NOTES DE LECTURE
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DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) |
" Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 € |
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HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) |
" L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 € |
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Patrimoine mondial de l'UNESCO |
" Guide des sites français" 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 € |
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SANJUAN (Thierry) |
" Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 € |
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WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) |
" L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies |
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LOUCHET (André) |
" La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages |
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FOUCHER (Michel) |
" Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 € |
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CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) |
" Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages |
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GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) |
" Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages. |
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TISSIER (Yves) |
" Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 € |
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CHAPPEY (F.) et al. |
" L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p. |
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ÉMÉRIAU (Jean) |
" Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 € |
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SIMON (Gildas) |
" La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes. |
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BRIGAND (Louis) |
" Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages. |
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BENISTON (Martin) |
" Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie |
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AROM (Simha) |
" La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages |
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ROUSSET (Marc) |
" La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages |
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TEULON (Frédéric) |
" Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages. |
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BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) |
" Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages. |
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FUMEY (Gilles) |
" Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages |
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BOGLIOLO BRUNA (Giulia) |
" Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages |
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FAURE (Juliette) |
" Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 € |
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CROIX (Nicole), RENARD (Jean) |
" Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages |
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COURTOIS (Sébastien de) |
" Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages |
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DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick - photographe) |
" Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 € |
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MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) |
" Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée. |
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HUMBERT (Jean-Charles) |
" Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 € |
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COLIN-DELAVAUD (Claude) |
" Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p. |
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HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) |
" Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux |
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THIBAULT (Christel) |
" L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros. |
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BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) |
" L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p). |
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BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) |
" Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes). |
DIDELON (Clarisse), GRASLAND (Claude), RICHARD (Yann) (sous la dir. de) : " Atlas de l'Europe dans le monde " Paris, La Documentation Française, 2009. 21 x 25,5 cm, 260 pages, 42 €
Voici un atlas destiné à évaluer la place et le rôle tenus par l'Union européenne dans la mondialisation. Il a été réalisé par des chercheurs et des universitaires associés dans un projet de recherche européen.
La première partie de l'ouvrage est consacrée à l'importante notion de continent ; une notion qui demeure à géométrie variable et qui, par conséquent, soulève le problème majeur de l'identité européenne et de sa signification. Ensuite, ce sont les richesses humaines qui sont mesurées, évaluées, à travers la démographie, ses évolutions prévisibles dans le contexte du vieillissement de la population et les proportions d'actifs. Une partie de l'ouvrage dédiée à l'étude de la puissance financière de l'Europe est plus brièvement développée, en revanche les aides au développement y sont largement commentées. Les liaisons internationales bénéficient quant à elles d'une étude plus sérieuse ; trafics aériens et maritimes sont analysés avec précisions, toutefois il est dommage que les liaisons ferroviaires aient été oubliées. En revanche, Internet et la télécommunication font l'objet d'une étude remarquable.
Enfin les 2/5 de l'ouvrage sont consacrés à une succession de thèmes épars venant ainsi compléter cet atlas : qualité de vie - droits de l'homme - le mal manger - l'occupation du sol - le développement durable - le développement humain. Le sentiment de fourre-tout s'amplifie quand s'y ajoutent les mobilités touristiques, les migrations tournées vers une forteresse qui n'est pas imprenable (sic) et les aires d'influence de l'Union européenne. Tous ces sujets ne manquent pas d'intérêt mais l'ouvrage souffre d'une absence de plan cohérent.
On peut également déplorer les choix retenus en matière cartographique pour cet ouvrage dans lequel les illustrations et les cartes sont très nombreuses, systématiquement en couleurs.
Une abondante bibliographie figure en fin d'ouvrage, ainsi que les sources de données, lesquelles sont mentionnées directement sur les représentations graphiques.
Gérard JOLY
HAAG (Pascale), RIPERT (Blandine) : " L'Inde " Éd. le Cavalier bleu, Coll. Idées reçues, mars 2009. 9 €
Ce petit livre passe en revue les mythes et les réalités de l'Inde : les mythes et idées reçues (par exemple sur les maharadjahs, les fakirs et les vaches sacrées, le kamasutra, etc.) qui nous ont imprégnés depuis Alexandre, les épopées légendaires des dieux hindous, l'éveil de Boudah et le parcours irrésistible de Gandhi. Il s'intéresse de loin à la géographie mais surtout aux religions, au développement social et économique. Le fatalisme est dû au karma, résultat d'actions commises dans des vies antérieures, qui justifie le système des castes.
Le sanskrit serait bien un des plus anciens états d'une langue indo-européenne mais ne serait pas la " mère " de toutes les langues (la bhagavad-gita est écrit en sanskrit). C'est la langue religieuse, mais en déclin.
L'hindouisme représente 80,5 % des religions soit 827,6 millions de fidèles, l'islam 13,4% soit 138,2 millions, le christianisme 2,3% soit 24,1 millions, le sikhisme (synthétisme entre hindouisme et islam) 1,9% soit 19,2 millions et le boudhisme seulement 0,8% soit 9 millions. Plus le jaïnisme et le parsime.
Gandhi n'est peut-être pas l'inventeur de la non-violence (voir Thoreau, ou Tolstoï ?) mais il a su l'utiliser au maximum et au mieux pour décourager les anglais.
C'est un pays sous- développé ? faible niveau d'alphabétisation 62,2 % en Inde contre 93% en Chine, retard du nord par rapport au sud, population pauvre surtout au nord (les états " bimaru ") 640 millions sans assainissement, 171 millions sans eau potable mais c'est une puissance nucléaire avec beaucoup d'entreprises performantes : Tata, Mittal, secteur des technologies d'information et de communication.
La population a quadruplé au cours du XXe siècle : 1 milliard en 2000 croissance annuelle ramenée à 1,6%, la fécondité décroît depuis les années 70 : 1,147 milliard en 2008 avec 70% de la population rurale. Calcutta serait-elle une ville en faillite depuis la partition et son afflux de réfugiés ? mais c'est un haut- lieu intellectuel.
Les femmes indiennes sont-elles soumises ? Un dicton populaire dit : éduquer une femme c'est comme arroser la plante d'un voisin (à cause de la dot) ; sex ratio seulement de 933 femmes pour 1000 hommes alors que dans les pays développés, c'est 1050 pour 1000. Pourtant les femmes sont devenues militantes depuis 1917 et l'égalité des sexes est reconnue dans la Constitution de 1947, mais les traditions religieuses et de castes perdurent. N'oublions pas que Indira Gandhi a été Premier Ministre de 1966 à 1977 puis de 1980 jusqu'à son assassinat en1984.
Emergence rapide d'un secteur de pointe les NTIC mais retard dans les infrastructures : Internet et téléphonie mobile. Environ 1 million et demi de personnes dans les services informatiques (notamment Bangalore). Les hindous suivent leurs ancêtres qui auraient inventé le zéro et le jeu d'échecs !
Le système de castes, illégal théoriquement, a structuré la société civile et s'est souvent transformé en partis politiques : par ex. les dalit ou intouchables, menés par le Dr. Ambedkar, ont porté au pouvoir présidentiel, Abdul Kalam entre 2002 et 2007.
L'Inde est du point de vue politique une " anomalie démocratique " à cause de sa taille. Ce sera un géant du XXIème siècle avec la Chine.
Survol très dense de l'Inde actuelle par les auteurs : Pascale Haag, linguiste maître de conférence EHESS et Blandine Ripert, géographe et anthropologue CNRS.
Michel DAGNAUD
Patrimoine mondial de l'UNESCO. Guide des sites français. 2009, Éd. DEL, 142 pages, 17 €
On sait que l'UNESCO agit, depuis 1972 pour la reconnaissance et la sauvegarde des biens dont la disparition constituerait une perte irréparable en raison de leur valeur universelle.
Trente trois biens et sites français (incluant la Nouvelle Calédonie pour l'un d'eux) sont répertoriés et inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour les faire connaître et permettre de les localiser, les éditions DEL viennent de publier un guide édité en français et en anglais. Ce guide est très richement illustré en couleurs.
