NOTES DE LECTURE
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BONNET (Jacques), BROGGIO (Cécile) |
" Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie |
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BATAILLON (Claude) |
" Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009, 226 pages. |
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BAILONI (Mark) et PAPIN (Delphine) |
" Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 € |
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RADVANYI (Jean) et BEROUTCHACHVILI (Nicolas) |
" Atlas géopolitique du Caucase " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 € |
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IGAH (Emmanuel) |
" Nigeria handbook. All you want to know about Nigeria " 2009, Federal Ministry of Information and Communications, Abuja, Nigeria, 272 pages |
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SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.) |
" Elisée Reclus. Natura e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori, 2007, 296 pages |
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PETRELLA (Marco) |
" La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d’Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages |
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GAY (Jean-Christophe) |
" Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136 pages, 23,50 € |
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DION (Roger) |
" Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 € |
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PALAU (François et Maguy) |
" Le rail en France au Second Empire (1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages |
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TRÉGUER (Paul) |
" Trois marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de Claude Lorius membre de l’Institut, 2010, 146 pages dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie |
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DEVILLET (Guénaël) (sous la dir. de) |
" Être géographe aujourd'hui : La Géographie…Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages |
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LASSERRE (Frédéric) |
" Les Guerres de l’eau. L’eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages |
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BERNIER (François) |
" Un libertin dans l’Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne, Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées |
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AYALA (Roselyne de), GUÉNO (Jean-Pierre) |
" Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages |
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VIGUIER (Pierre) |
" Sur les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions QUAE, Versailles, 158 pages |
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POISSON (Jacques) |
" Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008, Société Saint Simon |
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MAUGARLONE (Jacques) |
" Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304 pages. |
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GOURAUD (Jean-Louis) |
" La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages. |
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LE GOIX (Renaud) |
" Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 € |
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SARDET (Michel) |
" Les Guerres de l’eau. L’eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages |
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DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) |
" Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 € |
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HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) |
" L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 € |
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Patrimoine mondial de l'UNESCO |
" Guide des sites français" 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 € |
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SANJUAN (Thierry) |
" Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 € |
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WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) |
" L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies |
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LOUCHET (André) |
" La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages |
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FOUCHER (Michel) |
" Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 € |
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CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) |
" Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages |
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GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) |
" Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages. |
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TISSIER (Yves) |
" Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 € |
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CHAPPEY (F.) et al. |
" L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p. |
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ÉMÉRIAU (Jean) |
" Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 € |
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SIMON (Gildas) |
" La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes. |
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BRIGAND (Louis) |
" Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages. |
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BENISTON (Martin) |
" Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie |
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AROM (Simha) |
" La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages |
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ROUSSET (Marc) |
" La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages |
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TEULON (Frédéric) |
" Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages. |
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BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) |
" Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages. |
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FUMEY (Gilles) |
" Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages |
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BOGLIOLO BRUNA (Giulia) |
" Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages |
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FAURE (Juliette) |
" Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 € |
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CROIX (Nicole), RENARD (Jean) |
" Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages |
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COURTOIS (Sébastien de) |
" Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages |
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DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick - photographe) |
" Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 € |
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MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) |
" Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée. |
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HUMBERT (Jean-Charles) |
" Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 € |
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COLIN-DELAVAUD (Claude) |
" Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p. |
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HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) |
" Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux |
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THIBAULT (Christel) |
" L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros. |
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BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) |
" L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p). |
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BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) |
" Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes). |
BONNET (Jacques), BROGGIO (Cécile) : " Entreprises et Territoires " Coll. Carrefours, Editions Ellipses, Paris, 238 pages, 25 cartes, Bibliographie
Les auteurs sont des spécialistes de géographie urbaine, industrielle et d’aménagement du Territoire de l’Université de Lyon. Ils ont obtenu la collaboration de Nicolas Millet, Directeur de l’aménagement du territoire à la Chambre de commerce de Lyon. L’ouvrage s’attache remarquablement à démontrer à l’aide de nombreux exemples historiques et actuels que le développement ne se produit que dans et par les territoires. Même dans la mondialisation économique, il y a une dimension spatiale forte, d’abord liée à la localisation et à la distribution inégale des ressources naturelles, mais aussi aux effets de proximité, aux contraintes de la distance et des obstacles ou avantages physiques, liés à la circulation et aux échanges, facteur fondamental à notre époque de mondialisation financière et économique. Du reste, la notion de territoire d’entreprise suppose que s’établisse une concordance selon les espaces, entre des faits à la fois d’ordre économique, politique et social. Ainsi, en un demi-siècle, les Pays anciennement industrialisés sont rapidement passés d’une économie de production industrielle à une économie à base de services. En outre, la sophistication des entreprises s’est singulièrement compliquée, notamment avec le rôle contraignant pour le choix ou le maintien des sites de la protection de l’environnement naturel, selon les principes du développement durable.
Ce manuel au texte dense est solidement illustré, avec de nombreux schémas et encadrés pour expliciter des exemples souvent très judicieux ou des extraits d’ouvrages en rapport. Il procède d’une profonde réflexion, à la fois économique et géographique rigoureuse. Ainsi, les auteurs ont divisé leur ouvrage logiquement en trois parties : d’abord, la dimension historique : l’évolution profonde du rapport entreprises/territoires, ensuite, la dimension territoriale des entreprises, avec étude originale de la géographie du financement des entreprises, l’analyse des logiques locales de l’innovation et l’ancrage territorial des gains de productivité ; enfin, les rapports entre l’efficacité économique et l’efficience territoriale, partie qui est l’apport essentiel de ce livre à la connaissance des nouvelles gouvernances d’entreprise : échelles de relations des entreprises, réflexions pertinentes sur la mobilité des facteurs de production en Europe, des entreprises et des personnels ; " flexisécurité " et principe du pays d’origine. J’ai beaucoup apprécié le dernier chapitre très instructif sur le nouveau " management territorial ",à savoir, le rôle de l’acteur-territoire et de l’acteur-entreprise, où l’aspect sociologique de la question apparaît avec la grande responsabilité sociale des territoires et des entreprises. Aussi, le management des entreprises est-il de ^plus en plus compatible avec celui des territoires et de leur zone de rayonnement, d’où les nouveaux enjeux de la décentralisation et de la mobilité des entreprises, dans la relation entreprises/territoires. Les auteurs concluent sur l’idée que l’efficience territoriale est mesurée par la capacité d’évolution des entreprises, de transformation constante des organisations et du rôle de soutien des pouvoirs publics, sujet pleinement d’actualité !
Bernard DÉZERT
BATAILLON (Claude) : " Géographes, Génération 1930 " Paris, Presses universitaires de Rennes, 2009, 226 pages.
Claude Bataillon nous livre un bien intéressant ouvrage sur le parcours de six géographes français nés dans les années 1930. Tous ont marqué des générations d’étudiants et influencé la manière de penser la géographie : Roger Brunet, Paul Claval, Olivier Dollfus, François Durand-Dastès, Armand Frémont et Fernand Verger. L’ouvrage s’articule en deux parties, la première s’intéresse au " récit ", c’est-à-dire à leur formation, leur carrière et leur production scientifique, la seconde aux " autobiographies et choix de textes personnels ". Bien que l’ouvrage soit d’un incontestable apport pour la connaissance de l’histoire de la géographie française sur cette période, il faut d’emblée souligner l’accès parfois technique et ardu du propos qui en fait une étude réservée aux plus intéressés. L’approche thématique ne semble écarter aucun aspect fondamental de la vie de ces géographes ayant marqué leur époque. Toutefois, le lecteur peine souvent à prendre du recul sur la destinée des uns et des autres dans l’évolution globale de la géographie française. En particulier, la mise en relation de ces six destins différents n’apparaît pas évidente. On s’interroge souvent sur le fil directeur qui pourrait caractériser cette génération 1930 de géographes français. La réponse est donnée à la dernière page de la conclusion (p. 209). Vers 1982, la revue L’Espace géographique les unit après des formations et des parcours divers, et parfois opposés, au sein de la géographie et de l’institution universitaire. Mais ce réseau de relations reste provisoire puisque Frémont et Claval, qui fonde la revue Géographie et culture, s’en éloignent alors que Brunet, Dollfus et Durand-Dastès s’investissent dans la Géographie universelle Reclus qui aura connu son plus fort rayonnement dans les années 1990. Tous auront fondé des supports institutionnels qui en font, parmi d’autres, des grandes figures de la géographie de la fin du XXe siècle.
Philippe BOULANGER
BAILONI (Mark) et PAPIN (Delphine) : " Atlas géopolitique du Royaume-Uni : les nouveaux défis d'une vieille puissance " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €
Très illustré, cet atlas offre un panorama intéressant de différents défis géopolitiques qui se présentent aujourd'hui au Royaume-Uni. Ses auteurs s'appliquent à mettre en évidence les identités nationales qui le composent, rapportant leurs évolutions historiques et leurs disparités actuelles, lesquelles se manifestent notamment dans le clivage électoral et les particularismes culturels.
Cet atlas développe des paragraphes différenciés pour l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. On y retrouve également la composition du Commonwealth, aspect d'autant plus intéressant que certains territoires - héritages de l'Empire britannique - présentent aujourd'hui encore des positions stratégiques, tant dans le domaine économique que dans le domaine militaire. On ne s'étonnera pas que plusieurs chapitres soient consacrés à l'Europe, aux rapports parfois difficiles qu'entretiennent les Anglais avec l'Union, à l'économie européenne et donc aux stratégies adoptées par les Britanniques pour innover quand les investisseurs indiens rachètent ses fleurons industriels.
En effet, l'accent est mis sur les innovations, celles qui sont destinées à rétablir la puissance mondiale du Royaume-Uni dans plusieurs domaines, profitant encore de la suprématie linguistique qui demeure.
C'est probablement dans ce contexte que la ville de Londres a opté pour l'organisation des Jeux olympiques en 2012. Un choix qui n'est peut-être pas des plus judicieux.
Gérard JOLY
RADVANYI (Jean) et BEROUTCHACHVILI (Nicolas) : " Atlas géopolitique du Caucase " Paris, Éditions Autrement, Coll. Atlas/Monde, 2009, 17 x 24 cm, 80 pages, 17 €
Le Caucase est à plusieurs titres une région de paradoxes, d'abord sur le plan de sa géographie physique mais pareillement sur celui de ses différentes populations avec tout ce qui les accompagne : cultures, religions et prétentions nationales.
La multiplicité des territoires, l'enchevêtrement des républiques autonomes sont sources de tensions sous-jacentes quand ils n'ont pas déjà déclenché des conflits.
L'atlas réalisé par Radvanyi et le collègue géorgien décédé en 2006, restitue le contexte historique de cette région entre mer Noire et mer Caspienne, et rappelle les choix adoptés par le régime communiste de l'URSS ainsi que les éclatements qui ont suivi le démantèlement de la dictature.
Les auteurs réalisent un véritable tour de force en mettant en évidence les imbrications linguistiques, ethniques et religieuses avec les rivalités et les massacres que toutes les religions suscitent par leur prosélytisme. Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas que les questions de géopolitique soient le fil conducteur de chaque paragraphe de cet atlas et les accompagnent de multiples cartes affichant avec une grande précision les positions tenues et les mouvements effectués.
Quelques pages de l'atlas sont réservées aux capitales : Bakou, Erevan, Tbilissi et aussi à Sotchi, ville choisie pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver en 2014.
Plusieurs des conflits du Caucase sont abordés mais le lecteur constatera qu'ils le sont sous un éclairage orienté - systématiquement critique à l'égard de Moscou - favorable à certaines rebellions ou mouvements terroristes.
Gérard JOLY
IGAH (Emmanuel) : " Nigeria handbook. All you want to know about Nigeria " 2009, Federal Ministry of Information and Communications, Abuja, Nigeria, 272 pages
Notre confrère Emmanuel IGAH présente "avec le soutien de la Société de Géographie", un guide-répertoire du Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique (plus de 140 millions d’habitants) et donc essentiel à ce continent. C’est le travail d’un collectif d’auteurs spécialisés dont il fallait rassembler et coordonner les apports. Tel qu’il est, cet ouvrage, agréablement illustré de nombreuses photographies et de cartes infographiques en couleurs (parfois difficiles à déchiffrer, telle la carte géologique), rassemble de nombreuses données statistiques dont plus de 40 diagrammes et tableaux.
Après un rappel de l’histoire et de la géographie physique de ce grand pays, les contributeurs présentent le Nigeria dans sa diversité ethnique, linguistique et religieuse. Les rivalités entre chrétiens et musulmans sont signalées ; on pourrait préciser qu’elles peuvent s’ajouter aux oppositions fréquentes en Afrique entre agriculteurs et éleveurs. Les divers secteurs d’activité économique sont présentés sans que l’on insiste sur le développement du secteur pétrolier au détriment de l’agriculture ; on ne mentionne pas non plus le problème géopolitique de la répartition de ce pactole entre les divers états de ce pays fédéral, ni les problèmes de pollution du delta du Niger. Ce n’est pas, il faut le reconnaître, le propos de cet ouvrage.
La diversité des secteurs est bien traitée, y compris banques, assurances, bourse des valeurs, mais aussi constructions, approvisionnement en eau, santé, sports, culture – inclus le phénomène cinématographique " Nollywood ", médias. Cet ouvrage s’adresse à tous les visiteurs qu’ils soient hommes d’affaires, investisseurs ou simples touristes. Pour ces derniers sont présentés les principaux sites naturels, attractions culturelles et musées, sans que soit évoqué le problème de la sécurité.
On comprend que ce guide soit une mine de renseignements, de statistiques, d’adresses – e mails compris – fort utiles. Il ne faut pas oublier qu’il résulte du partenariat Public-Privé. Il ne s’agit pas là d’une étude critique mais d’une présentation officielle et documentée du Nigeria.
Yves BOULVERT
SCHMIDT DI FRIEDBERG (dir.) : " Elisée Reclus. Natura e educazione " Turin-Milan, Bruno Mondadori, 2007, 296 pages.
Les 12 et 13 octobre 2005, à la Faculté de Sciences de la Formation de l’Université de Milano-Bicocca, a eu lieu le Congrès International " Elisée Reclus : nature et éducation " dont les actes sont publiés dans le volume ici présenté.
Avec ce Congrès, les géographes italiens ont ainsi voulu d’une part apporter leur contribution au débat en cours sur le grand géographe français pour le centenaire de sa mort, et de l’autre saisir l’occasion pour rappeler dans leur pays l’attention sur toute l’œuvre du grand géographe et activiste politique français, jusqu’à maintenant insuffisamment prise en considération si l’on excepte la fin des Années soixante quand, grâce à la diffusion de la revue " Hérodote " et à son édition italienne, il fut redécouvert et, pour un bref moment, étudié et analysé.
La rencontre a voulu prendre en considération surtout deux aspects de l’énorme et très riche production scientifique de Reclus (1830-1905), la nature et l’éducation, aussi bien pour les intérêts de l’organisatrice que parce qu’ils sont strictement liés entre eux et aux autres différents thèmes de ce prolifique auteur.
Les travaux sont donc partis d’une définition diligente de l’idée reclusienne de nature, car cela est une opération fondamentale non seulement pour comprendre les études géographiques physiques de Reclus, mais aussi pour aborder correctement ses thèmes géographiques humains. Dans un moment historique où le déterminisme est le paradigme prédominant, Reclus s’y oppose de façon catégorique, en proposant une vision pas du tout statique ou fétichiste de la nature et de son rapport avec l’Humanité (Philippe Pelletier). Sur la base de ce préliminaire, les participants ont donc aussi analysé l’importance qu’une telle idée de nature prend dans la pensée anarchique de Reclus (Ronald Creagh), surtout en ce qui concerne le colonialisme (Vincenzo Guarrasi). D’autre part, la formation typique du XIXème siècle sur les idées de Reclus est apparue très évidente dans d’autres domaines : peut-être quelques collègues français seront-ils étonnés qu’il ait été défini comme un géographe " allemand " ou plutôt le " dernier des Erdkunder ", puisque ce qui le rapproche de C. Ritter est beaucoup plus important que ce qu’il l’en éloigne (Franco Farinelli), ou bien qu’il ait été rapproché d'un autre allemand, K. Marx, avec lequel il avait partagé l’ostracisme du monde géographique académique, et non seulement de son époque (Massimo Quaini).
En tout cas, l’actualité de la pensée de Reclus est encore aujourd’hui extraordinaire. Par exemple, l’idée d’environnement qui devient paysage culturel (Giuseppe Campione) et la conception anthropologique selon laquelle l’homme n’est pas le cancer de la planète (Raffaele Mantegazza); l’approche anthropocentrique dans l’étude des " catastrophes " (Stefano Malatesta) et les réflexions sur le rôle pervers de l’interaction entre les principales formes de pouvoir (John P. Clark) ; la proposition d’une école où les enfants deviennent les protagonistes absolus (Francesco Codello), d’un nouveau plan d’études géographiques universitaires (Teresa Vicente Mosquete) approfondi surtout du point de vue de la géographie politique (Fabrizio Eva) et d’une éducation permanente des adultes qui le rapproche de A. Ghisleri (Emanuela Casti).
