et les
pasteurs nomades arabisés des steppes sub-désertiques
environnantes. L'ancien président Nemeyri, ayant décrété que toute terre
appartenait à l'Etat, permit aux Nomades d'acquérir les terres abandonnées,
exacerbant les inévitables conflits agriculteurs-éleveurs. La découverte de
fossés pétroliers du centre Soudan (cf. Bahr - el -Ghazal) servit de
déclencheur à la rébellion contre laquelle le gouvernement lâcha les Djanjawids (cavaliers) pour piller, voler, violer..., ce
qui entraîna le déplacement de 700 000 personnes.
L'auteur peut paraître trop
optimiste sur cette région " riche sur le plan agricole "
(p.159) et " grâce à son sous-sol rempli de pétrole, d'uranium, de
cuivre ... " (p.177), ses réserves " rivalisant avec
celles de L'Arabie Saoudite " (p.197). Il nous est apparu (Y. Boulvert 2005) que les terres utilisables des monts Marra dans
ce contexte sub-désertique étaient très réduites et
que l'on ne peut confondre potentialités éventuelles et richesses produites et
distribuées. L'auteur a raison d'insister sur l'ampleur et le drame des
personnes déplacées, certaines depuis plus de vingt ans, près de deux millions
- un record - qui " payent le prix de l'enjeu politique ".
Zygmunt L. Ostrowski qui
révèle son propre " rôle d'intermédiaire entre John Garang et le Quai d'Orsay ", connaît
parfaitement bien les personnalités politiques du Soudan aussi bien du
gouvernement central que des diverses oppositions du nord comme du sud dont il
souligne la diversité, le morcellement. Il les a interrogées en vue de
connaître leur opinion sur leur pays, sur les événements passés et à venir
comme le référendum annoncé pour janvier 2011 sur la séparation possible entre
Nord et Sud. On décèle dans son ouvrage que d'anciens rebelles songent plus aux
délices du pouvoir, à l'accaparement des richesses qu'aux besoins de leurs
ethnies dont, dans le Sud, près de deux générations ont été privées
d'éducation, de soins, d'infrastructures en général. L'auteur qui craint les
problèmes que poserait l'éclatement du pays s'élève également contre les
manœuvres des grandes puissances, la malédiction du pétrole, citant X. Harel : " S'abritant derrière la
confidentialité des contrats, les compagnies pétrolières alimentent un système
de corruption enrichissant une poignée d'initiés ... ", le
dévoiement de certaines ONG (cf. " L'Arche de Noé "),
" l'information peu objective " de nos médias, les
experts " occidentaux guère familiers des traditions soudanaises
et de la langue arabe " ...
Cet état des lieux des problèmes
soudanais à l'heure de choix décisifs est d'une grande actualité. Dommage que
l'auteur, non francophone de naissance, n'ait pu bénéficier d'une correction de
son éditeur. Quelques coquilles, anglicismes, et parfois faux-sens subsistent
hélas ! L'ouvrage est heureusement accompagné d'annexes, d'une
chronologie, d'une présentation trilingue (anglais, polonais, arabe) et d'un
index. Zygmunt Ostrowski
est membre de la Société de Géographie.
Yves BOULVERT
GATTAZ (Vincent) et MOUNIER
POULAT (Guy) : " L'orientation facile " Les Echelles,
Editions Missions spéciales Productions, 2010, 48 pages
Ce manuel est destiné à tous les
adeptes de la promenade ou du parcours sportif. Nous savons que l'exercice de
telles activités peut, une fois sur le terrain, rencontrer des obstacles,
conduire à des incertitudes, imposer des détours, donner lieu à des temps de
parcours inattendus. Autant de motifs pour justifier une soigneuse préparation.
L'orientation est un des paramètres essentiels de celle-ci. Nous avons, en
général, un sens inné de l'orientation, lié notamment à la position du soleil,
dont nous déduisons intuitivement et approximativement le cap, lequel détermine
le sens de la marche. Ceci étant, lorsqu'il s'agit d'atteindre un but, de
découvrir lieux et paysages, de déterminer un itinéraire, d'organiser des temps
de parcours et de passage, il est besoin de références, de repères, de
documents, d'instruments aussi. Au nombre de ceux-ci, la boussole, connue
depuis des millénaires, reste toujours actuelle. Les cartes, avec leur
symbolique et leurs différents degrés de richesse sont, elles aussi, les
compagnes du voyageur. Aujourd'hui, le GPS se popularise, devient techniquement
et financièrement abordable, sa lecture est accessible à tous. Autant de moyens
décrits dans cet ouvrage, lequel est délibérément écrit en forme et en termes
pédagogiques. Reste l'humain, deviné au fil des pages, par la démonstration de
notre capacité d'initiative, d'écoute et de lecture des signes qu'exprime le
milieu. Ce vade-mecum est agréablement et utilement illustré. Il constitue un
petit précis de topographie, nous invitant à assimiler les notions de distance,
d'azimut, de coordonnées, de dénivelée et de relief, d'orientation, de
position, puis d'en déduire la lecture du terrain et les composantes de
l'itinéraire. Il répond à la soif d'apprendre des jeunes lecteurs, dont
l'esprit va ainsi vagabonder et découvrir les règles essentielles. Il devance
la demande de tout sportif soucieux de maîtriser les composantes de son
parcours, qu'il pratique la marche, la randonnée, l'équitation, le ski, le
vélo, le canoë.
Un instrument de base (en carton
léger), appelé " règle d'orientation ", conçue par les
auteurs, est jointe au livre.
Jacques GASTALDI
PÉRON (Françoise) et MARIE
(Guillaume) : " Atlas du patrimoine maritime du
Finistère " Brest, Editions Le Télégramme, 2010, format 25 x 26 cm,
142 pages, 48 cartes et plans, 24,90 €
Les deux auteurs sont des
géographes spécialistes du Finistère et de son littoral. Françoise Péron, agrégée de géographie, est professeur émérite à
l'Université de Bretagne Occidentale à Brest. Je la rencontre de longue date
partout où l'on s'intéresse à la promotion et à la défense du patrimoine
maritime. Guillaume Marie, docteur en géographie, ancien chercheur du
laboratoire Géomer, est professeur régulier de
géographie à l'Université du Québec à Rimouski, une ville dont les liens
culturels conviviaux avec le Finistère sont multiples. Cet atlas abondamment
illustré de cartes très informatives, de photographies et de peintures,
rassemble pour la première fois tous les éléments du patrimoine maritime du
Finistère. Et il a fort à faire, car ce département dont les 1 250 kilomètres
de côtes représentent presque le quart du littoral de la France est logiquement
le parc naturel de l'essentiel de son patrimoine maritime : Phares et
sémaphores, fortifications et chapelles votives, hôtels d'armateurs, maisons de
pêcheurs et abris du marin, monuments commémoratifs et infrastructures
portuaires, conserveries et musées maritimes, chantiers navals, épaves et
cimetières de bateaux. Avec les sites légendaires, depuis les côtes des
naufrageurs jusqu'à la ville d'Ys, et les foyers de création picturale depuis
l'Ecole de Pont-Aven. Françoise Péron n'est pas pour
rien la belle-fille de Pierre Péron, un peintre
officiel de la marine dont l'éblouissante créativité - qui méritait une
notoriété nationale - a marqué très profondément la culture brestoise. Cet
ouvrage est un révélateur en forme d'électrochoc de l'exceptionnelle richesse
d'un département aimé des dieux marins, sans doute parce qu'il leur a beaucoup
sacrifié. Si ce n'est absolument pas son but, cet inventaire pluridisciplinaire
qui donne à s'émerveiller est le plus intelligent des guides touristiques. Il
suggère en effet au lecteur de porter désormais sur le Finistère un regard plus
attentif, et de marcher partout du pas prudent d'un visiteur de lieux précieux et
fragiles. Pen ar Bed. Là ou
la terre commence plutôt qu'elle ne finit. En Finistère, un trésor patrimonial
peut en cacher un autre. Tout y est témoignage d'un passé admirable. Ce beau
livre confirme qu'on y a la passion de l'entretenir et de le faire perdurer.
Contre-amiral François BELLEC
DION (Isabelle) :
" Auguste Pavie, l'explorateur aux pieds nus " Archives
nationales d'outre-mer, Collection Histoires d'outre-mer, 2010, 25 x 20 cm,
broché, 200 pages, 24 €
Né en 1847 à Dinan dans un milieu
modeste, Auguste Pavie va d'abord s'engager dans l'armée. En 1867 il décide de
changer de corps et part de Toulon pour l'Indochine au 4è régiment d'infanterie
de marine (deux mois de traversée jusqu'à Saigon). Il entrera alors au service
télégraphique d'Indochine. Revenu en France il participera à la guerre de 1870,
1871 et regagnera Saigon en 1872 puis de nouveau en 1874 reviendra en Indochine
(Cambodge et Laos) dans l'administration des télégraphes. Il sera ensuite promu
dans la carrière diplomatique grâce à ses compétences et à ses connaissances
des langues. Il participera à la pacification du Cambodge lors de la révolte de
1885. Il parcourra le pays où il sera très bien accueilli étant donné son
caractère sociable et humain (plus de 40 000 km de pistes) et relèvera de
nombreuses cartes. A la suite de son action et de la mission Pavie au Laos de
1885 à 95, le Laos passera sous contrôle français.
A son retour en France en 1895 il
épouse Hélène Gicquelais et habitera à Paris rue
Erlanger et dans sa propriété de Thourie en
Ille-et-Vilaine. Après avoir refusé plusieurs hautes fonctions administratives,
il se consacrera à la publication de ses archives et récits de voyage dont la Mission
Pavie (Géographie et voyages : sept volumes et un atlas) et de nombreux
livres dont " A la conquête des cœurs ", préfacé par G. Clémenceau en
1921. Il meurt le 7 juin 1925. A son arrivée en Indochine, Pavie séjournera
d'abord à Saigon puis au Cambodge. Il va sillonner le Cambodge et le Siam et
construira, avec en particulier une mission d'exploration du gouverneur
Thomson, la ligne télégraphique de Phnom-Penh à Bangkok, environ 700 km, entre
octobre 1880 et juillet 1883. Le gouverneur oblige le roi Norodom à signer une
convention qui donne aux français la gestion des affaires intérieures. Une
révolte éclate en janvier 85 et le pays ne sera pacifié que fin 86 après de
nombreuses violences. Pavie est rentré en France en 85 ; il a emmené avec lui
13 jeunes Cambodgiens parlant thai (c'est le début de
l'Ecole cambodgienne) pour être instruits en France. L'école deviendra en 1888
l' Ecole coloniale. En novembre 1885 il est nommé vice-consul de 2ème classe et
part pour Luang Prabang au
Laos.
Après la main-mise
sur l'Annam et le Tonkin la France a des visées sur les Etats laotiens, mais le
Siam cherche aussi à s'y établir : il a annexé l'état de Vientiane en 1830 et
déporté une partie de sa population. Le Royaume-uni
occupe la Birmanie et s'intéresse au nord-Mékong avec le Siam. De plus, des
groupes armés, les pavillons noirs ou jaunes venant du nord pillent ces
régions. Pavie va d'abord chercher à démontrer que le roi de Luang-Prabang paye tribut à
l'Annam et que la France a donc des droits. Pavie, nommé vice-consul à Luang-Prabang, arrive à Bangkok
en 1886. Il se rendra à Luang-Prabang
(après 6 mois de voyage) où il rencontre le vieux roi Ounkam
qui gouverne sous le contrôle du Siam. Pavie avec patience et diplomatie va
discuter des frontières du Laos il ne pourra éviter le sac de la ville par les
bandes chinoises. Il se rendra au Tonkin (Theng ou Dien-Bien Phu) et aura l'appui de 2 officiers français
Capet et Nicolon pour l'étude des frontières. Le
colonel Pernot chassera les Hos
des cantons thai et Pavie obtiendra la reddition des
pavillons noirs. Il rencontrera le général siamois à Theng
et obtiendra que les siamois renoncent à toute ingérence dans ce territoire
Après un voyage en France en 1889
pour rendre compte de sa mission il sera nommé consul de 2ème classe
à Bangkok où il arrivera en décembre. Il rencontre le roi du Siam qui donne son
accord pour la poursuite des travaux de délimitation des frontières( il avait
déjà ceux du roi du Cambodge et de l'empereur d'Annam) ; il obtiendra la
soumission de Deo van tri à Luang-Prabang
et Lai. Finalement le traité de 1893 sera signé avec le Siam après des escarmouches
avec les anglais frustrés par leur éviction du Mékong. Le Laos devient un
protectorat français. Une commission franco-anglaise étudiera les frontières
Mékong- Rivière Noire. La Chine cèdera ses droits sur les territoires compris
entre le haut Mékong et le Nam Hou. Un accord sera signé en janvier 1896 avec
les anglais qui évacuent Muong Sing en échange de la
garantie de l'indépendance et de l'intégrité du Siam. En avril 95 les princes
laotiens reçoivent l'investiture du gouvernement français. Pavie passera par
Bangkok avant de repartir en France au grand soulagement des siamois. En 96 il
sera promu ministre plénipotentiaire et élevé au grade de Commandeur de la
Légion d'honneur.
On peut imaginer qu'il a fallu
beaucoup d'énergie, de courage, de ténacité et de diplomatie pour arriver à de
tels résultats avec une Mission qui comportait moins de 40 personnes. Ce livre
compliqué comme la vie de Pavie est très bien illustré de photographies, de
cartes et documents sur les ethnies laotiennes. Une exposition virtuelle sur
l'explorateur aux pieds nus est présentée sur site Internet
http://pavie.culture.fr
Michel DAGNAUD
SIBILLE (Blandine) & MINH
(Tuan Tran) : " Congo-Océan. De Brazzaville à
Pointe-Noire (1873 - 1934) " Editions Frison-Roche, Paris, 2010, 142 pages
Cet ouvrage superbe bénéficiant
d'une préface du Professeur Marc Gentilini et d'un avant-propos de Jacques
Toubon, président de la Mission du Cinquantenaire des Indépendances africaines
de 1960, traite d'un sujet rarement abordé en ce début du XXIe
siècle : l'épopée d'un chemin de fer africain. Il y a un siècle, l'on
imaginait qu'aujourd'hui, l'Afrique serait ouverte à la Civilisation, au
Commerce et au Progrès par un maillage dense de voies ferrées, alors que les
Colonisateurs se lançaient dans des constructions de voies disparates (aux
écartements divers de 0,60 - 0,69 - 0,75 - 1 et 1,06 mètre) ! Dans une
première partie remarquablement illustrée - notamment de cartes anciennes - est
relatée la découverte progressive de la région depuis le Portugais Diégo Cam en
1484 jusqu'à Stanley et Brazza. Tout de même, on est surpris de lire (p.6)
: " Certains (missionnaires) remontaient même le cours du fleuve pour
pénétrer à l'intérieur du continent ". Les auteurs omettent que l'expédition
britannique dirigée en 1816 par J. K. Tuckey se
heurta au formidable barrage d'une succession de cataractes et de rapides
étagés sur plus de 200 mètres !
Outre celui de la voie belge
Léopoldville-Matadi réalisée de 1887 à 1898, le parallèle à faire est tentant
entre la réalisation de cette voie ferrée et celle du Conakry-Niger effectuée
entre l'affectation de l'ingénieur E. Salesses (cf.
Hommes et Destins, ASOM, tome XI) en 1899 et l'inauguration dès 1910 ! La
réalisation en fut effectuée sans tunnel alors que la ligne devait franchir à
près de 900 mètres les reliefs du Fouta-Djalon. Dommage que faute d'entretien,
cette ligne ait dû être fermée en 1965, sept ans à peine après
l'indépendance ! Jouant de malchance, la réalisation du Congo-Océan
demanda près d'un demi-siècle. Dès 1886, Brazza en avait préconisé la
réalisation. Différents tracés furent envisagés entre 1887 et 1907. En juillet
1914, un emprunt fut enfin obtenu mais trois semaines plus tard, la guerre
éclatait. Le premier coup de pioche ne put être donné qu'en 1921 après 36
années et 4 millions de francs or dépensés en études ! Les difficultés du
chantier avaient été gravement sous-estimées avec notamment, la traversée
difficile du massif du Mayombé recouvert par une
forêt dense, dans un climat humide et débilitant. Les moyens mécaniques étant
insuffisants et la main d'œuvre locale très réduite, il fallut faire venir de
la main d'œuvre de l'autre extrémité de l'A.E.F. : Oubangui-Chari et sud
du Tchad, pays de savanes ouvertes, relativement sèches, d'où un dépaysement total.
Le transport s'effectua dans l'entassement des barges, comme on peut toujours
l'observer dans le bassin du Congo ! Au départ, rien n'était prévu pour
l'accueil ; ce n'est que peu à peu que furent organisés le ravitaillement
et l'encadrement sanitaire. Les travaux - avec la crise de 1924 - s'étalèrent
jusqu'en 1934, date de l'inauguration. La mortalité fut élevée ; il y eut
des abus dénoncés par les témoins de l'époque ou plus tard les chercheurs. Pour
un géographe-chercheur, il peut paraître assez incroyable qu'une carte soit
présentée sans nom d'auteur ni échelle ni date de réalisation ; il en est
bien sûr de même pour les textes cités. Certes, sont bien connues les
références à Albert Londres (Terre d'ébène, 1928) ou à André Gide (Voyage au Congo,
1927), moins celle de chercheurs tels Marcel Soret
(Le chemin de fer du Congo, 1956) ou Gilles Sautter
(De l'Atlantique au fleuve Congo, une géographie du sous-peuplement, 1966),
encore moins celle d'un témoin comme Michel Romanot
dit R.O. Manot (L'aventure de l'or et du Congo-Océan,
1950, Secrétan, Paris).
L'iconographie de l'ouvrage est
soignée. Outre de nombreuses photographies, les auteurs ont utilisé des
gravures d'époque. Il est toutefois déroutant de constater qu'empruntées à
diverses publications, leurs légendes aient été détournées ; ainsi Madame
Paul Crampel, l'épouse de l'explorateur assassiné en
1890, ne reconnaîtrait pas la légende de la gravure de la page 97 !
Quelles que furent les difficultés de construction et les controverses
suscitées, en 1960, seize ans après sa construction, le Congo indépendant
disposait d'un outil de développement, indispensable également pour les pays de
l'intérieur : exportations de coton puis de bois, approvisionnement en
machines et carburants. Pourtant, comme l'écrit dans sa préface le professeur
Marc Gentilini : " Pendant plus d'une décennie de guérilla
(particulièrement entre 1993 et 1999), des chefs irresponsables prirent le
chemin de fer Congo-Océan en otage, inhibant toute circulation d'un seul
tenant, privant la société congolaise d'une vie économique équilibrée, de la
sécurité des personnes et des biens ... ".
Les auteurs, deux humanitaires
ont retracé " la grande épopée du Congo-Océan ", cet
ouvrage richement illustré se voulant un hommage à ses victimes.
Yves BOULVERT
SCOCCIMARO (Rémi) : " Le
Japon. Renouveau d'une puissance ? " Paris, La Documentation
française, documentation photographique, dossier n° 8076, juillet-aôut 2010, 64 p., 12 cartes.
Même s'il se termine par un point
d'interrogation, le sous-titre de ce dossier de la documentation photographique
peut surprendre. En effet, s'il est incontestable que le Japon est une
puissance régionale, son importance relative a diminué depuis que la Chine
s'est ouverte à l'économie mondiale. Divers événements de l'année 2010 ont
d'ailleurs montré que l'évolution de ses relations avec la Russie, comme avec
la Chine, n'a pas semblé à son avantage. Sur la question des
" Territoires du Nord ", que le Japon considère toujours
comme devant faire partie intégrante de l'archipel, la souveraineté soviétique,
puis russe, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, s'est trouvé
implicitement affirmée par la visite du président Dmitri
Medvedev le 1er novembre 2010, une première pour un chef d'État
russe depuis 1945. À l'extrême sud de l'archipel, les incidents avec la Chine
n'ont pas amélioré la position du Japon. Comme le précise ce dossier, si le
point de vue chinois l'emportait au sujet de la contestation territoriale sur
l'atoll corallien d'Okinotorishima, le Japon perdrait
400 000 km2² de zone économique exclusive. Au plan géopolitique mondial,
les espoirs du Japon d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité de
l'ONU se sont plutôt amoindris depuis que d'autres membres, comme la France,
ont officiellement pris position en faveur de l'Inde, du Brésil et d'une
présence africaine. Une autre faiblesse relative du Japon tient à la diminution
de sa population depuis 2005, ce que j'ai appelé un " soleil
démographique couchant ", avec notamment une baisse de sa population
active.
Effectivement, ce dossier apporte
de nombreux éléments de réponse négatifs à la question posée en sous-titre. Il
analyse ainsi la " fin du compromis social ", la montée des
inégalités territoriales ou le fait que les économies coréenne (du Sud, bien
entendu) et taiwanaise sont parvenues à s'émanciper
de la tutelle japonaise. Il signale la faiblesse de la natalité, notamment en
raison des " célibataires parasites ", pour reprendre la
formulation d'un livre à succès de Masahiro Yamada, traitant de ces 10 millions de Japonais entre 20 et
34 ans qui vivent chez leurs parents et dépensent tout ce qu'ils gagnent en
vêtements, sorties et voyages à l'étranger. Toutefois, le Japon conserve des
éléments de puissance et nous pourrions demain en repérer de nouveaux. Le
premier tient à des bases économiques solides, avec d'abord une industrie
lourde toujours puissante : production d'aciers spéciaux et d'aciers de
bonne qualité, fabrication de navires de guerre ou de véhicules blindés.
L'industrie mécanique s'est renforcée à l'image de Nissan ou de Mitsubishi
Motors, et la montée de Toyota, devenant en 2010 le premier producteur
automobile mondial devant General Motors, demeure un symbole, en dépit de défaillances
sur certains modèles de voitures. Le Japon dispose de la meilleure compétence
mondiale dans la recherche sur l'intelligence artificielle, suite de sa forte
spécialisation dans les techniques de pointe (machines-outils, robotique). En
décryptant ce dossier, un deuxième atout de puissance du Japon tient à son
industrie culturelle au sens large, à ce Japon qui fait rêver et qu'on appelle
le Japon tranquille, Cool japon, qui entre dans la logique de la
puissance douce, du soft power. Les productions culturelles japonaises
sont largement présentes dans le monde, voire, selon certains, envahissantes.
Par exemple, les mangas, pourtant imprégnés de l'expérience historique unique
du Japon, précisément d'une nation ouverte de force par les canons américains en
1853, représentent 43 % du marché de la bande dessinée en France. Il faut aussi
constater le développement de l'apprentissage de la langue japonaise à
l'étranger. Enfin, le Japon s'est lancé dans un vaste programme de promotion
touristique intitulé " bienvenue au Japon ", Yôsoko ! Japon, dont l'objectif serait
d'atteindre 30 millions de visiteurs en 2020. Enfin, un atout à ne pas oublier
est... géographique, au cas où s'ouvriraient des routes maritimes arctiques, et
ce malgré une position qui, aujourd'hui, " marginalise ses
ports " relativement aux ports coréen (Pusan), chinois (Tianjin et
Shanghai) ou taiwanais (Kaohsiung). Certes, le Japon
ne possède pas de frontière arctique, mais sa position géographique le place à
l'entrée de l'Asie par ces éventuelles routes du nord.... Certains ports de
taille moyenne, disposant déjà d'infrastructures, pourraient devenir des hubs
régionaux, comme Tomakomai ou Otaru à Hokkaido. Ce dossier propose d'ailleurs
une carte qui éclaire cette possibilité. La route arctique pourrait être
privilégiée pour une autre raison : des conditions de sécurité face à la
piraterie, meilleures que celles des routes via le sud-est asiatique. Reste
qu'une telle prospective géographique demeure incertaine.
Soulignons enfin que ce dossier
offre, outre des cartes, de remarquables photos. Par exemple, la page 51 est
passionnante avec, d'une part, la photo aérienne de Kobé
et, d'autre part, l'analyse géographique de la ville comme de la localisation
de ses activités portuaires et aéroportuaires, sur des terre-pleins côtiers
situés dans le prolongement des littoraux ou sur des îles artificielles.
Gérard-François DUMONT
FRÉMONT (Armand) : "
Normandie sensible ", Paris, Éditions Cercle d'Art, 2009
Armand Frémont est l'un des
pionniers de l'approche de l'espace perçu, vécu, représenté. Et celui qu'il
connaît le mieux, c'est le sien, la Normandie où il est né, où il a passé sa
jeunesse où il a longtemps enseigné, dont il a fait l'objet de ses recherches
depuis sa thèse sur l'élevage publiée en 1968 : " La Normandie,
écrit-il, est mon pays, mon laboratoire, mon terrain de travail et de plaisir,
ma plus belle lecture. " Il aime arpenter sa province en tous sens,
rencontrer et faire parler ses habitants et rendre compte de ses impressions
par des travaux scientifiques reconnus, mais aussi une biographie géographique
(La mémoire d'un port) et des nouvelles (Les baskets de Charlotte
Corday). Il doit la variété des genres qu'il pratique avec talent à une
véritable sensibilité littéraire et artistique. Ce n'est pas par hasard qu'il a
écrit sur Maupassant et sur Flaubert. Normandie sensible est une
nouvelle biographie associant des extraits d'ouvrages antérieurs, des textes
nouveaux, des photographies personnelles, y compris familiales, des
reproductions de tableaux. C'est un feu d'artifice qui porte très bien son
titre. À lire pour apprendre autant que pour se faire plaisir.