La préface rappelle les critères de sélection ayant présidé au choix des sites, à savoir notamment -parmi dix critères- ceux se rapportant à un chef-d'œuvre du génie créateur humain, une aire naturelle d'une importance esthétique exceptionnelle, un habitat naturel lieu de conservation de la diversité biologique et autres facteurs géographiques et culturels.
Le guide rappelle que le patrimoine classé par l'UNESCO représente huit cent quatre vingt dix biens dans le monde.
Le guide contient une annexe technique qui donne une série de définitions et des illustrations permettant de mieux connaître et comprendre les dispositifs architecturaux.
Sur le plan pratique, le guide comporte une carte de France, ainsi qu'une carte régionale pour chacun des trente trois sites. Sur chacun d'eux, figurent les itinéraires permettant de découvrir trois cent quatre vingt lieux avoisinants présentant un caractère historique, architectural ou naturel. Un texte accompagne l'illustration principale, décrivant l'histoire du bien classé, ses caractéristiques, ses spécificités, les détails intérieurs des monuments ou les richesses naturelles du lieu. Les adresses où trouver de plus amples informations sont systématiquement mentionnées.
En définitive, un ouvrage de découverte et de documentation très agréable à compulser, substantiellement fourni en informations, un inventaire précieux de nos richesses. On ne se lassera pas d'admirer celles-ci.
Nous ne pouvons que recommander chaudement la lecture de ce mémento artistique de géographie et de culture.
Jacques GASTALDI
SANJUAN (Thierry) : " Atlas de Shanghai " Paris, Éditions Autrement, Collection Atlas / Mégapoles, 2009, 17 x 24 cm, 88 pages, 20 €
Cet atlas nous instruit des évolutions sociales, architecturales et environnementales qui ont totalement transformé Shanghai au cours des 20 dernières années. Cette ville que les Européens identifiaient auparavant comme étant celle des concessions étrangères avec une modernité à dominante occidentale, offrait une façade presque légendaire avec notamment ses maisons de jeux et son commerce de l'opium. Cette ville portuaire, havre de la modernité et des plaisirs, fut longtemps marginalisée et proscrite par le régime communiste qui condamnait à la fois l'ancien système féodal chinois et l'impérialisme occidental. A partir de 1990, la mise en place d'un nouveau dispositif politique amorça la réhabilitation de Shanghai. Une réhabilitation qui allait s'avérer spectaculaire !
Les nombreuses cartes et les plans inclus dans l'atlas associent la qualité à la pédagogie. Ils montrent en premier lieu les dispositions de l'ancienne ville fortifiée et des concessions étrangères, puis ils illustrent, avec de remarquables photographies à l'appui, la mutation en une métropole hybride dans laquelle les aménagements successifs mêlent une urbanisation moderne vertical et souvent monumentale avec une certaine protection du bâti des concessions étrangères, de quelques anciens quartiers chinois et de sa façade portuaire (le Bund). Dans cette grande puissance étrangère où l'accroissement des écarts de richesse est le plus élevé de toute l'Asie orientale, les opérations d'aménagement forcèrent les déplacements de millions de Shanghaiens. Shanghai n'échappe pas à une forte stratification sociale
Sa métamorphose s'assimile sous certains aspects à une course au gigantisme. L'urbanisation détruit forcément une grande part du passé mais s'efforce de conserver l'identité en rétablissant la mémoire des lieux et leurs souvenirs. L'auteur explique qu'aujourd'hui la municipalité favorise une politique de villes nouvelles constituant des pôles multifonctionnels. Elle tend à adopter une structure polycentrique.
Shanghai est devenue la première mégapole chinoise - devant Pékin - et l'une des principales métropoles du monde, grâce notamment à sa situation géographique et à l'aménagement du gigantesque fleuve Yangzi qui traverse la Chine d'Ouest en Est. Premier port du monde en volume global, la municipalité de Shanghai s'évertue à conserver sa suprématie mondiale. Et elle obtient aussi des réussites incontestables. Ainsi, depuis 2004, le Grand Prix de Chine de Formule 1 y est organisé sans interruption.
Autre succès annoncé : une exposition universelle ! Elle va s'étaler de mai à octobre 2010 et elle promet d'ores et déjà 100 millions de visiteurs, dont 10 visiteront le pavillon français. Si vous voulez profiter de cette occasion pour aller à Shanghai, munissez-vous de cet Atlas pour mieux apprécier votre voyage. Et si vous ne pouvez y aller, soyez certains que cet atlas pédagogique qui a été conçu et réalisé par un sinologue va vous aider à bien comprendre son évolution et à aimer cette mégapole d'Asie.
Gérard JOLY
WACKERMANN (Gabriel) (sous la dir. de) : " L'Europe. Approche géographique ", Ellipses, Paris, 414 pages, cartes et schémas, bibliographies
Cet ouvrage, œuvre collective de 22 auteurs, s'adresse tout spécialement aux historiens et géographes, candidats au CAPES et à l'Agrégation de Géographie, dont c'est l'une des questions au programme 2009-2010, mais il est destiné aussi à intéresser un large public sur ce qu'est devenu actuellement l'Europe, à l'heure où le Traité de Lisbonne va entre en vigueur et où l'Union européenne se dote enfin d'un Président et d'un Ministre des Affaires extérieures ; cependant, tous les Etats de l'Europe ne sont pas au même diapason et ne se réduisent pas non plus à un " noyau dur ", mais comportent aussi des Etats hors communauté européenne : Norvège, Islande, Suisse, Biélorussie, Ukraine et Moldavie, plus la Russie.
L'ouvrage a l'ambition de répondre aux grandes questions qui animent l'Europe au sens large : définition d'une ou plusieurs identités, genèse de l'édification au XXe siècle, enjeux environnementaux, enjeux migratoires, enjeux socio-économiques, aménagement du territoire et eurorégions, enfin, place de l'Europe dans la mondialisation actuelle. Les textes ont été rédigés par une belle pléiade de Professeurs géographes spécialistes des diverses Europes, qui traitent chacun une question sous forme d'un chapitre ou d'un modèle de " dissertation "-originalité de ce livre. Ce sont des questions très contemporaines, très utiles pour les étudiants des concours, mais susceptibles aussi d'intéresser un large public et notamment nos sociétaires qui aiment une géographie concrète et bien actualisée.
Cet ouvrage collectif est bien charpenté, avec des paragraphes aux titres courts et clairs, des cartes, des tableaux et des schémas très parlants d'une lecture aisée. Il permet de bien comprendre la nature de ce que Gabriel Wackermann appelle " la singularité européenne "a vec la forte imbrication de civilisations et de religions, mais d'où émerge maintenant peu à peu une conscience, une identité communes et une affirmation mondiale de ses valeurs humanistes.
Ce livre se divise en cinq parties de manière judicieuse : d'abord les fondements de l'Europe, puis la " Trilogie territoriale : Europe de l'Ouest, Europe centrale et Europe orientale non intégrée à l'Union européenne, milieux naturels, peuplement et cultures, aspects sectoriels (territoires ruraux, grandes métropoles, villes-ports, transports, énergies et reconversion industrielle, tourisme, enfin place mondiale de l'Europe, avec les rapports méditerranéens et atlantiques et également avec l'aire asiatique et pacifique.
Aux chapitres fondamentaux sont associés des thèmes de modèles de dissertations très pratiques pour écrits et oraux sur ces divers sujets. Voilà un livre très utile pour la compréhension de l'Europe qui mérite, après tous les ouvrages déjà parus sur ce vaste sujet une large diffusion
Bernard DÉZERT
LOUCHET (André) : " La planète océane " 2009, Paris, A. Colin, Collection U, 559 pages
L'ouvrage de 559 pages consacré aux mers et océans, représente un bilan très complet et tout à fait original, sur ces immenses espaces maritimes et littoraux de plus en plus atteints par des actions anthropiques diverses qui menacent leurs écosystèmes.