Du Congrès en question il en est ressorti que même les textes les plus didactiques de Reclus peuvent être aujourd’hui d’utiles instruments de vulgarisation scientifique, comme le démontre la traduction italienne de l’Histoire d’un ruisseau de 1869 (chez Eleuthera, 2005) et celle de l’Histoire d’une montagne de 1880 (chez Tararà, 2008). Ces deux livres peuvent sans doute pousser aussi bien l’écolier (Enrico Squarcina) que le lecteur adulte, à la redécouverte d’une géographie où tous les sens participent à l’expérience (Marcella Schmidt di Friedberg) et où le sentiment, le rêve et les images trouvent aussi leur place (Claude Raffestin). Le volume ici présenté, qui reporte les interventions en langue originale et en traduction italienne, a donc apporté une grande contribution à la redécouverte en Italie d’un géographe que beaucoup citent mais que peu, jusqu’à présent, avaient lu et approfondi d’une façon adéquate.
Lorenzo BAGNOLI (Università di Milano-Bicocca, Italie)
PETRELLA (Marco) : " La Borgogna sulle carte. Geografia e politiche territoriali d’Ancien Régime ", 2009, Roma, Carocci, 238 pages.
L’ouvrage de Marco Petrella, rédigé à partir de sa thèse de doctorat, apporte une pierre significative à la connaissance de l’histoire de la cartographie de la Bourgogne encore pauvre en contributions scientifiques.
Le livre repose sur l’étude de la cartographie imprimée de la Bourgogne au XVIIème et XVIIIème siècle, mais l’analyse est centrée sur la question de la formation du territoire provincial et son intégration dans l’État français.
Après une mise au point méthodologique, l’auteur s’attache à réfléchir à la production centrale, distincte de la locale, expression des élites provinciales. Tous les deux jouent un rôle décisif dans l’organisation territoriale et la construction d’un royaume unitaire centralisé.
En effet, il est hors de doute que la carte géographique ne constitue pas une représentation fidèle d’un territoire, mais plutôt un élément qui la précède.
Du début à la fin de l’étude, tout est référencé et discuté sur la base d’une documentation ample. L’ouvrage inclut de nombreuses illustrations qui enrichissent les argumentations et donnent une idée de la séduisante province française si riche en histoire et culture.
Giuliana ANDREOTTI
GAY (Jean-Christophe) : " Les cocotiers de la France " Éditions Belin, Coll. Tourisme, 2009, 136 pages, 23,50 €
Cet ouvrage sur les tourismes en outre-mer présente un planisphère sur lequel sont énumérés toutes les possessions françaises actuelles. L'auteur rappelle que le tourisme a pris son essor au temps des colonies et qu'au cours de son développement, il va s'avérer parfois lié à des catastrophes naturelles.
L'accessibilité est bien entendu un facteur primordial : - une ligne de navigation qui se crée ou, à l'inverse, qui cesse son activité - un nouvel aéroport - l'arrivée des avions longs courriers - autant d'exemples qui ont été ou sont encore de nature à bouleverser les activités touristiques locales.
Mais c'est essentiellement le rôle de l'administration de l'État qui va favoriser l'essor touristique vers les DOM-TOM à partir de 1986. Ceci est illustré par de nombreux tableaux, graphiques et cartes présentant les évolutions des 20 ou 50 dernières années, ses contrastes avec les commentaires explicatifs. L'ouvrage est aussi agrémenté d'une série de 32 très jolies photographies en couleurs.
Les crises hôtelières, les sur-rémunérations de certaines personnes, les grèves paralysantes et les disparités économiques locales nuisent gravement à certaines destinations par rapport à leurs pays environnants. De même que l'attitude de la société locale pouvant aller de l'enthousiasme à l'hostilité.
Gérard JOLY
DION (Roger) : " Histoire de la vigne et du vin en France des origines au XIXe siècle " Paris, CNRS Éditions, 2010, 16x24, 768 pages, 33,25 €
Voici enfin réédité le chef-d'oeuvre de Roger Dion, qui a révolutionné l'approche traditionnelle de l'histoire et de la géographie viticoles.
Non, la qualité des vins de France ne tient pas seulement à celle des terroirs, ni à celle des cépages. Elle dépend surtout de la position géographique des vignobles par rapport aux marchés, des goûts et des attentes des clients. Les crus classés de Bordeaux ? Ils doivent leur richesse à la stratégie commerciale des Anglais, qui ont cherché dès le Moyen Âge des produits de qualité pour un marché formé de princes et de négociants. Les grandes appellations de Bourgogne? Elles s'expliquent par les exigences de la cour des ducs de Bourgogne à Dijon. Le nez frais et ouvert des Côtes-du-Rhône septentrionales, dominé par de subtiles notes épicées? Il doit son originalité aux attentes de la bourgeoisie lyonnaise. Le succès du Champagne? Il résulte d'une invention anglaise qui a connu une grande vogue dans la haute société britannique et française. À l'inverse, le Languedoc a mis du temps à produire des vins de qualité car la région a connu des difficultés à l'export: ses péniches qui descendaient le Canal du Midi étaient bloquées avant Bordeaux...
Pour Roger Dion, le terroir est un "fait social et non géologique", une construction historique avant toute chose. Une ode amoureuse aux terroirs des vins de France et aux hommes qui les façonnèrent. La référence inégalée pour comprendre la grande aventure des vignobles et du vin français.
Roger Dion (1896-1981) a enseigné la géographie historique au Collège de France de 1948 à 1968. Il est l'un des plus grands géographes français du XXe siècle.
Librairie La GéoGraphie
PALAU (François et Maguy) : " Le rail en France au Second Empire (1864-1870 " tome 3, 2010, 21x30, 240 pages
Ce 3ème volume de 240 pages de format 21x30, abondamment illustré, n'est comme les 2 premiers qu'une simple nomenclature, mais combien précieuse ! Tous les 163 tronçons de voies de chemin de fer construits en France sous le Second Empire y sont répertoriés avec leur date précise de mise en service, leur description et leurs caractéristiques ; profil, ouvrages d'art, gares, longueur, par exemple Bayonne-Irun, 21 avril 1864, 36 km.
La comparaison par pays et par année est édifiante. Du 1.01.1850 au 31.12.1870 le réseau anglais passe de 10 594 km à 23 376 tandis que le réseau français passe de 2 904 km à 17 723. La croissance a été multipliée par 2,2 en Grande-Bretagne et par 6,1 en France, soit 3 fois plus forte. Le Second Empire français a été de loin la période où l'on a le plus construit de chemins de fer en France.
C'est un outil indispensable pour l'étude du développement économique des régions et villes françaises.
Jean BASTIÉ
TRÉGUER (Paul) : " Trois marins pour un pôle " Éditions Quæ, Préface de Claude Lorius membre de l’Institut, 2010, 146 pages dont texte 119 pages, annexes, illustrations, glossaire et bibliographie.
Paul Tréguer, professeur émérite à l’université de Bretagne occidentale, est océanographe spécialiste de l’Antarctique. Son ouvrage retrace trois expéditions emblématiques de la conquête du pôle antarctique à partir de la mer de Ross, quasiment simultanées, à la veille de la Première Guerre mondiale. Les trois expéditions étaient confiées à Robert Falcon Scott, appareillé de Londres à bord du baleinier Terra Nova, à Roald Amundsen d’Oslo à bord du navire polaire Fram et au Japonais Nobu Shirase à bord du trois-mâts goélette Kainan Maru. Les Japonais allaient s’apercevoir très vite que l’Antarctique n’était pas une affaire d’amateurs, et une terrible compétition s’ouvrit entre le Britannique et le Norvégien pour planter le premier son drapeau au pôle sud.
La course tourna à l’avantage d’Amundsen, qui planta sa tente au pôle le 17 décembre 1911 après une course sportive à ski de cinquante deux jours admirablement organisée, jalonnée de dépôts de viande de phoque pour nourrir les chiens de traîneaux. Encombré de poneys sibériens et de véhicules motorisés mal adaptés à l’environnement, Scott déploya le 17 janvier l’Union Jack au pôle, en retard de 31 petits jours et d’une éternité. Le retour du raid fut un long cauchemar qui s’acheva dans les derniers jours de mars 1912 quand Scott, le dernier survivant, s’allongea pour attendre la mort, la tête sur son carnet de notes et ses échantillons minéraux, mettant fin à ce que la presse britannique appela The Antarctic disaster
L’auteur achève son ouvrage par le récit de sa participation en 1990 à une campagne du navire de recherche américain Polar Duke aux abords du volcan Erebus.
Contre-amiral François BELLEC
DEVILLET (Guénaël) (sous la dir. de) : " Être géographe aujourd'hui : La Géographie…Ma Géographie " Hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, Bulletin de la Société Géographique de Liège, 2009, n° 52, 200 pages
Cet ouvrage collectif (45 contributions) en hommage au Professeur Bernadette Mérenne-Schoumaker, retrace d’abord les faits les plus marquants de la carrière très bien remplie de notre collègue belge et ses nombreux apports scientifiques à la Géographie. L’importante et complète bibliographie associée à cet hommage est forte de 328 références essentiellement sous forme de multiples articles de revues, dont plusieurs excellents manuels. D’abord assistante du Professeur Sporck, Bernadette Mérenne s’est vite spécialisée dans les différentes parties de la géographie humaine et régionale (en premier lieu, la géographie industrielle, avec des ouvrages fondamentaux qui ont fait date à mon avis, comme : " la Localisation des industries, mutations récentes et méthodes d’analyse ", Nathan Université 1991, " Géographie de l’énergie ", Nathan Université, 1993, " La localisation des industries, enjeux et dynamiques ", Rennes,2002, nouvelle édition en 2008, " Géographie de l’énergie, Acteurs, lieux et enjeux ", Paris Belin Sup Géographie ;2007).Elle a également publié articles de revue et livres sur la géographie du commerce de détail : " La localisation des services ",Paris, Nathan 1996, " La localisation des productions agricoles, mutations récentes et méthodes d’analyse "Paris, Nathan Univ.1999, " Géographie des services et des commerces ",P.U.de Rennes,2003, reprise en 2008,autant de manuels au texte bien illustré et clair, très appréciés des étudiants). Cet ouvrage en hommage collectif de collègues, accueille un ensemble de contributions, démontrant la diversité profonde des intérêts scientifiques de Bernadette Mérenne-Schoumaker d’où l’orientation des articles sur les fondements de la géographie, sur ses pratiques théoriques, descriptives et géosystèmiques, sur les regards jetés sur la discipline par des géographes issus de milieux et de convictions scientifiques différentes :L’intérêt majeur de ce volume pour l’épistémologie de la géographie est que chacun des auteurs (au total :45)a été sollicité pour s’interroger sur sa pratique de la discipline, tant en géographie économique et sociale, qu’en géographie physique ou en " géomatique " ou dans le domaine de la didactique de la discipline, (préoccupation assidue de notre collègue, que ce soit dans la recherche en géographie appliquée ou dans l’enseignement secondaire et supérieur), avec des textes en français, en anglais et en néerlandais. De ces contributions disparates, trois questions ont émergé : les courants de pensée les plus influents avec les fondements philosophiques et scientifiques de la démarche des auteurs, en second lieu, la perception de la géographie(principes ou valeurs guidant recherches et enseignement et en fonction des choix majeurs opérés dans la carrière), enfin l’évolution de la vision de la géographie ressentie par les auteurs avec le sens qu’ils attribuent aujourd’hui à leur métier de géographe. Les contributions montrent naturellement des désaccords scientifiques, mais aussi et surtout des convictions communes :l’amour profond pour ce rôle d’enseignant/chercheur ouvert sur le monde, les changements spectaculaires de la discipline géographique, moins descriptive, mais plus systémique, les prodigieux progrès de la connaissance sur toute la planète des faits géographiques à plusieurs échelles à la fois grâce à l’Internet et à ses serveurs, et surtout à la télédétection par l’utilisation des S.I.G. en géomatique ; ceux-ci permettent aux décideurs la connaissance dynamique de tous les paysages et leur interprétation précise ;Bernadette Mérenne–Schumaker a brillamment participé et continue de participer à cette évolution, avec ses grandes qualités d’observation consciencieuse et de rigueur Ce livre d’hommage à une géographe passionnée mérite une lecture attentive pour bien connaître le géographe d’aujourd’hui sous ses multiples aspects et comprendre son utilité socio-culturelle.
Bernard DÉZERT
LASSERRE (Frédéric) : " Les Guerres de l’eau. L’eau au cœur des conflits du XXe siècle " Editions Delavilla, Paris, 2009, 258 pages
L’auteur, Directeur de l’Observatoire sur l’eau de l’Université Laval à Québec est un des meilleurs géopoliticiens de l’eau. En dix chapitres tous passionnants, il met l’accent sur la rareté croissante de l’eau douce et il commence sa démonstration par les relations israélo-palestiniennes et syriennes, à propos des sources du Jourdain, puis il pose la question difficile du partage des eaux du Nil entre Ethiopie, source d’agressivité égyptienne, Soudan et Egypte. Vient ensuite le rapport Etats-Unis Canada, où l’on constate que le Canada est fournisseur d’eau aux Etats-Unis, alors que le Mexique souffre de pénurie. Sur le sub-continent indien, l’Indus est objet de conflit entre Inde et Pakistan, de même à l’intérieur de l’Inde à propos du fleuve Cauvery ; procès et arbitrages se sont multipliés.
Ces exemples montrent que partout la querelle de l’approvisionnement et celle de la régulation des fournitures ne cessent de s’exacerber avec l’actuel réchauffement. Un chapitre est consacré à la multiplication excessive des irrigations, afin d’accroître la production agricole, mais l’agriculture devient un moyen de contrôle par les Etats des espaces et des sociétés.
Alors, les guerres de l’eau sont-elles imminentes ? l’auteur ne le pense pas. Il y a une sorte " d’adaptation sociale " à la pénurie. Pour faire face à l’accroissement en progression géométrique de la population mondiale, il faut multiplier les barrages et l’irrigation. L’agriculture est devenue dans les Pays riches un instrument d’appropriation de la terre. L’auteur, bon connaisseur de la géopolitique, souligne le danger potentiel des gestes unilatéraux qui font qu’un Etat détenteur de ressources en eau considérées comme réserves stratégiques en refuse au voisin plus démuni, comme l’Egypte vis-à-vis du Soudan et surtout de l’Ethiopie. En échange, la tension sur l’eau pourrait, dit-il, se traduire par un frein sérieux à la croissance économique, si elle s’accentuait et par la déstabilisation des sociétés.
Alors comment éviter ces guerres de l’eau ? Frédéric Lasserre estime nécessaire de préciser un droit international un peu flou. Il déplore les positions mouvantes au gré des intérêts des Etats et des groupes de pression économiques et financiers. La coopération est-elle vraiment possible ? Il est difficile de définir un droit international de l’eau avec une approche globale et équitable : la convention des Nations Unies a défini de manière ambiguë en 1997 un principe de gestion globale des fleuves irriguant plusieurs pays, mais aura-t-elle jamais force de loi ?
La question du partage de l’eau, conclut l’auteur, est de plus en plus envisagée sous l’angle des conflits que pourrait déclencher sa très inégale répartition. Il faudrait séparer hydraulique et tensions régionales. L’auteur conclut son étude par huit propositions pour éviter les guerres de l’eau : favoriser les agricultures des pays en développement, développer la prise en compte de la valeur de l’eau, dissocier développement agricole et prise de possession du territoire, multiplier les petits barrages plus que les gros ouvrages, permettant d’économiser de l’eau, encourager le découplage des questions de l’eau des autres contentieux politiques, éviter le rôle " explosif "des décisions unilatérales sans discussion approfondie avec les partenaires de la ressource, enfin, encourager la prise en compte des nouveaux paramètres du nouveau droit international de l’eau. Voilà un excellent livre, très objectif, bien illustré de cartes régionales claires et précises et de tableaux, avec un souci d'utiliser de multiples titres de paragraphes évocateurs, des exemples très concrets et une solide bibliographie.
Bernard DÉZERT
BERNIER (François) : " Un libertin dans l’Inde moghole " Paris, Éditions Chandeigne, Coll. Magellane, 2008, 566 pages reliées
Jeune philosophe et médecin familier des milieux libertins, peut-être mal à l’aise dans la France du Grand Siècle, ou naturellement porté vers l’avenir et l’aventure, François Bernier s'embarque en 1656 pour de longues pérégrinations orientales motivées par le seul "désir de voir le monde".
Ni la peste qu'il contracte en Égypte, ni la sanglante guerre de succession qui déchire le grand empire musulman de l'Inde ne freinent son élan philosophique : sur les bords du Nil, à la cour du Moghol ou dans les vallées retirées du Cachemire, Bernier poursuit inlassablement une vaste enquête, dont il publie la relation à son retour.