Jean-Robert PITTE
ISSA (Saïbou)
: " Les coupeurs de route. Histoire du banditisme rural et transfrontalier
dans le bassin du lac Tchad ", Coll. Les terrains du siècle, Khartala, Paris, 2010, 273 pages
Très probablement d'origine peul
du Nord Cameroun, Saïbou Issa, professeur d'histoire
à l'Université de Maroua, mène depuis 1990 des recherches sur la géopolitique
du bassin du lac Tchad. Suite à une recrudescence à la fin des années 1980 du
banditisme de grand chemin, dit des Zarguina ou
" coupeurs de route " dans le bassin du lac Tchad et
à sa périphérie : Cameroun, Tchad, RCA mais aussi Nigeria et Niger, il consacre
son dernier ouvrage à cette " pratique à la fois séculaire et
universelle ". La littérature et la filmographie en effet
abondent d'exemples de " seigneurs de guerre ..., bandes
professionnelles ..., pirates ..., mercenaires ..., brigands ... "
et autres bandits. Au milieu du XIXème siècle, en Afrique centrale,
" les Arabes, les Toubou, les Touareg, les Boudouma
... - j'y ajouterais les Peuls - sont quelques-uns des peuples qui
traînent une réputation de prédateurs ". Vivant de razzias aux
dépens des païens - animistes, les " Arabes nomades sont dits
"plus soucieux de rapine que de jihad" "... Egalement,
" au Cameroun septentrional, Mousgoum,
Massa et Guiziga sont les peuples qui ont le plus
codifié la razzia "; ainsi les jeunes Guiziga
pratiquent-ils le " vol initiatique " de bétail:
c'était un test de bravoure. En outre, " la précarité a généré une
économie de prédation ".
Selon l'auteur, l'arrivée du
colonisateur modifie le banditisme de grand chemin avec " son
passage systématique à la clandestinité et partant sa
professionnalisation ". Il ajoute : " la culture de
la razzia est caractéristique de nombre d'économies de la rareté, nées des
violences environnementales qui déciment les animaux, raréfient les récoltes et
forgent des caractères rudes ". C'est ainsi que les peuples
sahariens organisaient des rezzous.
En 1955, le Sud-Cameroun a vécu
l'insurrection de l'U.P.C., le Nigeria une terrible guerre civile en 1967-70.
Cette dernière a généré une " criminalité, particulièrement
violente à cause de la dissémination des armes et de la colère des
démobilisés sans emplois ". Tandis que la décennie 1960 avait été
pluvieuse, la sécheresse, apparue dans les années 70, a été durement ressentie
dans le Sahel, entraînant paupérisation, exode rural et errance des pasteurs.
Au Tchad, les excès des fonctionnaires sudistes, chrétiens ou animistes, tôt
scolarisés, eurent pour conséquence la révolte des populations islamisées et
réfractaires du nord dont bientôt les diverses factions se déchirèrent. Un
rapport des Nations-Unies (1999) juge alarmante la situation économique du
Tchad où l'on cherche " à occulter la gestion catastrophique des
finances par l'Etat tchadien depuis des années ". La situation
n'est pas plus reluisante en République centrafricaine. La banqueroute de
l'Etat, salaires impayés, antagonismes ethniques et vie chère entraînent en
1996 trois mutineries avec destruction de l'outil de travail : usines et
commerces pillés et détruits ... " On n'est donc pas surpris que
la corruption emprunte tous les couloirs de la fonction publique ".
Toutes ces crises socio-politiques constituent " le facteur
nourricier du banditisme transfrontalier " qui prend une allure
résolument guerrière " dans un contexte de violence
organisée ". Loin de l'amateurisme, la criminalité devient
militaire. Libye, Soudan et aussi Nigeria ont interféré sur la crise politique
du Tchad qui a débordé sur le Cameroun et le Centrafrique, sans parler du
Darfour. On a assisté " à la dissémination des armes et à
la militarisation des civils ". Dans le monde, on estime que plus
d'un million d'armes légères sont entre les mains de rébellions diverses.
" Et c'est en Afrique centrale que la phénomène a le plus
d'ampleur ". Selon d'autres auteurs : " Cette
institution (des forces africaines de sécurité) s'est avérée plutôt être
un facteur d'insécurité pour les populations ". En réalité, il y
a ambivalence entre confrontation et collaboration de ces forces avec les
malfaiteurs! Il est facile de se procurer aux fripes des tenues camouflées,
" il y a surabondance d'exemples de faux officiers, de fausses
patrouilles ou de vraies fausses unités ".
Saïbou Issa poursuit : " La ville
africaine des années 1990 est une cité dans laquelle la pyromanie et la
cleptomanie le disputent à l'insalubrité et à la promiscuité ... ".
S'y ajoute une " perte de confiance entre les forces de
sécurité " et un " soupçon de corruption ".
Il conclut avec justesse : " On a davantage le sentiment d'avoir
écrit un long prologue que d'avoir exploré tous les contours de la question ".
Cet ouvrage est en effet un travail d'historien rempli de références précises
et écrit avec un riche vocabulaire. On aurait aimé que s'y ajoute - outre une
estimation des pertes et dégâts - une recension des principales attaques ou
enlèvements contre rançons, notamment aux dépens des pasteurs mbororos qui ont commencé à quitter le Centrafrique pour
regagner le Cameroun. Outre l'aspect économique, le risque de " somalisation " semble sous-estimé. La
sécurité non assurée sur les routes non seulement empêche tout développement du
tourisme qui demeure pratiquement inexistant, mais pénalise lourdement
l'agriculture, entravant le déroulement normal des marchés-coton. Avec des
frontières non-sécurisées, l'or et le diamant s'exportent massivement en
fraude. Dans " Retour à Bangui en 2004 ",
j'indiquais : " Les villages ne peuvent plus commercialiser
librement leurs productions : cultures de rente mais également manioc et viande
de chasse. Quelle peut être l'action de l'administration, des enseignants, des
services de santé ... dans de telles conditions ? "
Yves BOULVERT
MARCONIS (Robert) et VIVIER
(Julie) : " 150 ans de transports publics à Toulouse ",
Editions Privat, Toulouse, 2009, format 28 x 29, 145 pages
L'un de nos éditeurs de province
les plus anciens et les plus connus, la maison Privat rue des Arts, près du
Musée des Augustins en plein centre-ville à Toulouse, publie un Album illustré
de 145 pages sur l'histoire du réseau de transports en commun de cette vieille
métropole régionale qui dépasse aujourd'hui le million d'habitants.
Dès 1856, elle est atteinte par
le canal latéral à la Garonne, prolongé ensuite par le canal du Midi jusqu'à
Sète, puis en 1857 par la voie ferrée Bordeaux-Sète. Pour sa desserte
intérieure, les trois premières lignes d'omnibus à cheval sur rails, non en
site propre, apparaissent en 1863, le tramway électrique en 1906, le réseau
d'autobus en 1926, la première ligne de métro souterrain automatique en 1993.
Cette métropole régionale
constitue aujourd'hui une agglomération étalée sur 342 communes alors qu'elle
n'en occupait que 80 en 1962, sur 50 km du nord au sud et à peu près autant
d'est en ouest avec des structures intercommunales imbriquées. En un siècle et
demi, sa population a sextuplé et c'est l'une des villes françaises dont la
croissance est la plus forte aujourd'hui, un pôle majeur de l'industrie
aéronautique française.
C'est l'élection de Dominique
Baudis aux fonctions de maire en 1983 qui fit pencher la balance en faveur du
métro souterrain. Il resta maire dix-huit ans (1983-2001), ce qui permit au
bout de dix ans en 1993 d'inaugurer la première ligne du Val : Métro
souterrain automatique. Sont mises en service successivement :
Un choix a dû être effectué entre
deux types de réseaux : dans la partie centrale : un métro
souterrain, prolongé dans la partie périphérique par un réseau de lignes de
tramways le plus souvent en site propre. Bien des choix restent encore à
effectuer, avec de nombreuses divergences : réseau étalé, rocades etc.,
les partis sont divisés.
Deux points de vue s'affrontent :
celui des élus et de la population des communes périphériques attachés à un
réseau plus fin et plus maillé, ce n'est pas celui des élus de la partie
centrale qui sont pour un réseau plus radioconcentrique.
On peut regretter dans l'ouvrage
l'absence d'une carte générale des lignes de transports en commun selon leur
type et leur âge.
Jean BASTIÉ
PINEAU (Jean-Marc) : "
Mon voyage au Maroc " Les 2 encres, Cholet, format 15 x
21, photos couleur, 198 pages, 20 €
C'est le récit du second voyage
de Jean-Marc Pineau sur les traces de René Caillié. Il avait consacré ses 2
premiers livres à son voyage à Tombouctou et le voilà reparti pour une
traversée du Maroc, à pied sur plus de mille kilomètres à travers le désert,
les oasis du Tafilalet, le Haut et Moyen-Atlas, les cités impériales et le
littoral atlantique jusqu'à Tanger.
Avec l'aide de Lhoussaine, un
enseignant de la communauté des Amazighs, Jean-Marc retrouve presque tous les
points de passage de René Caillié. Recherche inédite offerte aux lecteurs. Il
décrit avec minutie et rigueur ce qu'il observe : nombreuses informations sur
la vie locale, problèmes environnementaux, profondes inégalités sociales de la
société marocaine.
Des rencontres organisées
ponctuent son chemin : école d'infirmières, médiathèque, cinémathèque, écoles.
Il collecte des contes auprès des anciens. Sur le parcours, des amis viennent
l'encourager et goûter l'atmosphère d'un explorateur. L'auteur nous fait
également partager de grands moments d'émotion vécus au cours de son voyage.
L'aventure met face parfois à des dangers bien réels. Enfin, il nous livre son
cœur et dévoile les motivations qui l'ont poussé à entreprendre ce voyage.
Éditions les 2 encres
DUMONT (Gérard-François) (sour la dir.) " La France en
villes " Paris, Sedes, 2010,
352 pages
La France en villes, ouvrage dirigé par le géodémographe Gérard-François Dumont, est issu du travail
collectif d'enseignants-chercheurs reconnus qui collaborent pour l'essentiel à
la revue Population & Avenir. Organisé en six parties, l'ouvrage
conduit le lecteur à examiner les processus à l'œuvre dans le phénomène
d'urbanisation en France.
L'exploration débute avec
l'analyse de la complexité des villes françaises des origines à nos jours. La
ville, " phénomène complexe " par définition, dont l'examen
requiert de recourir tout autant aux textes législatifs qu'aux multiples
branches de la géographie - historique, administrative et quantitative - est
disséquée par Gérard-François Dumont dans la première partie de l'ouvrage.
Le géodémographe
amène le lecteur à cerner l'évolution et la richesse du concept de la ville en
France en prenant en compte les définitions de l'espace urbain proposé par le
dictionnaire et les géographes, de même que celles proposées par le droit administratif.
Gérard-François Dumont n'oublie pas l'importance de la géographie historique
qui est soulignée à travers un chapitre qui entraîne le lecteur dans un tour de
la Gaule antique, de la France des Temps modernes, du XIXe et du XXe
siècles étayé par de nombreux exemples. Sont notamment citées Nîmes, Le Havre
ou encore Montpellier dont les analyses sont largement détaillées.
L'auteur achève cette analyse
consacrée aux concepts par l'examen des critères quantitatifs. C'est l'occasion
pour lui de guider le lecteur dans le maquis des " définitions
quantitatives " dont l'usage s'est développé en France depuis les
années 1960 et de les initier au décryptage de ces outils indispensables à
l'analyse de la ville aujourd'hui.
Ayant dévoilé au lecteur les
concepts éclairant la notion de ville en France, l'ouvrage s'attache dans un
deuxième partie, due également à Gérard-François Dumont, à dépeindre l'armature
urbaine française selon une approche multiscalaire au
sein de laquelle Paris se voit attribuer une place spécifique.
Cette démarche est suivi dans une
troisième partie par un panorama des villes françaises classées selon le
critères d'importance du peuplement avantageusement croisé avec des
" éléments complémentaires " d'ordre fonctionnel, géoéconomique
ou historique. Cette partie comprend notamment un développement d'Alfred Dittgen consacré aux " originalités géodémographiques et géosociales
de Paris ", ainsi qu'une analyse fine, quoique pessimiste, de
Jean-Marc Zaninetti sur les villes nouvelles dont il
attribue l'échec en Ile-de-France à une " erreur stratégique de
localisation [et à] une doctrine d'urbanisme inadaptée ".
Les " questions de
gouvernance " font l'objet par les auteurs d'une quatrième partie.
Elles sont abordées selon une approche englobant aussi bien un exposé du
contexte institutionnel et de ses phases d'évolution que des développements
concernant l'intercommunalité ou encore les enjeux de l'application des
principes du développement durable et de la gestion des quartiers en
difficulté. Gérard-François Dumont retrace ainsi avec précision la genèse de la
décentralisation dont il rappelle qu'elle a été menée " au pas de
charge " par le gouvernement socialiste de l'époque. L'évolution
parfois compliquée de sa mise en œuvre depuis les années 1980 n'empêche pas
l'auteur d'affirmer la " nature révolutionnaire des changements
intervenus depuis la décentralisation ". On doit par ailleurs à
Julien Damon une mise en perspective de la politique de la ville.
Le panorama des caractéristiques
de la France en villes se poursuit en cinquième partie par une analyse des
dynamiques à l'œuvre dans ces dernières. Exposant les mutations en cours et les
enjeux qui en découlent, la partie consacrée aux " dynamiques des
villes " apporte des éclairages particuliers et souvent originaux.
Gérard-François Dumont et Laurent Chalard fournissent
une analyse de la recomposition du peuplement urbain fondée sur une typologie
détaillée, accompagnée d'une carte de synthèse ainsi qu'un examen de
l'évolution de l'organisation spatiale des grandes villes du XXIème
siècle à travers Marseille dont le caractère polynucléaire fait l'objet d'un
traitement fouillé.
Le tandem poursuit en proposant
une étude sur le phénomène d'exclusion examiné suivant une démarche consistant
à recourir à un ensemble d'indicateurs, issus de sources différentes au rang
desquels l'Insee, la Direction générale des impôts, la Banque de France et la
Caisse d'allocations familiales. Cette méthodologie au caractère novateur,
appliquée à l'unité urbaine de Toulouse revêt un grand intérêt pour deux
raisons. Tout d'abord, en ce qu'elle offre une vision plus fine d'un phénomène
difficile à appréhender, notamment grâce à la formulation d'un
" indice synthétique d'exclusion ". Ensuite, parce qu'elle
apporte un éclairage nouveau sur la géographie de l'exclusion en remettant en
cause le " modèle parisien ".
Le lien entre commerce et
aménagement est étudié par René-Paul Desse qui offre
une analyse de l'évolution de la forme et de la localisation de l'activité
commerciale dans l'espace urbain avant de livrer un exposé particulièrement
intéressant sur l'urbanisme commercial et ses acteurs. Jean-François Ghekière conduit une analyse sur l'un des enjeux majeurs du
XXIe siècle : le vieillissement démographique en ville. Fondant
sa réflexion sur l'augmentation de la population âgée des villes depuis 2006,
l'auteur montre l'impact du vieillissement de la population sur l'aménagement
des territoires urbains à travers l'étude du cas de Lille sur la période
1990-2006. Face au constat d'un " vieillissement démographique [et
d'une] gérontocroissance intenses et jamais
égalés ", il en conclut que " l'aménagement urbain jouera
un rôle prépondérant dans l'intégration [...] de la population
âgée ".
Le parcours approfondi au cœur de
la France en villes s'achève comporte une sixième partie avec des exercices
pédagogiques. Consacrée à l'analyse des enjeux de l'urbanisation outre-mer et à
celle du Grand Paris, cette dernière partie témoigne de la volonté affichée des
auteurs de délivrer des clés de lecture des enjeux contemporains tout autant
que des outils pédagogiques à leurs lecteurs.
L'ensemble du livre est
accompagné de cartes et de graphiques originaux et détaillés. Enfin, un
précieux lexique comptant plus de cent entrées et un riche index géographique,
avec plus de 450 entrées, complètent avantageusement l'ouvrage. La France en
villes, en proposant un format adapté à chaque type de public, se présente
donc comme un livre de référence en géographie.
Maïté VERDOL
SALSA (Annibale)
: " Il tramonto delle identità
tradizionali. Spaesamento e
disagio esistenziale nelle Alpi ", 2007, préface
Enrico Camanni, Torino, Priuli
&Verlucca, 205 pages, 14,50 €
Ouvrage riche et
transdisciplinaire, Il tramonto delle identità tradizionali. Spaesamento e disagio esistenziale nelle Alpi du professeur Annibale
Salsa, titulaire de la chaire d'Anthropologie philosophique à l'Université de
Gênes et Président Général du Club Alpino,
analyse les processus socio-économiques et les transformations ayant engendré à
l'âge moderne la crise de l'identité traditionnelle alpine ainsi que la
progressive marginalisation de cet espace géographique. La mondialisation a
impulsé des processus culturels allant du repliement identitaire jusqu'à la folklorisation, en passant par la résurgence des
localismes.
Tout au long des siècles
l'iconographie des Alpes a véhiculé une vision ambivalente de cet espace
physique et mythopoïétique qui s'est inscrite dans la dialectique
Nature/Culture : de l'image terrifiante des montes horribiles
forgée par les Romains et reprise jusqu'au XVIIe siècle à la vision romantique
du XIX' siècle, imprégnée de Sacré et d'Absolu.
Jadis les Alpes, souligne
l'auteur, ne constituaient pas une barrière mais un "pont" naturel
entre les peuples. Les Etats-Nations ont établi des frontières souvent
artificielles : l'espace alpin a été ainsi redessiné selon des logiques
politiques et ce en dépit des appartenances anthropologiques des populations.
De plus la doctrine du partage des eaux est moderne et, comme le rappelle
l'auteur, se réfère à Descartes et à la scansion géométrique de I'espace.
Tout au long du XIXe siècle, la
naissance et l'affirmation de I'alpinisme, héritier
de l'Âge des Lumières et de sa curiosité intellectuelle, ont ouvert l'espace
alpin aux naturalistes et aux scientifiques. Ce qui ne fut pas sans avoir des
retombées économiques. Dans la manière de se rapporter à la montagne, souligne
le professeur Salsa, se réalise pour l'homme la plénitude par une conjugaison
entre expérience empathique avec la Nature, relations sociales et quête de soi.
Ce qui, dans l'alpinisme, permet d'atteindre une expérience holiste.
Aujourd'hui dans notre planète
devenue un " village global " - où la dialectique centre - périphérie
a perdu de son sens- le réseau informatique donne à cette civilisation de l'hic
et nunc, de l'immédiateté et de l'éphémère le vertige de
l'omnipuissance. Quel avenir pour la civilisation alpine, écologique ante
litteram et héritière d'une tradition pluri-millénaire
? Comment une certaine image de la montagne créée par des citadins nourris
d'idéalisme romantique peut-elle composer avec le désenchantement du monde,
propre à l'ère contemporaine ? Comment restituer à l'espace alpin son rôle
authentique de " lieu anthropologique " ? De plus, la montagne serait-elle
devenue " un monde des vaincus "?
Dans la postmodernité, affranchis
des coordonnées spatio-temporelles, l'archaÏque et le
hypermoderne, l'hyperréel et le virtuel coexistent et
se télescopent. Pour sauver les Alpes il faut apprendre à négocier entre
tradition et modernité au travers d'un processus de " globalisation ",
voire d'une interaction raisonnée entre le global et le local.
Aujourd'hui le territoire des Alpes se configure comme un véritable laboratoire
pour réinventer un " lieu anthropologique " de sauvegarde d'une
diversité à la fois biologique et culturelle. Penser les Alpes, nous invite
l'Auteur, implique in primis de dépasser le
schème interprétatif binaire et obsolète qui oscille entre l'image de locus horridus infranchissable et mortifère et celle de haut
lieu idyllique de catharsis. La palingenèse de la société alpine nécessite une
hauteur de vision incarnée dans la concrétude de projets stratégiques
foncièrement ancrés dans la complexité du réel.
Giulia BOGLIOLO BRUNA
BARON-YELLÈS (Nacima) : " Atlas de l'Espagne. Une métamorphose
inachevée " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24
cm, 80 pages, 17 €
Cet Atlas de l'Espagne, que l'on
y consacre une lecture attentive ou un parcours rapide, procure le sentiment
d'une richesse documentaire extraordinaire. L'ouvrage est dense,
particulièrement dense, il apparaît comme un condensé de connaissances qui
intéressent presque tous les domaines de la géographie.
Ce sont les mutations, les
transformations et les évolutions contemporaines de l'Espagne qui constituent
le fil conducteur de cet ouvrage. Des évolutions réellement considérables qui
conduisent à la formation d'une nouvelle identité hispanique.
Mais que de contrastes ! Que de
métamorphoses !
La modernité en Espagne s'affirme
d'autant plus intense que cette nation ne sort de son isolement franquiste que
depuis 35 ans. Seulement 35 ans ! Un retard considérable était donc à combler
vis-à-vis de certains pays européens dont elle est géographiquement proche. Il
n'est pas étonnant que les mutations profondes d'ordre social, d'ordre
économique, d'ordre culturel, y soient d'autant plus rapides.
Les étapes qui accompagnent cette
modernité - ce qu'il convient de nommer "le miracle espagnol" - sont
intimement liées à l'adhésion de l'Espagne au Marché commun, à la Communauté
européenne, puis à l'actuelle Union européenne.
En parcourant cet atlas, on ne
compte plus les cartes, graphiques, diagrammes et plans qui le parsèment. C'est
de la belle géographie, de la vraie géographie. Ces illustrations mettent la
métamorphose en évidence, autant par le moteur démographique, que par les
multiples facettes de l'économie, les enjeux politiques, la crise de
l'urbanisme sauvage ou encore l'urbanisation galopante qui se développe sur le
littoral de la Costa del Sol.
Pour sortir de la crise, qu'elle
soit considérée au niveau national ou au niveau mondial, les Espagnols vont
devoir affronter des choix stratégiques constituant les uniques perspectives
d'intégrer l'État au concert des grandes puissances. Ces perspectives jalonnent
cet atlas, proposant des visions nuancées de ce qu'il convenait récemment
d'appeler le miracle espagnol.
Cet atlas n'évite pas les sujets
sensibles ou aigus, bien au contraire. Il aborde notamment un paragraphe
consacré à la guerre civile, à l'effacement de ses symboles et à la
localisation de ses victimes ; d'autres paragraphes évoquent les querelles
nationalistes, ou encore s'attèlent, dans un domaine moins sanguinaire mais
tout aussi conflictuel, à la guerre de l'eau douce. Et l'on constate que chaque
dossier présente une richesse documentaire considérable, tant dans le domaine
informatif liant des commentaires affinés à leurs représentations graphiques
que dans le domaine cartographique en affichant des objets documentés et
précis.
C'est à l'évidence le fruit d'un
travail considérable qui a engendré ce livre réjouissant.
Gérard JOLY
WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. - 22 auteurs) : " L'écosociété :
une société plus responsable est-elle possible ? " Éditions Ellipses,
Paris, 2010, 623 pages
Ce livre est un ouvrage collectif
à la manière anglo-saxonne de rassemblement de nombreuses contributions de
spécialistes d'une question.. Il a l'ambition louable d' appréhender les
nouvelles voies possibles qui s'ouvrent aux hommes pour entamer les mutations
nécessaires au changement climatique. C'est une réflexion géographique tous
azimuts, mais aussi pluridisciplinaire, sur un projet de société mieux
respectueuse de l'environnement L'ouvrage très copieux explore des solutions
possibles pour un développement plus durable en une trentaine de
chapitres. Il aborde tous les aspects de la démarche écologique très à
l'honneur actuellement. La question est traitée aussi bien à l'échelle mondiale
qu'à l'échelle locale.
L'originalité de cette somme
écologique réside dans le " projet écosociétal ",
dans une démarche avant tout globale, prenant en compte enjeux et acteurs à
l'échelle mondiale. Beaucoup des thèmes abordés ont déjà été traités ailleurs,
mais les auteurs professeurs et chercheurs universitaires ont un grand souci
didactique, car ce livre s'adresse d'abord aux étudiants, même s'il est très
pratique à utiliser et à exploiter par les enseignants, les aménageurs et les
hommes politiques responsables des choix environnementaux de notre
époque ; car ces travaux inédits sont une mine précieuse de renseignements
et de réflexions sur l'avenir d'une société tenant compte du changement
climatique rapide.
L'ouvrage commence par une
copieuse et intéressante introduction de Gabriel Wackermann
sur une réflexion sur écosociété et finalité
territoriale et l'approche de la notion d'écosociété
avec de nombreux encarts tirés de textes d'auteurs. La richesse des
orientations bibliographiques montre l'étendue de la difficulté de mettre en
place une écosociété.
L'ouvrage rassemble les rubriques
en quatre grandes parties :une problématique générale montrant une
indispensable démarche intégrée, l'importance de la géodiversité
des cultures et des systèmes, des institutions et des réglementations, mais
aussi les risques d'achoppement et les concepts de précaution et de
sécurisation : deux modèles de développement apparaissent possibles. La
seconde partie traite des rapports entre milieux physiques et finalités
sociétales :sont pris comme exemples les finalités écosociétales
de la biogéographie française, le " jardin créole " à
Fort de France, avec pour objectif de montrer ensuite que la terre et les sols
sont fondements primaires de l'écosociété, d'où une
approche " foncière environnementale ". Les problèmes
socio-économiques sont l'objet d'une importante et substantielle troisième
partie : les territoires urbains et les finalités écosociétales,
avec le déploiement inquiétant des fractures sociales, l'expansion
démographique accélérée et le respect des exigences écosociétales,
les nouveaux impératifs des aménagements urbanistiques avec les grands
concentrations de l'habitat et les pollutions accrues liées à cette croissance
des densités d'habitat et de transport, liés à un déploiement de la mobilité et
des fortes densités de transports. On constate une responsabilité sociale
accrue de l'économie mondiale et donc des perspectives nouvelles dans la
constitution d'une écosociété :doit-on réduire
la consommation des ménages, penser à un commerce plus équitable et développer
des circuits courts ; les oasis sont-ils des modèles d'écosociété
durable ? Comment passer de la transition économique dans les pays
ex-collectivistes à l'éco-développement ?Toutes
questions d'une brûlante actualité.
La quatrième partie rassemble des
interrogations sectorielles assez disparates à propos de la production des
biens et des services, du temps libre "support possible d'une
éco-société, la constitution du " village global " dans une
société de l'information et de la communication globales, le rôle de la mer et
des transports, comment revisiter le transport dans une optique écosociétale et quelle gestion de la responsabilité sociale
au sein des chaînes logistiques et du nouvel esprit marketing et
entrepreneurial enfin, l'ouvrage se conclut sur la notion et les possibilités
d' " écoquartiers "
Peut-être manque-t-il une synthèse des propositions d'écosociété ?
Toutes les multiples questions
abordées sont parfois quelque peu utopiques, mais elles méritent d'être posées
à une époque de changement planétaire global.