Premier manuel d'approche globale de géographie tant physique qu'humaine des océans et de leurs littoraux, il apporte une vision très synthétique de ces immensités océaniques qui couvrent les deux-tiers de la terre et qui sont devenus aujourd'hui un enjeu majeur et beaucoup moins étudiés jusqu'alors que les milieux continentaux de notre planète.
L'ensemble se divise en 25 chapitres, appelés " études " par l'auteur. L'ouvrage commence par une géographie des mers, tant physique qu'humaine et environnementaliste, avant de s'intéresser aux grandes aires maritimes, et enfin aux ressources minérales marines et sous-marines, au droit de la mer, dans une dimension géostratégique.
Il est remarquable de voir traitées dans un même livre les différentes approches s'attachant aux mers et océans. Commençant par les grands reliefs océaniques et leur explication par la tectonique des plaques, l'étude des grandes masses d'eau et les variations eustatiques, André Louchet nous expose ensuite les types de projections cartographiques et leur rôle dans la navigation. Il poursuit par les grands domaines de circulation maritime et les diverses activités de transport et de pêche.
Les douze études suivantes portent sur les grandes aires maritimes, et leurs caractéristiques tant physiques, qu'humaines et culturelles. Enfin, dans les trois derniers chapitres, l'auteur s'intéresse à la dimension géostratégique des océans, leurs ressources minérales, le droit de la mer et les télécommunications.
Chaque étude ou chapitre se termine par des documents, ainsi que des questions avec réponses et commentaires, fort utiles aux étudiants.
Une bibliographie substantielle, comportant ouvrages et articles majeurs sur tous les aspects des océans et deux index d'une grande commodité, l'un des noms et des lieux, l'autre des notions, terminent l'ensemble.
Au total, l'ouvrage d'André Louchet, " La Planète océane " sera une véritable référence pour tous les Géographes et autres spécialistes s'intéressant aux mers et océans.
Brigitte COQUE
FOUCHER (Michel) : " Les nouveaux (dés)équilibres mondiaux " Paris, La documentation française, Dossier n° 8072, 2009, 21 x 29,7 cm, 64 pages, 10,80 €
Il s'agit d'un dossier de 64 pages en format A4, particulièrement dense, enrichi de cartes et de plans précis, de tableaux et de photographies. Dans la première partie, l'auteur fait le point sur les logiques de la mondialisation, il étudie l'ensemble hétérogène des pays émergents et il analyse la crise 2007-2009, les enjeux géopolitiques liés à la démographie, aux ressources naturelles et aux réseaux qui préfigurent un monde polycentrique.
Le monde bipolaire que nous avons connu n'existe plus, il en va de même des hyperpuissances. Désormais, les puissances émergentes s'invitent à tous les niveaux de décision en géopolitique. C'est aussi le cas dans la course mondiale à l'énergie et aux matières premières. Et dans l'épineux domaine agricole : quel scénario doit être privilégié pour nourrir les hommes ?
Le dossier fait également état des nouveaux centres de la piraterie mondiale, du marché mondialisé de la drogue, des marchés illégaux et de la criminalité organisée. Il propose à la réflexion de chacun des tableaux de statistiques sur quelques éléments de mesure de la démocratie dans le monde, d'autres sur l'influence des langues, leur usage sur Internet, les dynamiques religieuses ou encore l'émancipation des femmes.
Un chapitre du dossier est consacré à des tableaux éloquents sur les flux et les réseaux de communication. Une occasion de signaler le rôle croissant de la plateforme twitter sur des points qui ont été où sont encore géopolitiquement chauds, comme la Moldavie, ou Téhéran.
Il décrypte les défis contemporains, notamment ceux agricoles et énergétiques qui appellent des réponses collectives, ainsi que les enjeux énergétiques et environnementaux dans le monde en 2009, au travers de ses réseaux, de ses interactions. Un monde dans lequel les flux sont croissants et les connexions sont multipliées, sans pour autant disposer d'une gouvernance globale.
L'ouvrage offre une réflexion originale sur le monde par son analyse détaillée des nouveaux équilibres et des déséquilibres.
Gérard JOLY
CAGNAT (René) et ORLOFF (Alexandre) : " Voyage au cœur des empires Crimée-Caucase-Asie Centrale " Éditions de l'Imprimerie nationale, 2009, 310 pages
C'est un magnifique album de photos prises par le photographe américain Alexandre Orloff en Asie Centrale avec les commentaires et résumés historiques de René Cagnat sur ces pays (Crimée, Caucase, Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizie et Kazakhstan).
R. Cagnat est écrivain, ancien Attaché militaire et réside à Bichkek. Il est l'auteur de plusieurs essais (celui sur le Milieu des empires a été écrit avec Michel Jan qui nous avait présenté un exposé sur les transsibériens).
Le centre de l'Eurasie est devenu une plate-forme stratégique sur les arrières de la Chine, de la Russie, de l'Inde et de l'Iran. La guerre en Afghanistan a amené les Américains à installer une base militaire à Manas en Kirghizie pour ravitailler les avions. Les Français disposent d'une base à Douchambé au Tadjikistan.
L'histoire de l'Asie centrale, terres de passage et de guerres ! Avant et après l'épopée d'Alexandre le Grand ! Cette énorme région jusqu'à la Crimée avait été autrefois parcourue par les nomades et envahisseurs indo-iraniens, scythes, parthes, sarmates. La route de la soie est ouverte par les Chinois au 1er siècle avant J-C. La Perse des Sassanides (227-650) rayonna jusqu'à l'arrivée des envahisseurs arabes. Merv est rasée, Samarkand est prise. Puis les hordes de Huns (proto-turks ?), sont venues d'Asie centrale suivies par les turcs et le raz-de-marée mongol : en 1206 Gengis Khan apparut et son empire s'étendra de la Corée à l'Égypte et à la Russie. Il annihila de nombreuses villes et peuples dans le Khorezm et la Transoxiane et mourut en 1227. L'empire se disloqua jusqu'à l'arrivée de Tamerlan (né à Chabrisabz en Ouzbékistan) : une deuxième apocalypse suivie d'un long déclin avec la capitale Boukhara. Le dernier Timouride, Babour, préféra partir et fonda la dynastie des Grands Moghols à Delhi en 1526.
L'empire tsariste colonisera progressivement l'Asie centrale, après la Sibérie, au XVIIIème et XIXème siècle avec ses cavaliers cosaques et tatars et des répressions souvent terrible, pendant que les Anglais entraient en Inde et pénétraient en Afghanistan avec difficultés. L'empire soviétique connaîtra des tragédies comme celle du Kazakhstan en 1931 : 45% (1 600 000 personnes) de la population meurt de faim. Puis vint l'irrigation irresponsable, pour le coton, et la mer d'Aral qui risque de disparaître.
Au Turkménistan autrefois déshérité on a trouvé du pétrole, du gaz et de l'uranium si bien que le contrôle de cette région gigantesque pourrait devenir source de conflits De plus le trafic de stupéfiants s'intensifie : la route de la soie risque de devenir la route de la drogue !
Les Républiques nouvelles d'Asie centrale sont nées sans préavis en 1991. Certaines disposent de ressources considérables et leurs populations se sont beaucoup accrues. Elles sont devenues des partenaires économiques et commerciaux avec l'Europe, l'Amérique et la Chine.
Michel DAGNAUD
GIBLIN (Béatrice) (sous la dir. de) : " Dictionnaire des banlieues ", 2009, Paris, Larousse, 448 pages.
Un de plus ! Celui-ci est relatif aux banlieues. Notion de plus en plus vague au fur et à mesure qu'elle s'étend. Qui trop embrasse mal étreint ! N'importe quel thème peut faire aujourd'hui l'objet d'un Dictionnaire spécialisé, dont le choix des mots définis est toujours discutable. A quoi attribuer cette mode si pratique pour les cruciverbistes et les concours télévisés, mais si néfaste pour le développement de l'esprit de synthèse ? Ascenseur est coincé entre arabes et ascenseur social, drogue fait suite à Dreux, ville nouvelle est précédé de Vénissieux et suivi de viol ! Les vrais dictionnaires distinguent (ce qui est conforme à leur utilité), les noms communs et les noms propres, les noms de personnes ou de lieux. Ici, tout est mélangé !