Ses prises de vues nous offrent une série de tableaux très instructifs sur l'Inde moghole, dont les intrigues de cour, l'organisation politique et économique, les pratiques religieuses, musulmanes ou hindoues, sont analysées avec autant de finesse que de précision. Bernier sait aussi décentrer son regard et questionner les normes européennes, ainsi qu'en témoigne sa description émerveillée d'un monument alors récemment construit : le Taj Mahal. Surtout, ce récit nous apporte un témoignage précieux sur une période historique importante pour la bonne intelligence d’un pays où vit aujourd’hui près d’un cinquième de la population humaine.
La Bibliothèque de notre Assemblée Nationale lui rend un hommage tardif mais parfaitement justifié en exposant quelques pages des œuvres de François Bennier. Pour sa part, notre librairie, La Géographie, propose au siège de notre Société, 184 Bd Saint Germain 75006 Paris, une édition récente de ce récit publié sous le titre " François Bernier, un libertin dans l’Inde moghole " avec une préface de Frédéric Tinguely, professeur de littérature française à l'Université de Genève, spécialiste des récits de voyage et des relations interculturelles aux XVI et XVIIe siècles.
Jean-Claude FORTUIT
AYALA (Roselyne de), GUÉNO (Jean-Pierre) : " Les plus beaux récits de voyage " Éditions de la Martinière, Paris, 231 pages
Dans cette anthologie du voyage, R. de Ayala et J.-P. Guéno ont imaginé de rassembler une centaine de manuscrits originaux de récits de voyages parfois imaginaires ou rêvés (Sindbad le marin, Cyrano de Bergerac vers la lune ou Jules Verne sous les mers). La grand majorité des voyageurs retenus sont français, l’immense majorité européens, mais on y trouve un Marocain (Ibn Battuta) et même un Siamois (Kosa Pan), à côté de seulement cinq femmes (G. de Staël, G. Sand, A. David-Néel, E. Maillart et G. Tillion).Très connus, méconnus ou parfois inconnus, ces voyageurs représentent de nombreuses professions ou formations, en premier lieu des écrivains, et bien sûr des marins qu’ils soient officiers de l’Etat, de la marine de commerce (J. Sauvage, N. de Frémery) ou corsaires (F. Drake, Surcouf). Depuis le haut Moyen-Age, on croise des diplomates, des chroniqueurs (Villehardouin, Joinville), des religieux (Plan Carpin, Vincent de Paul) des officiers (Cl. Hugan, Général Court …), des commerçants (Marco Polo, J. de Nieuhoff …). Parmi les scientifiques, on trouve des naturalistes (Ch. de La Condamine, A. von Humboldt, Alcide d’Orbigny …), des ethnologues ou sociologues (Cl. Levi-Strauss, A. David-Néel, G. Tillion …), à côté d’aventuriers (R. de Févelas, H. de Monfreid …), d’aviateurs (Saint-Exupéry), de chasseurs (comte d’Haussonville), de riches esthètes (F. Roussel) …
Le principe retenu pour l’ouvrage est, pour chaque voyageur, une courte notice biographique, face à une page de manuscrit ou d’illustration. Un graphologue aurait beaucoup à dire sur la comparaison des diverses écritures tandis qu’un commentateur littéraire relèverait les ratures et les reprises d’écriture. Les collaborateurs de notices sont multiples mais certains, tel Pierre-Emmanuel Prouvost d’Agostino, ressortent par leur qualité de plume. L’ouvrage vaut surtout par la qualité des illustrations, depuis les miniatures du Moyen-Age, jusqu’aux aquarelles les plus récentes. On note la précision des dessins des naturalistes (de Beauchesne, Alcide d’Orbigny) ; à côté des aquarelles de Delacroix, on admire les gouaches pré-impressionnistes de Houel. De même que Maxime du Camp, Pierre Loti se révèle photographe. Certains explorateurs savaient dessiner tel Ch. de Foucauld, ainsi que certains écrivains exotiques (V. Segalen). Les illustrations participent à l’intérêt de certains manuscrits inédits (R. de Févelas, O. d’Haussonville, prince de Joinville). Un regret cependant : la qualité des illustrations aurait nécessité au moins un format A4, de même que la lisibilité des notes infra-paginales et des transcriptions complémentaires des manuscrits présentés.
Yves BOULVERT
VIGUIER (Pierre) : " Sur les traces de René Caillié. Le Mali de 1828 revisité " 2008, Editions QUAE, Versailles, 158 pages
Arrivé au Mali à 22 ans en 1931, l’agronome Pierre Viguier a, pendant un quart de siècle, parcouru ce pays où il devint chef du Service de l’agriculture et directeur général de l’Office du Niger. Connaissant les lieux et les gens, mais aussi les langues vernaculaires, si précieuses pour expliciter la toponymie, Pierre Viguier était particulièrement bien placé pour reconstituer et commenter l’itinéraire de René Caillié en 1828 à travers l’actuel Mali depuis Tingréla au sud jusqu’à Tombouctou, but tant désiré du célèbre voyageur. Dans la lignée de son projet, il invite ( p.21, note 7) à suivre " pas à pas " l’itinéraire de René Caillié à travers la Guinée-Conakry ! Cet itinéraire, comme l’évoque le professeur Pélissier dans sa chaleureuse préface, je m’étais efforcé de le retracer dans une communication lors du colloque organisé par la Société de Géographie en 1999 pour le bicentenaire de la naissance de René Caillié. Je ne m’étais pas étendu sur le contexte géomorphologique et phytogéographique traité par ailleurs. Il m’apparaissait que l’ouvrage " remarquable et incontournable " d’H. Jacques-Félix (1963) sur la " Contribution de René Caillié à l’ethnobotanique africaine " suffisait pour ce thème.
P. Viguier relève au sujet de Caillié : " Son journal restitue un itinéraire complet et sans faille, d’une précision telle qu’on peut aisément le suivre sur les excellentes cartes IGN ". Il le prouve en reportant dans son ouvrage ce tracé reconstitué avec minutie sur des extraits de cartes à 1/500 000, mais également en l’illustrant de photographies prises depuis un siècle. Outre les remarques sur le climat, la faune et l’ethnobotanique, l’ouvrage de René Caillié révèle, selon P. Viguier, " aux environs du premier tiers du XIXème siècle, une authentique et attachante civilisation soudano-sahélienne à l’économie largement autosuffisante, et surtout en équilibre avec son biotope, ce qui malheureusement, n’est plus le cas aujourd’hui ". Ce n’était pourtant pas un âge d’or, étant donné " l’instabilité politique et l’esclavagisme ". Selon P. Viguier, " le récit de René Caillié laisse l’impression que les esclaves envoyés en Afrique du Nord étaient traités moins cruellement que ceux des sinistres comptoirs côtiers ". Emporté par son attachement pour ces populations – il dédie son ouvrage aux paysans maliens en témoignage de profonde sympathie, et n’ayant pas traité de la partie saharienne malienne du voyage de René Caillié, il omet d’évoquer le sort éprouvant des esclaves traversant à pied le Sahara ou employés dans les terribles salines de Taoudéni !
On peut aussi discuter certaines observations ou points de vue, telle la notion du bonheur des populations, concept bien subjectif. Des précisions actualisées pourraient être apportées sur la nomenclature botanique, la métallurgie indigène, les régimes des vents, la valeur du bétail pour les Peul, la persistance de nos jours d’éléphants autour du Hombori, les pistes des caravanes sahariennes …, il n’en reste pas moins que - comme le souligne P. Pélissier - l’ouvrage de P. Viguier " atteste la richesse d’une culture peu commune, servie par une plume dont on laisse à chaque lecteur le plaisir de savourer le pouvoir évocateur, la concision et la clarté ".
Yves BOULVERT
POISSON (Jacques) : " Saint Simon, Sceaux et Ile de France " 2009, Recueil d'articles 1954-2008, Société Saint Simon
Dans ce volume in-octavo de près de 300 pages, Georges Poisson conservateur général du patrimoine regroupe une quarantaine de ses textes concernant la vie de Saint Simon, mais aussi des lieux historiques de la banlieue sud de Paris, du XVIe au XXIe siècle notamment Sceaux, Meudon, Vincennes, Saint-Cloud, Choisy, Rueil-Malmaison, le Mont Valérien, l'Ile Seguin, la Vallée aux loups, etc.
En raison même de la proximité de la capitale, de la diversité des sites, des châteaux et leurs parcs, des événements historiques qui s'y sont déroulés, chaque lieu-dit, chaque anecdote a sa signification pour l'histoire générale. Georges Poisson est certainement le savant vivant qui connaît le mieux dans les moindres détails l'histoire monumentale, architecturale, artistique, littéraire de la banlieue parisienne et de toute l'Ile de France. On lui doit aussi dans la monumentale "Nouvelle histoire de Paris" chez Hachette composée d'une vingtaine d'in-octavo, une Histoire de l'Architecture à Paris (1997).
Jean BASTIÉ
MAUGARLONE (François George) : " Présentation de la France à ses enfants " 2009, Paris, Grasset, 304 pages.
Cet ouvrage, le douzième de son auteur, devrait intéresser les géographes à plus d’un titre. Il est de François George qui a pris le pseudonyme de " Maugarlone ", philosophe, écrivain, parfois pamphlétaire, fils cadet du grand géographe François George (1909-2007) dont le dernier et 59e ouvrage (1995) s’intitule " Le temps des collines " (Editions la Table ronde, 1995), géographie ni théorique, ni quantitative. L’ensemble de son œuvre lui valut le 25 novembre 2008 la remise par Alice Saunier-Séïté, ancien ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, membre de l’Institut et de notre Conseil, du Grand Prix de notre Société .
Ce livre de François George présente quelques affinités avec le Tour de France par deux enfants (1917), ouvrage éminemment géographique lui aussi, mais le sien est plus personnel et plus intime. Pour lui, la plupart des écrivains français, et il connaît fort bien notre littérature, sont ancrés dans un territoire. Et c’est par-là aussi que l’on retrouve les liens étroits de la littérature avec la géographie depuis Montaigne et Rousseau jusqu’à Chateaubriand, Lamartine, Georges Sand, Balzac, Arthur Rimbaud, Proust, Mauriac et tant d’autres ! Il affectionne les Ardennes où il enseigna la philosophie au collège de Rethel.
François George connaît aussi fort bien la banlieue parisienne qu’il a apprise sur le terrain où il est né en 1948, où il a passé une enfance et une jeunesse heureuses à Bourg-la-Reine, Sceaux et Châtenay-Malabry et aussi à Ablon-sur-Seine où il allait voir souvent ses grands-parents. Une géographie vivante, venant du cœur !
Jean BASTIÉ
GOURAUD (Jean-Louis) : " La terre vue de ma selle " 2010, Éditions Belin, 223 pages.
Jean-Louis GOURAUD est un maniaque heureux. Les chevaux et tous ceux qui les chérissent sont la passion de sa vie et le cœur battant de toute son œuvre. Écrivain hippophile, il a, aux quatre coins du monde et en cinquante ans de pérégrination, cherché et trouvé son Graal à lui : le couple indéfectible d’un cheval et de son cavalier. Et de chacun de ses voyages, il nous a rapporté des récits épiques, des histoires de chevaux bien sûr, des histoires d’hommes surtout et des paysages à perdre haleine. Dans son dernier livre, La terre vue de ma selle, il nous propose un nouveau tour du monde équin à la fois bref et intense. De nos villes d’Europe, dont certaines refusent résolument la présence de chevaux sur leurs pavés (Et cela met très en colère notre auteur), jusqu’au fin fond des montagnes kazakhs où se pratique encore la chasse à l’aigle et… à cheval, en passant par la Kirghizie, New York, ou l’improbable palais équestre de Kadhafi, Gouraud nous raconte toujours des histoires extraordinaires. Il nous fait ainsi découvrir une Malibran cavalière que sa passion des galopades effrénées a fini par tuer dans un Londres qui célébrait sa gloire de cantatrice. Des rencontres à faire, des livres à lire, des chevaux à monter ou à rêver, voilà la quête inassouvie que nous fait partager ce passionné aussi érudit qu’amateur de calembours. Pour Gouraud, les chevaux font la beauté du monde et la grandeur des Hommes. Et à le lire on pourrait presque le croire, alors pourquoi s’en priver ?
Bénédicte DURAND
LE GOIX (Renaud) : " Atlas de New York " 2009, Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €
New York est certainement la ville qui symbolise le mieux l'architecture vertigineuse. L'atlas qui lui est consacré offre une étude riche et agréable, y intégrant ses origines de ville industrielle devenue la plus grande ville du pays en 1825 quand elle attire à la fois les migrants - essentiellement irlandais - et les investissements.
La mégapole devient rapidement le centre du monde, son attraction est universelle et les plus beaux symboles l'accompagnent : la statut de la Liberté et le bâtiment des Nations Unies.
Outre la très bonne qualité qui est commune aux représentations cartographiques des atlas de cette collection, les enseignants du secondaire apprécieront cet ouvrage qui présente la particularité de détailler les mutations et les dynamiques de la mégapole new-yorkaise, la concurrence entre les intérêts privés et les exigences des politiques publiques. Il met aussi en évidence la complexité de son espace urbain qui est étiré entre plusieurs niveaux de gouvernance et de multiples communautés. Plus l'économie se mondialise, plus les fonctions stratégiques et les interfaces se concentrent dans les villes globales, New York en tête. Cette métropole n'a pas d'équivalent dans le monde, aussi il n'est pas étonnant que son espace soit fantasmé tant par les élites culturelles que financières parce que c'est la ville de la démesure.
Gérard JOLY
SARDET (Michel) : " Les mémoires inédits du naturaliste circumnavigateur Jean-René Quoy - Un témoignage exceptionnel sur la société du XIXe siècle ", 292 pages, Pharmathèmes
Jean-René Quoy (1790-1809) est né à Maillé en Vendée dans une famille de notables chirurgiens et médecins depuis plusieurs générations. Après de bonnes études il opta pour la médecine navale à Rochefort où il fût admis en1806 à l’age de 16 ans. En 1807 il est nommé chirurgie-auxiliaire de 3e classe et embarque sur une corvette (en ces temps-là on ne perdait pas de temps !) qui se rendra en Guadeloupe puis retourne à Rochefort. En 1814 il soutient sa thèse de doctorat en médecine (sur l’effet de la peur !) à Montpellier et devient franc-maçon.
En 1817, survient alors sa première grande aventure sur l’Uranie commandée par le capitaine de frégate L.-C. de Freycinet qui avait accompagné Nicolas Baudin vers la nouvelle Hollande (l’Australie) de 1800 à 1804. Le projet de circumnaviga-tion pour des recherches en sciences naturelles et ethnologie avait été accepté par Louis XVIII. Quoy qui a 26 ans est à la fois chirurgien major et naturaliste avec Guimard, Charles Gaudichaud-Beaupré, pharmacien et botaniste. Quantité de spécimens furent envoyés au Muséum d’Histoire naturelle malgré un naufrage aux Malouines en 1820. Quoy devient professeur de médecine et membre correspondant de l’Académie de médecine. Il embarquera en 1826 sur l’Astrolabe comme naturaliste pour le 2e voyage de circumnavigation de Dumont d'Urville. L’Astrolabe ne rentrera qu’en 1829 avec de nombreuses découvertes et collections envoyées au Muséum où il fut à nouveau accueilli par Cuvier. La relation de l’expédition fit l’objet d’un ouvrage collectif comprenant 14 volumes et 5 atlas : Dumont d’Urville rédigea l’histoire du voyage et Quoy et Gaimard, la zoologie (son nom sera donné à un mollusque de Nlle-Guinée et à un mammifère d’Australie !)
A son retour, Quoy sera nommé membre correspondant de l’Académie des sciences en 1830 et affecté successivement à Rochefort, Toulon, Brest puis Paris où il sera promu inspecteur général du service de Santé de la marine auquel il va se consacrer jusqu’à son décès en 1869 à Rochefort. Ses mémoires inédits sont commentés dans une deuxième partie de l’ouvrage. Ils ont été écrits à sa retraite vers 1865 dans son petit manoir de Saint-Jean de Liversay En plus des relations de voyage et de naturaliste sont évoqués de nombreux personnages célèbres qu’il a côtoyés outre les marins et scientifiques, comme Lucien Bonaparte, Barras etc…
Pour résumer, il s’agit d’une vie agitée et bien remplie avec de nombreux succès Le Docteur Michel Sardet est lui-même un ancien médecin des hôpitaux des Armées. Il a écrit plusieurs livres sur la médecine militaire dont l’un " naturalistes et explorateurs du service de santé de la marine au XIXe siècle " a eu le prix Francis Garnier de la Société en 2008.
Michel DAGNAUD
DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) : " Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 €
Voici un atlas destiné à évaluer la place et le rôle tenus par l'Union européenne dans la mondialisation. Il a été réalisé par des chercheurs et des universitaires associés dans un projet de recherche européen.