Bernard DÉZERT
SMITH (Stephen) : "
Voyage en postcolonie. Le Nouveau Monde
franco-africain " Éditions R. Grasset, Paris, 2010, 327 pages
Dans son dernier ouvrage, le
journaliste américain Stephen Smith déclare (p.22) : " J'ai
commencé à apprendre le français en Afrique ... en 1975 ", après
avoir traversé le Sahara en auto-stop. Il l'a appris vite et bien. Journaliste
à " Libération " puis au " Monde ",
il est devenu " Spécialiste de l'Afrique ". Ayant
acquis les subtilités de notre langue, il peut s'amuser du " français
domestiqué " revu et corrigé en Afrique : " une
leçon d'authenticité par temps de mondialisation ".
Les digressions historiques ou
politiques sont nombreuses dans cet ouvrage relatant un périple de trois mois
en 2009, qui, d'Abidjan, conduit l'auteur à Conakry, Dakar, Kayes, Bamako,
Yamoussoukro, mais aussi Douala, Yaoundé, Brazzaville jusqu'à la frontière
gabonaise. Là, bloqué à la suite du décès du président Bongo, il n'hésite pas à
profiter de son carnet d'adresses. Pourtant, il répète : " J'exècre
la Françafrique, le mot autant que la chose ",
ajoutant : " L'état franco-africain ... c'était la colonie de
vacances pour des coopérants occupés à faire du CFA ", comme
s'ils étaient tous venus pour cela ! N'est-il pas lui-même un passionné,
un " fou d'Afrique " ?
Pour son périple, il a voulu
n'emprunter que des moyens de transports en commun : avion, autocar,
taxi-brousse, moto-taxi, ce qui peut paraître
téméraire. Il n'a couvert en réalité que la moitié des " pays du
Champ " ; il est vrai qu'aujourd'hui, il ne fait pas bon
circuler dans certains (cf. " Les coupeurs de route "
de Saïbou Issa). En si peu de temps, les contacts
sont évidemment rapides : à Dakar, une soirée à l'Abreuvoir, à Conakry,
une interview de Baba-Kourouma à défaut d'une
audience du fantasque Dadis Camara, éphémère
président auto-proclamé, au Cameroun, une enquête sur
les derniers jours de Mongo Béti.
Stephen Smith a le sens de la
formule ; il en use jusqu'à rassembler sa pensée dans des raccourcis
faciles : " Le Sénégal importe la charité et exporte ses fils ".
Cela le conduit des inexactitudes : " Marchand tournant bride
face aux Anglais à Fachoda " ou à des erreurs : " Le
naufrage du Joala, la plus grande catastrophe
maritime de tous les temps qui fait 1800 victimes en 2002 ". Il y
en eut hélas bien d'autres, surtout durant la guerre (cf. 9 343 victimes
sur le W. Gustloff coulé le 30 janvier 1945 !).
La France n'aurait-elle légué à
l'Afrique que la baguette de pain, le PMU, sa langue et, en raison de l'explosion
démographique au sud du Sahara, un désir d'expatriation ? Tandis que les
Français faisaient apprendre aux Africains : " nos ancêtres
les Gaulois ", nous pourrons bientôt dire, si l'on en croit
l'auteur, " nos descendants les Bantous ".
Yves BOULVERT
LAMARQUE (Philippe) : "
Le Sénégal d'Antan. Le Sénégal à travers la carte postale ancienne "
Collection Olivier Bouze, HC éditions, 2009, 109 p.
La Collection d'Antan réunit des
albums de collections de cartes postales anciennes par pays ou région. Dans son
élogieuse préface, " le président de la République, maître
Abdoulaye Wade ", présente l'auteur né en Algérie comme
" Africain de naissance et de cœur ".
Certes l'ouvrage est agréable et
assez bien documenté sur la géographie, les ethnies, les anecdotes même si l'on
y décèle quelques erreurs. Le comptoir de Saint-Louis n'a pu être baptisé ainsi
en 1659 par Richelieu (décédé en 1642), mais plutôt par Mazarin (p.11). Podor
et non " Matam " est la ville la plus septentrionale
du Sénégal (p.31). Je doute fort que " les amateurs de faune
africaine apprécient les ... oryx " de Garembeul !
Les cartes postales - près de 350
- sont bien présentées mais pourquoi certaines sont-elles reproduites deux
fois ? Dans un ouvrage de ce type, une carte géographique de situation des
prises de vue serait souhaitable. Elle révèlerait que certaines ne sont pas
localisées et sont même des clichés pris hors du Sénégal : Mali, Dahomey,
Guinée (cf. p.102-103 : " Les environs de Ziguinchor ") !
Que vient faire au Sénégal un chef kikouyou du Kenya (p.32) ? Pour les
cartophiles, il est encore plus grave de ne pas préciser, voire d'occulter les
signatures du photographe et de son éditeur.
Pour un ouvrage de belle
présentation, ces erreurs et négligences sont vraiment regrettables.
Yves BOULVERT
DUNMORE (John) : "
L'épopée fatale. Le voyage de Surville 1769-1770
" n°16, Coll. Lettres du Pacifique, L'Harmattan, Paris, 2009, 129 pages, 1
carte, 6 illustrations
Surville est l'un de ces explorateurs malchanceux
qui ne rentrèrent pas à bon port et ne purent faire connaître leur part de
découvertes, demeurant de ce fait des " oubliés de
l'Histoire ".
Jean-François Marie de Surville naît le 18 janvier 1717, face à Lorient, à
Port-Louis, fief de la Compagnie des Indes. A peine âgé de dix ans, il embarque
sur l'un de ses vaisseaux. Il y fait une belle carrière d'" officier
bleu ", non noble, de la Marine marchande, au Bengale en 1740, en
Chine en 1743. Après avoir été retenu prisonnier par les Anglais de 1745 à 1748,
il se fixe à l'Ile-de-France (devenue Maurice) avant de se réengager pour la
malheureuse guerre de Sept ans.
La Compagnie des Indes
s'effondre. Pourtant Surville fait construire à
Nantes un navire de 700 tonneaux, 26 canons, le " Saint-Jean-Baptiste ",
et le 3 juin 1767, il fait à nouveau voile pour l'Ile-de-France, puis les
Indes. Les gouverneurs et négociants des comptoirs de Pondichéry et
Chandernagor, désormais étranglé par Calcutta, cherchaient de nouveaux
débouchés, après la perte des Indes. Ils entendirent parler d'îles
merveilleuses dans le Pacifique sud : Tahiti et Terre de Davis (ou de David)
abritant, croyait-on, une colonie juive et décident de s'associer en un
syndicat commercial pour y envoyer le " Saint-Jean-Baptiste ".
Surville embarque donc depuis Chandernagor début
mars 1769 et, après escale à Yanaon, cingle vers le détroit de Malacca, puis
les îles de Poulo Condor (au large de Saïgon), avant de contourner les Philippines par le nord. A
l'escale des îles Batan ou Bashi,
trois déserteurs s'enfuient. Surville les remplace en
emmenant de force trois indigènes. Il faut rappeler qu'à cette époque le
recrutement quasi forcé de soldats ou de matelots n'était souvent qu'un
" kidnapping " déguisé.
Après l'entrée dans le Pacifique
et l'équateur franchi le 22 septembre 1769, le scorbut se déclare à bord ;
c'était, à côté de l'imprécision des longitudes, le grand fléau des voyages au
long cours. J. Dunmore rappelle que le " traité
du scorbut " de Lind paru en 1753 fut
traduit en français dès 1756. Il recommandait les agrumes et la bière ; Cook
l'adopta. Il ne fut vulgarisé qu'en 1795 dans la marine anglaise et plus tard
encore, dans la marine française!
En octobre, l'aiguade
indispensable dans une des îles Salomon : Gagi,
baptisé Port Praslin, se passe mal : 250 guerriers
mélanésiens les agressent, un sergent est tué. Un jeune garçon est enlevé pour
les guider " vers une bonne source d'eau ". Adopté,
Lova Sérégua parvint en France mais il ne fut pas
présenté à la cour comme le Tahitien de Bougainville en 1769. Avant de quitter
la baie, Surville prit possession de celle-ci au nom
du Roi.
Surville longe les autres îles Salomon mais ne
peut entrer en relations pacifiques avec leurs habitants pour se ravitailler.
Le 12 décembre, il parvient en vue de la Nouvelle-Zélande, dont il contourne la
pointe septentrionale (cap Reinga), croisant sans le
savoir, Cook qui en achève alors le tour! La cap Karikai
dépassé, Surville pénètre le 17 dans " Doubtless Bay "
où Cook n'avait pas débarqué. Les Maoris offrent du poisson mais leur danse
d'accueil, le " haka ",
surprend les Français, plus que le frottement mutuel du nez qui correspond à
l'échange du souffle c'est-à-dire de l'âme! Surville
pense à demander l'autorisation de ramasser du bois de feu, car il ne veut pas
toucher à des arbres ou à des sites sacrés. Faute de cette précaution, le
navigateur français qui lui succèdera en 1772, Marion Dufresne y perdra la vie.
Malheureusement, cette première
escale française en Nouvelle-Zélande fut gâtée le 30 par le vol d'une yole.
Irrité, Surville se venge en mettant le feu à
quelques cabanes de pêche et en capturant un jeune homme " avec
l'intention de le ramener en France comme exemple de l'art maori "!
Ne voulant pas revenir par
l'ouest et les calmes équatoriaux, l'expédition de Surville
se poursuit vers l'est à la recherche de la riche terre australe toujours
espérée. Oscillant entre 34 et 40° sud, le trajet fut le premier accompli
d'ouest en est à ces latitudes basses. On peut parler " d'anti-découvertes "
: aucun continent ou île importante n'existe à ces niveaux, Cook n'y avait fait
qu'une incursion. En été austral, il ne fait pas froid et les vents sont
portants, mais l'océan est vide et la " pêche toujours difficile
quand un navire est en marche ". Dès le 6 mars 1770, " disette
d'eau, de bois de feu, de vivres et les maladies qui recommencent à gagner
l'équipage ... nous ne pouvions nous amuser plus longtemps à chercher les
terres de David " écrit Surville . Son
second, Labé, ajoute : " Je n'ai plus que six matelots sur le
gaillard d'arrière et douze pour les manœuvres de devant ". Les
décès se succèdent dont le Maori Ranginui.
Le 8 avril, mouillé au large du
village de Chilca à quelque 500 kilomètres au sud de
Lima, Surville en grande tenue descend dans un canot
avec deux marins pour demander du secours à terre. Hélas, pris par une lame, le
canot chavire, les trois hommes sont noyés. Labé peut regagner Callao, port de
Lima, où le " Saint-Jean-Baptiste " sera bloqué plus
de deux ans avant d'obtenir - depuis Madrid - l'autorisation de rentrer en
France. Labé ne put appareiller de Callao que le 7 avril 1773, trois ans après
le désastreuse arrivée à Chilca ; il atteignit enfin
Port-Louis le 20 août. Cette circumnavigation avait coûté la vie à 79 des 175
hommes qui avaient embarqué en Inde, en plus des 28 déserteurs, fatigués
d'attendre au Pérou! D'un point de vue financier, l'expédition fut un désastre
pour ses armateurs.
Surville avait eu " la malchance de
poursuivre une chimère qui ... hantait les navigateurs et les cartographes ".
J. Dunmore souligne que " son voyage fut
le complément de celui de Cook, un exploit qui pendant longtemps ne fut pas
reconnu ". Les journaux de bord de Surville
de ses officiers, toujours conservés aux Archives de la Marine à Vincennes,
permirent au géographe J.N. Buache de Neuville de
recouper les données espagnoles éparses et de publier en 1782 un " Mémoire
sur l'existence et la position des îles Salomon " ! L'étude de
Fleurieu " Découverte des Français en 1768 et 1769 dans le Sud-Est de la Nouvelle-Guinée " parue en
1790, ne laissant plus aucun doute. Tel fut le destin de Surville
: " redécouvrir une terre dont beaucoup pensaient qu'elle
n'existait pas, tandis qu'il en recherchait une autre qui n'existait
pas " elle-même.
On peut remercier J. Dunmore d'avoir su utiliser les découvertes
bibliographiques tant anglaises que françaises et d'avoir fait revivre la
mémoire de Surville pour un public anglophone : son
ouvrage reçut le " Best book prize en
Nouvelle-Zélande ". Regrettons seulement qu'une relecture n'ait
pas été effectuée par l'éditeur pour quelques coquilles et termes inappropriés.
Yves BOULVERT
N'DIAYE (Tidiane)
: " Le génocide volé, enquête historique " Coll. Continents noirs NRF
Gallimard, 2008, 253 pages, 15 ill.
L'anthropologue et économiste Tidiane N'Diaye est présenté par
son éditeur comme " l'un des grands spécialistes des civilisations
négro-africaines et de leurs diasporas ", sans que son origine -
probablement sénégalaise - ne soit précisée. Tout comme l'Algérien Malek Chebel dans son ouvrage : " L'esclave en Terre
d'Islam " (2007), Tidiane N'Diaye s'attaque au tabou de la traite orientale, beaucoup
moins connue que la traite occidentale sur laquelle d'accablants documents
écrits et chiffrés ne manquent pas et qui en outre concerne directement
l'Occident. En 2001, la France finit par reconnaître la traite et l'esclavage
comme " crimes contre l'humanité ", après les
excuses du président Clinton et la demande de pardon du pape Jean-Paul II en
1991. Les peuples arabo-musulmans sont encore loin de telles repentances comme
l'a montré la conférence de Durban en 2001.
Selon l'auteur, " avant
l'arrivée des Arabes, le système d'asservissement préexistant en Afrique
subsaharienne ... était plutôt du servage ... ". Tidiane N'Diaye précise :
" La traite négrière arabo-musulmane a commencé lorsque l'émir ...
Abdallah a imposé aux Soudanais un bakht (accord),
conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves
...Ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter
officiellement au début du XXème siècle " (soit onze siècles
contre quatre pour la traite atlantique). " Les Arabes ... eurent
recours à des arguments à la fois racistes et religieux pour justifier
l'esclavage des Noirs même convertis ... Chez les Arabes, bien des écrits
témoignent de leur solide mépris envers les peuples des Bilad
as-Sudan( le pays des Noirs) ".
Outre Zanzibar, les Arabes furent
les premiers à découvrir Madagascar. Les guerres s'accompagnèrent de multiples
razzias, villages après villages. Un auteur centrafricain E. Goyémidé a réussi l'exploit de relater l'une d'elles (Le
dernier survivant de la caravane, 1985) sans jamais évoquer Arabes ou Islam !
Hommes et vieillards étaient exterminés; les femmes jeunes et les enfants
étaient emmenés en caravanes. Ceux de l'Est africain étaient emmenés vers le
Nil, la côte de la Mer Rouge ou de l'Océan Indien. Ceux razziés par les
royaumes esclavagistes de la bordure saharienne étaient entraînés vers les marchés
d'esclaves de Marrakech, Alger, Tunis, Ghadamès, Tripoli jusqu'au Caire dans
des conditions éprouvantes relatées dès 1827 dans le récit vécu de René
Caillié. Les témoignages des explorateurs ou des consuls sont multiples à ce
sujet; le plus marquant est celui d'un Africain, le lettré tunisien musulman,
le Cheykh M. El-Tounsy dans
ses " Voyages au Darfour " (1845) et " au
Ouaddaï " (1851).
Tidiane N'Diaye
souligne " que l'Islam partageait des valeurs et comportements
communs aux Africains : fécondité, famille, suprématie masculine, mariages
précoces et polygamie ". Selon un érudit, " L'Islam
doit sa rapide diffusion à la clarté de ses dogmes, à la facilité de ses
préceptes et à l'équité de ses lois ", contrairement au
christianisme associé " à la colonisation et à l'Occident ".
L'Islam ayant rapidement autorisé la réduction en esclavage de qui n'est pas
musulman, " les Arabes ont islamisé et influencé de nombreux
empires ... du Bornou à l'Abyssinie en passant par le Darfour, le Wadaï, le Sokoto et le Wassoulou
... ". L'arrivée des Arabes fut " le prélude d'une
éclipse totale " de civilisations pré-existantes
(cf. Nok, Ife, Yorubas ... ). Pour des motifs bien différents les uns des
autres, il y eut une " résistance africaine "; à
l'inverse, " plus répugnants, les monarques dahoméens animistes
entrèrent en collaboration avec les Arabes musulmans, puis avec les négriers
européens ... ".
T. N'Diaye
s'étend sur " la bestialisation, les
razzias et chasses à l'homme ", y compris la révolte soudanaise
du " mystique et illuminé Mahdi ... Ces Arabes commettaient les
pires crimes en Afrique mais pensaient qu'ils n'en restaient pas moins fidèles
aux principes de l'Islam ... avec leurs traditions religieuses qui, à leurs
yeux, étaient plus fortes que toutes les lois de la terre ".
C'est ce qui se passe encore aujourd'hui au Sud Soudan et au Darfour!
Après avoir traité des
" Noirs dans le système esclavagiste arabo-musulman ",
T. N'Diaye détaille " l'extinction
ethnique programmée par castration massive ". Une bonne partie
des " enfants nés de ces relations (Arabes et " femmes-objets "
noires) étaient en général victimes d'infanticides ou d'avortements.
" Ainsi seule une minorité a pu laisser une descendance dans le
monde arabo-musulman ".
L'auteur conclut: " Aucune
amnésie sélective ne devrait réussir indéfiniment à voiler des événements
avérés ". La thèse est forte et devrait avoir plus de poids venant
d'un Africain que d'un Européen toujours suspecté de néo-colonialisme. L'on
peut regretter un certain manque de rigueur de l'auteur qui, dans sa
bibliographie - trop sommaire - cite de multiples témoignages d'auteurs -
connus ou non - avec des références insuffisantes (noms, titres, dates ...). En
outre, il est dommage que les citations mélangent les transcriptions anglo-saxonnes
(cf. p. 199, Warghla) et françaises (p,168, Ouargla)!
Cet ouvrage interpelle et mérite
des réactions.
Yves BOULVERT
SEYER (Claude) : " Nancy
aérienne " Préface de Jean-Claude Bonnefont,
Gérard Louis Éditeur à Haroué (54740), 2008, format
22,5 x 29 cm
Les photographies aériennes
réalisées par deux géographes Bruno Valentin et Julien Pannetier
mettent en évidence le damier des toits rouges ou gris avec les alignements
verts ou ocres des espaces verts et des rangées d'arbres dans la cité ducale.
L'auteur Claude Seyer, également géographe, démontre
combien la géométrie des rues différencie chaque quartier ; leurs limites
apparaissent incroyablement tranchées. Pourtant, ces effets photographiques ne
sont pas aussi aisément observables par le piéton ou par l'automobiliste qui
franchit différents quartiers. L'architecture a modelé la ville dans sa
diversité ; elle suit l'évolution constante de certains quartiers, elle offre
aussi une apothéose dans la disposition de la prestigieuse place Stanislas.
Le nouveau Nancy a véritablement
commencé avec l'afflux des Alsaciens-Lorrains après les annexions allemandes de
1871 - la population de 50 000 habitants passera à 120 000 à la veille de la
Grande Guerre. Il se poursuit encore aujourd'hui, accompagné par des projets
urbains destinés à relever d'importants défis, certains d'ordre social,
d'autres à caractères industriels. L'architecture, à l'intérieur de l'ancienne
enceinte fortifiée, ou dans les premiers faubourgs de la ville, ou dans ses
tentacules récentes, reflète l'histoire urbaine de la ville de Nancy.
Gérard JOLY
ORSENNA (Erik) : "
L'Avenir de l'eau. Petit précis de mondialisation - II " Fayard, Le Livre
de Poche, 2010, 470 pages
Après un premier essai sur la
mondialisation consacrée aux chemins du coton, l'Académicien Erik Orsenna,
écrivain prolixe, s'attaque à la diversité des problèmes liés à l'avenir de
l'eau. Doué d'un remarquable don de conteur, il y relate un périple de deux
années d'une extrémité du globe à l'autre. En position d'observateur privilégié
grâce à son prestige d'Académicien et aux " bons papiers
diplomatiques " (p.284), il rencontre des situations très
contrastées, enquêtant auprès de praticiens très divers, des paysans aux
techniciens et chercheurs jusqu'à de hautes personnalités.
A côté de pays noyés sous la
pluie ou les inondations, comme le Bangladesh, d'autres, en proie à la
sécheresse, utilisent des solutions extrêmes. " Le Guide de la
Révolution libyenne " accélère les travaux de la
" Great Man-made River " pompant dans les nappes
fossiles, non renouvelées, aux dépens des oasis, comme on le voit à Ghadamès
par exemple. L'Australie qui manque d'eau, exporte son bétail ; l'auteur
rappelle que la production d'un kilo de bœuf nécessite un volume d'eau de
13 500 litres ! Dans ce même pays, l'exploitation d'une mine a imposé
de construire une usine de dessalement à plus de 300 kilomètres du site !
A l'eau de pluie, à celle provenant du dessalement et à celle achetée en
Malaisie, la ville-état surpeuplée de Singapour doit ajouter l'eau retraitée à
partir de ses eaux usées.
L'auteur reconnaît avoir modifié
sa perception des barrages, si décriés depuis peu dans nos pays qui n'en
ressentent plus le besoin. Pourtant il ne fait pas ressortir les énormes
potentialités inexploitées dans le bassin du Congo notamment. Il est vrai que
la géopolitique s'en mêle : aux problèmes cités du bassin du Nil et du
Jourdain, s'ajoutent ceux, au moins aussi graves, de l'Euphrate et du Tigre.
L'auteur en est conscient, intitulant un paragraphe : " Le
bel avenir des guerres de l'eau ", mais il n'insiste pas.
Cette interrogation nous paraît
cruciale au XXIème siècle, de même que celle du développement anarchique des
mégalopoles du Tiers-Monde : " Si le nombre des citadins
double sans que progresse l'assainissement, dans quels cloaques géants
vivront-ils ? ". Curieusement, Erik Orsenna conclut :
" Où allons-nous développer l'agriculture capable de nourrir neuf
milliards d'êtres humains ? La crise globale de l'eau n'aura pas lieu. La
crise de la terre commence ... " Tournant la page, l'auteur
annoncerait-il son prochain ouvrage ?
Yves BOULVERT
BONNET (Jacques), BROGGIO
(Cécile) : " Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions
Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie
Les auteurs sont des spécialistes
de géographie urbaine, industrielle et d'aménagement du Territoire de
l'Université de Lyon. Ils ont obtenu la collaboration de Nicolas Millet,
Directeur de l'aménagement du territoire à la Chambre de commerce de Lyon. L'ouvrage
s'attache remarquablement à démontrer à l'aide de nombreux exemples historiques
et actuels que le développement ne se produit que dans et par les territoires.
Même dans la mondialisation économique, il y a une dimension spatiale forte,
d'abord liée à la localisation et à la distribution inégale des ressources
naturelles, mais aussi aux effets de proximité, aux contraintes de la distance
et des obstacles ou avantages physiques, liés à la circulation et aux échanges,
facteur fondamental à notre époque de mondialisation financière et économique.
Du reste, la notion de territoire d'entreprise suppose que s'établisse une
concordance selon les espaces, entre des faits à la fois d'ordre économique,
politique et social. Ainsi, en un demi-siècle, les Pays anciennement
industrialisés sont rapidement passés d'une économie de production industrielle
à une économie à base de services. En outre, la sophistication des entreprises
s'est singulièrement compliquée, notamment avec le rôle contraignant pour le
choix ou le maintien des sites de la protection de l'environnement naturel,
selon les principes du développement durable.
Ce manuel au texte dense est
solidement illustré, avec de nombreux schémas et encadrés pour expliciter des
exemples souvent très judicieux ou des extraits d'ouvrages en rapport. Il
procède d'une profonde réflexion, à la fois économique et géographique
rigoureuse. Ainsi, les auteurs ont divisé leur ouvrage logiquement en trois
parties : d'abord, la dimension historique : l'évolution profonde du rapport
entreprises/territoires, ensuite, la dimension territoriale des entreprises,
avec étude originale de la géographie du financement des entreprises, l'analyse
des logiques locales de l'innovation et l'ancrage territorial des gains de
productivité ; enfin, les rapports entre l'efficacité économique et
l'efficience territoriale, partie qui est l'apport essentiel de ce livre à la
connaissance des nouvelles gouvernances d'entreprise : échelles de relations
des entreprises, réflexions pertinentes sur la mobilité des facteurs de
production en Europe, des entreprises et des personnels ; " flexisécurité " et principe du pays d'origine. J'ai
beaucoup apprécié le dernier chapitre très instructif sur le nouveau "
management territorial ",à savoir, le rôle de l'acteur-territoire et de
l'acteur-entreprise, où l'aspect sociologique de la question apparaît avec la
grande responsabilité sociale des territoires et des entreprises. Aussi, le
management des entreprises est-il de ^plus en plus compatible avec celui des
territoires et de leur zone de rayonnement, d'où les nouveaux enjeux de la
décentralisation et de la mobilité des entreprises, dans la relation
entreprises/territoires. Les auteurs concluent sur l'idée que l'efficience
territoriale est mesurée par la capacité d'évolution des entreprises, de
transformation constante des organisations et du rôle de soutien des pouvoirs
publics, sujet pleinement d'actualité !
Bernard DÉZERT
BATAILLON (Claude) : "
Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009,
226 pages.
Claude Bataillon nous livre un
bien intéressant ouvrage sur le parcours de six géographes français nés dans
les années 1930. Tous ont marqué des générations d'étudiants et influencé la
manière de penser la géographie : Roger Brunet, Paul Claval,
Olivier Dollfus, François Durand-Dastès,
Armand Frémont et Fernand Verger. L'ouvrage s'articule en deux parties, la
première s'intéresse au " récit ", c'est-à-dire à leur formation,
leur carrière et leur production scientifique, la seconde aux " autobiographies
et choix de textes personnels ". Bien que l'ouvrage soit d'un
incontestable apport pour la connaissance de l'histoire de la géographie
française sur cette période, il faut d'emblée souligner l'accès parfois
technique et ardu du propos qui en fait une étude réservée aux plus intéressés.