Certes, il s'agit souvent d'un outil qui est commode pour trouver l'orthographe d'un mot, son origine, son histoire, et peut permettre de préciser son ou ses sens, ses nuances selon le contexte, surtout pour les mots qui sont mis à toutes les sauces et en deviennent imprécis.
On a aujourd'hui des dictionnaires de tout, des sigles, des expressions littéraires ou latines, des proverbes, d'autres encore ! La liste de ceux déjà sortis ou prévus dans la même collection, une bonne douzaine pour commencer, ouvre de vastes horizons sur les filons à exploiter? Cela rappelle celle où ont paru "La géographie pour les nuls" et ses homologues.
L'ordre alphabétique ne répond à aucune logique, sinon à celle de la commodité pratique, ou même à celle du hasard qui cache souvent la subjectivité du fond et laisse de côté tout esprit de synthèse. Et on peut craindre que par facilité le mot isolé prime sur la phrase construite avec ses nuances, ses restrictions, sa progression. Comme pour bien des remèdes pour lesquels il ne faut pas oublier d'ajouter la mention : "à utiliser avec précaution".
Jean BASTIÉ
TISSIER (Yves) : " Dictionnaire de l'Europe. États d'hier et d'aujourd'hui de 1789 à nos jours " 2008, Éd. Vuibert, 703 pages, 3e édition, 42,75 €
Ce dictionnaire constitue un bel ouvrage de référence de l'évolution territoriale des États de l'Europe depuis la révolution française. Il comporte cinq parties.
Une chronologie des répartitions territoriales en l'Europe depuis 1789 - les périodes y sont différenciées selon les conjonctures géopolitiques ébauchées par les grandes puissances en présence. Plus de 500 pages sont ensuite consacrées aux 46 États existants en 2008. Cette partie relate le déroulement des événements politiques qu'ils ont connus, évoquant selon les circonstances : dominations, occupations, restitutions de provinces, ainsi que les traités s'y afférant. Toutes ces informations sont adaptées à la compréhension des questions de géopolitique européenne en tenant compte des spécificités de chaque État et de ses particularités régionales.
Ensuite, un dictionnaire recense la situation politique de plus de 300 États qui ont eu une existence plus ou moins éphémère de 1789 à nos jours. On y retrouve nombre de duchés, comtés, villes impériales, villes libres, évêchés, abbayes, seigneuries, prévôtés, principautés, royaumes et républiques aujourd'hui disparus.
Quelques annexes viennent compléter les connaissances géopolitiques, avec notamment l'évocation de l'hétérogénéité du vaste ensemble que constitua le Saint Empire ou encore les contrées qui furent gérées directement par Napoléon à l'issue de ses victoires. Une quarantaine de cartes en couleur illustrent l'évolution de la situation politique de l'ensemble de l'Europe et la variabilité territoriale des nations.
Gérard JOLY
CHAPPEY (F.) et al. : " L'Afrique en Noir et Blanc du fleuve Niger au golfe de Guinée (1887-1892). Louis Gustave Binger, explorateur " 2009, Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq, L'Isle-Adam - Somogy éditeur d'Art, 280 p.
Cet ouvrage accompagne l'exposition du même nom qui se tient à L'Isle-Adam durant l'été 2009 et qui sera reprise à Abidjan et Bamako en 2010. Le véritable sujet en est " l'histoire de la découverte mutuelle de mondes étrangers ". Jusqu'à une époque récente, l'on relatait la découverte du monde noir par les Européens ; la participation dans ce collectif d'auteurs de plusieurs historiens africains révèle le point de vue africain devant l'irruption des Blancs armés, toujours supposés riches ... Outre les historiens, le collectif d'auteurs comporte des spécialistes de l'art, du dessin, de la photographie. Binger, bon observateur, s'intéressait aussi bien aux instruments de musique qu'aux masques et aux textiles locaux... ; il était également bon dessinateur. Il avait compris l'intérêt d'adjoindre à sa dernière mission un photographe professionnel, son ami Marcel Monnier.
Il importe d'insister sur l'iconographie exceptionnelle de cet ouvrage : les multiples photographies de M. Monnier représentent un témoignage icono-graphique unique sur la Côte d'Ivoire à la fin du XIXème siècle. Notre confrère, Ph. David, président de l'Association Images et Mémoire, y a rajouté les reproductions de la collection de F.E. Fortier, maître de la carte postale ouest-africaine. Remarques de détail : les " cornes d'antilope " (p.92) sont très probablement de Guib harnaché (Tragelaphus scriptus) ; le " beurre de Cé " (p.132) est le beurre de karité (Butyrospermum parkii ou Vitellaria paradoxa). Il est regrettable que l'un des auteurs n'hésite pas à écrire (p.117) : " De nombreux pays d'Afrique avaient à l'époque une pluviométrie beaucoup plus abondante que de nos jours ". On sait qu'en Afrique noire, les années 60 furent pluvieuses relativement aux années 80-90 mais comment le savoir au XIXème siècle alors qu'il n'y avait quasiment pas de poste pluviométrique !
Riche et documenté, ce bel ouvrage est un appréciable témoignage sur l'Afrique de l'Ouest, au début de la colonisation, fin XIXème.
Yves BOULVERT
ÉMÉRIAU (Jean) : " Atlas des pays bibliques " 2009, Paris, Desclée de Brouwer, 16 x 24 cm, 222 pages, 25 €
C'est un livre dédié à la religion et à l'histoire. Il incorpore un grand nombre de cartes sur lesquelles sont mentionnées les villes concernées par les évocations religieuses. D'abondantes photos illustrent cet ouvrage, mais ce sont, avant tout, les évocations religieuses qui priment dans cet atlas. On y trouve de nombreux éléments de la Bible, des traductions et des informations d'ordre archéologique.
Toutes les cartes sont accompagnées de quelques commentaires historiques ou archéologiques. Mais surtout chacune est accompagnée d'une citation religieuse, un extrait biblique, ainsi que d'un texte de littérature profane.
Des annexes proposent des tableaux, un glossaire, des index et une chronologie.
Gérard JOLY
SIMON (Gildas) : " La planète migratoire dans la mondialisation " 2008, Paris, Armand Colin, 255 pages, 15 cartes.
Le géographe qui suit, avec raison, les publications de Gildas Simon se rappelle son livre publié en 1995 Géodynamique des migrations internationales dans le monde (Paris, PUF). Cet ouvrage, après avoir analysé dans une première partie les " dynamiques actuelles ", présentait dans une seconde partie les " systèmes migratoires ", donc, essentiellement, ceux des années 1980 et du début des années 1990. Toutefois, comme il est impossible d'être exhaustif, il ne traitait pas des systèmes migratoires de l'Afrique, de l'Amérique latine ou de l'ex-Urss, qui venait d'imploser quelques années auparavant. On aurait pu donc imaginer que Gildas Simon propose, une quinzaine d'années plus tard, une mise à jour complète de son précédent livre.
Mais son livre a le mérite d'être beaucoup plus ambitieux. Prenant en compte les considérables changements intervenus depuis avec ce qu'il résume dans son titre du terme " mondialisation ", il propose un livre nouveau dans son plan comme dans son contenu. Quant à la méthode d'analyse, elle s'enrichit, sachant que " le déplacement des problématiques vers la prise en compte de nouvelles formes d'organisation spatiale de la mobilité ne signifie pas pour autant la caducité des méthodes d'analyse traditionnelle de la migration ". Nous adhérons totalement à cette réalité puisque nous avions formulé par avance notre accord avec l'auteur sur la nécessité de prendre en compte à la fois les concepts traditionnels et les nouveaux nés de la mondialisation en écrivant notamment : " La combinaison des facteurs migratoires classiques et des nouvelles logiques migratoires multiplie les types de migrations et rend possibles des cheminements de plus en plus complexes " (" Les nouvelles logiques migratoires ") dans : Université de tous les savoirs, sous la direction d'Yves Michaud, Qu'est-ce que la Globalisation ?, Paris, Éditions Odile Jacob, 2004, p. 97-116).