La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'importante notion de continent ; une notion qui demeure à géométrie variable et qui, par conséquent, soulève le problème majeur de l'identité européenne et de sa signification. Ensuite, ce sont les richesses humaines qui sont mesurées, évaluées, à travers la démographie, ses évolutions prévisibles dans le contexte du vieillissement de la population et les proportions d'actifs. Une partie de l'ouvrage dédiée à l'étude de la puissance financière de l'Europe est plus brièvement développée, en revanche les aides au développement y sont largement commentées. Les liaisons internationales bénéficient quant à elles d'une étude plus sérieuse ; trafics aériens et maritimes sont analysés avec précisions, toutefois il est dommage que les liaisons ferroviaires aient été oubliées. En revanche, Internet et la télécommunication font l'objet d'une étude remarquable.
Enfin les 2/5 de l'ouvrage sont consacrés à une succession de thèmes épars venant ainsi compléter cet atlas : qualité de vie - droits de l'homme - le mal manger - l'occupation du sol - le développement durable - le développement humain. Le sentiment de fourre-tout s'amplifie quand s'y ajoutent les mobilités touristiques, les migrations tournées vers une forteresse qui n'est pas imprenable (sic) et les aires d'influence de l'Union européenne. Tous ces sujets ne manquent pas d'intérêt mais l'ouvrage souffre d'une absence de plan cohérent.
On peut également déplorer les choix retenus en matière cartographique pour cet ouvrage dans lequel les illustrations et les cartes sont très nombreuses, systématiquement en couleurs. Une abondante bibliographie figure en fin d'ouvrage, ainsi que les sources de données, lesquelles sont mentionnées directement sur les représentations graphiques.
Gérard JOLY
HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) : " L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 €
Ce petit livre passe en revue les mythes et les réalités de l'Inde : les mythes et idées reçues (par exemple sur les maharadjahs, les fakirs et les vaches sacrées, le kamasutra, etc.) qui nous ont imprégnés depuis Alexandre, les épopées légendaires des dieux hindous, l'éveil de Boudah et le parcours irrésistible de Gandhi. Il s'intéresse de loin à la géographie mais surtout aux religions, au développement social et économique. Le fatalisme est dû au karma, résultat d'actions commises dans des vies antérieures, qui justifie le système des castes.
Le sanskrit serait bien un des plus anciens états d'une langue indo-européenne mais ne serait pas la " mère " de toutes les langues (la bhagavad-gita est écrit en sanskrit). C'est la langue religieuse, mais en déclin. L'hindouisme représente 80,5 % des religions soit 827,6 millions de fidèles, l'islam 13,4% soit 138,2 millions, le christianisme 2,3% soit 24,1 millions, le sikhisme (synthétisme entre hindouisme et islam) 1,9% soit 19,2 millions et le boudhisme seulement 0,8% soit 9 millions. Plus le jaïnisme et le parsime. Gandhi n'est peut-être pas l'inventeur de la non-violence (voir Thoreau, ou Tolstoï ?) mais il a su l'utiliser au maximum et au mieux pour décourager les anglais. C'est un pays sous- développé ? faible niveau d'alphabétisation 62,2 % en Inde contre 93% en Chine, retard du nord par rapport au sud, population pauvre surtout au nord (les états " bimaru ") 640 millions sans assainissement, 171 millions sans eau potable mais c'est une puissance nucléaire avec beaucoup d'entreprises performantes : Tata, Mittal, secteur des technologies d'information et de communication.
La population a quadruplé au cours du XXe siècle : 1 milliard en 2000 croissance annuelle ramenée à 1,6%, la fécondité décroît depuis les années 70 : 1,147 milliard en 2008 avec 70% de la population rurale. Calcutta serait-elle une ville en faillite depuis la partition et son afflux de réfugiés ? mais c'est un haut- lieu intellectuel.
Les femmes indiennes sont-elles soumises ? Un dicton populaire dit : éduquer une femme c'est comme arroser la plante d'un voisin (à cause de la dot) ; sex ratio seulement de 933 femmes pour 1000 hommes alors que dans les pays développés, c'est 1050 pour 1000. Pourtant les femmes sont devenues militantes depuis 1917 et l'égalité des sexes est reconnue dans la Constitution de 1947, mais les traditions religieuses et de castes perdurent. N'oublions pas que Indira Gandhi a été Premier Ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 jusqu'à son assassinat en1984. Emergence rapide d'un secteur de pointe les NTIC mais retard dans les infrastructures : Internet et téléphonie mobile. Environ 1 million et demi de personnes dans les services informatiques (notamment Bangalore). Les hindous suivent leurs ancêtres qui auraient inventé le zéro et le jeu d'échecs !
Le système de castes, illégal théoriquement, a structuré la société civile et s'est souvent transformé en partis politiques : par ex. les dalit ou intouchables, menés par le Dr. Ambedkar, ont porté au pouvoir présidentiel, Abdul Kalam entre 2002 et 2007. L'Inde est du point de vue politique une " anomalie démocratique " à cause de sa taille. Ce sera un géant du XXIème siècle avec la Chine. Survol très dense de l'Inde actuelle par les auteurs : Pascale Haag, linguiste maître de conférence EHESS et Blandine Ripert, géographe et anthropologue CNRS.
Michel DAGNAUD
Patrimoine mondial de l'UNESCO. Guide des sites français. 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 €
On sait que l'UNESCO agit, depuis 1972 pour la reconnaissance et la sauvegarde des biens dont la disparition constituerait une perte irréparable en raison de leur valeur universelle.
Trente trois biens et sites français (incluant la Nouvelle Calédonie pour l'un d'eux) sont répertoriés et inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour les faire connaître et permettre de les localiser, les éditions DEL viennent de publier un guide édité en français et en anglais. Ce guide est très richement illustré en couleurs. La préface rappelle les critères de sélection ayant présidé au choix des sites, à savoir notamment -parmi dix critères- ceux se rapportant à un chef-d'œuvre du génie créateur humain, une aire naturelle d'une importance esthétique exceptionnelle, un habitat naturel lieu de conservation de la diversité biologique et autres facteurs géographiques et culturels.Le guide rappelle que le patrimoine classé par l'UNESCO représente huit cent quatre vingt dix biens dans le monde.
Le guide contient une annexe technique qui donne une série de définitions et des illustrations permettant de mieux connaître et comprendre les dispositifs architecturaux.
Sur le plan pratique, le guide comporte une carte de France, ainsi qu'une carte régionale pour chacun des trente trois sites. Sur chacun d'eux, figurent les itinéraires permettant de découvrir trois cent quatre vingt lieux avoisinants présentant un caractère historique, architectural ou naturel. Un texte accompagne l'illustration principale, décrivant l'histoire du bien classé, ses caractéristiques, ses spécificités, les détails intérieurs des monuments ou les richesses naturelles du lieu. Les adresses où trouver de plus amples informations sont systématiquement mentionnées. En définitive, un ouvrage de découverte et de documentation très agréable à compulser, substantiellement fourni en informations, un inventaire précieux de nos richesses. On ne se lassera pas d'admirer celles-ci. Nous ne pouvons que recommander chaudement la lecture de ce mémento artistique de géographie et de culture.
Jacques GASTALDI
SANJUAN (Thierry) : " Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €
Cet atlas nous instruit des évolutions sociales, architecturales et environnementales qui ont totalement transformé Shanghai au cours des 20 dernières années. Cette ville que les Européens identifiaient auparavant comme étant celle des concessions étrangères avec une modernité à dominante occidentale, offrait une façade presque légendaire avec notamment ses maisons de jeux et son commerce de l'opium. Cette ville portuaire, havre de la modernité et des plaisirs, fut longtemps marginalisée et proscrite par le régime communiste qui condamnait à la fois l'ancien système féodal chinois et l'impérialisme occidental. A partir de 1990, la mise en place d'un nouveau dispositif politique amorça la réhabilitation de Shanghai. Une réhabilitation qui allait s'avérer spectaculaire !
Les nombreuses cartes et les plans inclus dans l'atlas associent la qualité à la pédagogie. Ils montrent en premier lieu les dispositions de l'ancienne ville fortifiée et des concessions étrangères, puis ils illustrent, avec de remarquables photographies à l'appui, la mutation en une métropole hybride dans laquelle les aménagements successifs mêlent une urbanisation moderne vertical et souvent monumentale avec une certaine protection du bâti des concessions étrangères, de quelques anciens quartiers chinois et de sa façade portuaire (le Bund). Dans cette grande puissance étrangère où l'accroissement des écarts de richesse est le plus élevé de toute l'Asie orientale, les opérations d'aménagement forcèrent les déplacements de millions de Shanghaiens. Shanghai n'échappe pas à une forte stratification sociale
Sa métamorphose s'assimile sous certains aspects à une course au gigantisme. L'urbanisation détruit forcément une grande part du passé mais s'efforce de conserver l'identité en rétablissant la mémoire des lieux et leurs souvenirs. L'auteur explique qu'aujourd'hui la municipalité favorise une politique de villes nouvelles constituant des pôles multifonctionnels. Elle tend à adopter une structure polycentrique.
Shanghai est devenue la première mégapole chinoise - devant Pékin - et l'une des principales métropoles du monde, grâce notamment à sa situation géographique et à l'aménagement du gigantesque fleuve Yangzi qui traverse la Chine d'Ouest en Est. Premier port du monde en volume global, la municipalité de Shanghai s'évertue à conserver sa suprématie mondiale. Et elle obtient aussi des réussites incontestables. Ainsi, depuis 2004, le Grand Prix de Chine de Formule 1 y est organisé sans interruption.
Autre succès annoncé : une exposition universelle ! Elle va s'étaler de mai à octobre 2010 et elle promet d'ores et déjà 100 millions de visiteurs, dont 10 visiteront le pavillon français. Si vous voulez profiter de cette occasion pour aller à Shanghai, munissez-vous de cet Atlas pour mieux apprécier votre voyage. Et si vous ne pouvez y aller, soyez certains que cet atlas pédagogique qui a été conçu et réalisé par un sinologue va vous aider à bien comprendre son évolution et à aimer cette mégapole d'Asie.
Gérard JOLY
WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) : " L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies
Cet ouvrage, œuvre collective de 22 auteurs, s'adresse tout spécialement aux historiens et géographes, candidats au CAPES et à l'Agrégation de Géographie, dont c'est l'une des questions au programme 2009-2010, mais il est destiné aussi à intéresser un large public sur ce qu'est devenu actuellement l'Europe, à l'heure où le Traité de Lisbonne va entre en vigueur et où l'Union européenne se dote enfin d'un Président et d'un Ministre des Affaires extérieures ; cependant, tous les Etats de l'Europe ne sont pas au même diapason et ne se réduisent pas non plus à un " noyau dur ", mais comportent aussi des Etats hors communauté européenne : Norvège, Islande, Suisse, Biélorussie, Ukraine et Moldavie, plus la Russie.
L'ouvrage a l'ambition de répondre aux grandes questions qui animent l'Europe au sens large : définition d'une ou plusieurs identités, genèse de l'édification au XXe siècle, enjeux environnementaux, enjeux migratoires, enjeux socio-économiques, aménagement du territoire et eurorégions, enfin, place de l'Europe dans la mondialisation actuelle. Les textes ont été rédigés par une belle pléiade de Professeurs géographes spécialistes des diverses Europes, qui traitent chacun une question sous forme d'un chapitre ou d'un modèle de " dissertation "-originalité de ce livre. Ce sont des questions très contemporaines, très utiles pour les étudiants des concours, mais susceptibles aussi d'intéresser un large public et notamment nos sociétaires qui aiment une géographie concrète et bien actualisée.
Cet ouvrage collectif est bien charpenté, avec des paragraphes aux titres courts et clairs, des cartes, des tableaux et des schémas très parlants d'une lecture aisée. Il permet de bien comprendre la nature de ce que Gabriel Wackermann appelle " la singularité européenne " avec la forte imbrication de civilisations et de religions, mais d'où émerge maintenant peu à peu une conscience, une identité communes et une affirmation mondiale de ses valeurs humanistes. Ce livre se divise en cinq parties de manière judicieuse : d'abord les fondements de l'Europe, puis la " Trilogie territoriale : Europe de l'Ouest, Europe centrale et Europe orientale non intégrée à l'Union européenne, milieux naturels, peuplement et cultures, aspects sectoriels (territoires ruraux, grandes métropoles, villes-ports, transports, énergies et reconversion industrielle, tourisme, enfin place mondiale de l'Europe, avec les rapports méditerranéens et atlantiques et également avec l'aire asiatique et pacifique.
Aux chapitres fondamentaux sont associés des thèmes de modèles de dissertations très pratiques pour écrits et oraux sur ces divers sujets. Voilà un livre très utile pour la compréhension de l'Europe qui mérite, après tous les ouvrages déjà parus sur ce vaste sujet une large diffusion
Bernard DÉZERT
LOUCHET (André) : " La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages
L'ouvrage de 559 pages consacré aux mers et océans, représente un bilan très complet et tout à fait original, sur ces immenses espaces maritimes et littoraux de plus en plus atteints par des actions anthropiques diverses qui menacent leurs écosystèmes.
Premier manuel d'approche globale de géographie tant physique qu'humaine des océans et de leurs littoraux, il apporte une vision très synthétique de ces immensités océaniques qui couvrent les deux-tiers de la terre et qui sont devenus aujourd'hui un enjeu majeur et beaucoup moins étudiés jusqu'alors que les milieux continentaux de notre planète.
L'ensemble se divise en 25 chapitres, appelés " études " par l'auteur. L'ouvrage commence par une géographie des mers, tant physique qu'humaine et environnementaliste, avant de s'intéresser aux grandes aires maritimes, et enfin aux ressources minérales marines et sous-marines, au droit de la mer, dans une dimension géostratégique. Il est remarquable de voir traitées dans un même livre les différentes approches s'attachant aux mers et océans. Commençant par les grands reliefs océaniques et leur explication par la tectonique des plaques, l'étude des grandes masses d'eau et les variations eustatiques, André Louchet nous expose ensuite les types de projections cartographiques et leur rôle dans la navigation. Il poursuit par les grands domaines de circulation maritime et les diverses activités de transport et de pêche.
Les douze études suivantes portent sur les grandes aires maritimes, et leurs caractéristiques tant physiques, qu'humaines et culturelles. Enfin, dans les trois derniers chapitres, l'auteur s'intéresse à la dimension géostratégique des océans, leurs ressources minérales, le droit de la mer et les télécommunications. Chaque étude ou chapitre se termine par des documents, ainsi que des questions avec réponses et commentaires, fort utiles aux étudiants. Une bibliographie substantielle, comportant ouvrages et articles majeurs sur tous les aspects des océans et deux index d'une grande commodité, l'un des noms et des lieux, l'autre des notions, terminent l'ensemble.
Au total, l'ouvrage d'André Louchet, " La Planète océane " sera une véritable référence pour tous les Géographes et autres spécialistes s'intéressant aux mers et océans.
Brigitte COQUE
FOUCHER (Michel) : " Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 €
Il s'agit d'un dossier de 64 pages en format A4, particulièrement dense, enrichi de cartes et de plans précis, de tableaux et de photographies. Dans la première partie, l'auteur fait le point sur les logiques de la mondialisation, il étudie l'ensemble hétérogène des pays émergents et il analyse la crise 2007-2009, les enjeux géopolitiques liés à la démographie, aux ressources naturelles et aux réseaux qui préfigurent un monde polycentrique.
Le monde bipolaire que nous avons connu n'existe plus, il en va de même des hyperpuissances. Désormais, les puissances émergentes s'invitent à tous les niveaux de décision en géopolitique. C'est aussi le cas dans la course mondiale à l'énergie et aux matières premières. Et dans l'épineux domaine agricole : quel scénario doit être privilégié pour nourrir les hommes ?
Le dossier fait également état des nouveaux centres de la piraterie mondiale, du marché mondialisé de la drogue, des marchés illégaux et de la criminalité organisée. Il propose à la réflexion de chacun des tableaux de statistiques sur quelques éléments de mesure de la démocratie dans le monde, d'autres sur l'influence des langues, leur usage sur Internet, les dynamiques religieuses ou encore l'émancipation des femmes.
Un chapitre du dossier est consacré à des tableaux éloquents sur les flux et les réseaux de communication. Une occasion de signaler le rôle croissant de la plateforme twitter sur des points qui ont été où sont encore géopolitiquement chauds, comme la Moldavie, ou Téhéran.
Il décrypte les défis contemporains, notamment ceux agricoles et énergétiques qui appellent des réponses collectives, ainsi que les enjeux énergétiques et environnementaux dans le monde en 2009, au travers de ses réseaux, de ses interactions. Un monde dans lequel les flux sont croissants et les connexions sont multipliées, sans pour autant disposer d'une gouvernance globale.