L'approche thématique ne semble écarter aucun aspect fondamental de la vie de
ces géographes ayant marqué leur époque. Toutefois, le lecteur peine souvent à
prendre du recul sur la destinée des uns et des autres dans l'évolution globale
de la géographie française. En particulier, la mise en relation de ces six
destins différents n'apparaît pas évidente. On s'interroge souvent sur le fil
directeur qui pourrait caractériser cette génération 1930 de géographes français.
La réponse est donnée à la dernière page de la conclusion (p. 209). Vers 1982,
la revue L'Espace géographique les unit après des formations et des parcours
divers, et parfois opposés, au sein de la géographie et de l'institution
universitaire. Mais ce réseau de relations reste provisoire puisque Frémont et Claval, qui fonde la revue Géographie et culture, s'en
éloignent alors que Brunet, Dollfus et Durand-Dastès s'investissent dans la Géographie universelle Reclus
qui aura connu son plus fort rayonnement dans les années 1990. Tous auront
fondé des supports institutionnels qui en font, parmi d'autres, des grandes
figures de la géographie de la fin du XXe siècle.
Philippe BOULANGER
BAILONI (Mark) et PAPIN
(Delphine) : " Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis
d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde,
2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €
Très illustré, cet atlas offre un
panorama intéressant de différents défis géopolitiques qui se présentent
aujourd'hui au Royaume-Uni. Ses auteurs s'appliquent à mettre en évidence les
identités nationales qui le composent, rapportant leurs évolutions historiques
et leurs disparités actuelles, lesquelles se manifestent notamment dans le
clivage électoral et les particularismes culturels.
Cet atlas développe des
paragraphes différenciés pour l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et
l'Irlande du Nord. On y retrouve également la composition du Commonwealth,
aspect d'autant plus intéressant que certains territoires - héritages de
l'Empire britannique - présentent aujourd'hui encore des positions
stratégiques, tant dans le domaine économique que dans le domaine militaire. On
ne s'étonnera pas que plusieurs chapitres soient consacrés à l'Europe, aux
rapports parfois difficiles qu'entretiennent les Anglais avec l'Union, à
l'économie européenne et donc aux stratégies adoptées par les Britanniques pour
innover quand les investisseurs indiens rachètent ses fleurons industriels.
En effet, l'accent est mis sur
les innovations, celles qui sont destinées à rétablir la puissance mondiale du
Royaume-Uni dans plusieurs domaines, profitant encore de la suprématie
linguistique qui demeure.
C'est probablement dans ce
contexte que la ville de Londres a opté pour l'organisation des Jeux olympiques
en 2012. Un choix qui n'est peut-être pas des plus judicieux.
Gérard JOLY
RADVANYI (Jean) et
BEROUTCHACHVILI (Nicolas) : " Atlas géopolitique du Caucase " Paris,
Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €
Le Caucase est à plusieurs titres
une région de paradoxes, d'abord sur le plan de sa géographie physique mais
pareillement sur celui de ses différentes populations avec tout ce qui les
accompagne : cultures, religions et prétentions nationales.
La multiplicité des territoires,
l'enchevêtrement des républiques autonomes sont sources de tensions
sous-jacentes quand ils n'ont pas déjà déclenché des conflits.
L'atlas réalisé par Radvanyi et le collègue géorgien décédé en 2006, restitue
le contexte historique de cette région entre mer Noire et mer Caspienne, et
rappelle les choix adoptés par le régime communiste de l'URSS ainsi que les
éclatements qui ont suivi le démantèlement de la dictature.
Les auteurs réalisent un
véritable tour de force en mettant en évidence les imbrications linguistiques,
ethniques et religieuses avec les rivalités et les massacres que toutes les
religions suscitent par leur prosélytisme. Dans ce contexte, on ne s'étonnera
pas que les questions de géopolitique soient le fil conducteur de chaque paragraphe
de cet atlas et les accompagnent de multiples cartes affichant avec une grande
précision les positions tenues et les mouvements effectués.
Quelques pages de l'atlas sont
réservées aux capitales : Bakou, Erevan, Tbilissi et aussi à Sotchi, ville choisie
pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 2014.
Plusieurs des conflits du Caucase
sont abordés mais le lecteur constatera qu'ils le sont sous un éclairage
orienté - systématiquement critique à l'égard de Moscou - favorable à certaines
rebellions ou mouvements terroristes.
Gérard JOLY
IGAH (Emmanuel) : " Nigeria handbook. All you want to know about
Nigeria " 2009, Federal Ministry of Information and Communications, Abuja,
Nigeria, 272 pages
Notre confrère Emmanuel IGAH
présente "avec le soutien de la Société de Géographie", un
guide-répertoire du Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique (plus de 140
millions d'habitants) et donc essentiel à ce continent. C'est le travail d'un
collectif d'auteurs spécialisés dont il fallait rassembler et coordonner les
apports. Tel qu'il est, cet ouvrage, agréablement illustré de nombreuses
photographies et de cartes infographiques en couleurs (parfois difficiles à
déchiffrer, telle la carte géologique), rassemble de nombreuses données
statistiques dont plus de 40 diagrammes et tableaux.
Après un rappel de l'histoire et
de la géographie physique de ce grand pays, les contributeurs présentent le
Nigeria dans sa diversité ethnique, linguistique et religieuse. Les rivalités
entre chrétiens et musulmans sont signalées ; on pourrait préciser qu'elles
peuvent s'ajouter aux oppositions fréquentes en Afrique entre agriculteurs et
éleveurs. Les divers secteurs d'activité économique sont présentés sans que
l'on insiste sur le développement du secteur pétrolier au détriment de l'agriculture
; on ne mentionne pas non plus le problème géopolitique de la répartition de ce
pactole entre les divers états de ce pays fédéral, ni les problèmes de
pollution du delta du Niger. Ce n'est pas, il faut le reconnaître, le propos de
cet ouvrage.
La diversité des secteurs est
bien traitée, y compris banques, assurances, bourse des valeurs, mais aussi
constructions, approvisionnement en eau, santé, sports, culture - inclus le
phénomène cinématographique " Nollywood ",
médias. Cet ouvrage s'adresse à tous les visiteurs qu'ils soient hommes
d'affaires, investisseurs ou simples touristes. Pour ces derniers sont
présentés les principaux sites naturels, attractions culturelles et musées,
sans que soit évoqué le problème de la sécurité.
On comprend que ce guide soit une
mine de renseignements, de statistiques, d'adresses - e mails compris - fort
utiles. Il ne faut pas oublier qu'il résulte du partenariat Public-Privé. Il ne
s'agit pas là d'une étude critique mais d'une présentation officielle et
documentée du Nigeria.
Yves BOULVERT
SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.) : " Elisée Reclus. Natura
e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori,
2007, 296 pages.
Les 12 et 13 octobre 2005, à la
Faculté de Sciences de la Formation de l'Université de Milano-Bicocca, a eu lieu le Congrès International " Elisée
Reclus : nature et éducation " dont les actes sont publiés dans le volume
ici présenté.
Avec ce Congrès, les géographes
italiens ont ainsi voulu d'une part apporter leur contribution au débat en
cours sur le grand géographe français pour le centenaire de sa mort, et de
l'autre saisir l'occasion pour rappeler dans leur pays l'attention sur toute
l'œuvre du grand géographe et activiste politique français, jusqu'à maintenant
insuffisamment prise en considération si l'on excepte la fin des Années
soixante quand, grâce à la diffusion de la revue " Hérodote " et à
son édition italienne, il fut redécouvert et, pour un bref moment, étudié et
analysé.
La rencontre a voulu prendre en
considération surtout deux aspects de l'énorme et très riche production
scientifique de Reclus (1830-1905), la nature et l'éducation, aussi bien pour
les intérêts de l'organisatrice que parce qu'ils sont strictement liés entre
eux et aux autres différents thèmes de ce prolifique auteur.
Les travaux sont donc partis
d'une définition diligente de l'idée reclusienne de
nature, car cela est une opération fondamentale non seulement pour comprendre
les études géographiques physiques de Reclus, mais aussi pour aborder
correctement ses thèmes géographiques humains. Dans un moment historique où le
déterminisme est le paradigme prédominant, Reclus s'y oppose de façon
catégorique, en proposant une vision pas du tout statique ou fétichiste de la
nature et de son rapport avec l'Humanité (Philippe Pelletier). Sur la base de
ce préliminaire, les participants ont donc aussi analysé l'importance qu'une
telle idée de nature prend dans la pensée anarchique de Reclus (Ronald Creagh), surtout en ce qui concerne le colonialisme
(Vincenzo Guarrasi). D'autre part, la formation typique
du XIXème siècle sur les idées de Reclus est apparue très évidente dans
d'autres domaines : peut-être quelques collègues français seront-ils étonnés
qu'il ait été défini comme un géographe " allemand " ou plutôt le
" dernier des Erdkunder ", puisque ce qui
le rapproche de C. Ritter est beaucoup plus important que ce qu'il l'en éloigne
(Franco Farinelli), ou bien qu'il ait été rapproché d'un autre allemand, K.
Marx, avec lequel il avait partagé l'ostracisme du monde géographique
académique, et non seulement de son époque (Massimo Quaini).
En tout cas, l'actualité de la
pensée de Reclus est encore aujourd'hui extraordinaire. Par exemple, l'idée
d'environnement qui devient paysage culturel (Giuseppe Campione)
et la conception anthropologique selon laquelle l'homme n'est pas le cancer de
la planète (Raffaele Mantegazza);
l'approche anthropocentrique dans l'étude des " catastrophes "
(Stefano Malatesta) et les réflexions sur le rôle pervers de l'interaction
entre les principales formes de pouvoir (John P. Clark) ; la proposition d'une
école où les enfants deviennent les protagonistes absolus (Francesco Codello), d'un nouveau plan d'études géographiques
universitaires (Teresa Vicente Mosquete) approfondi
surtout du point de vue de la géographie politique (Fabrizio Eva) et d'une
éducation permanente des adultes qui le rapproche de A. Ghisleri
(Emanuela Casti).
Du Congrès en question il en est
ressorti que même les textes les plus didactiques de Reclus peuvent être
aujourd'hui d'utiles instruments de vulgarisation scientifique, comme le
démontre la traduction italienne de l'Histoire d'un ruisseau de 1869 (chez
Eleuthera, 2005) et celle de l'Histoire d'une montagne de 1880 (chez Tararà, 2008). Ces deux livres peuvent sans doute pousser
aussi bien l'écolier (Enrico Squarcina) que le
lecteur adulte, à la redécouverte d'une géographie où tous les sens participent
à l'expérience (Marcella Schmidt di Friedberg) et où
le sentiment, le rêve et les images trouvent aussi leur place (Claude Raffestin). Le volume ici présenté, qui reporte les
interventions en langue originale et en traduction italienne, a donc apporté
une grande contribution à la redécouverte en Italie d'un géographe que beaucoup
citent mais que peu, jusqu'à présent, avaient lu et approfondi d'une façon
adéquate.
Lorenzo BAGNOLI (Università di Milano-Bicocca, Italie)
PETRELLA (Marco) : " La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d'Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages.
L'ouvrage de Marco Petrella, rédigé à partir de sa thèse de doctorat, apporte
une pierre significative à la connaissance de l'histoire de la cartographie de
la Bourgogne encore pauvre en contributions scientifiques.
Le livre repose sur l'étude de la
cartographie imprimée de la Bourgogne au XVIIème et XVIIIème siècle, mais l'analyse
est centrée sur la question de la formation du territoire provincial et son
intégration dans l'État français.
Après une mise au point
méthodologique, l'auteur s'attache à réfléchir à la production centrale,
distincte de la locale, expression des élites provinciales. Tous les deux
jouent un rôle décisif dans l'organisation territoriale et la construction d'un
royaume unitaire centralisé.
En effet, il est hors de doute
que la carte géographique ne constitue pas une représentation fidèle d'un
territoire, mais plutôt un élément qui la précède.
Du début à la fin de l'étude,
tout est référencé et discuté sur la base d'une documentation ample. L'ouvrage
inclut de nombreuses illustrations qui enrichissent les argumentations et
donnent une idée de la séduisante province française si riche en histoire et
culture.
Giuliana ANDREOTTI
GAY (Jean-Christophe) : "
Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136
pages, 23,50 €
Cet ouvrage sur les tourismes en
outre-mer présente un planisphère sur lequel sont énumérés toutes les
possessions françaises actuelles. L'auteur rappelle que le tourisme a pris son
essor au temps des colonies et qu'au cours de son développement, il va s'avérer
parfois lié à des catastrophes naturelles.
L'accessibilité est bien entendu
un facteur primordial : - une ligne de navigation qui se crée ou, à l'inverse,
qui cesse son activité - un nouvel aéroport - l'arrivée des avions longs
courriers - autant d'exemples qui ont été ou sont encore de nature à
bouleverser les activités touristiques locales.
Mais c'est essentiellement le
rôle de l'administration de l'État qui va favoriser l'essor touristique vers
les DOM-TOM à partir de 1986. Ceci est illustré par de nombreux tableaux,
graphiques et cartes présentant les évolutions des 20 ou 50 dernières années,
ses contrastes avec les commentaires explicatifs. L'ouvrage est aussi agrémenté
d'une série de 32 très jolies photographies en couleurs.
Les crises hôtelières, les
sur-rémunérations de certaines personnes, les grèves paralysantes et les
disparités économiques locales nuisent gravement à certaines destinations par
rapport à leurs pays environnants. De même que l'attitude de la société locale
pouvant aller de l'enthousiasme à l'hostilité.
Gérard JOLY
DION (Roger) : " Histoire
de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS
Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 €
Voici enfin réédité le chef-d'oeuvre de Roger Dion, qui a révolutionné l'approche
traditionnelle de l'histoire et de la géographie viticoles.
Non, la qualité des vins de
France ne tient pas seulement à celle des terroirs, ni à celle des cépages.
Elle dépend surtout de la position géographique des vignobles par rapport aux
marchés, des goûts et des attentes des clients. Les crus classés de Bordeaux ?
Ils doivent leur richesse à la stratégie commerciale des Anglais, qui ont
cherché dès le Moyen Âge des produits de qualité pour un marché formé de
princes et de négociants. Les grandes appellations de Bourgogne? Elles
s'expliquent par les exigences de la cour des ducs de Bourgogne à Dijon. Le nez
frais et ouvert des Côtes-du-Rhône septentrionales,
dominé par de subtiles notes épicées? Il doit son originalité aux attentes de
la bourgeoisie lyonnaise. Le succès du Champagne? Il résulte d'une invention anglaise
qui a connu une grande vogue dans la haute société britannique et française. À
l'inverse, le Languedoc a mis du temps à produire des vins de qualité car la
région a connu des difficultés à l'export: ses péniches qui descendaient le
Canal du Midi étaient bloquées avant Bordeaux...
Pour Roger Dion, le terroir est
un "fait social et non géologique", une construction historique avant
toute chose. Une ode amoureuse aux terroirs des vins de France et aux hommes
qui les façonnèrent. La référence inégalée pour comprendre la grande aventure
des vignobles et du vin français.
Roger Dion (1896-1981) a enseigné
la géographie historique au Collège de France de 1948 à 1968. Il est l'un des
plus grands géographes français du XXe siècle.
Librairie La GéoGraphie
PALAU (François et Maguy) : " Le rail en France au Second Empire
(1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages
Ce 3ème volume de 240 pages de
format 21x30, abondamment illustré, n'est comme les 2 premiers qu'une simple
nomenclature, mais combien précieuse ! Tous les 163 tronçons de voies de chemin
de fer construits en France sous le Second Empire y sont répertoriés avec leur
date précise de mise en service, leur description et leurs caractéristiques ;
profil, ouvrages d'art, gares, longueur, par exemple Bayonne-Irun, 21 avril
1864, 36 km.
La comparaison par pays et par
année est édifiante. Du 1.01.1850 au 31.12.1870 le réseau anglais passe de 10
594 km à 23 376 tandis que le réseau français passe de 2 904 km à 17 723. La
croissance a été multipliée par 2,2 en Grande-Bretagne et par 6,1 en France,
soit 3 fois plus forte. Le Second Empire français a été de loin la période où
l'on a le plus construit de chemins de fer en France.
C'est un outil indispensable pour
l'étude du développement économique des régions et villes françaises.
Jean BASTIÉ
TRÉGUER (Paul) : " Trois
marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de
Claude Lorius membre de l'Institut, 2010, 146 pages
dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie.
Paul Tréguer,
professeur émérite à l'université de Bretagne occidentale, est océanographe
spécialiste de l'Antarctique. Son ouvrage retrace trois expéditions
emblématiques de la conquête du pôle antarctique à partir de la mer de Ross,
quasiment simultanées, à la veille de la Première Guerre mondiale. Les trois
expéditions étaient confiées à Robert Falcon Scott, appareillé de Londres à
bord du baleinier Terra Nova, à Roald Amundsen d'Oslo
à bord du navire polaire Fram et au Japonais Nobu Shirase à bord du trois-mâts
goélette Kainan Maru. Les
Japonais allaient s'apercevoir très vite que l'Antarctique n'était pas une
affaire d'amateurs, et une terrible compétition s'ouvrit entre le Britannique
et le Norvégien pour planter le premier son drapeau au pôle sud.
La course tourna à l'avantage
d'Amundsen, qui planta sa tente au pôle le 17 décembre 1911 après une course
sportive à ski de cinquante deux jours admirablement organisée, jalonnée de
dépôts de viande de phoque pour nourrir les chiens de traîneaux. Encombré de
poneys sibériens et de véhicules motorisés mal adaptés à l'environnement, Scott
déploya le 17 janvier l'Union Jack au pôle, en retard de 31 petits jours et
d'une éternité. Le retour du raid fut un long cauchemar qui s'acheva dans les
derniers jours de mars 1912 quand Scott, le dernier survivant, s'allongea pour
attendre la mort, la tête sur son carnet de notes et ses échantillons minéraux,
mettant fin à ce que la presse britannique appela The Antarctic
disaster
L'auteur achève son ouvrage par
le récit de sa participation en 1990 à une campagne du navire de recherche
américain Polar Duke aux abords du volcan Erebus.
Contre-amiral François BELLEC
DEVILLET (Guénaël)
(sous la dir. de) : " Être géographe aujourd'hui
: La Géographie...Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de
la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages
Cet ouvrage collectif (45
contributions) en hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, retrace d'abord les faits les plus marquants de
la carrière très bien remplie de notre collègue belge et ses nombreux apports
scientifiques à la Géographie. L'importante et complète bibliographie associée
à cet hommage est forte de 328 références essentiellement sous forme de
multiples articles de revues, dont plusieurs excellents manuels. D'abord
assistante du Professeur Sporck, Bernadette Mérenne s'est vite spécialisée dans les différentes parties
de la géographie humaine et régionale (en premier lieu, la géographie
industrielle, avec des ouvrages fondamentaux qui ont fait date à mon avis,
comme : " la Localisation des industries, mutations récentes et méthodes
d'analyse ", Nathan Université 1991, " Géographie de l'énergie
", Nathan Université, 1993, " La localisation des industries, enjeux
et dynamiques ", Rennes,2002, nouvelle édition en 2008, " Géographie
de l'énergie, Acteurs, lieux et enjeux ", Paris Belin Sup Géographie
;2007).Elle a également publié articles de revue et livres sur la géographie du
commerce de détail : " La localisation des services ",Paris, Nathan
1996, " La localisation des productions agricoles, mutations récentes et
méthodes d'analyse "Paris, Nathan Univ.1999,
" Géographie des services et des commerces ",P.U.de Rennes,2003,
reprise en 2008,autant de manuels au texte bien illustré et clair, très
appréciés des étudiants). Cet ouvrage en hommage collectif de collègues,
accueille un ensemble de contributions, démontrant la diversité profonde des
intérêts scientifiques de Bernadette Mérenne-Schoumaker d'où l'orientation des articles sur les
fondements de la géographie, sur ses pratiques théoriques, descriptives et géosystèmiques, sur les regards jetés sur la discipline par
des géographes issus de milieux et de convictions scientifiques différentes
:L'intérêt majeur de ce volume pour l'épistémologie de la géographie est que
chacun des auteurs (au total :45)a été sollicité pour s'interroger sur sa
pratique de la discipline, tant en géographie économique et sociale, qu'en
géographie physique ou en " géomatique " ou
dans le domaine de la didactique de la discipline, (préoccupation assidue de
notre collègue, que ce soit dans la recherche en géographie appliquée ou dans
l'enseignement secondaire et supérieur), avec des textes en français, en
anglais et en néerlandais. De ces contributions disparates, trois questions ont
émergé : les courants de pensée les plus influents avec les fondements
philosophiques et scientifiques de la démarche des auteurs, en second lieu, la
perception de la géographie(principes ou valeurs guidant recherches et
enseignement et en fonction des choix majeurs opérés dans la carrière), enfin
l'évolution de la vision de la géographie ressentie par les auteurs avec le
sens qu'ils attribuent aujourd'hui à leur métier de géographe. Les
contributions montrent naturellement des désaccords scientifiques, mais aussi
et surtout des convictions communes :l'amour profond pour ce rôle
d'enseignant/chercheur ouvert sur le monde, les changements spectaculaires de
la discipline géographique, moins descriptive, mais plus systémique, les
prodigieux progrès de la connaissance sur toute la planète des faits
géographiques à plusieurs échelles à la fois grâce à l'Internet et à ses
serveurs, et surtout à la télédétection par l'utilisation des S.I.G. en géomatique ; ceux-ci permettent aux décideurs la
connaissance dynamique de tous les paysages et leur interprétation précise
;Bernadette Mérenne-Schumaker
a brillamment participé et continue de participer à cette évolution, avec ses
grandes qualités d'observation consciencieuse et de rigueur Ce livre d'hommage
à une géographe passionnée mérite une lecture attentive pour bien connaître le
géographe d'aujourd'hui sous ses multiples aspects et comprendre son utilité socio-culturelle.
Bernard DÉZERT
LASSERRE (Frédéric) : "
Les Guerres de l'eau. L'eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages
L'auteur, Directeur de
l'Observatoire sur l'eau de l'Université Laval à Québec est un des meilleurs
géopoliticiens de l'eau. En dix chapitres tous passionnants, il met l'accent
sur la rareté croissante de l'eau douce et il commence sa démonstration par les
relations israélo-palestiniennes et syriennes, à propos des sources du
Jourdain, puis il pose la question difficile du partage des eaux du Nil entre
Ethiopie, source d'agressivité égyptienne, Soudan et Egypte. Vient ensuite le
rapport Etats-Unis Canada, où l'on constate que le Canada est fournisseur d'eau
aux Etats-Unis, alors que le Mexique souffre de pénurie. Sur le sub-continent indien, l'Indus est objet de conflit entre
Inde et Pakistan, de même à l'intérieur de l'Inde à propos du fleuve Cauvery ; procès et arbitrages se sont multipliés.
Ces exemples montrent que partout
la querelle de l'approvisionnement et celle de la régulation des fournitures ne
cessent de s'exacerber avec l'actuel réchauffement. Un chapitre est consacré à
la multiplication excessive des irrigations, afin d'accroître la production
agricole, mais l'agriculture devient un moyen de contrôle par les Etats des
espaces et des sociétés.
Alors, les guerres de l'eau
sont-elles imminentes ? l'auteur ne le pense pas. Il y a une sorte "
d'adaptation sociale " à la pénurie. Pour faire face à l'accroissement en
progression géométrique de la population mondiale, il faut multiplier les
barrages et l'irrigation. L'agriculture est devenue dans les Pays riches un
instrument d'appropriation de la terre. L'auteur, bon connaisseur de la
géopolitique, souligne le danger potentiel des gestes unilatéraux qui font
qu'un Etat détenteur de ressources en eau considérées comme réserves
stratégiques en refuse au voisin plus démuni, comme l'Egypte vis-à-vis du
Soudan et surtout de l'Ethiopie. En échange, la tension sur l'eau pourrait,
dit-il, se traduire par un frein sérieux à la croissance économique, si elle
s'accentuait et par la déstabilisation des sociétés.
Alors comment éviter ces guerres
de l'eau ? Frédéric Lasserre estime nécessaire de préciser un droit
international un peu flou. Il déplore les positions mouvantes au gré des
intérêts des Etats et des groupes de pression économiques et financiers. La
coopération est-elle vraiment possible ? Il est difficile de définir un droit
international de l'eau avec une approche globale et équitable : la convention
des Nations Unies a défini de manière ambiguë en 1997 un principe de gestion
globale des fleuves irriguant plusieurs pays, mais aura-t-elle jamais force de
loi ?
La question du partage de l'eau,
conclut l'auteur, est de plus en plus envisagée sous l'angle des conflits que
pourrait déclencher sa très inégale répartition. Il faudrait séparer
hydraulique et tensions régionales. L'auteur conclut son étude par huit
propositions pour éviter les guerres de l'eau : favoriser les agricultures des
pays en développement, développer la prise en compte de la valeur de l'eau,
dissocier développement agricole et prise de possession du territoire,
multiplier les petits barrages plus que les gros ouvrages, permettant
d'économiser de l'eau, encourager le découplage des questions de l'eau des
autres contentieux politiques, éviter le rôle " explosif "des
décisions unilatérales sans discussion approfondie avec les partenaires de la
ressource, enfin, encourager la prise en compte des nouveaux paramètres du
nouveau droit international de l'eau. Voilà un excellent livre, très objectif,
bien illustré de cartes régionales claires et précises et de tableaux, avec un
souci d'utiliser de multiples titres de paragraphes évocateurs, des exemples
très concrets et une solide bibliographie.
Bernard DÉZERT
BERNIER (François) : " Un
libertin dans l'Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne,
Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées
Jeune philosophe et médecin
familier des milieux libertins, peut-être mal à l'aise dans la France du Grand
Siècle, ou naturellement porté vers l'avenir et l'aventure, François Bernier
s'embarque en 1656 pour de longues pérégrinations orientales motivées par le
seul "désir de voir le monde".
Ni la peste qu'il contracte en
Égypte, ni la sanglante guerre de succession qui déchire le grand empire
musulman de l'Inde ne freinent son élan philosophique : sur les bords du Nil, à
la cour du Moghol ou dans les vallées retirées du Cachemire, Bernier poursuit
inlassablement une vaste enquête, dont il publie la relation à son retour.