Une seconde approbation du beau travail de l'auteur tient au fait qu'il refuse, à juste titre, de se laisser pervertir par différents poncifs les plus répandus en écrivant : " Nous ne partageons pas le schéma qui paraît désormais admis, du moins dans le champ de la recherche, du remplacement définitif du paradigme migratoire par le paradigme circulatoire ". En effet et par exemple, l'importance des migrations ne doit pas conduire à nier que, pour la nature humaine, le souhait de " vivre et travailler au pays " demeure privilégié. Celui de s'approprier définitivement un territoire qui devient un lieu définitif de vie reste aussi, le plus souvent, pour le migrant une intention qui, un jour, l'emporte. Ayant posé les bases qui justifient à la fois la durabilité et la mobilité des concepts géographiques, l'auteur décline la planète migratoire en quatre parties. La première, après avoir d'abord résumé la longue histoire migratoire de l'humanité, montre comment la mondialisation des flux dessine actuellement une nouvelle géographie migratoire. L'auteur illustre cette dernière par les évolutions des systèmes migratoires nord-américain et européen et l'analyse en montrant l'importance de la dimension réticulaire de la migration. La deuxième partie dresse un bilan des migrations forcées et des migrations de travail et insiste sur la diversité croissante, par sexe comme par âge, des caractéristiques des migrants parmi lesquels il faut parfois intégrer des éléments subjectifs comme " l'imaginaire migratoire ".
La troisième partie insiste sur différentes formes transnationales. La première tient aux stratégies familiales, d'autant que les migrations familiales ont une place déterminante dans les dispositifs légaux des pays du Nord. Au plan économique, les liens diasporiques créent aussi des liens économiques facteurs de circulation migratoire. Quant à la facilitation accrue des transferts financiers dans le monde, elle concourt également à la migration, qui implique en outre des recompositions identitaires et culturelles qui font l'objet d'un chapitre 13. Après les riches trois premières parties, la quatrième et dernière partie s'intéresse aux politiques migratoires des pays du Nord et notamment à l'Europe de Schengen. À côté d'analyses justes, cette partie nous apparaît plus discutable car elle met insuffisamment en évidence le caractère dual de ces politiques. L'auteur me permettra donc d'ouvrir un débat sur cette question. Par exemple, il parle pour la France d'une politique " de plus en plus fermée ", ce qui est, il est vrai, une idée souvent répandue, alors que la réalité peut être jugée contraire. En effet, tant dans les années 1980 que dans les années 1990, le pouvoir, de gauche ou de droite, a apporté de nombreux témoignages de sa volonté de tendre vers une " immigration zéro ". En revanche, depuis les années 2000, la politique migratoire de la France s'est inversée. Le mythe de l'immigration zéro a été politiquement abandonné et l'ouverture à l'immigration de travail s'est largement effectuée, soit dans le cadre de l'Union européenne (ouverture partielle, puis fin de la période transitoire avec les nouveaux membres en 2008, soit l'enterrement du refus du " plombier polonais " qui avait justifié, à tort, la période transitoire), soit avec les pays du Sud (accords migratoires organisant des possibilités migratoires, droit donné aux étudiants étrangers d'acquérir une première expérience professionnelle en France...), tandis que la France demeurait largement ouverte à l'immigration familiale et se classait, parmi tous les pays du monde, premier ou dans les toutes premières places au titre des demandes d'asile. D'ailleurs, même après corrections, le solde migratoire de la France des années 2000, au moins jusqu'à la crise démarrée en 2008, est largement supérieur à celui des années 1990. En outre, il faut noter que, dans les pays du Nord, ceux qui aspirent le plus à une immigration de peuplement, le Canada et l'Australie, sont en même temps ceux dont le contrôle de l'immigration est le plus organisé. Autrement dit, dans les pays du Nord, tout se passe comme si l'ouverture migratoire et le contrôle de l'immigration étaient les deux faces d'une même pièce de monnaie. Quant à la politique de l'Union européenne, on peut se demander si elle résulte d'une " stratégie volontaire ou contrainte ? ", question traitée dans le livre dirigé par Abdelkhaleq Berramdane et Jean Rosetto .
Au total, le livre de Gildas Simon est à la fois riche de nombreuses et fines analyses et fort intéressant par les utiles débats qu'il peut susciter.
Gérard-François DUMONT
BRIGAND (Louis) : " Besoin d'îles " 2009, Éditions Stock, 249 pages.
Louis Brigand est géographe. Il nous livre son sentiment sur ces microcosmes singuliers que sont les îles. Deux motifs substantiels pour nous intéresser à son livre.
Ses connaissances sont le fruit d'une existence passée à voguer d'île en île. Il les a abordées en tous les océans et mers du Monde et aussi sur des fleuves. Qu'il s'agisse des vingt-huit îles ou groupes d'îles de France métropolitaine ou des vingt deux îles ou groupes d'îles du reste du Monde, chaque fois le même objet infiniment complexe est livré aux analyses de l'auteur, révélant similitudes et singularités. C'est tout d'abord une description de la vie quotidienne des îliens, imprégnée d'une acceptation fataliste de leur sort. Celui de communautés partageant le même mode d'existence, dominé par le vent et la rudesse de la pêche. Ce qui leur confère leur " statut " d'insulaire. L'auteur fait le constat que tout cercle restreint vit une intimité fragile, ce qui ne l'empêche pas d'être soudé vis-à-vis de l'extérieur. Notre attention est attirée sur la comparaison possible entre l'île et le village de montagne où l'autobus est le frère du bateau et où s'exerce une solidarité quasi insulaire, ceci étant de même nature pour l'oasis.
Pour l'auteur, les îles constituent un " gisement géographique " dans lequel, sous sa conduite, nombre d'étudiants ont travaillé à des nouvelles connaissances. Il nous rappelle que l'insularité a une incidence majeure sur l'évolution, ce en quoi le Conservatoire du littoral hérite d'une responsabilité historique. En bref : Besoin d'îles : besoin d'elles ! De Béniget en particulier.
Jacques GASTALDI
BENISTON (Martin) : " Changements climatiques et impacts. De l'échelle globale à l'échelle locale " 2009, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 247 pages : Texte 279 pages (dont 75 sur la Suisse). Biblio. environ 450 références, 9 d'entres elles se rapportent aux travaux francophones dont 6 ne traitent pas explicitement de climatologie
On ne peut que se féliciter du souci qu'a l'auteur d'insister sur la signification des échelles et d'en faire la trame de son ouvrage. On est cependant quelque peu dérouté de voir la Suisse illustrer à elle seule, dans le détail, les échelles régionales et locales, de telle sorte que lorsqu'on en arrive à elle, on a le sentiment d'entrer dans un développement qui pourrait être autonome. Comment ne pas regretter, par-delà l'analyse approfondie des latitudes extratropicales, celle, également approfondie, des latitudes sub et intertropicales. Les changements climatiques annoncés dans le titre, sont pourtant d'approche avant tout globale et ne sauraient minorer des latitudes qui risquent de fournir les plus grosses masses de réfugiés climatiques.