L'ouvrage offre une réflexion originale sur le monde par son analyse détaillée des nouveaux équilibres et des déséquilibres.
Gérard JOLY
CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) : " Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages
C'est un magnifique album de photos prises par le photographe américain Alexandre Orloff en Asie Centrale avec les commentaires et résumés historiques de René Cagnat sur ces pays (Crimée, Caucase, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie et Kazakhstan). R. Cagnat est écrivain, ancien Attaché militaire et réside à Bichkek. Il est l'auteur de plusieurs essais (celui sur le Milieu des empires a été écrit avec Michel Jan qui nous avait présenté un exposé sur les transsibériens). Le centre de l'Eurasie est devenu une plate-forme stratégique sur les arrières de la Chine, de la Russie, de l'Inde et de l'Iran. La guerre en Afghanistan a amené les Américains à installer une base militaire à Manas en Kirghizie pour ravitailler les avions. Les Français disposent d'une base à Douchambé au Tadjikistan.
L'histoire de l'Asie centrale, terres de passage et de guerres ! Avant et après l'épopée d'Alexandre le Grand ! Cette énorme région jusqu'à la Crimée avait été autrefois parcourue par les nomades et envahisseurs indo-iraniens, scythes, parthes, sarmates. La route de la soie est ouverte par les Chinois au 1er siècle avant J-C. La Perse des Sassanides (227-650) rayonna jusqu'à l'arrivée des envahisseurs arabes. Merv est rasée, Samarkand est prise. Puis les hordes de Huns (proto-turks ?), sont venues d'Asie centrale suivies par les turcs et le raz-de-marée mongol : en 1206 Gengis Khan apparut et son empire s'étendra de la Corée à l'Égypte et à la Russie. Il annihila de nombreuses villes et peuples dans le Khorezm et la Transoxiane et mourut en 1227. L'empire se disloqua jusqu'à l'arrivée de Tamerlan (né à Chabrisabz en Ouzbékistan) : une deuxième apocalypse suivie d'un long déclin avec la capitale Boukhara. Le dernier Timouride, Babour, préféra partir et fonda la dynastie des Grands Moghols à Delhi en 1526.
L'empire tsariste colonisera progressivement l'Asie centrale, après la Sibérie, au XVIIIème et XIXème siècle avec ses cavaliers cosaques et tatars et des répressions souvent terrible, pendant que les Anglais entraient en Inde et pénétraient en Afghanistan avec difficultés. L'empire soviétique connaîtra des tragédies comme celle du Kazakhstan en 1931 : 45% (1 600 000 personnes) de la population meurt de faim. Puis vint l'irrigation irresponsable, pour le coton, et la mer d'Aral qui risque de disparaître.
Au Turkménistan autrefois déshérité on a trouvé du pétrole, du gaz et de l'uranium si bien que le contrôle de cette région gigantesque pourrait devenir source de conflits De plus le trafic de stupéfiants s'intensifie : la route de la soie risque de devenir la route de la drogue ! Les Républiques nouvelles d'Asie centrale sont nées sans préavis en 1991. Certaines disposent de ressources considérables et leurs populations se sont beaucoup accrues. Elles sont devenues des partenaires économiques et commerciaux avec l'Europe, l'Amérique et la Chine.
Michel DAGNAUD
GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) : " Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages.
Un de plus ! Celui-ci est relatif aux banlieues. Notion de plus en plus vague au fur et à mesure qu'elle s'étend. Qui trop embrasse mal étreint ! N'importe quel thème peut faire aujourd'hui l'objet d'un Dictionnaire spécialisé, dont le choix des mots définis est toujours discutable. A quoi attribuer cette mode si pratique pour les cruciverbistes et les concours télévisés, mais si néfaste pour le développement de l'esprit de synthèse ? Ascenseur est coincé entre arabes et ascenseur social, drogue fait suite à Dreux, ville nouvelle est précédé de Vénissieux et suivi de viol ! Les vrais dictionnaires distinguent (ce qui est conforme à leur utilité), les noms communs et les noms propres, les noms de personnes ou de lieux. Ici, tout est mélangé !
Certes, il s'agit souvent d'un outil qui est commode pour trouver l'orthographe d'un mot, son origine, son histoire, et peut permettre de préciser son ou ses sens, ses nuances selon le contexte, surtout pour les mots qui sont mis à toutes les sauces et en deviennent imprécis.
On a aujourd'hui des dictionnaires de tout, des sigles, des expressions littéraires ou latines, des proverbes, d'autres encore ! La liste de ceux déjà sortis ou prévus dans la même collection, une bonne douzaine pour commencer, ouvre de vastes horizons sur les filons à exploiter? Cela rappelle celle où ont paru "La géographie pour les nuls" et ses homologues.
L'ordre alphabétique ne répond à aucune logique, sinon à celle de la commodité pratique, ou même à celle du hasard qui cache souvent la subjectivité du fond et laisse de côté tout esprit de synthèse. Et on peut craindre que par facilité le mot isolé prime sur la phrase construite avec ses nuances, ses restrictions, sa progression. Comme pour bien des remèdes pour lesquels il ne faut pas oublier d'ajouter la mention : "à utiliser avec précaution".
Jean BASTIÉ
TISSIER (Yves) : " Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 €
Ce dictionnaire constitue un bel ouvrage de référence de l'évolution territoriale des États de l'Europe depuis la révolution française. Il comporte cinq parties.
Une chronologie des répartitions territoriales en l'Europe depuis 1789 - les périodes y sont différenciées selon les conjonctures géopolitiques ébauchées par les grandes puissances en présence. Plus de 500 pages sont ensuite consacrées aux 46 États existants en 2008. Cette partie relate le déroulement des événements politiques qu'ils ont connus, évoquant selon les circonstances : dominations, occupations, restitutions de provinces, ainsi que les traités s'y afférant. Toutes ces informations sont adaptées à la compréhension des questions de géopolitique européenne en tenant compte des spécificités de chaque État et de ses particularités régionales.
Ensuite, un dictionnaire recense la situation politique de plus de 300 États qui ont eu une existence plus ou moins éphémère de 1789 à nos jours. On y retrouve nombre de duchés, comtés, villes impériales, villes libres, évêchés, abbayes, seigneuries, prévôtés, principautés, royaumes et républiques aujourd'hui disparus. Quelques annexes viennent compléter les connaissances géopolitiques, avec notamment l'évocation de l'hétérogénéité du vaste ensemble que constitua le Saint Empire ou encore les contrées qui furent gérées directement par Napoléon à l'issue de ses victoires. Une quarantaine de cartes en couleur illustrent l'évolution de la situation politique de l'ensemble de l'Europe et la variabilité territoriale des nations.
Gérard JOLY
CHAPPEY (F.) et al. : " L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p.
Cet ouvrage accompagne l'exposition du même nom qui se tient à L'Isle-Adam durant l'été 2009 et qui sera reprise à Abidjan et Bamako en 2010. Le véritable sujet en est " l'histoire de la découverte mutuelle de mondes étrangers ". Jusqu'à une époque récente, l'on relatait la découverte du monde noir par les Européens ; la participation dans ce collectif d'auteurs de plusieurs historiens africains révèle le point de vue africain devant l'irruption des Blancs armés, toujours supposés riches ... Outre les historiens, le collectif d'auteurs comporte des spécialistes de l'art, du dessin, de la photographie. Binger, bon observateur, s'intéressait aussi bien aux instruments de musique qu'aux masques et aux textiles locaux... ; il était également bon dessinateur. Il avait compris l'intérêt d'adjoindre à sa dernière mission un photographe professionnel, son ami Marcel Monnier.
Il importe d'insister sur l'iconographie exceptionnelle de cet ouvrage : les multiples photographies de M. Monnier représentent un témoignage icono-graphique unique sur la Côte d'Ivoire à la fin du XIXème siècle. Notre confrère, Ph. David, président de l'Association Images et Mémoire, y a rajouté les reproductions de la collection de F.E. Fortier, maître de la carte postale ouest-africaine. Remarques de détail : les " cornes d'antilope " (p.92) sont très probablement de Guib harnaché (Tragelaphus scriptus) ; le " beurre de Cé " (p.132) est le beurre de karité (Butyrospermum parkii ou Vitellaria paradoxa). Il est regrettable que l'un des auteurs n'hésite pas à écrire (p.117) : " De nombreux pays d'Afrique avaient à l'époque une pluviométrie beaucoup plus abondante que de nos jours ". On sait qu'en Afrique noire, les années 60 furent pluvieuses relativement aux années 80-90 mais comment le savoir au XIXème siècle alors qu'il n'y avait quasiment pas de poste pluviométrique !
Riche et documenté, ce bel ouvrage est un appréciable témoignage sur l'Afrique de l'Ouest, au début de la colonisation, fin XIXème.
Yves BOULVERT
ÉMÉRIAU (Jean) : " Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 €
C'est un livre dédié à la religion et à l'histoire. Il incorpore un grand nombre de cartes sur lesquelles sont mentionnées les villes concernées par les évocations religieuses. D'abondantes photos illustrent cet ouvrage, mais ce sont, avant tout, les évocations religieuses qui priment dans cet atlas. On y trouve de nombreux éléments de la Bible, des traductions et des informations d'ordre archéologique.
Toutes les cartes sont accompagnées de quelques commentaires historiques ou archéologiques. Mais surtout chacune est accompagnée d'une citation religieuse, un extrait biblique, ainsi que d'un texte de littérature profane.
Des annexes proposent des tableaux, un glossaire, des index et une chronologie.
Gérard JOLY
SIMON (Gildas) : " La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes.
Le géographe qui suit, avec raison, les publications de Gildas Simon se rappelle son livre publié en 1995 Géodynamique des migrations internationales dans le monde (Paris, PUF). Cet ouvrage, après avoir analysé dans une première partie les " dynamiques actuelles ", présentait dans une seconde partie les " systèmes migratoires ", donc, essentiellement, ceux des années 1980 et du début des années 1990. Toutefois, comme il est impossible d'être exhaustif, il ne traitait pas des systèmes migratoires de l'Afrique, de l'Amérique latine ou de l'ex-Urss, qui venait d'imploser quelques années auparavant. On aurait pu donc imaginer que Gildas Simon propose, une quinzaine d'années plus tard, une mise à jour complète de son précédent livre.
Mais son livre a le mérite d'être beaucoup plus ambitieux. Prenant en compte les considérables changements intervenus depuis avec ce qu'il résume dans son titre du terme " mondialisation ", il propose un livre nouveau dans son plan comme dans son contenu. Quant à la méthode d'analyse, elle s'enrichit, sachant que " le déplacement des problématiques vers la prise en compte de nouvelles formes d'organisation spatiale de la mobilité ne signifie pas pour autant la caducité des méthodes d'analyse traditionnelle de la migration ". Nous adhérons totalement à cette réalité puisque nous avions formulé par avance notre accord avec l'auteur sur la nécessité de prendre en compte à la fois les concepts traditionnels et les nouveaux nés de la mondialisation en écrivant notamment : " La combinaison des facteurs migratoires classiques et des nouvelles logiques migratoires multiplie les types de migrations et rend possibles des cheminements de plus en plus complexes " (" Les nouvelles logiques migratoires ") dans : Université de tous les savoirs, sous la direction d'Yves Michaud, Qu'est-ce que la Globalisation ?, Paris, Éditions Odile Jacob, 2004, p. 97-116).
Une seconde approbation du beau travail de l'auteur tient au fait qu'il refuse, à juste titre, de se laisser pervertir par différents poncifs les plus répandus en écrivant : " Nous ne partageons pas le schéma qui paraît désormais admis, du moins dans le champ de la recherche, du remplacement définitif du paradigme migratoire par le paradigme circulatoire ". En effet et par exemple, l'importance des migrations ne doit pas conduire à nier que, pour la nature humaine, le souhait de " vivre et travailler au pays " demeure privilégié. Celui de s'approprier définitivement un territoire qui devient un lieu définitif de vie reste aussi, le plus souvent, pour le migrant une intention qui, un jour, l'emporte. Ayant posé les bases qui justifient à la fois la durabilité et la mobilité des concepts géographiques, l'auteur décline la planète migratoire en quatre parties. La première, après avoir d'abord résumé la longue histoire migratoire de l'humanité, montre comment la mondialisation des flux dessine actuellement une nouvelle géographie migratoire. L'auteur illustre cette dernière par les évolutions des systèmes migratoires nord-américain et européen et l'analyse en montrant l'importance de la dimension réticulaire de la migration. La deuxième partie dresse un bilan des migrations forcées et des migrations de travail et insiste sur la diversité croissante, par sexe comme par âge, des caractéristiques des migrants parmi lesquels il faut parfois intégrer des éléments subjectifs comme " l'imaginaire migratoire ".
La troisième partie insiste sur différentes formes transnationales. La première tient aux stratégies familiales, d'autant que les migrations familiales ont une place déterminante dans les dispositifs légaux des pays du Nord. Au plan économique, les liens diasporiques créent aussi des liens économiques facteurs de circulation migratoire. Quant à la facilitation accrue des transferts financiers dans le monde, elle concourt également à la migration, qui implique en outre des recompositions identitaires et culturelles qui font l'objet d'un chapitre 13. Après les riches trois premières parties, la quatrième et dernière partie s'intéresse aux politiques migratoires des pays du Nord et notamment à l'Europe de Schengen. À côté d'analyses justes, cette partie nous apparaît plus discutable car elle met insuffisamment en évidence le caractère dual de ces politiques. L'auteur me permettra donc d'ouvrir un débat sur cette question. Par exemple, il parle pour la France d'une politique " de plus en plus fermée ", ce qui est, il est vrai, une idée souvent répandue, alors que la réalité peut être jugée contraire. En effet, tant dans les années 1980 que dans les années 1990, le pouvoir, de gauche ou de droite, a apporté de nombreux témoignages de sa volonté de tendre vers une " immigration zéro ". En revanche, depuis les années 2000, la politique migratoire de la France s'est inversée. Le mythe de l'immigration zéro a été politiquement abandonné et l'ouverture à l'immigration de travail s'est largement effectuée, soit dans le cadre de l'Union européenne (ouverture partielle, puis fin de la période transitoire avec les nouveaux membres en 2008, soit l'enterrement du refus du " plombier polonais " qui avait justifié, à tort, la période transitoire), soit avec les pays du Sud (accords migratoires organisant des possibilités migratoires, droit donné aux étudiants étrangers d'acquérir une première expérience professionnelle en France...), tandis que la France demeurait largement ouverte à l'immigration familiale et se classait, parmi tous les pays du monde, premier ou dans les toutes premières places au titre des demandes d'asile. D'ailleurs, même après corrections, le solde migratoire de la France des années 2000, au moins jusqu'à la crise démarrée en 2008, est largement supérieur à celui des années 1990. En outre, il faut noter que, dans les pays du Nord, ceux qui aspirent le plus à une immigration de peuplement, le Canada et l'Australie, sont en même temps ceux dont le contrôle de l'immigration est le plus organisé. Autrement dit, dans les pays du Nord, tout se passe comme si l'ouverture migratoire et le contrôle de l'immigration étaient les deux faces d'une même pièce de monnaie. Quant à la politique de l'Union européenne, on peut se demander si elle résulte d'une " stratégie volontaire ou contrainte ? ", question traitée dans le livre dirigé par Abdelkhaleq Berramdane et Jean Rosetto .
Au total, le livre de Gildas Simon est à la fois riche de nombreuses et fines analyses et fort intéressant par les utiles débats qu'il peut susciter.
Gérard-François DUMONT
BRIGAND (Louis) : " Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages.
Louis Brigand est géographe. Il nous livre son sentiment sur ces microcosmes singuliers que sont les îles. Deux motifs substantiels pour nous intéresser à son livre. Ses connaissances sont le fruit d'une existence passée à voguer d'île en île. Il les a abordées en tous les océans et mers du Monde et aussi sur des fleuves. Qu'il s'agisse des vingt-huit îles ou groupes d'îles de France métropolitaine ou des vingt deux îles ou groupes d'îles du reste du Monde, chaque fois le même objet infiniment complexe est livré aux analyses de l'auteur, révélant similitudes et singularités. C'est tout d'abord une description de la vie quotidienne des îliens, imprégnée d'une acceptation fataliste de leur sort. Celui de communautés partageant le même mode d'existence, dominé par le vent et la rudesse de la pêche. Ce qui leur confère leur " statut " d'insulaire. L'auteur fait le constat que tout cercle restreint vit une intimité fragile, ce qui ne l'empêche pas d'être soudé vis-à-vis de l'extérieur. Notre attention est attirée sur la comparaison possible entre l'île et le village de montagne où l'autobus est le frère du bateau et où s'exerce une solidarité quasi insulaire, ceci étant de même nature pour l'oasis.
Pour l'auteur, les îles constituent un " gisement géographique " dans lequel, sous sa conduite, nombre d'étudiants ont travaillé à des nouvelles connaissances. Il nous rappelle que l'insularité a une incidence majeure sur l'évolution, ce en quoi le Conservatoire du littoral hérite d'une responsabilité historique. En bref : Besoin d'îles : besoin d'elles ! De Béniget en particulier.