Ses prises de vues nous offrent
une série de tableaux très instructifs sur l'Inde moghole, dont les intrigues de
cour, l'organisation politique et économique, les pratiques religieuses,
musulmanes ou hindoues, sont analysées avec autant de finesse que de précision.
Bernier sait aussi décentrer son regard et questionner les normes européennes,
ainsi qu'en témoigne sa description émerveillée d'un monument alors récemment
construit : le Taj Mahal. Surtout, ce récit nous apporte un témoignage précieux
sur une période historique importante pour la bonne intelligence d'un pays où
vit aujourd'hui près d'un cinquième de la population humaine.
La Bibliothèque de notre
Assemblée Nationale lui rend un hommage tardif mais parfaitement justifié en
exposant quelques pages des œuvres de François Bennier. Pour sa part, notre
librairie, La Géographie, propose au siège de notre Société, 184 Bd Saint
Germain 75006 Paris, une édition récente de ce récit publié sous le titre
" François Bernier, un libertin dans l'Inde moghole " avec une
préface de Frédéric Tinguely, professeur de littérature française à
l'Université de Genève, spécialiste des récits de voyage et des relations
interculturelles aux XVI et XVIIe siècles.
Jean-Claude FORTUIT
AYALA (Roselyne de), GUÉNO
(Jean-Pierre) : " Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages
Dans cette anthologie du voyage,
R. de Ayala et J.-P. Guéno
ont imaginé de rassembler une centaine de manuscrits originaux de récits de
voyages parfois imaginaires ou rêvés (Sindbad le
marin, Cyrano de Bergerac vers la lune ou Jules Verne sous les mers). La grand
majorité des voyageurs retenus sont français, l'immense majorité européens,
mais on y trouve un Marocain (Ibn Battuta) et même un
Siamois (Kosa Pan), à côté de seulement cinq femmes (G. de Staël, G. Sand, A. David-Néel, E. Maillart et G. Tillion).Très
connus, méconnus ou parfois inconnus, ces voyageurs représentent de nombreuses
professions ou formations, en premier lieu des écrivains, et bien sûr des
marins qu'ils soient officiers de l'Etat, de la marine de commerce (J. Sauvage,
N. de Frémery) ou corsaires (F. Drake, Surcouf). Depuis
le haut Moyen-Age, on croise des diplomates, des
chroniqueurs (Villehardouin, Joinville), des religieux (Plan Carpin, Vincent de Paul) des officiers (Cl. Hugan, Général Court ...), des commerçants (Marco Polo, J.
de Nieuhoff ...). Parmi les scientifiques, on trouve
des naturalistes (Ch. de La Condamine, A. von Humboldt, Alcide d'Orbigny ...), des ethnologues ou
sociologues (Cl. Levi-Strauss, A. David-Néel,
G. Tillion ...), à côté d'aventuriers (R. de Févelas, H. de Monfreid ...), d'aviateurs (Saint-Exupéry),
de chasseurs (comte d'Haussonville), de riches
esthètes (F. Roussel) ...
Le principe retenu pour l'ouvrage
est, pour chaque voyageur, une courte notice biographique, face à une page de
manuscrit ou d'illustration. Un graphologue aurait beaucoup à dire sur la
comparaison des diverses écritures tandis qu'un commentateur littéraire
relèverait les ratures et les reprises d'écriture. Les collaborateurs de
notices sont multiples mais certains, tel Pierre-Emmanuel Prouvost d'Agostino,
ressortent par leur qualité de plume. L'ouvrage vaut surtout par la qualité des
illustrations, depuis les miniatures du Moyen-Age,
jusqu'aux aquarelles les plus récentes. On note la précision des dessins des
naturalistes (de Beauchesne, Alcide d'Orbigny) ; à
côté des aquarelles de Delacroix, on admire les gouaches pré-impressionnistes
de Houel. De même que Maxime du Camp, Pierre Loti se
révèle photographe. Certains explorateurs savaient dessiner tel Ch. de
Foucauld, ainsi que certains écrivains exotiques (V. Segalen). Les illustrations
participent à l'intérêt de certains manuscrits inédits (R. de Févelas, O. d'Haussonville,
prince de Joinville). Un regret cependant : la qualité des illustrations aurait
nécessité au moins un format A4, de même que la lisibilité des notes infra-paginales et des transcriptions complémentaires des
manuscrits présentés.
Yves BOULVERT
VIGUIER (Pierre) : " Sur
les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions
QUAE, Versailles, 158 pages
Arrivé au Mali à 22 ans en 1931,
l'agronome Pierre Viguier a, pendant un quart de siècle, parcouru ce pays où il
devint chef du Service de l'agriculture et directeur général de l'Office du
Niger. Connaissant les lieux et les gens, mais aussi les langues vernaculaires,
si précieuses pour expliciter la toponymie, Pierre Viguier était
particulièrement bien placé pour reconstituer et commenter l'itinéraire de René
Caillié en 1828 à travers l'actuel Mali depuis Tingréla
au sud jusqu'à Tombouctou, but tant désiré du célèbre voyageur. Dans la lignée
de son projet, il invite ( p.21, note 7) à suivre " pas à pas "
l'itinéraire de René Caillié à travers la Guinée-Conakry ! Cet itinéraire,
comme l'évoque le professeur Pélissier dans sa chaleureuse préface, je m'étais
efforcé de le retracer dans une communication lors du colloque organisé par la
Société de Géographie en 1999 pour le bicentenaire de la naissance de René
Caillié. Je ne m'étais pas étendu sur le contexte géomorphologique et
phytogéographique traité par ailleurs. Il m'apparaissait que l'ouvrage "
remarquable et incontournable " d'H. Jacques-Félix (1963) sur la "
Contribution de René Caillié à l'ethnobotanique africaine " suffisait pour
ce thème.
P. Viguier relève au sujet de
Caillié : " Son journal restitue un itinéraire complet et sans faille,
d'une précision telle qu'on peut aisément le suivre sur les excellentes cartes
IGN ". Il le prouve en reportant dans son ouvrage ce tracé reconstitué
avec minutie sur des extraits de cartes à 1/500 000, mais également en
l'illustrant de photographies prises depuis un siècle. Outre les remarques sur
le climat, la faune et l'ethnobotanique, l'ouvrage de René Caillié révèle,
selon P. Viguier, " aux environs du premier tiers du XIXème siècle, une
authentique et attachante civilisation soudano-sahélienne à l'économie largement
autosuffisante, et surtout en équilibre avec son biotope, ce qui
malheureusement, n'est plus le cas aujourd'hui ". Ce n'était pourtant pas
un âge d'or, étant donné " l'instabilité politique et l'esclavagisme
". Selon P. Viguier, " le récit de René Caillié laisse l'impression
que les esclaves envoyés en Afrique du Nord étaient traités moins cruellement
que ceux des sinistres comptoirs côtiers ". Emporté par son attachement
pour ces populations - il dédie son ouvrage aux paysans maliens en témoignage de
profonde sympathie, et n'ayant pas traité de la partie saharienne malienne du
voyage de René Caillié, il omet d'évoquer le sort éprouvant des esclaves
traversant à pied le Sahara ou employés dans les terribles salines de Taoudéni
!
On peut aussi discuter certaines
observations ou points de vue, telle la notion du bonheur des populations,
concept bien subjectif. Des précisions actualisées pourraient être apportées
sur la nomenclature botanique, la métallurgie indigène, les régimes des vents,
la valeur du bétail pour les Peul, la persistance de nos jours d'éléphants
autour du Hombori, les pistes des caravanes
sahariennes ..., il n'en reste pas moins que - comme le souligne P. Pélissier -
l'ouvrage de P. Viguier " atteste la richesse d'une culture peu commune,
servie par une plume dont on laisse à chaque lecteur le plaisir de savourer le
pouvoir évocateur, la concision et la clarté ".
Yves BOULVERT
POISSON (Jacques) : "
Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008,
Société Saint Simon
Dans ce volume in-octavo de près
de 300 pages, Georges Poisson conservateur général du patrimoine regroupe une
quarantaine de ses textes concernant la vie de Saint Simon, mais aussi des
lieux historiques de la banlieue sud de Paris, du XVIe au XXIe siècle notamment
Sceaux, Meudon, Vincennes, Saint-Cloud, Choisy, Rueil-Malmaison, le Mont
Valérien, l'Ile Seguin, la Vallée aux loups, etc.
En raison même de la proximité de
la capitale, de la diversité des sites, des châteaux et leurs parcs, des
événements historiques qui s'y sont déroulés, chaque lieu-dit, chaque anecdote
a sa signification pour l'histoire générale. Georges Poisson est certainement
le savant vivant qui connaît le mieux dans les moindres détails l'histoire
monumentale, architecturale, artistique, littéraire de la banlieue parisienne
et de toute l'Ile de France. On lui doit aussi dans la monumentale
"Nouvelle histoire de Paris" chez Hachette composée d'une vingtaine
d'in-octavo, une Histoire de l'Architecture à Paris (1997).
Jean BASTIÉ
MAUGARLONE (François George) :
" Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304
pages.
Cet ouvrage, le douzième de son
auteur, devrait intéresser les géographes à plus d'un titre. Il est de François
George qui a pris le pseudonyme de " Maugarlone
", philosophe, écrivain, parfois pamphlétaire, fils cadet du grand
géographe François George (1909-2007) dont le dernier et 59e ouvrage (1995)
s'intitule " Le temps des collines " (Editions la Table ronde, 1995),
géographie ni théorique, ni quantitative. L'ensemble de son œuvre lui valut le
25 novembre 2008 la remise par Alice Saunier-Séïté,
ancien ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, membre de
l'Institut et de notre Conseil, du Grand Prix de notre Société .
Ce livre de François George
présente quelques affinités avec le Tour de France par deux enfants (1917),
ouvrage éminemment géographique lui aussi, mais le sien est plus personnel et
plus intime. Pour lui, la plupart des écrivains français, et il connaît fort
bien notre littérature, sont ancrés dans un territoire. Et c'est par-là aussi
que l'on retrouve les liens étroits de la littérature avec la géographie depuis
Montaigne et Rousseau jusqu'à Chateaubriand, Lamartine, Georges Sand, Balzac,
Arthur Rimbaud, Proust, Mauriac et tant d'autres ! Il affectionne les Ardennes
où il enseigna la philosophie au collège de Rethel.
François George connaît aussi
fort bien la banlieue parisienne qu'il a apprise sur le terrain où il est né en
1948, où il a passé une enfance et une jeunesse heureuses à Bourg-la-Reine,
Sceaux et Châtenay-Malabry et aussi à Ablon-sur-Seine où il allait voir souvent
ses grands-parents. Une géographie vivante, venant du cœur !
Jean BASTIÉ
GOURAUD (Jean-Louis) : "
La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages.
Jean-Louis GOURAUD est un
maniaque heureux. Les chevaux et tous ceux qui les chérissent sont la passion
de sa vie et le cœur battant de toute son œuvre. Écrivain hippophile,
il a, aux quatre coins du monde et en cinquante ans de pérégrination, cherché et
trouvé son Graal à lui : le couple indéfectible d'un cheval et de son cavalier.
Et de chacun de ses voyages, il nous a rapporté des récits épiques, des
histoires de chevaux bien sûr, des histoires d'hommes surtout et des paysages à
perdre haleine. Dans son dernier livre, La terre vue de ma selle, il nous
propose un nouveau tour du monde équin à la fois bref et intense. De nos villes
d'Europe, dont certaines refusent résolument la présence de chevaux sur leurs
pavés (Et cela met très en colère notre auteur), jusqu'au fin fond des
montagnes kazakhs où se pratique encore la chasse à l'aigle et... à cheval, en
passant par la Kirghizie, New York, ou l'improbable palais équestre de Kadhafi,
Gouraud nous raconte toujours des histoires extraordinaires. Il nous fait ainsi
découvrir une Malibran cavalière que sa passion des galopades effrénées a fini
par tuer dans un Londres qui célébrait sa gloire de cantatrice. Des rencontres
à faire, des livres à lire, des chevaux à monter ou à rêver, voilà la quête
inassouvie que nous fait partager ce passionné aussi érudit qu'amateur de
calembours. Pour Gouraud, les chevaux font la beauté du monde et la grandeur
des Hommes. Et à le lire on pourrait presque le croire, alors pourquoi s'en
priver ?
Bénédicte DURAND
LE GOIX (Renaud) : "
Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas /
Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €
New York est certainement la
ville qui symbolise le mieux l'architecture vertigineuse. L'atlas qui lui est
consacré offre une étude riche et agréable, y intégrant ses origines de ville
industrielle devenue la plus grande ville du pays en 1825 quand elle attire à
la fois les migrants - essentiellement irlandais - et les investissements.
La mégapole devient rapidement le
centre du monde, son attraction est universelle et les plus beaux symboles
l'accompagnent : la statut de la Liberté et le bâtiment des Nations Unies.
Outre la très bonne qualité qui
est commune aux représentations cartographiques des atlas de cette collection,
les enseignants du secondaire apprécieront cet ouvrage qui présente la
particularité de détailler les mutations et les dynamiques de la mégapole
new-yorkaise, la concurrence entre les intérêts privés et les exigences des
politiques publiques. Il met aussi en évidence la complexité de son espace
urbain qui est étiré entre plusieurs niveaux de gouvernance et de multiples
communautés. Plus l'économie se mondialise, plus les fonctions stratégiques et
les interfaces se concentrent dans les villes globales, New York en tête. Cette
métropole n'a pas d'équivalent dans le monde, aussi il n'est pas étonnant que
son espace soit fantasmé tant par les élites culturelles que financières parce
que c'est la ville de la démesure.
Gérard JOLY
SARDET (Michel) : " Les
mémoires inédits du naturaliste circumnavigateur Jean-René Quoy
- Un témoignage exceptionnel sur la société du XIXe siècle ", 292 pages, Pharmathèmes
Jean-René Quoy
(1790-1809) est né à Maillé en Vendée dans une famille de notables chirurgiens
et médecins depuis plusieurs générations. Après de bonnes études il opta pour
la médecine navale à Rochefort où il fût admis en1806 à l'age
de 16 ans. En 1807 il est nommé chirurgie-auxiliaire de 3e classe et embarque
sur une corvette (en ces temps-là on ne perdait pas de temps !) qui se rendra
en Guadeloupe puis retourne à Rochefort. En 1814 il soutient sa thèse de
doctorat en médecine (sur l'effet de la peur !) à Montpellier et devient
franc-maçon.
En 1817, survient alors sa
première grande aventure sur l'Uranie commandée par le capitaine de frégate
L.-C. de Freycinet qui avait accompagné Nicolas Baudin vers la nouvelle
Hollande (l'Australie) de 1800 à 1804. Le projet de circumnaviga-tion
pour des recherches en sciences naturelles et ethnologie avait été accepté par
Louis XVIII. Quoy qui a 26 ans est à la fois
chirurgien major et naturaliste avec Guimard, Charles Gaudichaud-Beaupré,
pharmacien et botaniste. Quantité de spécimens furent envoyés au Muséum
d'Histoire naturelle malgré un naufrage aux Malouines en 1820. Quoy devient professeur de médecine et membre correspondant
de l'Académie de médecine. Il embarquera en 1826 sur l'Astrolabe comme
naturaliste pour le 2e voyage de circumnavigation de Dumont d'Urville.
L'Astrolabe ne rentrera qu'en 1829 avec de nombreuses découvertes et collections
envoyées au Muséum où il fut à nouveau accueilli par Cuvier. La relation de
l'expédition fit l'objet d'un ouvrage collectif comprenant 14 volumes et 5
atlas : Dumont d'Urville rédigea l'histoire du voyage et Quoy
et Gaimard, la zoologie (son nom sera donné à un
mollusque de Nlle-Guinée et à un mammifère
d'Australie !)
A son retour, Quoy
sera nommé membre correspondant de l'Académie des sciences en 1830 et affecté
successivement à Rochefort, Toulon, Brest puis Paris où il sera promu
inspecteur général du service de Santé de la marine auquel il va se consacrer
jusqu'à son décès en 1869 à Rochefort. Ses mémoires inédits sont commentés dans
une deuxième partie de l'ouvrage. Ils ont été écrits à sa retraite vers 1865
dans son petit manoir de Saint-Jean de Liversay En
plus des relations de voyage et de naturaliste sont évoqués de nombreux
personnages célèbres qu'il a côtoyés outre les marins et scientifiques, comme
Lucien Bonaparte, Barras etc...
Pour résumer, il s'agit d'une vie
agitée et bien remplie avec de nombreux succès Le Docteur Michel Sardet est lui-même un ancien médecin des hôpitaux des
Armées. Il a écrit plusieurs livres sur la médecine militaire dont l'un "
naturalistes et explorateurs du service de santé de la marine au XIXe siècle
" a eu le prix Francis Garnier de la Société en 2008.
Michel DAGNAUD
DIDELON (Clarisse), GRASLAND
(Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) :
" Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation
Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 €
Voici un atlas destiné à évaluer
la place et le rôle tenus par l'Union européenne dans la mondialisation. Il a
été réalisé par des chercheurs et des universitaires associés dans un projet de
recherche européen.
La première partie de l'ouvrage
est consacrée à l'importante notion de continent ; une notion qui demeure à
géométrie variable et qui, par conséquent, soulève le problème majeur de
l'identité européenne et de sa signification. Ensuite, ce sont les richesses
humaines qui sont mesurées, évaluées, à travers la démographie, ses évolutions
prévisibles dans le contexte du vieillissement de la population et les
proportions d'actifs. Une partie de l'ouvrage dédiée à l'étude de la puissance
financière de l'Europe est plus brièvement développée, en revanche les aides au
développement y sont largement commentées. Les liaisons internationales
bénéficient quant à elles d'une étude plus sérieuse ; trafics aériens et
maritimes sont analysés avec précisions, toutefois il est dommage que les
liaisons ferroviaires aient été oubliées. En revanche, Internet et la
télécommunication font l'objet d'une étude remarquable.
Enfin les 2/5 de l'ouvrage sont
consacrés à une succession de thèmes épars venant ainsi compléter cet atlas :
qualité de vie - droits de l'homme - le mal manger - l'occupation du sol - le
développement durable - le développement humain. Le sentiment de fourre-tout
s'amplifie quand s'y ajoutent les mobilités touristiques, les migrations
tournées vers une forteresse qui n'est pas imprenable (sic) et les aires
d'influence de l'Union européenne. Tous ces sujets ne manquent pas d'intérêt
mais l'ouvrage souffre d'une absence de plan cohérent.
On peut également déplorer les
choix retenus en matière cartographique pour cet ouvrage dans lequel les
illustrations et les cartes sont très nombreuses, systématiquement en couleurs.
Une abondante bibliographie figure en fin d'ouvrage, ainsi que les sources de
données, lesquelles sont mentionnées directement sur les représentations
graphiques.
Gérard JOLY
HAAG (Pascale), RIPERT
(Blandine) : " L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues,
mars 2009. 9 €
Ce petit livre passe en revue les
mythes et les réalités de l'Inde : les mythes et idées reçues (par exemple sur
les maharadjahs, les fakirs et les vaches sacrées, le kamasutra,
etc.) qui nous ont imprégnés depuis Alexandre, les épopées légendaires des
dieux hindous, l'éveil de Boudah et le parcours
irrésistible de Gandhi. Il s'intéresse de loin à la géographie mais surtout aux
religions, au développement social et économique. Le fatalisme est dû au karma,
résultat d'actions commises dans des vies antérieures, qui justifie le système
des castes.
Le sanskrit serait bien un des
plus anciens états d'une langue indo-européenne mais ne serait pas la "
mère " de toutes les langues (la bhagavad-gita
est écrit en sanskrit). C'est la langue religieuse, mais en déclin.
L'hindouisme représente 80,5 % des religions soit 827,6 millions de fidèles,
l'islam 13,4% soit 138,2 millions, le christianisme 2,3% soit 24,1 millions, le
sikhisme (synthétisme entre hindouisme et islam) 1,9% soit 19,2 millions et le boudhisme seulement 0,8% soit 9 millions. Plus le jaïnisme
et le parsime. Gandhi n'est peut-être pas l'inventeur
de la non-violence (voir Thoreau, ou Tolstoï ?) mais il a su l'utiliser au
maximum et au mieux pour décourager les anglais. C'est un pays sous- développé
? faible niveau d'alphabétisation 62,2 % en Inde contre 93% en Chine, retard du
nord par rapport au sud, population pauvre surtout au nord (les états " bimaru ") 640 millions sans assainissement, 171
millions sans eau potable mais c'est une puissance nucléaire avec beaucoup
d'entreprises performantes : Tata, Mittal, secteur
des technologies d'information et de communication.
La population a quadruplé au
cours du XXe siècle : 1 milliard en 2000 croissance annuelle ramenée à 1,6%, la
fécondité décroît depuis les années 70 : 1,147 milliard en 2008 avec 70% de la
population rurale. Calcutta serait-elle une ville en faillite depuis la
partition et son afflux de réfugiés ? mais c'est un haut- lieu intellectuel.
Les femmes indiennes sont-elles
soumises ? Un dicton populaire dit : éduquer une femme c'est comme arroser
la plante d'un voisin (à cause de la dot) ; sex ratio
seulement de 933 femmes pour 1000 hommes alors que dans les pays développés,
c'est 1050 pour 1000. Pourtant les femmes sont devenues militantes depuis 1917
et l'égalité des sexes est reconnue dans la Constitution de 1947, mais les
traditions religieuses et de castes perdurent. N'oublions pas que Indira Gandhi
a été Premier Ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 jusqu'à son assassinat
en1984. Emergence rapide d'un secteur de pointe les NTIC mais retard dans les
infrastructures : Internet et téléphonie mobile. Environ 1 million et demi de
personnes dans les services informatiques (notamment Bangalore). Les hindous
suivent leurs ancêtres qui auraient inventé le zéro et le jeu d'échecs !
Le système de castes, illégal
théoriquement, a structuré la société civile et s'est souvent transformé en
partis politiques : par ex. les dalit ou
intouchables, menés par le Dr. Ambedkar, ont porté au
pouvoir présidentiel, Abdul Kalam entre 2002 et 2007. L'Inde est du point de
vue politique une " anomalie démocratique " à cause de sa taille. Ce
sera un géant du XXIème siècle avec la Chine. Survol très dense de l'Inde actuelle
par les auteurs : Pascale Haag, linguiste maître de
conférence EHESS et Blandine Ripert, géographe et anthropologue CNRS.
Michel DAGNAUD
Patrimoine mondial de
l'UNESCO. Guide des sites français. 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 €
On sait que l'UNESCO agit, depuis
1972 pour la reconnaissance et la sauvegarde des biens dont la disparition
constituerait une perte irréparable en raison de leur valeur universelle.
Trente trois biens et sites français (incluant la Nouvelle Calédonie pour l'un
d'eux) sont répertoriés et inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour les
faire connaître et permettre de les localiser, les éditions DEL viennent de
publier un guide édité en français et en anglais. Ce guide est très richement
illustré en couleurs. La préface rappelle les critères de sélection ayant
présidé au choix des sites, à savoir notamment -parmi dix critères- ceux se
rapportant à un chef-d'œuvre du génie créateur humain, une aire naturelle d'une
importance esthétique exceptionnelle, un habitat naturel lieu de conservation
de la diversité biologique et autres facteurs géographiques et culturels.
Le guide rappelle que le
patrimoine classé par l'UNESCO représente huit cent quatre vingt dix biens dans
le monde.
Le guide contient une annexe
technique qui donne une série de définitions et des illustrations permettant de
mieux connaître et comprendre les dispositifs architecturaux.
Sur le plan pratique, le guide
comporte une carte de France, ainsi qu'une carte régionale pour chacun des
trente trois sites. Sur chacun d'eux, figurent les itinéraires permettant de
découvrir trois cent quatre vingt lieux avoisinants présentant un caractère
historique, architectural ou naturel. Un texte accompagne l'illustration
principale, décrivant l'histoire du bien classé, ses caractéristiques, ses
spécificités, les détails intérieurs des monuments ou les richesses naturelles
du lieu. Les adresses où trouver de plus amples informations sont
systématiquement mentionnées. En définitive, un ouvrage de découverte et de
documentation très agréable à compulser, substantiellement fourni en
informations, un inventaire précieux de nos richesses. On ne se lassera pas
d'admirer celles-ci. Nous ne pouvons que recommander chaudement la lecture de ce
mémento artistique de géographie et de culture.
Jacques GASTALDI
SANJUAN (Thierry) : "
Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas /
Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €
Cet atlas nous instruit des
évolutions sociales, architecturales et environnementales qui ont totalement
transformé Shanghai au cours des 20 dernières années. Cette ville que les
Européens identifiaient auparavant comme étant celle des concessions étrangères
avec une modernité à dominante occidentale, offrait une façade presque
légendaire avec notamment ses maisons de jeux et son commerce de l'opium. Cette
ville portuaire, havre de la modernité et des plaisirs, fut longtemps
marginalisée et proscrite par le régime communiste qui condamnait à la fois
l'ancien système féodal chinois et l'impérialisme occidental. A partir de 1990,
la mise en place d'un nouveau dispositif politique amorça la réhabilitation de
Shanghai. Une réhabilitation qui allait s'avérer spectaculaire !
Les nombreuses cartes et les
plans inclus dans l'atlas associent la qualité à la pédagogie. Ils montrent en
premier lieu les dispositions de l'ancienne ville fortifiée et des concessions
étrangères, puis ils illustrent, avec de remarquables photographies à l'appui,
la mutation en une métropole hybride dans laquelle les aménagements successifs
mêlent une urbanisation moderne vertical et souvent monumentale avec une
certaine protection du bâti des concessions étrangères, de quelques anciens
quartiers chinois et de sa façade portuaire (le Bund). Dans cette grande
puissance étrangère où l'accroissement des écarts de richesse est le plus élevé
de toute l'Asie orientale, les opérations d'aménagement forcèrent les
déplacements de millions de Shanghaiens. Shanghai n'échappe pas à une forte
stratification sociale
Sa métamorphose s'assimile sous
certains aspects à une course au gigantisme. L'urbanisation détruit forcément
une grande part du passé mais s'efforce de conserver l'identité en rétablissant
la mémoire des lieux et leurs souvenirs. L'auteur explique qu'aujourd'hui la
municipalité favorise une politique de villes nouvelles constituant des pôles
multifonctionnels. Elle tend à adopter une structure polycentrique.