Une meilleure connaissance de la production française, en particulier celle des géographes, aurait évité de déséquilibrer l'ouvrage à l'avantage des régions extratropicales (l'Europe, la Suisse), dès lors qu'il doit être question de décrire des espaces territoriaux intéressant toute la mosaïque climatique du globe. Du moins, telle est la position à laquelle semble inviter, répétons- le, le titre du livre. Mais ces remarques ne doivent pas, pour autant, occulter les qualités du texte. On ne peut être que d'accord avec l'auteur lorsqu'il souligne que c'est du Réchauffement Global qu'il doit être question, avant de parler de changement climatique. On est actuellement en phase de réchauffement, et non de réel changement, tout comme au XVIIIe siècle, on était en phase de refroidissement, sans que le climat ait été considéré comme changé pour autant. Si le réchauffement doit dépasser un seuil que l'on peut fixer à 2"C - 3"C par rapport à l'ère préindustrielle, on entrera alors dans un processus de " changement ". Pour la suite, on retiendra :
Le système climatique : C'est le " grand classique " ; tous les auteurs y reviennent. Le texte n'en est pas moins fort pertinent. On fera toutefois une remarque à propos de la cryosphère. L'auteur évoque, à juste titre, les rétroactions qui s'instaurent entre les englacements et l'atmosphère. On aurait aimé que soit développé ici, le fait que l'Arctique se réchauffe plus vite ( réchauffement de l'ordre de 7,5 - 8°C par rapport à l'ère préindustrielle prévu d'ici la fin du siècle ), que l'ensemble de la planète (3° C, référence faite au scénario médian du GIEC). C'est que, par rétroactions, l'Arctique intègre à la fois le réchauffement global et des processus internes, avec un albédo dont l'affaiblissement progressif doit induire, par effet cumulatif, une décrue glaciaire accélérée. Les forçages naturels du système climatique. Ce ne sont autres que les facteurs climatiques (cosmiques, planétaires et géographiques ). Les facteurs planétaires, impliquant l'atmosphère, apparaissent alors comme ceux sur lesquels interviennent les hommes avec l'introduction des GES D'où l'intérêt du développement sur le cycle du carbone et sur les caractéristiques des GES.
Modélisation et observation du climat. La pertinence des modèles est telle pour l'auteur, qu'ils constituent pour lui, des outils d'une puissance leur permettant d'aller " au-delà de l'interprétation des données d'observation ". Remarque intéressante car elle nous amène au cœur d'un débat qui peut opposer l'observation (où s'inscrivent prioritairement les climatologues géographes) et les modèles mathématiques. C'est que les climatologues géographes sont, pour beaucoup d'entre eux, avant tout des naturalistes qui n'acceptent pas l'idée selon laquelle, si l'observation aboutit à des conclusions différentes des modèles, ce sont nécessairement les modèles qui ont raison.
Changements climatiques actuels et futurs. Très bon chapitre, dont on aurait aimé, qu'il fut plus détaillé concernant les régions tropicales. On lui rattachera un point que l'on relève dans l'étude de la Suisse. Il s'agit de la signification de la canicule de 2003. Il est écrit (p. 165) que " les processus physiques qui ont caractérisé la vague de chaleur 2003.... vont se multiplier au cours des prochaines décennies ". Le raisonnement est théoriquement parfait dans la perspective du réchauffement. Il se trouve cependant que l'observation force à se poser une question. Comment se fait-il que, en phase de réchauffement indiscutable de la planète, surtout à partir du milieu du XXe siècle, on continue d'observer des hivers sévères, des vagues de froid profondes et le maintien de manifestations du système polaire, jusqu'au cœur de certains étés. Il n'est pas question de minimiser l'importance des canicules éventuellement sévères. Ce dont il est question, c'est du processus antagoniste, qui rappelle le maintien des laboratoires d'air froid, malgré le réchauffement. D'où la variabilité accrue à laquelle on doit s'attendre aux latitudes moyennes, dans les décennies qui viennent, l'air froid étant maintenu au contact d'air de plus en plus chaud. Le climat en Suisse depuis 1900 ( En soi, développement réussi). Par delà l'intérêt porté à la diminution des englacements alpins qui sont en phase avec celle de toutes les montagnes du globe, on retiendra la corrélation présentée entre la variabilité de l'Oscillation Nord Atlantique et celle des pressions sur le pays (figure 7.8, p.145).situation d'autant plus intéressante qu'elle caractérise une partie au moins, de l'Europe, et non simplement la Suisse. Sans vouloir retirer à cette corrélation toute l'attention qu'elle requiert, on fera remarquer toutefois ceci. C'est l'application d'une moyenne glissante au pas de temps de 5 ans, dont le but est d'éliminer " le bruit interannuel dans les séries " qui donne cette " subtile " (citation de l'auteur) relation. Or, cette technique statistique simple a pour conséquence, en éliminant " le bruit interannuel " d'éliminer des situations " vraies ", qui ne sont pas forcément en phase avec la tendance mise en évidence.
Faire face aux changements climatiques. Bon développement.
Ce qui précède fait apparaître certaines réserves. Ces réserves sont un appel au dialogue, en particulier avec la climatologie géographique française, dont le signataire de ces lignes a la faiblesse de croire qu'elle n'est pas sans qualités. Ces précisions étant données, on ne peut que recommander le livre.
Pierre PAGNEY
AROM (Simha) : " La fanfare de Bangui - Itinéraire enchanté d'un ethnomusi-cologue " 2009, La découverte, Coll. Les Empêcheurs de penser en rond, 207 pages
Voici un destin extraordinaire. Simha Arom n'évoque pas l'enfance forcément tragique d'un jeune juif allemand dans les années 1930-40. Elevé en France, il est formé au Conservatoire national de Musique de Paris, avant de gagner la jeune République d'Israël.
En novembre 1963, " le téléphone sonna chez un corniste de l'orchestre symphonique de la radio israélienne " : le président centrafricain David Dacko cherchait un expert pour former " une fanfare de jeunes de chez nous ". Au début des années 60, le gouvernement israélien, non suspecté de colonialisme, développe une politique de Coopération active pour gagner à l'ONU les voix des pays africains venant d'acquérir leur indépendance. A 33 ans, disponible, Simha Arom s'envole vers Paris pour rencontrer quelques spécialistes : A. Schaeffner, D. Paulme, E. de Dampierre, avant de parvenir à Bangui à l'occasion de la Ëte nationale, le 1"'décembre. Il y subit " un déferlement sonore... le choc de musiques dissemblables ", notamment les " prodigieux chants polyphoniques pygmées, venus du fond des âges ". Plutôt qu'une fanfare, il propose au président de créer un chœur de jeunes, ainsi que des archives de musique locale.
Accompagné de G. Dournon, il sillonne durant trois ans le pays, rassemblant les éléments d'un musée des arts et traditions populaires, inauguré le 1"'décembre 1967 par... J.B.Bokassa qui entre temps s'est emparé du pouvoir. Fin 1967, S. Arom se retrouve à Paris attaché de recherche au CNRS, " n'ayant ", dit-il, " pas même mon baccalauréat ", mais avec un sujet de thèse : " L'arc musical Ngbaka ". En 1971, il revient en Centrafrique dans le cadre du LACITO, laboratoire du CNRS dirigé par J.M.C. Thomas, pour participer à l'étude de la langue et de la musique des Pygmées Aka du sud-ouest (et non de l'est) de Bangui. A ce jour, treize volumes de l'Encyclopédie des Pygmées Aka sont déjà publiés.
Chercheur compétent, aussi passionné et chaleureux que pédagogue, S. Arom évoque aussi bien le " cantus firmus " médiéval que le jodel (alternance rapide entre voix de poitrine et voix de tête) que l'on retrouve en Centrafrique comme dans les Alpes. Il étudie de même les orchestres de trompes des Banda - Linda, les unes étant des cornes d'antilopes, les autres " creusées dans des racines d'arbres évasées ". L'IRD ex-ORSTOM assurait un soutien logistique à ces missions CNRS auxquelles certains de ses propres chercheurs étaient associés (tel Henri Guillaume). La dernière fois que nous avons rencontré S. Arom, en 1989, il travaillait sur son terrain d'enregistrement équipé de synthétiseurs ultra - modernes. Il venait d'entreprendre l'étude des échelles musicales dans le but de comprendre comment différentes communautés ethniques les conçoivent. Plutôt que l'échelle diatonique, en effet, " en Afrique Centrale, on utilise le plus souvent une échelle pentatonique anhémitonique ". S. Arom a travaillé au Burkina Faso, au Bénin... mais il est bien sûr revenu chez les Aka ne serait-ce que pour enregistrer le " chant sur le cadavre ".
Quel parcours pour cet ethnomusicologue de renommée mondiale : il vient de se voir décerner le prix international de la fondation Fyssen !