Jacques GASTALDI
BENISTON (Martin) : " Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie
On ne peut que se féliciter du souci qu'a l'auteur d'insister sur la signification des échelles et d'en faire la trame de son ouvrage. On est cependant quelque peu dérouté de voir la Suisse illustrer à elle seule, dans le détail, les échelles régionales et locales, de telle sorte que lorsqu'on en arrive à elle, on a le sentiment d'entrer dans un développement qui pourrait être autonome. Comment ne pas regretter, par-delà l'analyse approfondie des latitudes extratropicales, celle, également approfondie, des latitudes sub et intertropicales. Les changements climatiques annoncés dans le titre, sont pourtant d'approche avant tout globale et ne sauraient minorer des latitudes qui risquent de fournir les plus grosses masses de réfugiés climatiques.
Une meilleure connaissance de la production française, en particulier celle des géographes, aurait évité de déséquilibrer l'ouvrage à l'avantage des régions extratropicales (l'Europe, la Suisse), dès lors qu'il doit être question de décrire des espaces territoriaux intéressant toute la mosaïque climatique du globe. Du moins, telle est la position à laquelle semble inviter, répétons- le, le titre du livre. Mais ces remarques ne doivent pas, pour autant, occulter les qualités du texte. On ne peut être que d'accord avec l'auteur lorsqu'il souligne que c'est du Réchauffement Global qu'il doit être question, avant de parler de changement climatique. On est actuellement en phase de réchauffement, et non de réel changement, tout comme au XVIIIe siècle, on était en phase de refroidissement, sans que le climat ait été considéré comme changé pour autant. Si le réchauffement doit dépasser un seuil que l'on peut fixer à 2"C - 3"C par rapport à l'ère préindustrielle, on entrera alors dans un processus de " changement ". Pour la suite, on retiendra :
Le système climatique : C'est le " grand classique " ; tous les auteurs y reviennent. Le texte n'en est pas moins fort pertinent. On fera toutefois une remarque à propos de la cryosphère. L'auteur évoque, à juste titre, les rétroactions qui s'instaurent entre les englacements et l'atmosphère. On aurait aimé que soit développé ici, le fait que l'Arctique se réchauffe plus vite ( réchauffement de l'ordre de 7,5 - 8°C par rapport à l'ère préindustrielle prévu d'ici la fin du siècle ), que l'ensemble de la planète (3° C, référence faite au scénario médian du GIEC). C'est que, par rétroactions, l'Arctique intègre à la fois le réchauffement global et des processus internes, avec un albédo dont l'affaiblissement progressif doit induire, par effet cumulatif, une décrue glaciaire accélérée. Les forçages naturels du système climatique. Ce ne sont autres que les facteurs climatiques (cosmiques, planétaires et géographiques ). Les facteurs planétaires, impliquant l'atmosphère, apparaissent alors comme ceux sur lesquels interviennent les hommes avec l'introduction des GES D'où l'intérêt du développement sur le cycle du carbone et sur les caractéristiques des GES.
Modélisation et observation du climat. La pertinence des modèles est telle pour l'auteur, qu'ils constituent pour lui, des outils d'une puissance leur permettant d'aller " au-delà de l'interprétation des données d'observation ". Remarque intéressante car elle nous amène au cœur d'un débat qui peut opposer l'observation (où s'inscrivent prioritairement les climatologues géographes) et les modèles mathématiques. C'est que les climatologues géographes sont, pour beaucoup d'entre eux, avant tout des naturalistes qui n'acceptent pas l'idée selon laquelle, si l'observation aboutit à des conclusions différentes des modèles, ce sont nécessairement les modèles qui ont raison.
Changements climatiques actuels et futurs. Très bon chapitre, dont on aurait aimé, qu'il fut plus détaillé concernant les régions tropicales. On lui rattachera un point que l'on relève dans l'étude de la Suisse. Il s'agit de la signification de la canicule de 2003. Il est écrit (p. 165) que " les processus physiques qui ont caractérisé la vague de chaleur 2003.... vont se multiplier au cours des prochaines décennies ". Le raisonnement est théoriquement parfait dans la perspective du réchauffement. Il se trouve cependant que l'observation force à se poser une question. Comment se fait-il que, en phase de réchauffement indiscutable de la planète, surtout à partir du milieu du XXe siècle, on continue d'observer des hivers sévères, des vagues de froid profondes et le maintien de manifestations du système polaire, jusqu'au cœur de certains étés. Il n'est pas question de minimiser l'importance des canicules éventuellement sévères. Ce dont il est question, c'est du processus antagoniste, qui rappelle le maintien des laboratoires d'air froid, malgré le réchauffement. D'où la variabilité accrue à laquelle on doit s'attendre aux latitudes moyennes, dans les décennies qui viennent, l'air froid étant maintenu au contact d'air de plus en plus chaud. Le climat en Suisse depuis 1900 ( En soi, développement réussi). Par delà l'intérêt porté à la diminution des englacements alpins qui sont en phase avec celle de toutes les montagnes du globe, on retiendra la corrélation présentée entre la variabilité de l'Oscillation Nord Atlantique et celle des pressions sur le pays (figure 7.8, p.145).situation d'autant plus intéressante qu'elle caractérise une partie au moins, de l'Europe, et non simplement la Suisse. Sans vouloir retirer à cette corrélation toute l'attention qu'elle requiert, on fera remarquer toutefois ceci. C'est l'application d'une moyenne glissante au pas de temps de 5 ans, dont le but est d'éliminer " le bruit interannuel dans les séries " qui donne cette " subtile " (citation de l'auteur) relation. Or, cette technique statistique simple a pour conséquence, en éliminant " le bruit interannuel " d'éliminer des situations " vraies ", qui ne sont pas forcément en phase avec la tendance mise en évidence. Faire face aux changements climatiques. Bon développement.
Ce qui précède fait apparaître certaines réserves. Ces réserves sont un appel au dialogue, en particulier avec la climatologie géographique française, dont le signataire de ces lignes a la faiblesse de croire qu'elle n'est pas sans qualités. Ces précisions étant données, on ne peut que recommander le livre.
Pierre PAGNEY
AROM (Simha) : " La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusi-cologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages
Voici un destin extraordinaire. Simha Arom n'évoque pas l'enfance forcément tragique d'un jeune juif allemand dans les années 1930-40. Elevé en France, il est formé au Conservatoire national de Musique de Paris, avant de gagner la jeune République d'Israël.
En novembre 1963, " le téléphone sonna chez un corniste de l'orchestre symphonique de la radio israélienne " : le président centrafricain David Dacko cherchait un expert pour former " une fanfare de jeunes de chez nous ". Au début des années 60, le gouvernement israélien, non suspecté de colonialisme, développe une politique de Coopération active pour gagner à l'ONU les voix des pays africains venant d'acquérir leur indépendance. A 33 ans, disponible, Simha Arom s'envole vers Paris pour rencontrer quelques spécialistes : A. Schaeffner, D. Paulme, E. de Dampierre, avant de parvenir à Bangui à l'occasion de la Ëte nationale, le 1"'décembre. Il y subit " un déferlement sonore... le choc de musiques dissemblables ", notamment les " prodigieux chants polyphoniques pygmées, venus du fond des âges ". Plutôt qu'une fanfare, il propose au président de créer un chœur de jeunes, ainsi que des archives de musique locale.
Accompagné de G. Dournon, il sillonne durant trois ans le pays, rassemblant les éléments d'un musée des arts et traditions populaires, inauguré le 1"'décembre 1967 par... J.B.Bokassa qui entre temps s'est emparé du pouvoir. Fin 1967, S. Arom se retrouve à Paris attaché de recherche au CNRS, " n'ayant ", dit-il, " pas même mon baccalauréat ", mais avec un sujet de thèse : " L'arc musical Ngbaka ". En 1971, il revient en Centrafrique dans le cadre du LACITO, laboratoire du CNRS dirigé par J.M.C. Thomas, pour participer à l'étude de la langue et de la musique des Pygmées Aka du sud-ouest (et non de l'est) de Bangui. A ce jour, treize volumes de l'Encyclopédie des Pygmées Aka sont déjà publiés.
Chercheur compétent, aussi passionné et chaleureux que pédagogue, S. Arom évoque aussi bien le " cantus firmus " médiéval que le jodel (alternance rapide entre voix de poitrine et voix de tête) que l'on retrouve en Centrafrique comme dans les Alpes. Il étudie de même les orchestres de trompes des Banda - Linda, les unes étant des cornes d'antilopes, les autres " creusées dans des racines d'arbres évasées ". L'IRD ex-ORSTOM assurait un soutien logistique à ces missions CNRS auxquelles certains de ses propres chercheurs étaient associés (tel Henri Guillaume). La dernière fois que nous avons rencontré S. Arom, en 1989, il travaillait sur son terrain d'enregistrement équipé de synthétiseurs ultra - modernes. Il venait d'entreprendre l'étude des échelles musicales dans le but de comprendre comment différentes communautés ethniques les conçoivent. Plutôt que l'échelle diatonique, en effet, " en Afrique Centrale, on utilise le plus souvent une échelle pentatonique anhémitonique ". S. Arom a travaillé au Burkina Faso, au Bénin... mais il est bien sûr revenu chez les Aka ne serait-ce que pour enregistrer le " chant sur le cadavre ".
Quel parcours pour cet ethnomusicologue de renommée mondiale : il vient de se voir décerner le prix international de la fondation Fyssen !
Yves BOULVERT
ROUSSET (Marc) : " La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages
L'auteur (diplômé HEC, Docteur en Sciences économiques, MBA Columbia, AMP Harvard Business School) soutient (sans aucunes références bibliographiques) que les Européens, sauf les Britanniques et les Irlandais, sont avant tout des citoyens paneuropéens. Ceux-ci ont tout intérêt, à la suite de la politique du Général de Gaulle, de s'associer à la Russie comme à l'Allemagne pour une Grande Europe continentale de Brest à Vladivostok. Il est donc très critique vis-à-vis des Etats-Unis et hostile à l'OTAN, et au Système d'Union européenne supranationale. Il soutient que la Russie est européenne, parce que son centre de gravité est plus que jamais en deçà de l'Oural, que le catholicisme et l'orthodoxie sont les " deux poumons de l'Europe " et qu'il n'y a pas d'opposition entre catholiques/protestants ouest-européens et orthodoxes de l'autre. Voilà un plaidoyer séduisant dans le sens de la politique du gouvernement russe de Poutine et son rêve de nouvelle grande puissance euro-asiatique continentale. Ce livre très argumenté et intéressant se lit agréablement.
Pour Marc Rousset le contrôle de la Sibérie sera le grand enjeu du XXIè siècle, face à la puissance chinoise. La Russie est le Far East de l'Europe par ses grands espaces sous-peuplés et un " avant-poste " de l'Occident chrétien face à la Chine et à l'Islam de l'Asie centrale. L'auteur sort des arguments historiques pour sa démonstration : Paris avec Napoléon et le Blocus continental, Berlin et Vienne avec le Drang nach Osten, le " Lebensraum " nazi, Moscou et la zone soviétique au-delà du rideau de fer. Pour maintenir la paix sur le continent, il faudrait, selon Marc Rousset, rompre avec l'Europe transatlantique de l'OTAN et constituer avec la Russie un arc boréal paneuropéen de nations, se concrétisant par un rapprochement " entre l'Europe carolingienne, capitale Strasbourg " (sic) et la Russie. L'avenir serait dans une grande Europe avec deux alliances ouest-est européennes qui s'équilibreraient mutuellement. C'est exactement ce que souhaite la Nouvelle Russie redevenue nationaliste pour contrer l'OTAN et l'Union européenne à 27, qui remet en cause fortement la sphère d'influence russe sur les Pays d'Europe centrale et orientale. Et à défaut du français, l'auteur remet en selle une langue internationale, l'espéranto, pour que ce ne soit pas la langue des impérialistes américains qui triomphe en Europe. Ce plaidoyer bien argumenté aurait demandé 7 années de travail :Il se divise en trois parties : L'Alliance Europe carolingienne/Russie, les Défis à l'Alliance carolingienne/ Russie. Quelle langue commune pour le continent européen(qui ne soit pas l'anglais) :le multilinguisme, une stratégie nécessaire.
La première partie est une vive critique de l'actuelle Union européenne et de l'Alliance Atlantique. Elle souligne l'importance de l'espace économique et énergétique fondé sur les échanges euro-russes, et, au contraire, une Union européenne apolitique de libre échange, sans " âme ni frontières ", rejetée par les référendums populaires. L'auteur croit à un noyau dur France-Allemagne, âme et tête de " l'Europe carolingienne ", avec l'Italie et l'Espagne. Il met en avant ce qu'il considère comme le dangereux encerclement et le refoulement de la puissance russe par l'OTAN, accusée de troubler les relations de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Moldavie avec leur grand voisin. Pour conclure cette première partie, il devient évident que seul l'axe Paris-Berlin-Moscou serait la seule voie d'avenir pour l'Europe. Mais cette Alliance se heurte à l'Angleterre " cheval de Troie de l'Amérique " (sic).Seul cet axe serait capable de faire face à l'immigration extra-européenne et au terrorisme islamique, en s'opposant fortement comme les Russes à la mondialisation euro-atlantiste. L'auteur montre les rivalités actuelles en Asie centrale entre Russie, Amérique et Chine. Il est très critique vis-à-vis de la Pologne " atlantiste, ennemie héréditaire de la Sainte Russie " et de la Turquie que les Américains veulent imposer et elle aussi ennemie héréditaire de la Russie et de mettre en avant au contraire l'enjeu prometteur de la Sibérie par le contre-poids Paris-Berlin-Moscou
Si l'auteur me semble sincère dans ses réflexions, il fait le jeu de la propagande nationaliste russe et des tenants de l'antiaméricanisme. Pour un économiste distingué, il est, me semble-t-il, affligeant de soutenir des réflexions sans nuances sur le rôle des Etats-Unis et sur un renouveau de méfiance nationaliste russe, dont il se fait le porte-parole vis-à-vis d'une Europe centre-orientale qui a voulu s'émanciper par l'OTAN de la pression et de la tutelle économico-politique russe, notamment par la distribution du pétrole et du gaz naturel. Bref, cette étude originale, intéressante par ses arguments, qui ne sont pas chiffrés, manque d'objectivité en ne prenant pas en compte l'identité d'une Europe à géométrie variable entre Etats-Unis et Russie, qui voit dans la Russie un partenaire distinct qu'il ne convient pas d'intégrer dans une Eurasie irréalisable avant longtemps
Bernard DÉZERT
TEULON (Frédéric) : " Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages.
Ce dictionnaire me paraît être un chef d'œuvre, car il rassemble les biographies de la majorité des économistes qui ont marqué leur siècle depuis l'antiquité gréco-romaine. L'auteur, professeur à l'Ecole supérieur du commerce extérieur et à l'IPAG a auparavant dirigé la publication du Dictionnaire d'histoire, économie, finances, géographie. L'objectif est d'être avant tout un ouvrage de référence pour tous les grands auteurs économistes, mais aussi de culture générale, offrant une vision synthétique et globale de l'état des savoirs en économie.
L'auteur nous offre l'analyse des avancées de la science économique au cours des âges, à travers près de 1000 auteurs. Les biographies sont plus ou moins substantielles, mais les créateurs de l'économie moderne à base mathématique ont naturellement les pages les plus importantes. Les plus modernes ont droit à de lon gues présentations, par exemple William Baumol, Gary Becker (5 p.), Jean Fourastié (4 p.), Milton Friedmann (7,5 p.), Friedrich Hayek (7 p.), John Ecks (4 p.), John M. Keynes (10 p.), Paul Krugman (6 p.), Robert Mundell (6 p.), Joseph Schumpeter (6 p.).
L'analyse historique est très développée pour les anciens : l'auteur range Vauban parmi les économistes et il a raison, comme avec Marx et Engels ou Rosa Luxembourg, pour montrer les prises de position politico-économistes. Les économistes modernes sont souvent présentés avec les modèles mathématiques qu'ils ont conçus. L'étude scientifique montre l'évolution récente des économistes vers les méthodes des sciences dures, même si la modélisation est parfois audacieuse, quand elle veut être prévisionniste. Les étudiants et les chercheurs, même non économistes comme les historiens et les géographes apprécieront les réflexions solides sur les grands économistes qui ont évolué d'un genre littéraire comme le Comte de Saint-Simon à un vocabulaire scientifique avec des analyses statistiques et mathématiques de plus en plus poussées.
Bernard DÉZERT
BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) : " Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages.