Shanghai est devenue la première
mégapole chinoise - devant Pékin - et l'une des principales métropoles du
monde, grâce notamment à sa situation géographique et à l'aménagement du
gigantesque fleuve Yangzi qui traverse la Chine d'Ouest en Est. Premier port du
monde en volume global, la municipalité de Shanghai s'évertue à conserver sa
suprématie mondiale. Et elle obtient aussi des réussites incontestables. Ainsi,
depuis 2004, le Grand Prix de Chine de Formule 1 y est organisé sans
interruption.
Autre succès annoncé : une
exposition universelle ! Elle va s'étaler de mai à octobre 2010 et elle promet
d'ores et déjà 100 millions de visiteurs, dont 10 visiteront le pavillon
français. Si vous voulez profiter de cette occasion pour aller à Shanghai,
munissez-vous de cet Atlas pour mieux apprécier votre voyage. Et si vous ne
pouvez y aller, soyez certains que cet atlas pédagogique qui a été conçu et
réalisé par un sinologue va vous aider à bien comprendre son évolution et à
aimer cette mégapole d'Asie.
Gérard JOLY
WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) : " L'Europe. Approche géographique ",
Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies
Cet ouvrage, œuvre collective de
22 auteurs, s'adresse tout spécialement aux historiens et géographes, candidats
au CAPES et à l'Agrégation de Géographie, dont c'est l'une des questions au
programme 2009-2010, mais il est destiné aussi à intéresser un large public sur
ce qu'est devenu actuellement l'Europe, à l'heure où le Traité de Lisbonne va
entre en vigueur et où l'Union européenne se dote enfin d'un Président et d'un
Ministre des Affaires extérieures ; cependant, tous les Etats de l'Europe
ne sont pas au même diapason et ne se réduisent pas non plus à un
" noyau dur ", mais comportent aussi des Etats hors
communauté européenne : Norvège, Islande, Suisse, Biélorussie, Ukraine et
Moldavie, plus la Russie.
L'ouvrage a l'ambition de
répondre aux grandes questions qui animent l'Europe au sens large :
définition d'une ou plusieurs identités, genèse de l'édification au XXe siècle,
enjeux environnementaux, enjeux migratoires, enjeux socio-économiques,
aménagement du territoire et eurorégions, enfin,
place de l'Europe dans la mondialisation actuelle. Les textes ont été rédigés
par une belle pléiade de Professeurs géographes spécialistes des diverses Europes, qui traitent chacun une question sous forme d'un
chapitre ou d'un modèle de " dissertation "-originalité de
ce livre. Ce sont des questions très contemporaines, très utiles pour les
étudiants des concours, mais susceptibles aussi d'intéresser un large public et
notamment nos sociétaires qui aiment une géographie concrète et bien
actualisée.
Cet ouvrage collectif est bien
charpenté, avec des paragraphes aux titres courts et clairs, des cartes, des
tableaux et des schémas très parlants d'une lecture aisée. Il permet de bien
comprendre la nature de ce que Gabriel Wackermann
appelle " la singularité européenne " avec la forte
imbrication de civilisations et de religions, mais d'où émerge maintenant peu à
peu une conscience, une identité communes et une affirmation mondiale de
ses valeurs humanistes. Ce livre se divise en cinq parties de manière
judicieuse : d'abord les fondements de l'Europe, puis la
" Trilogie territoriale : Europe de l'Ouest, Europe centrale et
Europe orientale non intégrée à l'Union européenne, milieux naturels,
peuplement et cultures, aspects sectoriels (territoires ruraux, grandes
métropoles, villes-ports, transports, énergies et reconversion industrielle,
tourisme, enfin place mondiale de l'Europe, avec les rapports méditerranéens et
atlantiques et également avec l'aire asiatique et pacifique.
Aux chapitres fondamentaux sont
associés des thèmes de modèles de dissertations très pratiques pour écrits et
oraux sur ces divers sujets. Voilà un livre très utile pour la compréhension de
l'Europe qui mérite, après tous les ouvrages déjà parus sur ce vaste sujet une
large diffusion
Bernard DÉZERT
LOUCHET (André) :
" La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U,
559 pages
L'ouvrage de 559 pages consacré
aux mers et océans, représente un bilan très complet et tout à fait original,
sur ces immenses espaces maritimes et littoraux de plus en plus atteints par
des actions anthropiques diverses qui menacent leurs écosystèmes.
Premier manuel d'approche globale
de géographie tant physique qu'humaine des océans et de leurs littoraux, il
apporte une vision très synthétique de ces immensités océaniques qui couvrent
les deux-tiers de la terre et qui sont devenus aujourd'hui un enjeu majeur et
beaucoup moins étudiés jusqu'alors que les milieux continentaux de notre
planète.
L'ensemble se divise en 25
chapitres, appelés " études " par l'auteur. L'ouvrage
commence par une géographie des mers, tant physique qu'humaine et
environnementaliste, avant de s'intéresser aux grandes aires maritimes, et
enfin aux ressources minérales marines et sous-marines, au droit de la mer,
dans une dimension géostratégique. Il est remarquable de voir traitées dans un
même livre les différentes approches s'attachant aux mers et océans. Commençant
par les grands reliefs océaniques et leur explication par la tectonique des
plaques, l'étude des grandes masses d'eau et les variations eustatiques, André
Louchet nous expose ensuite les types de projections cartographiques et leur
rôle dans la navigation. Il poursuit par les grands domaines de circulation
maritime et les diverses activités de transport et de pêche.
Les douze études suivantes
portent sur les grandes aires maritimes, et leurs caractéristiques tant
physiques, qu'humaines et culturelles. Enfin, dans les trois derniers
chapitres, l'auteur s'intéresse à la dimension géostratégique des océans, leurs
ressources minérales, le droit de la mer et les télécommunications. Chaque
étude ou chapitre se termine par des documents, ainsi que des questions avec
réponses et commentaires, fort utiles aux étudiants. Une bibliographie
substantielle, comportant ouvrages et articles majeurs sur tous les aspects des
océans et deux index d'une grande commodité, l'un des noms et des lieux,
l'autre des notions, terminent l'ensemble.
Au total, l'ouvrage d'André
Louchet, " La Planète océane " sera une véritable référence
pour tous les Géographes et autres spécialistes s'intéressant aux mers et
océans.
Brigitte COQUE
FOUCHER (Michel) : "
Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française,
Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 €
Il s'agit d'un dossier de 64
pages en format A4, particulièrement dense, enrichi de cartes et de plans
précis, de tableaux et de photographies. Dans la première partie, l'auteur fait
le point sur les logiques de la mondialisation, il étudie l'ensemble hétérogène
des pays émergents et il analyse la crise 2007-2009, les enjeux géopolitiques
liés à la démographie, aux ressources naturelles et aux réseaux qui préfigurent
un monde polycentrique.
Le monde bipolaire que nous avons
connu n'existe plus, il en va de même des hyperpuissances.
Désormais, les puissances émergentes s'invitent à tous les niveaux de décision
en géopolitique. C'est aussi le cas dans la course mondiale à l'énergie et aux
matières premières. Et dans l'épineux domaine agricole : quel scénario doit
être privilégié pour nourrir les hommes ?
Le dossier fait également état
des nouveaux centres de la piraterie mondiale, du marché mondialisé de la
drogue, des marchés illégaux et de la criminalité organisée. Il propose à la
réflexion de chacun des tableaux de statistiques sur quelques éléments de
mesure de la démocratie dans le monde, d'autres sur l'influence des langues,
leur usage sur Internet, les dynamiques religieuses ou encore l'émancipation
des femmes.
Un chapitre du dossier est
consacré à des tableaux éloquents sur les flux et les réseaux de communication.
Une occasion de signaler le rôle croissant de la plateforme twitter
sur des points qui ont été où sont encore géopolitiquement chauds, comme la
Moldavie, ou Téhéran.
Il décrypte les défis
contemporains, notamment ceux agricoles et énergétiques qui appellent des
réponses collectives, ainsi que les enjeux énergétiques et environnementaux
dans le monde en 2009, au travers de ses réseaux, de ses interactions. Un monde
dans lequel les flux sont croissants et les connexions sont multipliées, sans
pour autant disposer d'une gouvernance globale.
L'ouvrage offre une réflexion
originale sur le monde par son analyse détaillée des nouveaux équilibres et des
déséquilibres.
Gérard JOLY
CAGNAT (René) et ORLOFF
(Alexandre) : " Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale
" Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages
C'est un magnifique album de
photos prises par le photographe américain Alexandre Orloff
en Asie Centrale avec les commentaires et résumés historiques de René Cagnat sur ces pays (Crimée, Caucase, Turkménistan,
Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie et Kazakhstan). R. Cagnat
est écrivain, ancien Attaché militaire et réside à Bichkek. Il est l'auteur de
plusieurs essais (celui sur le Milieu des empires a été écrit avec Michel Jan
qui nous avait présenté un exposé sur les transsibériens). Le centre de
l'Eurasie est devenu une plate-forme stratégique sur les arrières de la Chine,
de la Russie, de l'Inde et de l'Iran. La guerre en Afghanistan a amené les
Américains à installer une base militaire à Manas en Kirghizie pour ravitailler
les avions. Les Français disposent d'une base à Douchambé
au Tadjikistan.
L'histoire de l'Asie centrale,
terres de passage et de guerres ! Avant et après l'épopée d'Alexandre le
Grand ! Cette énorme région jusqu'à la Crimée avait été autrefois
parcourue par les nomades et envahisseurs indo-iraniens, scythes, parthes, sarmates. La route de la soie est ouverte par les Chinois
au 1er siècle avant J-C. La Perse des Sassanides (227-650) rayonna
jusqu'à l'arrivée des envahisseurs arabes. Merv est rasée, Samarkand est prise.
Puis les hordes de Huns (proto-turks ?), sont
venues d'Asie centrale suivies par les turcs et le raz-de-marée mongol :
en 1206 Gengis Khan apparut et son empire s'étendra de la Corée à l'Égypte et à
la Russie. Il annihila de nombreuses villes et peuples dans le Khorezm et la Transoxiane et mourut en 1227. L'empire se
disloqua jusqu'à l'arrivée de Tamerlan (né à Chabrisabz
en Ouzbékistan) : une deuxième apocalypse suivie d'un long déclin avec la
capitale Boukhara. Le dernier Timouride, Babour,
préféra partir et fonda la dynastie des Grands Moghols à Delhi en 1526.
L'empire tsariste colonisera
progressivement l'Asie centrale, après la Sibérie, au XVIIIème et XIXème siècle
avec ses cavaliers cosaques et tatars et des répressions souvent terrible,
pendant que les Anglais entraient en Inde et pénétraient en Afghanistan avec
difficultés. L'empire soviétique connaîtra des tragédies comme celle du Kazakhstan
en 1931 : 45% (1 600 000 personnes) de la population meurt de faim. Puis
vint l'irrigation irresponsable, pour le coton, et la mer d'Aral qui risque de
disparaître.
Au Turkménistan autrefois
déshérité on a trouvé du pétrole, du gaz et de l'uranium si bien que le
contrôle de cette région gigantesque pourrait devenir source de conflits De
plus le trafic de stupéfiants s'intensifie : la route de la soie risque de
devenir la route de la drogue ! Les Républiques nouvelles d'Asie centrale
sont nées sans préavis en 1991. Certaines disposent de ressources considérables
et leurs populations se sont beaucoup accrues. Elles sont devenues des
partenaires économiques et commerciaux avec l'Europe, l'Amérique et la Chine.
Michel DAGNAUD
GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) : " Dictionnaire des banlieues ", 2009,
Paris, Larousse, 448 pages.
Un de plus ! Celui-ci est relatif
aux banlieues. Notion de plus en plus vague au fur et à mesure qu'elle s'étend.
Qui trop embrasse mal étreint ! N'importe quel thème peut faire aujourd'hui
l'objet d'un Dictionnaire spécialisé, dont le choix des mots définis est
toujours discutable. A quoi attribuer cette mode si pratique pour les
cruciverbistes et les concours télévisés, mais si néfaste pour le développement
de l'esprit de synthèse ? Ascenseur est coincé entre arabes et ascenseur
social, drogue fait suite à Dreux, ville nouvelle est précédé de Vénissieux et
suivi de viol ! Les vrais dictionnaires distinguent (ce qui est conforme à leur
utilité), les noms communs et les noms propres, les noms de personnes ou de
lieux. Ici, tout est mélangé !
Certes, il s'agit souvent d'un
outil qui est commode pour trouver l'orthographe d'un mot, son origine, son
histoire, et peut permettre de préciser son ou ses sens, ses nuances selon le
contexte, surtout pour les mots qui sont mis à toutes les sauces et en
deviennent imprécis.
On a aujourd'hui des
dictionnaires de tout, des sigles, des expressions littéraires ou latines, des
proverbes, d'autres encore ! La liste de ceux déjà sortis ou prévus dans la même
collection, une bonne douzaine pour commencer, ouvre de vastes horizons sur les
filons à exploiter? Cela rappelle celle où ont paru "La géographie pour
les nuls" et ses homologues.
L'ordre alphabétique ne répond à
aucune logique, sinon à celle de la commodité pratique, ou même à celle du
hasard qui cache souvent la subjectivité du fond et laisse de côté tout esprit
de synthèse. Et on peut craindre que par facilité le mot isolé prime sur la
phrase construite avec ses nuances, ses restrictions, sa progression. Comme
pour bien des remèdes pour lesquels il ne faut pas oublier d'ajouter la mention
: "à utiliser avec précaution".
Jean BASTIÉ
TISSIER (Yves) : "
Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours
" 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 €
Ce dictionnaire constitue un bel
ouvrage de référence de l'évolution territoriale des États de l'Europe depuis
la révolution française. Il comporte cinq parties.
Une chronologie des répartitions
territoriales en l'Europe depuis 1789 - les périodes y sont différenciées selon
les conjonctures géopolitiques ébauchées par les grandes puissances en
présence. Plus de 500 pages sont ensuite consacrées aux 46 États existants en
2008. Cette partie relate le déroulement des événements politiques qu'ils ont
connus, évoquant selon les circonstances : dominations, occupations,
restitutions de provinces, ainsi que les traités s'y afférant. Toutes ces
informations sont adaptées à la compréhension des questions de géopolitique
européenne en tenant compte des spécificités de chaque État et de ses
particularités régionales.
Ensuite, un dictionnaire recense
la situation politique de plus de 300 États qui ont eu une existence plus ou
moins éphémère de 1789 à nos jours. On y retrouve nombre de duchés, comtés,
villes impériales, villes libres, évêchés, abbayes, seigneuries, prévôtés,
principautés, royaumes et républiques aujourd'hui disparus. Quelques annexes
viennent compléter les connaissances géopolitiques, avec notamment l'évocation
de l'hétérogénéité du vaste ensemble que constitua le Saint Empire ou encore
les contrées qui furent gérées directement par Napoléon à l'issue de ses
victoires. Une quarantaine de cartes en couleur illustrent l'évolution de la
situation politique de l'ensemble de l'Europe et la variabilité territoriale
des nations.
Gérard JOLY
CHAPPEY (F.) et al. : "
L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892).
Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p.
Cet ouvrage accompagne
l'exposition du même nom qui se tient à L'Isle-Adam durant l'été 2009 et qui
sera reprise à Abidjan et Bamako en 2010. Le véritable sujet en est "
l'histoire de la découverte mutuelle de mondes étrangers ". Jusqu'à une
époque récente, l'on relatait la découverte du monde noir par les Européens ;
la participation dans ce collectif d'auteurs de plusieurs historiens africains
révèle le point de vue africain devant l'irruption des Blancs armés, toujours
supposés riches ... Outre les historiens, le collectif d'auteurs comporte des
spécialistes de l'art, du dessin, de la photographie. Binger, bon observateur,
s'intéressait aussi bien aux instruments de musique qu'aux masques et aux
textiles locaux... ; il était également bon dessinateur. Il avait compris
l'intérêt d'adjoindre à sa dernière mission un photographe professionnel, son
ami Marcel Monnier.
Il importe d'insister sur
l'iconographie exceptionnelle de cet ouvrage : les multiples photographies de
M. Monnier représentent un témoignage icono-graphique
unique sur la Côte d'Ivoire à la fin du XIXème siècle. Notre confrère, Ph.
David, président de l'Association Images et Mémoire, y a rajouté les
reproductions de la collection de F.E. Fortier, maître de la carte postale ouest-africaine.
Remarques de détail : les " cornes d'antilope " (p.92) sont très
probablement de Guib harnaché (Tragelaphus scriptus) ; le " beurre de Cé
" (p.132) est le beurre de karité (Butyrospermum
parkii ou Vitellaria paradoxa). Il est regrettable que l'un des auteurs n'hésite
pas à écrire (p.117) : " De nombreux pays d'Afrique avaient à l'époque une
pluviométrie beaucoup plus abondante que de nos jours ". On sait qu'en
Afrique noire, les années 60 furent pluvieuses relativement aux années 80-90
mais comment le savoir au XIXème siècle alors qu'il n'y avait quasiment pas de
poste pluviométrique !
Riche et documenté, ce bel
ouvrage est un appréciable témoignage sur l'Afrique de l'Ouest, au début de la
colonisation, fin XIXème.
Yves BOULVERT
ÉMÉRIAU (Jean) : " Atlas
des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de
Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 €
C'est un livre dédié à la
religion et à l'histoire. Il incorpore un grand nombre de cartes sur lesquelles
sont mentionnées les villes concernées par les évocations religieuses.
D'abondantes photos illustrent cet ouvrage, mais ce sont, avant tout, les
évocations religieuses qui priment dans cet atlas. On y trouve de nombreux
éléments de la Bible, des traductions et des informations d'ordre
archéologique.
Toutes les cartes sont
accompagnées de quelques commentaires historiques ou archéologiques. Mais
surtout chacune est accompagnée d'une citation religieuse, un extrait biblique,
ainsi que d'un texte de littérature profane.
Des annexes proposent des
tableaux, un glossaire, des index et une chronologie.
Gérard JOLY
SIMON (Gildas) : " La
planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255
pages, 15 cartes.
Le géographe qui suit, avec
raison, les publications de Gildas Simon se rappelle son livre publié en 1995
Géodynamique des migrations internationales dans le monde (Paris, PUF). Cet
ouvrage, après avoir analysé dans une première partie les " dynamiques
actuelles ", présentait dans une seconde partie les " systèmes
migratoires ", donc, essentiellement, ceux des années 1980 et du début des
années 1990. Toutefois, comme il est impossible d'être exhaustif, il ne
traitait pas des systèmes migratoires de l'Afrique, de l'Amérique latine ou de
l'ex-Urss, qui venait d'imploser quelques années auparavant. On aurait pu donc
imaginer que Gildas Simon propose, une quinzaine d'années plus tard, une mise à
jour complète de son précédent livre.
Mais son livre a le mérite d'être
beaucoup plus ambitieux. Prenant en compte les considérables changements
intervenus depuis avec ce qu'il résume dans son titre du terme "
mondialisation ", il propose un livre nouveau dans son plan comme dans son
contenu. Quant à la méthode d'analyse, elle s'enrichit, sachant que " le
déplacement des problématiques vers la prise en compte de nouvelles formes
d'organisation spatiale de la mobilité ne signifie pas pour autant la caducité
des méthodes d'analyse traditionnelle de la migration ". Nous adhérons
totalement à cette réalité puisque nous avions formulé par avance notre accord
avec l'auteur sur la nécessité de prendre en compte à la fois les concepts
traditionnels et les nouveaux nés de la mondialisation en écrivant notamment :
" La combinaison des facteurs migratoires classiques et des nouvelles
logiques migratoires multiplie les types de migrations et rend possibles des
cheminements de plus en plus complexes " (" Les nouvelles logiques
migratoires ") dans : Université de tous les savoirs, sous la direction
d'Yves Michaud, Qu'est-ce que la Globalisation ?, Paris, Éditions Odile Jacob,
2004, p. 97-116).
Une seconde approbation du beau
travail de l'auteur tient au fait qu'il refuse, à juste titre, de se laisser
pervertir par différents poncifs les plus répandus en écrivant : " Nous ne
partageons pas le schéma qui paraît désormais admis, du moins dans le champ de
la recherche, du remplacement définitif du paradigme migratoire par le
paradigme circulatoire ". En effet et par exemple, l'importance des
migrations ne doit pas conduire à nier que, pour la nature humaine, le souhait
de " vivre et travailler au pays " demeure privilégié. Celui de
s'approprier définitivement un territoire qui devient un lieu définitif de vie
reste aussi, le plus souvent, pour le migrant une intention qui, un jour,
l'emporte. Ayant posé les bases qui justifient à la fois la durabilité et la
mobilité des concepts géographiques, l'auteur décline la planète migratoire en
quatre parties. La première, après avoir d'abord résumé la longue histoire
migratoire de l'humanité, montre comment la mondialisation des flux dessine
actuellement une nouvelle géographie migratoire. L'auteur illustre cette
dernière par les évolutions des systèmes migratoires nord-américain et européen
et l'analyse en montrant l'importance de la dimension réticulaire de la
migration. La deuxième partie dresse un bilan des migrations forcées et des
migrations de travail et insiste sur la diversité croissante, par sexe comme
par âge, des caractéristiques des migrants parmi lesquels il faut parfois
intégrer des éléments subjectifs comme " l'imaginaire migratoire ".
La troisième partie insiste sur
différentes formes transnationales. La première tient aux stratégies
familiales, d'autant que les migrations familiales ont une place déterminante
dans les dispositifs légaux des pays du Nord. Au plan économique, les liens
diasporiques créent aussi des liens économiques facteurs de circulation
migratoire. Quant à la facilitation accrue des transferts financiers dans le
monde, elle concourt également à la migration, qui implique en outre des
recompositions identitaires et culturelles qui font l'objet d'un chapitre 13.
Après les riches trois premières parties, la quatrième et dernière partie
s'intéresse aux politiques migratoires des pays du Nord et notamment à l'Europe
de Schengen. À côté d'analyses justes, cette partie nous apparaît plus
discutable car elle met insuffisamment en évidence le caractère dual de ces
politiques. L'auteur me permettra donc d'ouvrir un débat sur cette question.
Par exemple, il parle pour la France d'une politique " de plus en plus
fermée ", ce qui est, il est vrai, une idée souvent répandue, alors que la
réalité peut être jugée contraire. En effet, tant dans les années 1980 que dans
les années 1990, le pouvoir, de gauche ou de droite, a apporté de nombreux
témoignages de sa volonté de tendre vers une " immigration zéro ". En
revanche, depuis les années 2000, la politique migratoire de la France s'est
inversée. Le mythe de l'immigration zéro a été politiquement abandonné et
l'ouverture à l'immigration de travail s'est largement effectuée, soit dans le
cadre de l'Union européenne (ouverture partielle, puis fin de la période
transitoire avec les nouveaux membres en 2008, soit l'enterrement du refus du
" plombier polonais " qui avait justifié, à tort, la période
transitoire), soit avec les pays du Sud (accords migratoires organisant des
possibilités migratoires, droit donné aux étudiants étrangers d'acquérir une
première expérience professionnelle en France...), tandis que la France
demeurait largement ouverte à l'immigration familiale et se classait, parmi
tous les pays du monde, premier ou dans les toutes premières places au titre
des demandes d'asile. D'ailleurs, même après corrections, le solde migratoire
de la France des années 2000, au moins jusqu'à la crise démarrée en 2008, est
largement supérieur à celui des années 1990. En outre, il faut noter que, dans
les pays du Nord, ceux qui aspirent le plus à une immigration de peuplement, le
Canada et l'Australie, sont en même temps ceux dont le contrôle de l'immigration
est le plus organisé. Autrement dit, dans les pays du Nord, tout se passe comme
si l'ouverture migratoire et le contrôle de l'immigration étaient les deux
faces d'une même pièce de monnaie. Quant à la politique de l'Union européenne,
on peut se demander si elle résulte d'une " stratégie volontaire ou
contrainte ? ", question traitée dans le livre dirigé par Abdelkhaleq Berramdane et Jean Rosetto .
Au total, le livre de Gildas
Simon est à la fois riche de nombreuses et fines analyses et fort intéressant
par les utiles débats qu'il peut susciter.
Gérard-François DUMONT
BRIGAND (Louis) : "
Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages.
Louis Brigand est géographe. Il
nous livre son sentiment sur ces microcosmes singuliers que sont les îles. Deux
motifs substantiels pour nous intéresser à son livre. Ses connaissances sont le
fruit d'une existence passée à voguer d'île en île. Il les a abordées en tous
les océans et mers du Monde et aussi sur des fleuves. Qu'il s'agisse des
vingt-huit îles ou groupes d'îles de France métropolitaine ou des vingt deux
îles ou groupes d'îles du reste du Monde, chaque fois le même objet infiniment
complexe est livré aux analyses de l'auteur, révélant similitudes et
singularités. C'est tout d'abord une description de la vie quotidienne des
îliens, imprégnée d'une acceptation fataliste de leur sort. Celui de
communautés partageant le même mode d'existence, dominé par le vent et la
rudesse de la pêche. Ce qui leur confère leur " statut " d'insulaire.
L'auteur fait le constat que tout cercle restreint vit une intimité fragile, ce
qui ne l'empêche pas d'être soudé vis-à-vis de l'extérieur. Notre attention est
attirée sur la comparaison possible entre l'île et le village de montagne où
l'autobus est le frère du bateau et où s'exerce une solidarité quasi insulaire,
ceci étant de même nature pour l'oasis.
Pour l'auteur, les îles
constituent un " gisement géographique " dans lequel, sous sa
conduite, nombre d'étudiants ont travaillé à des nouvelles connaissances. Il
nous rappelle que l'insularité a une incidence majeure sur l'évolution, ce en
quoi le Conservatoire du littoral hérite d'une responsabilité historique. En
bref : Besoin d'îles : besoin d'elles ! De Béniget en
particulier.
Jacques GASTALDI
BENISTON (Martin) : "
Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale
" 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages :
Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9
d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas
explicitement de climatologie
On ne peut que se féliciter du
souci qu'a l'auteur d'insister sur la signification des échelles et d'en faire
la trame de son ouvrage. On est cependant quelque peu dérouté de voir la Suisse
illustrer à elle seule, dans le détail, les échelles régionales et locales, de
telle sorte que lorsqu'on en arrive à elle, on a le sentiment d'entrer dans un
développement qui pourrait être autonome. Comment ne pas regretter, par-delà
l'analyse approfondie des latitudes extratropicales, celle, également
approfondie, des latitudes sub et intertropicales.