Yves BOULVERT
ROUSSET (Marc) : " La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou - Le continent paneuropéen face au choc des civilisations " 2009, préface Youri Roubinski de l'académie des Sciences de Russie, Paris, Éd. Godefroy de Bouillon, 548 pages
L'auteur (diplômé HEC, Docteur en Sciences économiques, MBA Columbia, AMP Harvard Business School) soutient (sans aucunes références bibliographiques) que les Européens, sauf les Britanniques et les Irlandais, sont avant tout des citoyens paneuropéens. Ceux-ci ont tout intérêt, à la suite de la politique du Général de Gaulle, de s'associer à la Russie comme à l'Allemagne pour une Grande Europe continentale de Brest à Vladivostok. Il est donc très critique vis-à-vis des Etats-Unis et hostile à l'OTAN, et au Système d'Union européenne supranationale. Il soutient que la Russie est européenne, parce que son centre de gravité est plus que jamais en deçà de l'Oural, que le catholicisme et l'orthodoxie sont les " deux poumons de l'Europe " et qu'il n'y a pas d'opposition entre catholiques/protestants ouest-européens et orthodoxes de l'autre. Voilà un plaidoyer séduisant dans le sens de la politique du gouvernement russe de Poutine et son rêve de nouvelle grande puissance euro-asiatique continentale. Ce livre très argumenté et intéressant se lit agréablement.
Pour Marc Rousset le contrôle de la Sibérie sera le grand enjeu du XXIè siècle, face à la puissance chinoise. La Russie est le Far East de l'Europe par ses grands espaces sous-peuplés et un " avant-poste " de l'Occident chrétien face à la Chine et à l'Islam de l'Asie centrale. L'auteur sort des arguments historiques pour sa démonstration : Paris avec Napoléon et le Blocus continental, Berlin et Vienne avec le Drang nach Osten, le " Lebensraum " nazi, Moscou et la zone soviétique au-delà du rideau de fer. Pour maintenir la paix sur le continent, il faudrait, selon Marc Rousset, rompre avec l'Europe transatlantique de l'OTAN et constituer avec la Russie un arc boréal paneuropéen de nations, se concrétisant par un rapprochement " entre l'Europe carolingienne, capitale Strasbourg " (sic) et la Russie. L'avenir serait dans une grande Europe avec deux alliances ouest-est européennes qui s'équilibreraient mutuellement. C'est exactement ce que souhaite la Nouvelle Russie redevenue nationaliste pour contrer l'OTAN et l'Union européenne à 27, qui remet en cause fortement la sphère d'influence russe sur les Pays d'Europe centrale et orientale. Et à défaut du français, l'auteur remet en selle une langue internationale, l'espéranto, pour que ce ne soit pas la langue des impérialistes américains qui triomphe en Europe.
Ce plaidoyer bien argumenté aurait demandé 7 années de travail :Il se divise en trois parties : L'Alliance Europe carolingienne/Russie, les Défis à l'Alliance carolingienne/ Russie. Quelle langue commune pour le continent européen(qui ne soit pas l'anglais) :le multilinguisme, une stratégie nécessaire.
La première partie est une vive critique de l'actuelle Union européenne et de l'Alliance Atlantique. Elle souligne l'importance de l'espace économique et énergétique fondé sur les échanges euro-russes, et, au contraire, une Union européenne apolitique de libre échange, sans " âme ni frontières ", rejetée par les référendums populaires. L'auteur croit à un noyau dur France-Allemagne, âme et tête de " l'Europe carolingienne ", avec l'Italie et l'Espagne. Il met en avant ce qu'il considère comme le dangereux encerclement et le refoulement de la puissance russe par l'OTAN, accusée de troubler les relations de la Géorgie, de l'Ukraine et de la Moldavie avec leur grand voisin. Pour conclure cette première partie, il devient évident que seul l'axe Paris-Berlin-Moscou serait la seule voie d'avenir pour l'Europe. Mais cette Alliance se heurte à l'Angleterre " cheval de Troie de l'Amérique " (sic).Seul cet axe serait capable de faire face à l'immigration extra-européenne et au terrorisme islamique, en s'opposant fortement comme les Russes à la mondialisation euro-atlantiste. L'auteur montre les rivalités actuelles en Asie centrale entre Russie, Amérique et Chine. Il est très critique vis-à-vis de la Pologne " atlantiste, ennemie héréditaire de la Sainte Russie " et de la Turquie que les Américains veulent imposer et elle aussi ennemie héréditaire de la Russie et de mettre en avant au contraire l'enjeu prometteur de la Sibérie par le contre-poids Paris-Berlin-Moscou
Si l'auteur me semble sincère dans ses réflexions, il fait le jeu de la propagande nationaliste russe et des tenants de l'antiaméricanisme. Pour un économiste distingué, il est, me semble-t-il, affligeant de soutenir des réflexions sans nuances sur le rôle des Etats-Unis et sur un renouveau de méfiance nationaliste russe, dont il se fait le porte-parole vis-à-vis d'une Europe centre-orientale qui a voulu s'émanciper par l'OTAN de la pression et de la tutelle économico-politique russe, notamment par la distribution du pétrole et du gaz naturel. Bref, cette étude originale, intéressante par ses arguments, qui ne sont pas chiffrés, manque d'objectivité en ne prenant pas en compte l'identité d'une Europe à géométrie variable entre Etats-Unis et Russie, qui voit dans la Russie un partenaire distinct qu'il ne convient pas d'intégrer dans une Eurasie irréalisable avant longtemps
Bernard DÉZERT
TEULON (Frédéric) : " Dictionnaire des grands économistes? 2500 ans d'histoire de la pensée économique, Glossaire, index alphabétique, thématique et par nationalités ", Presses Universitaires de France, 2009, 427 pages.
Ce dictionnaire me paraît être un chef d'œuvre, car il rassemble les biographies de la majorité des économistes qui ont marqué leur siècle depuis l'antiquité gréco-romaine. L'auteur, professeur à l'Ecole supérieur du commerce extérieur et à l'IPAG a auparavant dirigé la publication du Dictionnaire d'histoire, économie, finances, géographie. L'objectif est d'être avant tout un ouvrage de référence pour tous les grands auteurs économistes, mais aussi de culture générale, offrant une vision synthétique et globale de l'état des savoirs en économie.
L'auteur nous offre l'analyse des avancées de la science économique au cours des âges, à travers près de 1000 auteurs. Les biographies sont plus ou moins substantielles, mais les créateurs de l'économie moderne à base mathématique ont naturellement les pages les plus importantes. Les plus modernes ont droit à de lon gues présentations, par exemple William Baumol, Gary Becker (5 p.), Jean Fourastié (4 p.), Milton Friedmann (7,5 p.), Friedrich Hayek (7 p.), John Ecks (4 p.), John M. Keynes (10 p.), Paul Krugman (6 p.), Robert Mundell (6 p.), Joseph Schumpeter (6 p.).
L'analyse historique est très développée pour les anciens : l'auteur range Vauban parmi les économistes et il a raison, comme avec Marx et Engels ou Rosa Luxembourg, pour montrer les prises de position politico-économistes. Les économistes modernes sont souvent présentés avec les modèles mathématiques qu'ils ont conçus. L'étude scientifique montre l'évolution récente des économistes vers les méthodes des sciences dures, même si la modélisation est parfois audacieuse, quand elle veut être prévisionniste. Les étudiants et les chercheurs, même non économistes comme les historiens et les géographes apprécieront les réflexions solides sur les grands économistes qui ont évolué d'un genre littéraire comme le Comte de Saint-Simon à un vocabulaire scientifique avec des analyses statistiques et mathématiques de plus en plus poussées.
Bernard DÉZERT
BARREAU (Jean-Claude) et BIGOT (Guillaume) : " Toute la géographie du monde ", Paris, Fayard, 2007, in 16, 412 pages.