Tout honnête homme du XXIe siècle, surtout s'il n'est pas géographe professionnel, devrait avoir lu cet ouvrage. En effet, il s'agit d'un panorama géographique, historique et géopolitique succinct, mais complet et expliqué, des 220 Etats qui se partagent la surface de la terre en soulignant les traits essentiels de chacun d'eux, quelle que soit sa taille, et chacun selon son importance. Le Burundi a droit à cinq lignes comme le Bhoutan, le Sénégal a une page, le Nigéria en a deux comme la Suisse. Bref, le minimum de ce que chaque citoyen du Monde devrait savoir de chaque pays pour comprendre. Le sens du raccourci des deux auteurs leur fait trouver dans tous les domaines, la formule-choc que chacun retient.
Cette étude Etat par Etat, est précédée d'un rappel des caractères physiques de la Terre et de son architecture générale et se termine par une mise au point sur les phénomènes de mondialisation expliqués, et relativisés. Les océans, mers et archipels sont eux aussi caractérisés et leur rôle souligné. Des regroupements régionaux d'Etats sont effectués, souvent originaux, puis dans un dernier chapitre, les grands problèmes mondiaux sont évoqués : réchauffement climatique, alimentation, transports, rôle des frontières, religions, délocalisations, migrations, organismes internationaux etc. Bref, en 400 pages et 17 cartes, un Vade-mecum indispensable pour celui qui veut comprendre le Monde d'aujourd'hui dans sa diversité.
Jean BASTIÉ
FUMEY (Gilles) : " Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages
En un style alerte et accessible à tous, Gilles Fumey dégage d'emblée les interrogations du monde contemporain dans le grand débat pour " nourrir la planète ". Passant par-delà les lieux communs, il pointe les incohérences du système alimentaire mondial, avec le jeu des firmes, des ONG, les déficits alimentaires affichés et, encore et toujours, la dépendance des " Sud ".
Ce petit ouvrage a le mérite d'identifier les processus à l'œuvre, dénonçant les " politiques " et leurs erreurs, les " Cassandre ", alarmistes et leurs propres intérêts, la " fatalité " qui s'abat sur les plus pauvres de la planète, assortie des effets, réels ou supposés, d'un " réchauffement climatique " amplement médiatisé. Au fil des pages, se tisse un plaidoyer pour la prise en compte des spécificités régionales dans le monde, à l'encontre des paramètres standard utilisés pour caractériser les moyennes mondiales de la sous-alimentation.
La cause des agricultures paysannes apparaît comme une référence oubliée des politiques, et l'auteur tient à rappeler, avec raison, la part des valeurs fondamentales régissant les liens de l'Homme à la terre et la défense d'une agriculture vivrière. Le rôle de la paysannerie, évoqué dans le chapitre VI et en conclusion (" l'avenir s'écrit aussi avec les paysans ") aurait, à lui seul, mérité plus que quelques pages. Ainsi, en six chapitres ouverts sur des préoccupations contemporaines, qu'elles soient de l'ordre de la loi des marchés mondiaux de productions agricoles, du rôle des IAA, de la géographie du goût ou des " géopolitiques dans l'assiette ", l'auteur balaie l'essentiel des questions à l'interface de l'agriculture et de l'alimentation dans le monde et plante les bases d'un vrai débat. Rappelons l'intérêt des cartes et les données statistiques en fin d'ouvrage.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
BOGLIOLO BRUNA (Giulia) : " Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages
Ce livre explore l'art et les mythes inuit avec une belle préface de Jean Malaurie. Le grand Nord, ultima thulé était à la fois région apollinienne de l'harmonie chez les grecs et royaume du chaos ou du purgatoire (les volcans d'Islande ?). L'inuk ressent la sacralité de cette nature animée, tel un angakkok-chamane- qui possède un pouvoir magique et peut déchiffrer le système entre microcosme et macrocosme et voir au delà des apparences pour atteindre la vérité.." sous le signe des apparences trompeuses les esprits- tutélaires ou hostiles, célestes ou chtoniens entourent et protègent ces nomades des déserts froids ".
La pulsion esthétique se manifeste alors par une grande puissance créatrice d'où une variété de formes et de styles à la fois réalistes et surréalistes. Sananguak est l'art du chasseur-artiste inuk. pour lequel la vérité n'est pas toujours la réalité visible :l'androgène primitif, nalikatek la déesse de la mer, sirène effrayante, superbes œuvres en ivoire ou bois flotté, sont des sculptures investies d'un pouvoir associées à des pratiques magiques ou religieuses. Seul le chaman peut relier le monde des vivants et celui des morts. La matière est avant tout sacrée et vivante, d'où les amulettes et talismans : mythe de la naissance du monde.
Puis les "blancs " sont arrivés mais les inuit n'ont pas trahi leur identité( leur langue primitive se retrouve dans les légendes du Groenland et du Canada arctique). D'abord les vikings dès 985 sur la côte sud-ouest du Groenland, qui auraient continué à avoir des relations commerciales pendant plusieurs siècles et dont le souvenir a été occulté par les inuits. Ensuite les marins et pêcheurs au Labrador et Terre Neuve, les baleiniers basques français et espagnols. A noter que le fer semble avoir été connu avant l'arrivée des européens qui développèrent le troc et les échanges. A la recherche des derniers descendants des vikings, le commandant danois Gustave Holm découvre en 1884 les eskimos d'Ammassalik. Après l'arrivée des prêtres et des pasteurs, tous les inuit seront convertis et baptisés vers les années 1920. Les objets et sculptures inuit perpétuent les anciens mythes. Giulia Bogliolo Bruna a écrit ce livre des " merveilles nordiques "Elle est ethno-historienne et membre du Centre d'Etudes Arctiques et du Centre d'études amérindiennes de Pérouse.
Michel DAGNAUD
FAURE (Juliette) : " Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 €
C'est à une balade historique dans le quartier parisien du Marais que l'auteur nous convie. Une balade suivant un parcours bien ordonné afin d'arpenter chaque rue de ce quartier et de ses abords. Sept chapitres sont dédiés à des sous-ensembles géographiques marqués, parfois différemment, par les événements historiques.
Les emplacements, les rues et une multitude d'hôtels particuliers font l'objet d'une description historique par laquelle les périodes fastes ou troubles de l'Histoire de France sont évoquées avec leurs conséquences architecturales, artistiques et culturelles. Ce lieu, tellement propice aux révoltes et aux conspirations politiques, a été le creuset d'événements majeurs : notamment les guerres de religion et, plus tard, la Révolution française lors de la prise de la Bastille.
Une place conséquente est donnée aux personnages royaux qui ont résidé à l'intérieur du Marais, aux religieux et hommes d'église qui sont venus y édifier leurs églises et exercer leur culte, aux célèbres Templiers qui y établirent le siège de leur confrérie et qui y périrent sur le bûcher, aux destinées des grandes figures historiques qui l'ont fréquenté, aux modes de vie, aux mœurs des notables, des artistes, des écrivains, des citoyens, des artisans qui ont façonné le quartier, que ce soit par l'exercice de leur profession, par leur esprit rénovateur ou par leur talent artistique, et aussi aux femmes influentes et célèbres qui y tinrent salon.
Chaque Parisien appréciera de renouer avec ses racines en effectuant un parcours truffé d'anecdotes dans ce quartier si ancien.
Gérard JOLY
CROIX (Nicole), RENARD (Jean) : " Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages
" Les auteurs souhaitent inscrire cet ouvrage dans une série de monographies géographiques ". Le ton est donné dès l'introduction. Les auteurs, Nicole Croix et Jean Renard, professeurs émérites en géographie, affichent avec bonheur le parcours d'une commune vendéenne, renouant avec une pratique longtemps décriée par les " modernes " de la géographie.
Cet ouvrage éclaire, dans toutes ses dimensions, l'évolution d'un territoire rural, avec ses pesanteurs, ses dynamiques, ses valeurs économiques et son identité, ce qui, dans le contexte du bocage vendéen, revêt une signification fondamentale et justifie, précisément, qu'on s'y attache. Que cette collection débute par une étude sur une commune de Vendée n'est pas neutre : le " modèle " vendéen basé sur un développement endogène et son fait " entrepreneurial " intégré aux campagnes reste une référence pour les zones rurales et méritait bien cet éclairage.
La présentation est claire, pédagogique, structurée en des thèmes accessibles à tous. Dotée d'une abondante iconographie - cartes, schémas, photographies - cette étude rappelle qu'en géographie rurale tout particulièrement, les réalités ne sont livrées qu'à celui qui chausse les bottes pour parcourir les campagnes.
Au cœur du débat, il ne faut pas s'y méprendre, c'est bien de la construction d'un territoire par des sociétés paysannes qu'il s'agit, c'est d'une Vendée habitée, qui vit et témoigne de la valeur du temps et des hommes, face à la banalisation du fait rural dans le contexte européen. Mouchamps devient ainsi un maillon de cette diversité qu'il faut maintenir et encourager. Les auteurs ont ouvert la voie et initié cette démarche, gageons que des monographies d'autres communes viendront enrichir cette collection et ouvrir ainsi le champ d'un débat constructif sur le devenir des espaces ruraux.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
COURTOIS (Sébastien de) : " Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages
Cet ouvrage relate un grand périple dans la Turquie contemporaine sur les traces de la chrétienté. L'auteur, Sébastien de Courtois, est journaliste et juriste, excellent connaisseur de la Turquie où il séjourne régulièrement. Il entraîne le lecteur au long d'un parcours très riche, au gré de monuments et de témoignages rappelant des pages de l'histoire chrétienne de cet Etat musulman. L'auteur possède une réelle connaissance des premiers temps de l'Eglise, de la vie des Apôtres, bien avant l'Islam, sur ces terres d'Asie mineure. L'immersion dans l'Histoire sainte qui, parfois, par sa complexité, égare le lecteur, poursuit son objectif : le voyageur entend faire revivre, les restes des églises et autres sites chrétiens émaillant son chemin, vestiges de la présence des Grecs qu'il connaît parfaitement bien.
Partant de l'assassinat du journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, en janvier 2007, l'auteur rappelle les antagonismes cruels dont ont été victimes les Arméniens dans ce pays, plaçant son périple sous le signe des relations ambiguës entre chrétienté et islam dans une société turque écartelée par ce débat " politique ", ainsi que par les non-dits, les oublis, voire une amnésie organisée par cet Etat qui frappe aux portes de l'Europe. Alors que le fond du problème est résolument marqué par des contradictions de taille - l'obstination du Pouvoir à nier la réalité du génocide des Arméniens, à effacer toute trace de faits réfutés par l'Histoire officielle de la Turquie moderne - S. De Courtois se livre à un exercice périlleux fait de compromis et de faux semblants vis-à-vis de faits de mémoire et, tout particulièrement, ceux du peuple arménien. Comment comprendre ces aller-retour de langage ? Pourquoi n'évoque-t-il que des " massacres ", terme politiquement correct qu'il ne substitue jamais à celui de " génocide ". Serait-il soucieux de ménager des susceptibilités ? Aurait-il émis le vœu d'une objectivité scrupuleuse ? Mais au bénéfice de qui ? Ces décalages entre l'extrême rigueur de ses descriptions du chemin des premiers chrétiens et le flou, entretenu, de ses positions sur le débat historique des Arméniens de Turquie, sont récurrents, tout au long du récit.
Ce récit rejoint un grand débat contemporain sur les menaces qui pèsent de plus en plus sur l'avenir des minorités chrétiennes dans nombre d'Etats de la région. Pourtant, malgré ses qualités, il ne peut faire l'unanimité. Il aurait pourtant suffi de prendre en compte les réalités convaincantes sur le fait socio-culturel arménien. L'anéantissement total d'une Histoire et d'une mémoire reste le non-dit que l'auteur évite d'aborder ; en témoigne, sans aucun doute, l'oubli magistral et très révélateur de cet état de fait : le 24 avril 1915, date de référence du génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman, n'est même pas mentionnée dans la chronologie de début d'ouvrage. Mais est-ce un oubli ?
Françoise ARDILLIER-CARRAS
DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick
- photographe) : " Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 €Un bel ouvrage, abondamment illustré avec des reproductions de planches issues de plusieurs herbiers dont celui du Muséum d'histoire naturelle de Paris, l'ensemble étant entremêlé de nombreuses photographies artistiques. Une vingtaine de botanistes, apothicaires, médecins ou biologistes ont été choisis par l'auteur pour jalonner l'histoire des principales découvertes réalisées en diverses parties du monde. Et c'est avec une curiosité toujours renouvelée que l'on se remémore le célèbre périple entrepris en Amérique latine par Humboldt et Bonpland qui, en 1804, rapportèrent au Muséum une récolte particulièrement riche de 6 200 spécimens du monde végétal. On apprécie aussi les reproductions de planches du précieux herbier réalisé par Pitton de Tournefort au XVIIe siècle et les travaux de la classification des plantes établie par Linné, améliorée par la famille Jussieu, ou, plus proche de nous, les innombrables parcours de cet infatigable explorateur que fut Théodore Monod, fasciné par le Sahara et toujours à la recherche de nouvelles espèces végétales : il en a découvert 32.
Cet ouvrage raconte comment ces explorateurs de la nature voyagèrent des années durant et rapportèrent de leurs expéditions de nouvelles drogues, de nouveaux aliments ainsi que de nombreuses plantes tropicales et exotiques.
Gérard JOLY
MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) : " Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée.
L'ouvrage, d'une présentation impeccable à l'image des nombreux manuels rédigés par les enseignants et chercheurs de l'EPFL et publiés par les Presses polytechniques universitaires romandes, est un manuel de statistique, un manuel appliqué à l'hydrologie, mais valable dans beaucoup d'autres domaines. Il convient pour l'aborder d'avoir acquis quelques concepts de base, population, échantillon, médiane et quantiles, variance, variable aléatoire ..., et il serait utile pour le lecteur déjà familier de la statistique de mettre en évidence les caractères propres à l'hydrologie. Destiné en premier lieu aux hydrologues, il emprunte des exemples concrets à des cours d'eau suisses, sans aller jusqu'à fournir d'exercices d'application à des problèmes pratiques de l'aménagement du territoire et de la sécurité civile en général, ni à ceux des constructeurs et exploitants d'ouvrages en milieu fluvial.
La spécificité précisée dans le sous-titre, "une science prédictive", montre que l'objectif est de fournir un outil à celui qui a besoin pour agir (ou ne pas agir) d'un aperçu fiable d'un avenir plus ou moins lointain. Les difficultés en sont soulignées ; en particulier la stationnarité des processus, bafouée à l'échelle décamillénaire par la fin des glaciations quaternaires est devenue bien difficile à admettre à l'échelle du siècle, en raison du changement annoncé du climat, et même à très court terme lorsqu'il s'agit d'événements rares, c'est-à-dire des valeurs extrêmes des distributions. L'ouvrage montre les incertitudes qui subsistent toujours et la difficulté des choix entre les modèles comme entre les tests, mais n'insiste pas sur les conséquences de ces choix sur les valeurs extrêmes des distributions. L'extrapolation des lois (mathématiques) que l'on peut ajuster sur les valeurs centrales n'a aucune justification hors des domaines connus, même en conditions stationnaires ; l'avenir garde son mystère. La Nature est floue dans l'espace et capricieuse dans le temps, on ne sait pas assigner de limite à ses valeurs extrêmes.
Sans doute, les débits et les pluies "ont été, de bonne heure, des objets privilégiés de la statistique descriptive et analytique" (Massé, 1940). Mais bien longtemps avant l'ère du "tout-modèle numérique", la thèse de Monique Dacharry (1974), portait déjà un jugement définitif sur l'usage des statistiques : "la tentation est forte aujourd'hui pour le mathématicien de dévorer les données, de jongler avec elles sans se plier au réel, ... pour le géographe, de se cantonner dans une attitude de méfiance globale" envers des formules "qui lui inspirent une vénération un peu superstitieuse" (Halphen, 1955).
Beaucoup de sources françaises sont utilisées au long des neuf chapitres (dont Duban et Guillot, Matheron, Thirriot ...), ce qui témoigne de la richesse de la réflexion française dans ce domaine, mais les influences anglo-saxonnes arrivent par le Québec, qui les a francisées (pour s'en tenir à un exemple, les manuels de statistique français utilisent ² et non chi carré). Beaucoup d'articles et ouvrages récents sont recommandés (mais pas les publications de Jean Lombardi sur l'analyse fréquentielle, éminent spécialiste suisse des barrages qui recommande d'utiliser des lois de distribution bornées).
Pierre DUFFAUT
HUMBERT (Jean-Charles) : " Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 €
Abondamment illustré, avec de nombreuses photographies auxquelles sont mêlées des reproductions de cartes portales, l'ouvrage se présente comme une évocation précieuse, à la fois d'un pays et de plusieurs familles algériennes durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe.
Ayant été conçu comme un véritable inventaire ethnographique et artistique, son contenu est associé aux évolutions techniques du support photographique, lesquelles relèvent essentiellement des progrès réalisés dans le domaine de la chimie. Dès cette époque, des expositions de photographies sont organisées dans les grandes capitales et elles donnent lieu à des palmarès. La photographie devient un instrument aussi indispensable que le carnet et le crayon le sont à l'ethnologue, au géographe, à l'archéologue, à l'historien, au voyageur comme au savant.