Les changements climatiques annoncés dans le titre, sont pourtant d'approche
avant tout globale et ne sauraient minorer des latitudes qui risquent de
fournir les plus grosses masses de réfugiés climatiques.
Une meilleure connaissance de la
production française, en particulier celle des géographes, aurait évité de
déséquilibrer l'ouvrage à l'avantage des régions extratropicales (l'Europe, la
Suisse), dès lors qu'il doit être question de décrire des espaces territoriaux
intéressant toute la mosaïque climatique du globe. Du moins, telle est la
position à laquelle semble inviter, répétons- le, le titre du livre. Mais ces
remarques ne doivent pas, pour autant, occulter les qualités du texte. On ne
peut être que d'accord avec l'auteur lorsqu'il souligne que c'est du
Réchauffement Global qu'il doit être question, avant de parler de changement
climatique. On est actuellement en phase de réchauffement, et non de réel
changement, tout comme au XVIIIe siècle, on était en phase de refroidissement,
sans que le climat ait été considéré comme changé pour autant. Si le
réchauffement doit dépasser un seuil que l'on peut fixer à 2"C - 3"C
par rapport à l'ère préindustrielle, on entrera alors dans un processus de
" changement ". Pour la suite, on retiendra :
Le système climatique : C'est le
" grand classique " ; tous les auteurs y reviennent. Le texte n'en
est pas moins fort pertinent. On fera toutefois une remarque à propos de la cryosphère. L'auteur évoque, à juste titre, les
rétroactions qui s'instaurent entre les englacements et l'atmosphère. On aurait
aimé que soit développé ici, le fait que l'Arctique se réchauffe plus vite (
réchauffement de l'ordre de 7,5 - 8°C par rapport à l'ère préindustrielle prévu
d'ici la fin du siècle ), que l'ensemble de la planète (3° C, référence faite
au scénario médian du GIEC). C'est que, par rétroactions, l'Arctique intègre à
la fois le réchauffement global et des processus internes, avec un albédo dont l'affaiblissement
progressif doit induire, par effet cumulatif, une décrue glaciaire accélérée.
Les forçages naturels du système climatique. Ce ne sont autres que les facteurs
climatiques (cosmiques, planétaires et géographiques ). Les facteurs planétaires,
impliquant l'atmosphère, apparaissent alors comme ceux sur lesquels
interviennent les hommes avec l'introduction des GES D'où l'intérêt du
développement sur le cycle du carbone et sur les caractéristiques des GES.
Modélisation et observation du
climat. La pertinence des modèles est telle pour l'auteur, qu'ils constituent
pour lui, des outils d'une puissance leur permettant d'aller " au-delà de
l'interprétation des données d'observation ". Remarque intéressante car
elle nous amène au cœur d'un débat qui peut opposer l'observation (où
s'inscrivent prioritairement les climatologues géographes) et les modèles
mathématiques. C'est que les climatologues géographes sont, pour beaucoup
d'entre eux, avant tout des naturalistes qui n'acceptent pas l'idée selon laquelle,
si l'observation aboutit à des conclusions différentes des modèles, ce sont
nécessairement les modèles qui ont raison.
Changements climatiques actuels
et futurs. Très bon chapitre, dont on aurait aimé, qu'il fut plus détaillé
concernant les régions tropicales. On lui rattachera un point que l'on relève
dans l'étude de la Suisse. Il s'agit de la signification de la canicule de
2003. Il est écrit (p. 165) que " les processus physiques qui ont
caractérisé la vague de chaleur 2003.... vont se multiplier au cours des
prochaines décennies ". Le raisonnement est théoriquement parfait dans la
perspective du réchauffement. Il se trouve cependant que l'observation force à
se poser une question. Comment se fait-il que, en phase de réchauffement
indiscutable de la planète, surtout à partir du milieu du XXe siècle, on
continue d'observer des hivers sévères, des vagues de froid profondes et le
maintien de manifestations du système polaire, jusqu'au cœur de certains étés.
Il n'est pas question de minimiser l'importance des canicules éventuellement
sévères. Ce dont il est question, c'est du processus antagoniste, qui rappelle
le maintien des laboratoires d'air froid, malgré le réchauffement. D'où la
variabilité accrue à laquelle on doit s'attendre aux latitudes moyennes, dans
les décennies qui viennent, l'air froid étant maintenu au contact d'air de plus
en plus chaud. Le climat en Suisse depuis 1900 ( En soi, développement réussi).
Par delà l'intérêt porté à la diminution des englacements alpins qui sont en
phase avec celle de toutes les montagnes du globe, on retiendra la corrélation
présentée entre la variabilité de l'Oscillation Nord Atlantique et celle des
pressions sur le pays (figure 7.8, p.145).situation d'autant plus intéressante
qu'elle caractérise une partie au moins, de l'Europe, et non simplement la
Suisse. Sans vouloir retirer à cette corrélation toute l'attention qu'elle
requiert, on fera remarquer toutefois ceci. C'est l'application d'une moyenne
glissante au pas de temps de 5 ans, dont le but est d'éliminer " le bruit
interannuel dans les séries " qui donne cette " subtile "
(citation de l'auteur) relation. Or, cette technique statistique simple a pour
conséquence, en éliminant " le bruit interannuel " d'éliminer des
situations " vraies ", qui ne sont pas forcément en phase avec la
tendance mise en évidence. Faire face aux changements climatiques. Bon
développement.
Ce qui précède fait apparaître
certaines réserves. Ces réserves sont un appel au dialogue, en particulier avec
la climatologie géographique française, dont le signataire de ces lignes a la
faiblesse de croire qu'elle n'est pas sans qualités. Ces précisions étant
données, on ne peut que recommander le livre.
Pierre PAGNEY
AROM (Simha)
: " La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusi-cologue
" 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages
Voici un destin extraordinaire. Simha Arom n'évoque pas l'enfance
forcément tragique d'un jeune juif allemand dans les années 1930-40. Elevé en
France, il est formé au Conservatoire national de Musique de Paris, avant de
gagner la jeune République d'Israël.
En novembre 1963, " le
téléphone sonna chez un corniste de l'orchestre symphonique de la radio
israélienne " : le président centrafricain David Dacko
cherchait un expert pour former " une fanfare de jeunes de chez nous
". Au début des années 60, le gouvernement israélien, non suspecté de
colonialisme, développe une politique de Coopération active pour gagner à l'ONU
les voix des pays africains venant d'acquérir leur indépendance. A 33 ans,
disponible, Simha Arom
s'envole vers Paris pour rencontrer quelques spécialistes : A. Schaeffner, D. Paulme, E. de
Dampierre, avant de parvenir à Bangui à l'occasion de la Ëte
nationale, le 1"'décembre. Il y subit " un déferlement sonore... le
choc de musiques dissemblables ", notamment les " prodigieux chants
polyphoniques pygmées, venus du fond des âges ". Plutôt qu'une fanfare, il
propose au président de créer un chœur de jeunes, ainsi que des archives de musique
locale.
Accompagné de G. Dournon, il sillonne durant trois ans le pays, rassemblant
les éléments d'un musée des arts et traditions populaires, inauguré le
1"'décembre 1967 par... J.B.Bokassa qui entre temps s'est emparé du
pouvoir. Fin 1967, S. Arom se retrouve à Paris
attaché de recherche au CNRS, " n'ayant ", dit-il, " pas même
mon baccalauréat ", mais avec un sujet de thèse : " L'arc musical
Ngbaka ". En 1971, il revient en Centrafrique dans le cadre du LACITO,
laboratoire du CNRS dirigé par J.M.C. Thomas, pour participer à l'étude de la
langue et de la musique des Pygmées Aka du sud-ouest
(et non de l'est) de Bangui. A ce jour, treize volumes de l'Encyclopédie des
Pygmées Aka sont déjà publiés.
Chercheur compétent, aussi
passionné et chaleureux que pédagogue, S. Arom évoque
aussi bien le " cantus firmus " médiéval que le jodel
(alternance rapide entre voix de poitrine et voix de tête) que l'on retrouve en
Centrafrique comme dans les Alpes. Il étudie de même les orchestres de trompes
des Banda - Linda, les unes étant des cornes d'antilopes, les autres "
creusées dans des racines d'arbres évasées ". L'IRD ex-ORSTOM assurait un
soutien logistique à ces missions CNRS auxquelles certains de ses propres
chercheurs étaient associés (tel Henri Guillaume). La dernière fois que nous
avons rencontré S. Arom, en 1989, il travaillait sur
son terrain d'enregistrement équipé de synthétiseurs ultra - modernes. Il
venait d'entreprendre l'étude des échelles musicales dans le but de comprendre
comment différentes communautés ethniques les conçoivent. Plutôt que l'échelle
diatonique, en effet, " en Afrique Centrale, on utilise le plus souvent
une échelle pentatonique anhémitonique ". S. Arom
a travaillé au Burkina Faso, au Bénin... mais il est bien sûr revenu chez les Aka ne serait-ce que pour enregistrer le " chant sur
le cadavre ".
Quel parcours pour cet
ethnomusicologue de renommée mondiale : il vient de se voir décerner le prix
international de la fondation Fyssen !
Yves BOULVERT
ROUSSET (Marc) : " La
Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des
civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de
l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages
L'auteur (diplômé HEC, Docteur en
Sciences économiques, MBA Columbia, AMP Harvard Business School)
soutient (sans aucunes références bibliographiques) que les Européens, sauf les
Britanniques et les Irlandais, sont avant tout des citoyens paneuropéens.
Ceux-ci ont tout intérêt, à la suite de la politique du Général de Gaulle, de
s'associer à la Russie comme à l'Allemagne pour une Grande Europe continentale
de Brest à Vladivostok. Il est donc très critique vis-à-vis des Etats-Unis et
hostile à l'OTAN, et au Système d'Union européenne supranationale. Il soutient
que la Russie est européenne, parce que son centre de gravité est plus que
jamais en deçà de l'Oural, que le catholicisme et l'orthodoxie sont les "
deux poumons de l'Europe " et qu'il n'y a pas d'opposition entre catholiques/protestants
ouest-européens et orthodoxes de l'autre. Voilà un plaidoyer séduisant dans le
sens de la politique du gouvernement russe de Poutine et son rêve de nouvelle
grande puissance euro-asiatique continentale. Ce livre très argumenté et
intéressant se lit agréablement.
Pour Marc Rousset le contrôle de
la Sibérie sera le grand enjeu du XXIè siècle, face à
la puissance chinoise. La Russie est le Far East de l'Europe par ses grands
espaces sous-peuplés et un " avant-poste " de l'Occident chrétien
face à la Chine et à l'Islam de l'Asie centrale. L'auteur sort des arguments
historiques pour sa démonstration : Paris avec Napoléon et le Blocus
continental, Berlin et Vienne avec le Drang nach Osten, le " Lebensraum " nazi, Moscou et la zone soviétique
au-delà du rideau de fer. Pour maintenir la paix sur le continent, il faudrait,
selon Marc Rousset, rompre avec l'Europe transatlantique de l'OTAN et
constituer avec la Russie un arc boréal paneuropéen de nations, se concrétisant
par un rapprochement " entre l'Europe carolingienne, capitale Strasbourg
" (sic) et la Russie. L'avenir serait dans une grande Europe avec deux
alliances ouest-est européennes qui s'équilibreraient mutuellement. C'est
exactement ce que souhaite la Nouvelle Russie redevenue nationaliste pour contrer
l'OTAN et l'Union européenne à 27, qui remet en cause fortement la sphère
d'influence russe sur les Pays d'Europe centrale et orientale. Et à défaut du
français, l'auteur remet en selle une langue internationale, l'espéranto, pour
que ce ne soit pas la langue des impérialistes américains qui triomphe en
Europe. Ce plaidoyer bien argumenté aurait demandé 7 années de travail :Il se
divise en trois parties : L'Alliance Europe carolingienne/Russie, les Défis à
l'Alliance carolingienne/ Russie. Quelle langue commune pour le continent
européen(qui ne soit pas l'anglais) :le multilinguisme, une stratégie
nécessaire.
La première partie est une vive
critique de l'actuelle Union européenne et de l'Alliance Atlantique. Elle
souligne l'importance de l'espace économique et énergétique fondé sur les
échanges euro-russes, et, au contraire, une Union européenne apolitique de
libre échange, sans " âme ni frontières ", rejetée par les
référendums populaires. L'auteur croit à un noyau dur France-Allemagne, âme et
tête de " l'Europe carolingienne ", avec l'Italie et l'Espagne. Il
met en avant ce qu'il considère comme le dangereux encerclement et le
refoulement de la puissance russe par l'OTAN, accusée de troubler les relations
de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Moldavie avec leur grand voisin. Pour
conclure cette première partie, il devient évident que seul l'axe
Paris-Berlin-Moscou serait la seule voie d'avenir pour l'Europe. Mais cette
Alliance se heurte à l'Angleterre " cheval de Troie de l'Amérique "
(sic).Seul cet axe serait capable de faire face à l'immigration
extra-européenne et au terrorisme islamique, en s'opposant fortement comme les
Russes à la mondialisation euro-atlantiste. L'auteur montre les rivalités
actuelles en Asie centrale entre Russie, Amérique et Chine. Il est très
critique vis-à-vis de la Pologne " atlantiste, ennemie héréditaire de la
Sainte Russie " et de la Turquie que les Américains veulent imposer et
elle aussi ennemie héréditaire de la Russie et de mettre en avant au contraire
l'enjeu prometteur de la Sibérie par le contre-poids
Paris-Berlin-Moscou
Si l'auteur me semble sincère
dans ses réflexions, il fait le jeu de la propagande nationaliste russe et des
tenants de l'antiaméricanisme. Pour un économiste distingué, il est, me
semble-t-il, affligeant de soutenir des réflexions sans nuances sur le rôle des
Etats-Unis et sur un renouveau de méfiance nationaliste russe, dont il se fait
le porte-parole vis-à-vis d'une Europe centre-orientale qui a voulu s'émanciper
par l'OTAN de la pression et de la tutelle économico-politique russe, notamment
par la distribution du pétrole et du gaz naturel. Bref, cette étude originale,
intéressante par ses arguments, qui ne sont pas chiffrés, manque d'objectivité
en ne prenant pas en compte l'identité d'une Europe à géométrie variable entre
Etats-Unis et Russie, qui voit dans la Russie un partenaire distinct qu'il ne
convient pas d'intégrer dans une Eurasie irréalisable avant longtemps
Bernard DÉZERT
TEULON (Frédéric) :
" Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la
pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par
nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages.
Ce dictionnaire me paraît être un
chef d'œuvre, car il rassemble les biographies de la majorité des économistes
qui ont marqué leur siècle depuis l'antiquité gréco-romaine. L'auteur,
professeur à l'Ecole supérieur du commerce extérieur et à l'IPAG a auparavant
dirigé la publication du Dictionnaire d'histoire, économie, finances,
géographie. L'objectif est d'être avant tout un ouvrage de référence pour tous
les grands auteurs économistes, mais aussi de culture générale, offrant une
vision synthétique et globale de l'état des savoirs en économie.
L'auteur nous offre l'analyse des
avancées de la science économique au cours des âges, à travers près de 1000
auteurs. Les biographies sont plus ou moins substantielles, mais les créateurs
de l'économie moderne à base mathématique ont naturellement les pages les plus
importantes. Les plus modernes ont droit à de lon gues présentations, par exemple William Baumol,
Gary Becker (5 p.), Jean Fourastié (4 p.), Milton Friedmann (7,5 p.), Friedrich
Hayek (7 p.), John Ecks (4 p.), John M. Keynes (10
p.), Paul Krugman (6 p.), Robert Mundell
(6 p.), Joseph Schumpeter (6 p.).
L'analyse historique est très
développée pour les anciens : l'auteur range Vauban parmi les économistes et il
a raison, comme avec Marx et Engels ou Rosa Luxembourg, pour montrer les prises
de position politico-économistes. Les économistes modernes sont souvent
présentés avec les modèles mathématiques qu'ils ont conçus. L'étude
scientifique montre l'évolution récente des économistes vers les méthodes des
sciences dures, même si la modélisation est parfois audacieuse, quand elle veut
être prévisionniste. Les étudiants et les chercheurs, même non économistes
comme les historiens et les géographes apprécieront les réflexions solides sur
les grands économistes qui ont évolué d'un genre littéraire comme le Comte de
Saint-Simon à un vocabulaire scientifique avec des analyses statistiques et
mathématiques de plus en plus poussées.
Bernard DÉZERT
BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT
(Guillaume) : " Toute la géographie du monde ", Paris,
Fayard, 2007, in 16, 412 pages.
Tout honnête homme du XXIe
siècle, surtout s'il n'est pas géographe professionnel, devrait avoir lu cet
ouvrage. En effet, il s'agit d'un panorama géographique, historique et
géopolitique succinct, mais complet et expliqué, des 220 Etats qui se partagent
la surface de la terre en soulignant les traits essentiels de chacun d'eux,
quelle que soit sa taille, et chacun selon son importance. Le Burundi a droit à
cinq lignes comme le Bhoutan, le Sénégal a une page, le Nigéria en a deux comme
la Suisse. Bref, le minimum de ce que chaque citoyen du Monde devrait savoir de
chaque pays pour comprendre. Le sens du raccourci des deux auteurs leur fait
trouver dans tous les domaines, la formule-choc que chacun retient.
Cette étude Etat par Etat, est
précédée d'un rappel des caractères physiques de la Terre et de son
architecture générale et se termine par une mise au point sur les phénomènes de
mondialisation expliqués, et relativisés. Les océans, mers et archipels sont
eux aussi caractérisés et leur rôle souligné. Des regroupements régionaux
d'Etats sont effectués, souvent originaux, puis dans un dernier chapitre, les
grands problèmes mondiaux sont évoqués : réchauffement climatique,
alimentation, transports, rôle des frontières, religions, délocalisations,
migrations, organismes internationaux etc. Bref, en 400 pages et 17 cartes, un
Vade-mecum indispensable pour celui qui veut comprendre le Monde d'aujourd'hui
dans sa diversité.
Jean BASTIÉ
FUMEY (Gilles) : "
Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages
En un style alerte et accessible
à tous, Gilles Fumey dégage d'emblée les interrogations du monde contemporain
dans le grand débat pour " nourrir la planète ".
Passant par-delà les lieux communs, il pointe les incohérences du système
alimentaire mondial, avec le jeu des firmes, des ONG, les déficits alimentaires
affichés et, encore et toujours, la dépendance des " Sud ".
Ce petit ouvrage a le mérite
d'identifier les processus à l'œuvre, dénonçant les
" politiques " et leurs erreurs, les
" Cassandre ", alarmistes et leurs propres intérêts, la
" fatalité " qui s'abat sur les plus pauvres de la planète,
assortie des effets, réels ou supposés, d'un " réchauffement
climatique " amplement médiatisé. Au fil des pages, se tisse un
plaidoyer pour la prise en compte des spécificités régionales dans le monde, à
l'encontre des paramètres standard utilisés pour caractériser les moyennes
mondiales de la sous-alimentation.
La cause des agricultures
paysannes apparaît comme une référence oubliée des politiques, et l'auteur
tient à rappeler, avec raison, la part des valeurs fondamentales régissant les
liens de l'Homme à la terre et la défense d'une agriculture vivrière. Le rôle
de la paysannerie, évoqué dans le chapitre VI et en conclusion
(" l'avenir s'écrit aussi avec les paysans ") aurait, à lui
seul, mérité plus que quelques pages. Ainsi, en six chapitres ouverts sur des
préoccupations contemporaines, qu'elles soient de l'ordre de la loi des marchés
mondiaux de productions agricoles, du rôle des IAA, de la géographie du goût ou
des " géopolitiques dans l'assiette ", l'auteur balaie
l'essentiel des questions à l'interface de l'agriculture et de l'alimentation
dans le monde et plante les bases d'un vrai débat. Rappelons l'intérêt des
cartes et les données statistiques en fin d'ouvrage.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
BOGLIOLO BRUNA (Giulia) : " Apparences trompeuses. Sananguaq.
Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages
Ce livre explore l'art et les
mythes inuit avec une belle préface de Jean Malaurie. Le grand Nord, ultima thulé était à la fois
région apollinienne de l'harmonie chez les grecs et royaume du chaos ou du
purgatoire (les volcans d'Islande ?). L'inuk
ressent la sacralité de cette nature animée, tel un angakkok-chamane-
qui possède un pouvoir magique et peut déchiffrer le système entre microcosme
et macrocosme et voir au delà des apparences pour atteindre la
vérité.." sous le signe des apparences trompeuses les esprits-
tutélaires ou hostiles, célestes ou chtoniens entourent et protègent ces nomades
des déserts froids ".
La pulsion esthétique se
manifeste alors par une grande puissance créatrice d'où une variété de formes
et de styles à la fois réalistes et surréalistes. Sananguak
est l'art du chasseur-artiste inuk. pour lequel la
vérité n'est pas toujours la réalité visible :l'androgène primitif, nalikatek la déesse de la mer, sirène effrayante, superbes
œuvres en ivoire ou bois flotté, sont des sculptures investies d'un pouvoir
associées à des pratiques magiques ou religieuses. Seul le chaman peut relier
le monde des vivants et celui des morts. La matière est avant tout sacrée et
vivante, d'où les amulettes et talismans : mythe de la naissance du monde.
Puis
les "blancs " sont arrivés mais les inuit n'ont pas trahi
leur identité( leur langue primitive se retrouve dans les légendes du Groenland
et du Canada arctique). D'abord les vikings dès 985 sur la côte sud-ouest du
Groenland, qui auraient continué à avoir des relations commerciales pendant
plusieurs siècles et dont le souvenir a été occulté par les inuits.
Ensuite les marins et pêcheurs au Labrador et Terre Neuve, les baleiniers
basques français et espagnols. A noter que le fer semble avoir été connu avant
l'arrivée des européens qui développèrent le troc et les échanges. A la
recherche des derniers descendants des vikings, le commandant danois Gustave Holm découvre en 1884 les eskimos d'Ammassalik.
Après l'arrivée des prêtres et des pasteurs, tous les inuit seront convertis et
baptisés vers les années 1920. Les objets et sculptures inuit perpétuent les
anciens mythes. Giulia Bogliolo
Bruna a écrit ce livre des " merveilles
nordiques "Elle est ethno-historienne et membre du Centre d'Etudes
Arctiques et du Centre d'études amérindiennes de Pérouse.
Michel DAGNAUD
FAURE (Juliette) : "
Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris,
270 p., 23 €
C'est à une balade historique
dans le quartier parisien du Marais que l'auteur nous convie. Une balade
suivant un parcours bien ordonné afin d'arpenter chaque rue de ce quartier et
de ses abords. Sept chapitres sont dédiés à des sous-ensembles géographiques
marqués, parfois différemment, par les événements historiques.
Les emplacements, les rues et une
multitude d'hôtels particuliers font l'objet d'une description historique par
laquelle les périodes fastes ou troubles de l'Histoire de France sont évoquées
avec leurs conséquences architecturales, artistiques et culturelles. Ce lieu,
tellement propice aux révoltes et aux conspirations politiques, a été le
creuset d'événements majeurs : notamment les guerres de religion et, plus
tard, la Révolution française lors de la prise de la Bastille.
Une place conséquente est donnée
aux personnages royaux qui ont résidé à l'intérieur du Marais, aux religieux et
hommes d'église qui sont venus y édifier leurs églises et exercer leur culte,
aux célèbres Templiers qui y établirent le siège de leur confrérie et qui y
périrent sur le bûcher, aux destinées des grandes figures historiques qui l'ont
fréquenté, aux modes de vie, aux mœurs des notables, des artistes, des
écrivains, des citoyens, des artisans qui ont façonné le quartier, que ce soit
par l'exercice de leur profession, par leur esprit rénovateur ou par leur
talent artistique, et aussi aux femmes influentes et célèbres qui y tinrent
salon.
Chaque Parisien appréciera de
renouer avec ses racines en effectuant un parcours truffé d'anecdotes dans ce
quartier si ancien.
Gérard JOLY
CROIX (Nicole), RENARD (Jean)
: " Mouchamps. commune des bocages vendéens
" Editions P.U.R.
Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages
" Les auteurs
souhaitent inscrire cet ouvrage dans une série de monographies
géographiques ". Le ton est donné dès l'introduction. Les auteurs,
Nicole Croix et Jean Renard, professeurs émérites en géographie, affichent avec
bonheur le parcours d'une commune vendéenne, renouant avec une pratique
longtemps décriée par les " modernes " de la géographie.
Cet ouvrage éclaire, dans toutes
ses dimensions, l'évolution d'un territoire rural, avec ses pesanteurs, ses
dynamiques, ses valeurs économiques et son identité, ce qui, dans le contexte
du bocage vendéen, revêt une signification fondamentale et justifie,
précisément, qu'on s'y attache. Que cette collection débute par une étude sur
une commune de Vendée n'est pas neutre : le " modèle "
vendéen basé sur un développement endogène et son fait
" entrepreneurial " intégré aux campagnes reste une
référence pour les zones rurales et méritait bien cet éclairage.
La présentation est claire,
pédagogique, structurée en des thèmes accessibles à tous. Dotée d'une abondante
iconographie - cartes, schémas, photographies - cette étude rappelle qu'en
géographie rurale tout particulièrement, les réalités ne sont livrées qu'à
celui qui chausse les bottes pour parcourir les campagnes.
Au cœur du débat, il ne faut pas
s'y méprendre, c'est bien de la construction d'un territoire par des sociétés
paysannes qu'il s'agit, c'est d'une Vendée habitée, qui vit et témoigne de la
valeur du temps et des hommes, face à la banalisation du fait rural dans le
contexte européen. Mouchamps devient ainsi un maillon
de cette diversité qu'il faut maintenir et encourager. Les auteurs ont ouvert
la voie et initié cette démarche, gageons que des monographies d'autres
communes viendront enrichir cette collection et ouvrir ainsi le champ d'un
débat constructif sur le devenir des espaces ruraux.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
COURTOIS (Sébastien de) :
" Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages
Cet ouvrage relate un grand
périple dans la Turquie contemporaine sur les traces de la chrétienté.
L'auteur, Sébastien de Courtois, est journaliste et juriste, excellent
connaisseur de la Turquie où il séjourne régulièrement. Il entraîne le lecteur
au long d'un parcours très riche, au gré de monuments et de témoignages
rappelant des pages de l'histoire chrétienne de cet Etat musulman. L'auteur
possède une réelle connaissance des premiers temps de l'Eglise, de la vie des
Apôtres, bien avant l'Islam, sur ces terres d'Asie mineure. L'immersion dans
l'Histoire sainte qui, parfois, par sa complexité, égare le lecteur, poursuit
son objectif : le voyageur entend faire revivre, les restes des églises et
autres sites chrétiens émaillant son chemin, vestiges de la présence des Grecs
qu'il connaît parfaitement bien.
Partant de l'assassinat du
journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, en janvier 2007, l'auteur rappelle les antagonismes
cruels dont ont été victimes les Arméniens dans ce pays, plaçant son périple
sous le signe des relations ambiguës entre chrétienté et islam dans une société
turque écartelée par ce débat " politique ", ainsi que par
les non-dits, les oublis, voire une amnésie organisée par cet Etat qui frappe
aux portes de l'Europe. Alors que le fond du problème est résolument marqué par
des contradictions de taille - l'obstination du Pouvoir à nier la réalité du
génocide des Arméniens, à effacer toute trace de faits réfutés par l'Histoire
officielle de la Turquie moderne - S. De Courtois se livre à un exercice
périlleux fait de compromis et de faux semblants vis-à-vis de faits de mémoire
et, tout particulièrement, ceux du peuple arménien. Comment comprendre ces
aller-retour de langage ? Pourquoi n'évoque-t-il que des
" massacres ", terme politiquement correct qu'il ne
substitue jamais à celui de " génocide ". Serait-il
soucieux de ménager des susceptibilités ? Aurait-il émis le vœu d'une
objectivité scrupuleuse ? Mais au bénéfice de qui ? Ces décalages
entre l'extrême rigueur de ses descriptions du chemin des premiers chrétiens et
le flou, entretenu, de ses positions sur le débat historique des Arméniens de
Turquie, sont récurrents, tout au long du récit.
Ce récit rejoint un grand débat
contemporain sur les menaces qui pèsent de plus en plus sur l'avenir des minorités
chrétiennes dans nombre d'Etats de la région. Pourtant, malgré ses qualités, il
ne peut faire l'unanimité. Il aurait pourtant suffi de prendre en compte les
réalités convaincantes sur le fait socio-culturel
arménien. L'anéantissement total d'une Histoire et d'une mémoire reste le
non-dit que l'auteur évite d'aborder ; en témoigne, sans aucun doute,
l'oubli magistral et très révélateur de cet état de fait : le 24 avril
1915, date de référence du génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman, n'est
même pas mentionnée dans la chronologie de début d'ouvrage. Mais est-ce un
oubli ?
Françoise ARDILLIER-CARRAS
DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY
(Annick - photographe) : " Botanistes voyageurs ; ou la passion des
plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008,
32x23 cm, 179 p., 39 €
Un bel ouvrage, abondamment
illustré avec des reproductions de planches issues de plusieurs herbiers dont
celui du Muséum d'histoire naturelle de Paris, l'ensemble étant entremêlé de
nombreuses photographies artistiques. Une vingtaine de botanistes,
apothicaires, médecins ou biologistes ont été choisis par l'auteur pour
jalonner l'histoire des principales découvertes réalisées en diverses parties
du monde. Et c'est avec une curiosité toujours renouvelée que l'on se remémore
le célèbre périple entrepris en Amérique latine par Humboldt et Bonpland qui,
en 1804, rapportèrent au Muséum une récolte particulièrement riche de
6 200 spécimens du monde végétal. On apprécie aussi les reproductions de
planches du précieux herbier réalisé par Pitton de
Tournefort au XVIIe siècle et les travaux de la classification des plantes
établie par Linné, améliorée par la famille Jussieu, ou, plus proche de nous,
les innombrables parcours de cet infatigable explorateur que fut Théodore
Monod, fasciné par le Sahara et toujours à la recherche de nouvelles espèces
végétales : il en a découvert 32.
Cet ouvrage raconte comment ces
explorateurs de la nature voyagèrent des années durant et rapportèrent de leurs
expéditions de nouvelles drogues, de nouveaux aliments ainsi que de nombreuses
plantes tropicales et exotiques.
Gérard JOLY
MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.),
MUSY (A.) : " Hydrologie fréquentielle, une science prédictive
" Presses polytechniques et univ. romandes Coll.
Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index.
Préface Bernard Bobée.
L'ouvrage, d'une présentation
impeccable à l'image des nombreux manuels rédigés par les enseignants et
chercheurs de l'EPFL et publiés par les Presses polytechniques universitaires
romandes, est un manuel de statistique, un manuel appliqué à l'hydrologie, mais
valable dans beaucoup d'autres domaines. Il convient pour l'aborder d'avoir
acquis quelques concepts de base, population, échantillon, médiane et
quantiles, variance, variable aléatoire ..., et il serait utile pour le lecteur
déjà familier de la statistique de mettre en évidence les caractères propres à
l'hydrologie. Destiné en premier lieu aux hydrologues, il emprunte des exemples
concrets à des cours d'eau suisses, sans aller jusqu'à fournir d'exercices
d'application à des problèmes pratiques de l'aménagement du territoire et de la
sécurité civile en général, ni à ceux des constructeurs et exploitants
d'ouvrages en milieu fluvial.
La spécificité précisée dans le
sous-titre, "une science prédictive", montre que l'objectif est de
fournir un outil à celui qui a besoin pour agir (ou ne pas agir) d'un aperçu
fiable d'un avenir plus ou moins lointain. Les difficultés en sont
soulignées ; en particulier la stationnarité des processus, bafouée à
l'échelle décamillénaire par la fin des glaciations
quaternaires est devenue bien difficile à admettre à l'échelle du siècle, en
raison du changement annoncé du climat, et même à très court terme lorsqu'il
s'agit d'événements rares, c'est-à-dire des valeurs extrêmes des distributions.
L'ouvrage montre les incertitudes qui subsistent toujours et la difficulté des
choix entre les modèles comme entre les tests, mais n'insiste pas sur les
conséquences de ces choix sur les valeurs extrêmes des distributions.
L'extrapolation des lois (mathématiques) que l'on peut ajuster sur les valeurs
centrales n'a aucune justification hors des domaines connus, même en conditions
stationnaires ; l'avenir garde son mystère. La Nature est floue dans l'espace
et capricieuse dans le temps, on ne sait pas assigner de limite à ses valeurs
extrêmes.
Sans doute, les débits et les
pluies "ont été, de bonne heure, des objets privilégiés de la
statistique descriptive et analytique" (Massé, 1940). Mais bien
longtemps avant l'ère du "tout-modèle numérique", la thèse de Monique
Dacharry (1974), portait déjà un jugement définitif
sur l'usage des statistiques : "la tentation est forte aujourd'hui pour
le mathématicien de dévorer les données, de jongler avec elles sans se plier au
réel, ... pour le géographe, de se cantonner dans une attitude de méfiance
globale" envers des formules "qui lui inspirent une vénération
un peu superstitieuse" (Halphen, 1955).
Beaucoup de sources françaises
sont utilisées au long des neuf chapitres (dont Duban et Guillot, Matheron, Thirriot ...), ce qui
témoigne de la richesse de la réflexion française dans ce domaine, mais les
influences anglo-saxonnes arrivent par le Québec, qui les a francisées (pour
s'en tenir à un exemple, les manuels de statistique français utilisent ²
et non chi carré). Beaucoup d'articles et ouvrages récents sont recommandés
(mais pas les publications de Jean Lombardi sur l'analyse fréquentielle,
éminent spécialiste suisse des barrages qui recommande d'utiliser des lois de
distribution bornées).
Pierre DUFFAUT
HUMBERT (Jean-Charles) :
" Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger,
1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008,
très nombreuses photos, 190 p., 36 €
Abondamment illustré, avec de
nombreuses photographies auxquelles sont mêlées des reproductions de cartes
portales, l'ouvrage se présente comme une évocation précieuse, à la fois d'un
pays et de plusieurs familles algériennes durant la seconde moitié du XIXe
siècle et le début du XXe.
Ayant été conçu comme un
véritable inventaire ethnographique et artistique, son contenu est associé aux
évolutions techniques du support photographique, lesquelles relèvent
essentiellement des progrès réalisés dans le domaine de la chimie. Dès cette
époque, des expositions de photographies sont organisées dans les grandes
capitales et elles donnent lieu à des palmarès. La photographie devient un
instrument aussi indispensable que le carnet et le crayon le sont à
l'ethnologue, au géographe, à l'archéologue, à l'historien, au voyageur comme
au savant.
La photographie va être
considérée comme un auxiliaire précieux pour rendre compte des évènements
importants. Ce sera déjà le cas lors des voyages effectués par Napoléon III à
Alger en 1860 puis en 1865. Quarante ans plus tard, la visite du Président Emile
Loubet en Tunisie et en Algérie fera l'objet d'un reportage pour lequel Jean Geiser s'efforcera d'en être le témoin officiel. Car, comme
tout photographe, il se préoccupe avant tout de capter ce qui est éphémère. Il
abandonne plus volontiers la reproduction des paysages nus aux peintres. Sur
les cartes portales qui sont éditées au tout début du XXe siècle, hommes,
femmes ou enfants sont presque toujours présents.
Remarquable portraitiste, Jean Geiser a été témoin de son temps en visitant le bled, la
Kabylie, en voyageant dans les régions du Sud aux portes du désert, en
parcourant des villes et des villages d'Algérie et de Tunisie. Il observe tout
sur son passage, la vie dans les quartiers, celle qui se développe autour des
édifices ou dans les marchés, le travail des fabricants et des commerçants, les
scènes de rues, l'équipement des ports, leurs navires de guerre, les navires de
commerce, le navire-école Duguay-Trouin, captant toujours l'instantané, le
répandant grâce au nouveau support postal que constitue la carte postale.
Jean Geiser
éditera des albums de photographies, présentera des reportages, des catalogues
de voyages. Il s'intéressera à des manifestations et à des festivités, ainsi
qu'à des représentations théâtrales dont ses clichés immortalisent certaines
actrices.
La photo de reportage a pris son
véritable essor au moment de la miniaturisation "relative" des
équipements, d'autant que celle-ci coïncida avec un usage croissant de la carte
postale. Des touristes, aussi bien que des militaires de l'Armée ou de la
Légion vont devenir photographes anonymes, fiers que leurs clichés puissent
être utilisés en cartes postales et appréciés par le public.
Photographe, un métier, une
passion. Jean Geiser en fut un grand passionné et il
laisse un important témoignage à l'attention des artistes, des historiens, des
géographes et de tous ceux qui ont attachement sentimental avec l'Algérie.
Gérard JOLY
COLIN-DELAVAUD (Claude) :
" Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p.
Cet ouvrage très original
déconcerte a priori le lecteur et c'est pourtant un essai de géopolitique
imaginant ce qu'aurait pu être la suite de la Seconde guerre mondiale, si les
troupes allemandes avaient réussi un débarquement en Grande-Bretagne en 1940,
si les troupes de Rommel avaient gagner le Proche-Orient et si les armées
allemandes en URSS avaient réussi à franchir le Caucase ou l'Oural. L'auteur se
basant sur ses expériences de géographe-explorateur en Asie Centrale, ose
affirmer que la guerre aurait duré une année supplémentaire ; mais, malgré
tout, la stratégie de Hitler n'aurait pu sauver l'Allemagne d'un désastre
militaire total, puisqu'il avait trop dispersé ses forces. Aurait-il pu
s'emparer des gisements de pétrole de l'Orient arabe et s'avancer vers l'Inde
et les troupes japonaises en refaisant le périple d'Alexandre, avec en même
temps une invasion de toute la Russie, qu'il n'aurait pu malgré tout vaincre
les Etats-Unis et ceux-ci auraient sans doute utilisé contre l'Allemagne les
frappes nucléaires. Seul, dit l'auteur, le " pouvoir égalisateur de
l'atome " aurait pu sauver le Reich, grâce aux armes nouvelles des
fusées à longue portée V2 et V3 ; Le retard pris par les recherches
nucléaires en Allemagne sera décisif en plus de la grande dispersion des forces
allemandes et la réaction héroïque du peuple russe.
L'auteur imagine une
contre-offensive alliée depuis la Sibérie et l'Oural. pour reconquérir la
Russie occidentale, mais seulement fin 1945. Ce texte fait appel aussi aux
attitudes pro-russes des populations de l'Asie centrale et des pays musulmans
du Proche Orient à l'époque, car l'auteur est un grand connaisseur de ces pays.
L'auteur imagine aussi que la première bombe atomique au lieu de tomber sur les
villes japonaises serait tombé sur une grande ville allemande, entraînant la
capitulation immédiate du Reich hitlérien, mais...en 1946 !
Cette histoire-fiction
agréablement rédigée avec des cartes originales se lit avec curiosité et doit
intéresser autant les historiens que les géographes et les stratèges
militaires.
Bernard DÉZERT
HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ
(Lionel) (sous la dir. de) : " Les parcs
nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les
Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux
Espaces protégés par excellence,
les parcs nationaux ont été observés sur tous les continents par un groupe de
géographes dynamiques qui ont analysé les diverses situations, les types de
gestion, et les objectifs de préservation. Les parcs se sont imposés dès 1872,
d'abord à Yellowstone, avec les particularités territoriales des états
gigantesques, avant d'apparaître également en diverses parties d'Amérique du
Nord et d'Océanie puis en Afrique du Sud (2 millions d'hectares pour le parc
Kruger en 1898).
Plus d'une dizaine de dossiers
répartis dans les 3 chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la réflexion
géographique, portée d'abord sur les espaces de nature dans lesquels sont
gérées les activités touristiques, puis progressivement elle implique le
développement durable dans le prestigieux parc des Galápagos pour lequel la
gestion s'oppose à la conservation de la géodiversité.
Mais que serait l'écoumène sans géodiversité ? A
l'île de Pâques, où la population insulaire a triplé depuis les années 70,
l'ouverture géographique sur la géodiversité est surtout
d'ordre culturel. De même en Europe centrale, l'espace steppique de la Grande
Plaine, symbole de l'identité nationale des cavaliers magyars, valorisa les
premiers parcs nationaux. A présent, les fonctions des parcs européens sont
réorientées vers le développement durable : ce n'est donc plus la sensibilité
au pittoresque, ni l'esthétique pour améliorer la mise en valeur touristique,
ni l'écologie radicale résolument en rupture avec le territoire. La volonté est
au contraire d'intégrer les principes de l'écologie scientifique aux objectifs
du développement des territoires.
Un regard croisé sur
l'environnement politique des initiatives de parcs internationaux est porté sur
l'Amérique centrale, dans une région où coexistent 7% de toutes les espèces
végétales et animales du monde. Aux lisières de ces Etats, les difficultés
gouvernementales à agir dans des aires marginales amorcent parfois des
processus conflictuels.
Le continent africain représente
le second ensemble régional par l'étendue de ses parcs. Réservoirs écologiques,
ils sont notamment destinés à pallier les déficiences écologiques du monde
moderne. Mais les enjeux, tels qu'ils sont observés ici et là, apparaissent
forts disparates. Le modèle du parc national est ambigu.
Les conflits qui ont agité les
parcs nationaux français ont généralement été localisés à certaines vallées,
mais certains de ces conflits se généralisèrent dans un vaste ensemble comme ce
fut le cas pour le développement des stations de sports d'hiver en Vanoise. Il
en alla de même pour les loups des Apennins introduits dans le parc du
Mercantour, quand ils se sont ensuite répandus dans l'ensemble du massif alpin
et générèrent des attitudes conflictuelles devant une problématique épineuse.
Ces événements ont montré que la protection de l'environnement doit
certainement passer par une meilleure acceptation sociale, ou, tout au moins,
par une politique qui diminue les risques potentiels de contestation, par
exemple en subdivisant les territoires et en offrant des contreparties compensatoires.
S'ils sont en certains lieux un
instrument d'appel touristique, les parcs relèvent parfois d'une idéologie
inquiétante de protection de la nature sans l'homme, alors que tout au
contraire ils devraient contribuer à la reconstruction des liens économiques,
politiques et sociaux qui composent les territoires.
Gérard JOLY
THIBAULT (Christel) :
" L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien "
PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros.
Une bibliographie précise en
français et en anglais (conventions de Genève - ONU -résolutions du Conseil de
sécurité - UNBRO (United Nations Border Relief Opération) etc.), cinq cartes
très claires : Provinces du Cambodge ; sectorisation de la frontière
khméro-thaïlandaise ; vers 1980, à l'ouest, positions des combattants khmers
rouges ; vers 1990, organisation de l'espace frontalier ; principales régions
d'origine des réfugiés des camps UNBRO.
Trois chapitres d'égale
importance traitent des populations en fuite, des influences et interventions
complexes dans les camps, et enfin du rapatriement général lié au processus de
Paix, âprement discuté, négocié. Cet ouvrage a obtenu le Prix Le Monde de la
recherche universitaire.
La présence vietnamienne apparaît
comme le principal facteur de départ vers les camps, bien plus que celle des
khmers rouges. Les " viets "
imposent des chantiers avec déplacements forcés des populations ; plus les
paysans travaillent, augmentent leurs rendements, plus ils sont taxés. Par un
jumelage imposé, le Cambodge doit envoyer du riz au Vietnam, alors qu'il en
manque pour lui-même et qu'à partir de décembre 1988, le PADDY n'est plus
autorisé à circuler entre provinces.
Les Nations Unies aident à la
distribution de nourriture à partir de la frontière thaïlandaise, mais 75 %
sont détournés pour et par les Vietnamiens, 25 % seulement parviennent aux
Cambodgiens, depuis le " Landbridge ",
dont la tête de pont est située à Aranyaprathet. Loin
d'être une zone démilitarisée, la frontière thaïlandaise devient le théâtre de
violents affrontements saisonniers ; dans les camps se mêlent civils et
militaires. Phnom-Malai, Samlaut
sont de puissants bastions khmers rouges. Tatouages de protection, offrandes
aux génies sont censés protéger lors des fréquents déplacements d'un camp à un
autre ou lors des franchissements nombreux de la frontière.
En apportant une aide humanitaire
à des camps où se trouvaient rassemblés des civils et des combattants dès le
début des années 1980, la communauté internationale a indirectement permis le
maintien puis le renforcement de la résistance khmère rouge sur les marges N.O.
du Cambodge.
L'ouvrage décrit la vie
surpeuplée dans les camps (ex. site 2, non loin d'Aranyaprathet
: 26.847 h/km² en 1992) d'où un système de distribution alimentaire très
rigoureux : " jour du riz ", distribution quotidienne d'eau
; certains réfugiés franchissent la frontière pour travailler clandestinement
en Thaïlande (petit commerce, activités agricoles). Ce qui est fort dangereux,
puisqu'ils n'ont pas de statut légal.
La troisième partie de l'ouvrage
traite des énormes difficultés pour aboutir au " cessez le
feu ", aux accords de Paix signés à Paris le 23 octobre 1991 ; les
combattants khmers rouges royalistes, républicains tentent d'étendre leur
influence dans l'intérieur du pays ; le rapatriement général des populations en
1992-1993 proposait six options de réinstallation. 90 % des rapatriés
choisirent une somme en dollars. Les terres agricoles (minées, polluées,
dangereuses) furent attribuées par lots de deux hectares cultivables " nettoyés "
à 2.500 familles seulement. Avec une personne amputée pour 384 habitants en
moyenne, le Cambodge détient le funeste record, fin 1990, du plus fort taux de
personnes invalides au Monde.
Pendant plus de onze ans, les
camps ont abrité et nourri près de 400.000 cambodgiens. Ces personnes sont au
moins restées en vie. Les relations entre l'humanitaire, le politique et le
militaire sont tristement mises en évidence dans cet ouvrage très dense et
tragiquement bien documenté.
Jacqueline GALLO-MARTIN
BERNARDIE-TAHIR (Nathalie)
(sous la direction de) : " L'autre Zanzibar. Géographie d'une
contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p).
Zanzibar, île mythique? L'
Ile des mille et une nuits ? C'était autrefois...
Cet archipel de corail, composé
de 2 îles principales, Unguja l''île Capitale et
Pemba, est situé à environ 50 km de la côte de la Tanzanie à laquelle il est
rattaché politiquement depuis l'Union de 1964 (Tanzanie est la contraction de
Tanganyika et de Zanzibar, la mer des noirs). Ce n'est pas un territoire
immobile ni isolé comme sous-entendu dans le mot île mais qui s'est développé
grâce à la mer et au commerce des esclaves d'abord et des clous de girofle et
autres épices après l'interdiction par les anglais en 1873 du trafic d'esclaves
(toléré encore pendant quelques décennies).
Z a été gouvernée après les
portugais par le sultanat d'Oman à partir du 17ème siècle puis passa
sous protectorat anglais en 1890. Le Sultanat de Z. accéda à l'indépendance en
1963 et la république fut proclamée en 1964. Des gouvernements plus ou moins
dictatoriaux se sont succédés avec de nombreuses violations des droits de
l 'homme et de multiples massacres. La situation ne paraît guère s'être
améliorée aux dernières élections de 2005.
Cependant la population a plus
que doublé en moins de 25 ans et atteint environ 1 million d'habitant. La
langue originale est le swahili, l'arabe est utilisé pour le commerce avec Oman
et le continent. Celui-ci était effectué par boutres de 30 à 160t. La
révolution de 1964 a mis fin à ce commerce par boutres. L'influence arabe a
continué à s'exercer. Les terres furent nationalisées et redistribuées en
parcelles pour les plantations, en particulier de girofliers, mais les crises
des années 1985-87 accélérèrent la pauvreté. Curieusement, ce fut l'Agence de
développement de la Finlande qui apporta un soutien financier et le droit
foncier compliqué fut réformé à partir de 89. L'émigration (surtout vers la
Grande Bretagne et Oman) a commencé après la 2ème guerre mondiale et
l'importante diaspora à Mascate et ailleurs aide les familles pauvres restées
dans les îles.
Le système politique a besoin de
réformes. C'est le développement touristique qui va permettre de moderniser
l'économie et d'améliorer le sort des " îles aux épices ",
petites mais belles, comme d'autres îles de l'Océan indien.
C'est un ouvrage collectif écrit
sous la direction de Nathalie Bernardie-Tahir, Maître de conférences à l'Université de Limoges,
avec de nombreux auteurs et articles ce qui ne facilite pas la synthèse.
Michel DAGNAUD
BONIFACE (Pascal) &
VEDRINE (Hubert) : " Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard,
Paris, 2008, (128 p., 80 cartes).
Les
deux auteurs, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations
internationales et stratégiques, et Hubert Védrine, ancien ministre des
Affaires Etrangères, ambitionnent dans ce court atlas de géopolitique de
fournir des clefs pour décrypter le monde d'aujourd'hui dans sa complexité et
ses problèmes, ses antagonismes. Après quelques repères sur le passé, ils
présentent diverses interprétations du monde global : unipolaire ou
multipolaire. Formons-nous une " communauté internationale "
ou sommes-nous face au " clash des civilisations " ?
Une
troisième partie rappelle quelques " données globales "
démographiques, économiques, énergétiques ... La dernière partie la plus
originale s'efforce de représenter le monde vu par les autres. On sait que la
Chine s'est toujours considérée comme l'Empire du Milieu, le centre du monde.
Quel est donc le monde vu - outre les divers pays européens, par les
Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, mais aussi par la Turquie, la
Corée, le Canada, le Brésil, l'Inde, Israël ... ainsi que par les
Méditerranéens, les Africains, le monde arabe et les Islamistes ... Sans
conclure, les auteurs nous proposent de réfléchir aux problèmes inscrits
" de façon évidente ou en filigrane " sur ces
cartes.
Le
but est fort louable et l'ouvrage intéressant, bien que certains propos soient
contestables. Malheureusement, on se demande si les deux auteurs haut-placés
ont pris la peine de bien relire le texte et d'examiner attentivement les
cartes. Certaines coquilles sont excusables mais des erreurs de dates sont
regrettables. A titre d'exemple (p.117), on ne peut indiquer comme date
d'indépendance : 1968 pour le Cameroun au lieu de 1960, de même1956 pour
la RCA au lieu de 1960. En Egypte, le protectorat britannique a pris fin en
1922, la République remonte à 1953 et non à 1956, date du coup de Suez. Bien
plus, certaines cartes sont erronées, d'autres se contredisent. Ce travail
manque de cohérence. S'il importe en effet de bien souligner pour l'Afrique
l'importance de la ligne de contact islam et christianisme / animisme, il
convient d'harmoniser les cartes des p.28, 62 et 117. Sur la carte des
religions (page 62), l'islam englobe tout l'Erythrée, le Burkina, le
Tchad, la moitié du Centrafrique. Cette carte ne correspond pas exactement à
celle de l'islam majoritaire (p.117), encore moins à celle (p.28) sur laquelle
la " civilisation arabo-musulmane " englobe toute la
côte d'Afrique occidentale. Rappel : il n'y a pas large majorité de
populations musulmanes au Nigéria (50%), Erythrée (46%), Ethiopie (45%), Tchad
(44%), encore moins au Burkina Faso (25%), au Cameroun (20%), Togo (15%) et
Bénin (13%).
La
simple carte de " l'Empire français en 1930 " (p.77)
révèle d'autres erreurs : Congo et Oubangui-Chari n'y figurent pas comme
colonies, alors que Cameroun et Togo étaient alors des mandats de la SDN, tout
comme Syrie et le Liban également non représentés ! Dans le même genre
(p.90), la Norvège est encore rattachée à l'Union Européenne mais pas le Suède
et la Finlande. Par ailleurs, les axes de la traite musulmane (p.116) n'étaient
pas tracés au hasard, ils suivaient les puits ; c'est le cas des pistes
caravanières reliant le lac Tchad à Tripoli ou le Darfour au Caire, la voie
fluviale du Nil étant essentielle pour le trafic d'esclaves !
Ces
erreurs ou omissions devraient être corrigées pour la diffusion souhaitable de
cet ouvrage.
Yves BOULVERT