La photographie va être considérée comme un auxiliaire précieux pour rendre compte des évènements importants. Ce sera déjà le cas lors des voyages effectués par Napoléon III à Alger en 1860 puis en 1865. Quarante ans plus tard, la visite du Président Emile Loubet en Tunisie et en Algérie fera l'objet d'un reportage pour lequel Jean Geiser s'efforcera d'en être le témoin officiel. Car, comme tout photographe, il se préoccupe avant tout de capter ce qui est éphémère. Il abandonne plus volontiers la reproduction des paysages nus aux peintres. Sur les cartes portales qui sont éditées au tout début du XXe siècle, hommes, femmes ou enfants sont presque toujours présents.
Remarquable portraitiste, Jean Geiser a été témoin de son temps en visitant le bled, la Kabylie, en voyageant dans les régions du Sud aux portes du désert, en parcourant des villes et des villages d'Algérie et de Tunisie. Il observe tout sur son passage, la vie dans les quartiers, celle qui se développe autour des édifices ou dans les marchés, le travail des fabricants et des commerçants, les scènes de rues, l'équipement des ports, leurs navires de guerre, les navires de commerce, le navire-école Duguay-Trouin, captant toujours l'instantané, le répandant grâce au nouveau support postal que constitue la carte postale.
Jean Geiser éditera des albums de photographies, présentera des reportages, des catalogues de voyages. Il s'intéressera à des manifestations et à des festivités, ainsi qu'à des représentations théâtrales dont ses clichés immortalisent certaines actrices.
La photo de reportage a pris son véritable essor au moment de la miniaturisation "relative" des équipements, d'autant que celle-ci coïncida avec un usage croissant de la carte postale. Des touristes, aussi bien que des militaires de l'Armée ou de la Légion vont devenir photographes anonymes, fiers que leurs clichés puissent être utilisés en cartes postales et appréciés par le public.
Photographe, un métier, une passion. Jean Geiser en fut un grand passionné et il laisse un important témoignage à l'attention des artistes, des historiens, des géographes et de tous ceux qui ont attachement sentimental avec l'Algérie.
Gérard JOLY
COLIN-DELAVAUD (Claude) : " Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p.
Cet ouvrage très original déconcerte a priori le lecteur et c'est pourtant un essai de géopolitique imaginant ce qu'aurait pu être la suite de la Seconde guerre mondiale, si les troupes allemandes avaient réussi un débarquement en Grande-Bretagne en 1940, si les troupes de Rommel avaient gagner le Proche-Orient et si les armées allemandes en URSS avaient réussi à franchir le Caucase ou l'Oural. L'auteur se basant sur ses expériences de géographe-explorateur en Asie Centrale, ose affirmer que la guerre aurait duré une année supplémentaire ; mais, malgré tout, la stratégie de Hitler n'aurait pu sauver l'Allemagne d'un désastre militaire total, puisqu'il avait trop dispersé ses forces. Aurait-il pu s'emparer des gisements de pétrole de l'Orient arabe et s'avancer vers l'Inde et les troupes japonaises en refaisant le périple d'Alexandre, avec en même temps une invasion de toute la Russie, qu'il n'aurait pu malgré tout vaincre les Etats-Unis et ceux-ci auraient sans doute utilisé contre l'Allemagne les frappes nucléaires. Seul, dit l'auteur, le " pouvoir égalisateur de l'atome " aurait pu sauver le Reich, grâce aux armes nouvelles des fusées à longue portée V2 et V3 ; Le retard pris par les recherches nucléaires en Allemagne sera décisif en plus de la grande dispersion des forces allemandes et la réaction héroïque du peuple russe.
L'auteur imagine une contre-offensive alliée depuis la Sibérie et l'Oural. pour reconquérir la Russie occidentale, mais seulement fin 1945. Ce texte fait appel aussi aux attitudes pro-russes des populations de l'Asie centrale et des pays musulmans du Proche Orient à l'époque, car l'auteur est un grand connaisseur de ces pays. L'auteur imagine aussi que la première bombe atomique au lieu de tomber sur les villes japonaises serait tombé sur une grande ville allemande, entraînant la capitulation immédiate du Reich hitlérien, mais...en 1946 !
Cette histoire-fiction agréablement rédigée avec des cartes originales se lit avec curiosité et doit intéresser autant les historiens que les géographes et les stratèges militaires.
Bernard DÉZERT
HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) : " Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux
Espaces protégés par excellence, les parcs nationaux ont été observés sur tous les continents par un groupe de géographes dynamiques qui ont analysé les diverses situations, les types de gestion, et les objectifs de préservation. Les parcs se sont imposés dès 1872, d'abord à Yellowstone, avec les particularités territoriales des états gigantesques, avant d'apparaître également en diverses parties d'Amérique du Nord et d'Océanie puis en Afrique du Sud (2 millions d'hectares pour le parc Kruger en 1898).
Plus d'une dizaine de dossiers répartis dans les 3 chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la réflexion géographique, portée d'abord sur les espaces de nature dans lesquels sont gérées les activités touristiques, puis progressivement elle implique le développement durable dans le prestigieux parc des Galápagos pour lequel la gestion s'oppose à la conservation de la géodiversité. Mais que serait l'écoumène sans géodiversité ? A l'île de Pâques, où la population insulaire a triplé depuis les années 70, l'ouverture géographique sur la géodiversité est surtout d'ordre culturel. De même en Europe centrale, l'espace steppique de la Grande Plaine, symbole de l'identité nationale des cavaliers magyars, valorisa les premiers parcs nationaux. A présent, les fonctions des parcs européens sont réorientées vers le développement durable : ce n'est donc plus la sensibilité au pittoresque, ni l'esthétique pour améliorer la mise en valeur touristique, ni l'écologie radicale résolument en rupture avec le territoire. La volonté est au contraire d'intégrer les principes de l'écologie scientifique aux objectifs du développement des territoires.
Un regard croisé sur l'environnement politique des initiatives de parcs internationaux est porté sur l'Amérique centrale, dans une région où coexistent 7% de toutes les espèces végétales et animales du monde. Aux lisières de ces Etats, les difficultés gouvernementales à agir dans des aires marginales amorcent parfois des processus conflictuels.
Le continent africain représente le second ensemble régional par l'étendue de ses parcs. Réservoirs écologiques, ils sont notamment destinés à pallier les déficiences écologiques du monde moderne. Mais les enjeux, tels qu'ils sont observés ici et là, apparaissent forts disparates. Le modèle du parc national est ambigu.
Les conflits qui ont agité les parcs nationaux français ont généralement été localisés à certaines vallées, mais certains de ces conflits se généralisèrent dans un vaste ensemble comme ce fut le cas pour le développement des stations de sports d'hiver en Vanoise. Il en alla de même pour les loups des Apennins introduits dans le parc du Mercantour, quand ils se sont ensuite répandus dans l'ensemble du massif alpin et générèrent des attitudes conflictuelles devant une problématique épineuse. Ces événements ont montré que la protection de l'environnement doit certainement passer par une meilleure acceptation sociale, ou, tout au moins, par une politique qui diminue les risques potentiels de contestation, par exemple en subdivisant les territoires et en offrant des contreparties compensatoires.
S'ils sont en certains lieux un instrument d'appel touristique, les parcs relèvent parfois d'une idéologie inquiétante de protection de la nature sans l'homme, alors que tout au contraire ils devraient contribuer à la reconstruction des liens économiques, politiques et sociaux qui composent les territoires.
Gérard JOLY
THIBAULT (Christel) : " L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros.
Une bibliographie précise en français et en anglais (conventions de Genève - ONU -résolutions du Conseil de sécurité - UNBRO (United Nations Border Relief Opération) etc.), cinq cartes très claires : Provinces du Cambodge ; sectorisation de la frontière khméro-thaïlandaise ; vers 1980, à l'ouest, positions des combattants khmers rouges ; vers 1990, organisation de l'espace frontalier ; principales régions d'origine des réfugiés des camps UNBRO.
Trois chapitres d'égale importance traitent des populations en fuite, des influences et interventions complexes dans les camps, et enfin du rapatriement général lié au processus de Paix, âprement discuté, négocié. Cet ouvrage a obtenu le Prix Le Monde de la recherche universitaire.
La présence vietnamienne apparaît comme le principal facteur de départ vers les camps, bien plus que celle des khmers rouges. Les " viets " imposent des chantiers avec déplacements forcés des populations ; plus les paysans travaillent, augmentent leurs rendements, plus ils sont taxés. Par un jumelage imposé, le Cambodge doit envoyer du riz au Vietnam, alors qu'il en manque pour lui-même et qu'à partir de décembre 1988, le PADDY n'est plus autorisé à circuler entre provinces.
Les Nations Unies aident à la distribution de nourriture à partir de la frontière thaïlandaise, mais 75 % sont détournés pour et par les Vietnamiens, 25 % seulement parviennent aux Cambodgiens, depuis le " Landbridge ", dont la tête de pont est située à Aranyaprathet. Loin d'être une zone démilitarisée, la frontière thaïlandaise devient le théâtre de violents affrontements saisonniers ; dans les camps se mêlent civils et militaires. Phnom-Malai, Samlaut sont de puissants bastions khmers rouges. Tatouages de protection, offrandes aux génies sont censés protéger lors des fréquents déplacements d'un camp à un autre ou lors des franchissements nombreux de la frontière.
En apportant une aide humanitaire à des camps où se trouvaient rassemblés des civils et des combattants dès le début des années 1980, la communauté internationale a indirectement permis le maintien puis le renforcement de la résistance khmère rouge sur les marges N.O. du Cambodge.
L'ouvrage décrit la vie surpeuplée dans les camps (ex. site 2, non loin d'Aranyaprathet : 26.847 h/km² en 1992) d'où un système de distribution alimentaire très rigoureux : " jour du riz ", distribution quotidienne d'eau ; certains réfugiés franchissent la frontière pour travailler clandestinement en Thaïlande (petit commerce, activités agricoles). Ce qui est fort dangereux, puisqu'ils n'ont pas de statut légal.
La troisième partie de l'ouvrage traite des énormes difficultés pour aboutir au " cessez le feu ", aux accords de Paix signés à Paris le 23 octobre 1991 ; les combattants khmers rouges royalistes, républicains tentent d'étendre leur influence dans l'intérieur du pays ; le rapatriement général des populations en 1992-1993 proposait six options de réinstallation. 90 % des rapatriés choisirent une somme en dollars. Les terres agricoles (minées, polluées, dangereuses) furent attribuées par lots de deux hectares cultivables " nettoyés " à 2.500 familles seulement. Avec une personne amputée pour 384 habitants en moyenne, le Cambodge détient le funeste record, fin 1990, du plus fort taux de personnes invalides au Monde.
Pendant plus de onze ans, les camps ont abrité et nourri près de 400.000 cambodgiens. Ces personnes sont au moins restées en vie. Les relations entre l'humanitaire, le politique et le militaire sont tristement mises en évidence dans cet ouvrage très dense et tragiquement bien documenté.
Jacqueline GALLO-MARTIN
BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) : " L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p).
Zanzibar, île mythique? L' Ile des mille et une nuits ? C'était autrefois...
Cet archipel de corail, composé de 2 îles principales, Unguja l''île Capitale et Pemba, est situé à environ 50 km de la côte de la Tanzanie à laquelle il est rattaché politiquement depuis l'Union de 1964 (Tanzanie est la contraction de Tanganyika et de Zanzibar, la mer des noirs). Ce n'est pas un territoire immobile ni isolé comme sous-entendu dans le mot île mais qui s'est développé grâce à la mer et au commerce des esclaves d'abord et des clous de girofle et autres épices après l'interdiction par les anglais en 1873 du trafic d'esclaves (toléré encore pendant quelques décennies).
Z a été gouvernée après les portugais par le sultanat d'Oman à partir du 17ème siècle puis passa sous protectorat anglais en 1890. Le Sultanat de Z. accéda à l'indépendance en 1963 et la république fut proclamée en 1964. Des gouvernements plus ou moins dictatoriaux se sont succédés avec de nombreuses violations des droits de l 'homme et de multiples massacres. La situation ne paraît guère s'être améliorée aux dernières élections de 2005.
Cependant la population a plus que doublé en moins de 25 ans et atteint environ 1 million d'habitant. La langue originale est le swahili, l'arabe est utilisé pour le commerce avec Oman et le continent. Celui-ci était effectué par boutres de 30 à 160t. La révolution de 1964 a mis fin à ce commerce par boutres. L'influence arabe a continué à s'exercer. Les terres furent nationalisées et redistribuées en parcelles pour les plantations, en particulier de girofliers, mais les crises des années 1985-87 accélérèrent la pauvreté. Curieusement, ce fut l'Agence de développement de la Finlande qui apporta un soutien financier et le droit foncier compliqué fut réformé à partir de 89. L'émigration (surtout vers la Grande Bretagne et Oman) a commencé après la 2ème guerre mondiale et l'importante diaspora à Mascate et ailleurs aide les familles pauvres restées dans les îles.
Le système politique a besoin de réformes. C'est le développement touristique qui va permettre de moderniser l'économie et d'améliorer le sort des " îles aux épices ", petites mais belles, comme d'autres îles de l'Océan indien.
C'est un ouvrage collectif écrit sous la direction de Nathalie Bernardie-Tahir, Maître de conférences à l'Université de Limoges, avec de nombreux auteurs et articles ce qui ne facilite pas la synthèse.
Michel DAGNAUD
BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) : " Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes).
Les deux auteurs, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations internationales et stratégiques, et Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Etrangères, ambitionnent dans ce court atlas de géopolitique de fournir des clefs pour décrypter le monde d'aujourd'hui dans sa complexité et ses problèmes, ses antagonismes. Après quelques repères sur le passé, ils présentent diverses interprétations du monde global : unipolaire ou multipolaire. Formons-nous une " communauté internationale " ou sommes-nous face au " clash des civilisations " ?
Une troisième partie rappelle quelques " données globales " démographiques, économiques, énergétiques ... La dernière partie la plus originale s'efforce de représenter le monde vu par les autres. On sait que la Chine s'est toujours considérée comme l'Empire du Milieu, le centre du monde. Quel est donc le monde vu - outre les divers pays européens, par les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, mais aussi par la Turquie, la Corée, le Canada, le Brésil, l'Inde, Israël ... ainsi que par les Méditerranéens, les Africains, le monde arabe et les Islamistes ... Sans conclure, les auteurs nous proposent de réfléchir aux problèmes inscrits " de façon évidente ou en filigrane " sur ces cartes.
Le but est fort louable et l'ouvrage intéressant, bien que certains propos soient contestables. Malheureusement, on se demande si les deux auteurs haut-placés ont pris la peine de bien relire le texte et d'examiner attentivement les cartes. Certaines coquilles sont excusables mais des erreurs de dates sont regrettables. A titre d'exemple (p.117), on ne peut indiquer comme date d'indépendance : 1968 pour le Cameroun au lieu de 1960, de même1956 pour la RCA au lieu de 1960. En Egypte, le protectorat britannique a pris fin en 1922, la République remonte à 1953 et non à 1956, date du coup de Suez. Bien plus, certaines cartes sont erronées, d'autres se contredisent. Ce travail manque de cohérence. S'il importe en effet de bien souligner pour l'Afrique l'importance de la ligne de contact islam et christianisme / animisme, il convient d'harmoniser les cartes des p.28, 62 et 117. Sur la carte des religions (page 62), l'islam englobe tout l'Erythrée, le Burkina, le Tchad, la moitié du Centrafrique. Cette carte ne correspond pas exactement à celle de l'islam majoritaire (p.117), encore moins à celle (p.28) sur laquelle la " civilisation arabo-musulmane " englobe toute la côte d'Afrique occidentale. Rappel : il n'y a pas large majorité de populations musulmanes au Nigéria (50%), Erythrée (46%), Ethiopie (45%), Tchad (44%), encore moins au Burkina Faso (25%), au Cameroun (20%), Togo (15%) et Bénin (13%).
La simple carte de " l'Empire français en 1930 " (p.77) révèle d'autres erreurs : Congo et Oubangui-Chari n'y figurent pas comme colonies, alors que Cameroun et Togo étaient alors des mandats de la SDN, tout comme Syrie et le Liban également non représentés ! Dans le même genre (p.90), la Norvège est encore rattachée à l'Union Européenne mais pas le Suède et la Finlande. Par ailleurs, les axes de la traite musulmane (p.116) n'étaient pas tracés au hasard, ils suivaient les puits ; c'est le cas des pistes caravanières reliant le lac Tchad à Tripoli ou le Darfour au Caire, la voie fluviale du Nil étant essentielle pour le trafic d'esclaves !
Ces erreurs ou omissions devraient être corrigées pour la diffusion souhaitable de cet ouvrage.
Yves BOULVERT