Tout honnête homme du XXIe siècle, surtout s'il n'est pas géographe professionnel, devrait avoir lu cet ouvrage. En effet, il s'agit d'un panorama géographique, historique et géopolitique succinct, mais complet et expliqué, des 220 Etats qui se partagent la surface de la terre en soulignant les traits essentiels de chacun d'eux, quelle que soit sa taille, et chacun selon son importance. Le Burundi a droit à cinq lignes comme le Bhoutan, le Sénégal a une page, le Nigéria en a deux comme la Suisse. Bref, le minimum de ce que chaque citoyen du Monde devrait savoir de chaque pays pour comprendre. Le sens du raccourci des deux auteurs leur fait trouver dans tous les domaines, la formule-choc que chacun retient.
Cette étude Etat par Etat, est précédée d'un rappel des caractères physiques de la Terre et de son architecture générale et se termine par une mise au point sur les phénomènes de mondialisation expliqués, et relativisés. Les océans, mers et archipels sont eux aussi caractérisés et leur rôle souligné. Des regroupements régionaux d'Etats sont effectués, souvent originaux, puis dans un dernier chapitre, les grands problèmes mondiaux sont évoqués : réchauffement climatique, alimentation, transports, rôle des frontières, religions, délocalisations, migrations, organismes internationaux etc. Bref, en 400 pages et 17 cartes, un Vade-mecum indispensable pour celui qui veut comprendre le Monde d'aujourd'hui dans sa diversité.
Jean BASTIÉ
FUMEY (Gilles) : " Géopolitique de l'alimentation " Paris, Ed. Sciences Humaines, 2008, 127 pages
En un style alerte et accessible à tous, Gilles Fumey dégage d'emblée les interrogations du monde contemporain dans le grand débat pour " nourrir la planète ". Passant par-delà les lieux communs, il pointe les incohérences du système alimentaire mondial, avec le jeu des firmes, des ONG, les déficits alimentaires affichés et, encore et toujours, la dépendance des " Sud ".
Ce petit ouvrage a le mérite d'identifier les processus à l'œuvre, dénonçant les " politiques " et leurs erreurs, les " Cassandre ", alarmistes et leurs propres intérêts, la " fatalité " qui s'abat sur les plus pauvres de la planète, assortie des effets, réels ou supposés, d'un " réchauffement climatique " amplement médiatisé.
Au fil des pages, se tisse un plaidoyer pour la prise en compte des spécificités régionales dans le monde, à l'encontre des paramètres standard utilisés pour caractériser les moyennes mondiales de la sous-alimentation.
La cause des agricultures paysannes apparaît comme une référence oubliée des politiques, et l'auteur tient à rappeler, avec raison, la part des valeurs fondamentales régissant les liens de l'Homme à la terre et la défense d'une agriculture vivrière. Le rôle de la paysannerie, évoqué dans le chapitre VI et en conclusion (" l'avenir s'écrit aussi avec les paysans ") aurait, à lui seul, mérité plus que quelques pages. Ainsi, en six chapitres ouverts sur des préoccupations contemporaines, qu'elles soient de l'ordre de la loi des marchés mondiaux de productions agricoles, du rôle des IAA, de la géographie du goût ou des " géopolitiques dans l'assiette ", l'auteur balaie l'essentiel des questions à l'interface de l'agriculture et de l'alimentation dans le monde et plante les bases d'un vrai débat.
Rappelons l'intérêt des cartes et les données statistiques en fin d'ouvrage.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
BOGLIOLO BRUNA (Giulia) : " Apparences trompeuses. Sananguaq. Au cœur de la pensée inuit " préface de Jean Malaurie, 2007, Montigny-le-Bretonneux, Yvelinédition, 152 pages
Ce livre explore l'art et les mythes inuit avec une belle préface de Jean Malaurie.
Le grand Nord, ultima thulé était à la fois région apollinienne de l'harmonie chez les grecs et royaume du chaos ou du purgatoire (les volcans d'Islande ?). L'inuk ressent la sacralité de cette nature animée, tel un angakkok-chamane- qui possède un pouvoir magique et peut déchiffrer le système entre microcosme et macrocosme et voir au delà des apparences pour atteindre la vérité.." sous le signe des apparences trompeuses les esprits- tutélaires ou hostiles, célestes ou chtoniens entourent et protègent ces nomades des déserts froids ".
La pulsion esthétique se manifeste alors par une grande puissance créatrice d'où une variété de formes et de styles à la fois réalistes et surréalistes. Sananguak est l'art du chasseur-artiste inuk. pour lequel la vérité n'est pas toujours la réalité visible :l'androgène primitif, nalikatek la déesse de la mer, sirène effrayante, superbes œuvres en ivoire ou bois flotté, sont des sculptures investies d'un pouvoir associées à des pratiques magiques ou religieuses. Seul le chaman peut relier le monde des vivants et celui des morts.
La matière est avant tout sacrée et vivante, d'où les amulettes et talismans : mythe de la naissance du monde.
Puis les "blancs " sont arrivés mais les inuit n'ont pas trahi leur identité( leur langue primitive se retrouve dans les légendes du Groenland et du Canada arctique). D'abord les vikings dès 985 sur la côte sud-ouest du Groenland, qui auraient continué à avoir des relations commerciales pendant plusieurs siècles et dont le souvenir a été occulté par les inuits. Ensuite les marins et pêcheurs au Labrador et Terre Neuve, les baleiniers basques français et espagnols. A noter que le fer semble avoir été connu avant l'arrivée des européens qui développèrent le troc et les échanges. A la recherche des derniers descendants des vikings, le commandant danois Gustave Holm découvre en 1884 les eskimos d'Ammassalik. Après l'arrivée des prêtres et des pasteurs, tous les inuit seront convertis et baptisés vers les années 1920.
Les objets et sculptures inuit perpétuent les anciens mythes.
Giulia Bogliolo Bruna a écrit ce livre des " merveilles nordiques "Elle est ethno-historienne et membre du Centre d'Etudes Arctiques et du Centre d'études amérindiennes de Pérouse.
Michel DAGNAUD
FAURE (Juliette) : " Le Marais. Promenade dans le temps " L'Harmattan, Coll. Histoire de Paris, 270 p., 23 €
C'est à une balade historique dans le quartier parisien du Marais que l'auteur nous convie. Une balade suivant un parcours bien ordonné afin d'arpenter chaque rue de ce quartier et de ses abords. Sept chapitres sont dédiés à des sous-ensembles géographiques marqués, parfois différemment, par les événements historiques.
Les emplacements, les rues et une multitude d'hôtels particuliers font l'objet d'une description historique par laquelle les périodes fastes ou troubles de l'Histoire de France sont évoquées avec leurs conséquences architecturales, artistiques et culturelles. Ce lieu, tellement propice aux révoltes et aux conspirations politiques, a été le creuset d'événements majeurs : notamment les guerres de religion et, plus tard, la Révolution française lors de la prise de la Bastille.
Une place conséquente est donnée aux personnages royaux qui ont résidé à l'intérieur du Marais, aux religieux et hommes d'église qui sont venus y édifier leurs églises et exercer leur culte, aux célèbres Templiers qui y établirent le siège de leur confrérie et qui y périrent sur le bûcher, aux destinées des grandes figures historiques qui l'ont fréquenté, aux modes de vie, aux mœurs des notables, des artistes, des écrivains, des citoyens, des artisans qui ont façonné le quartier, que ce soit par l'exercice de leur profession, par leur esprit rénovateur ou par leur talent artistique, et aussi aux femmes influentes et célèbres qui y tinrent salon.
Chaque Parisien appréciera de renouer avec ses racines en effectuant un parcours truffé d'anecdotes dans ce quartier si ancien.
Gérard JOLY
CROIX (Nicole), RENARD (Jean) : " Mouchamps. commune des bocages vendéens " Editions P.U.R. Coll. Espaces et territoires, 2008, 125 pages
" Les auteurs souhaitent inscrire cet ouvrage dans une série de monographies géographiques ". Le ton est donné dès l'introduction. Les auteurs, Nicole Croix et Jean Renard, professeurs émérites en géographie, affichent avec bonheur le parcours d'une commune vendéenne, renouant avec une pratique longtemps décriée par les " modernes " de la géographie.
Cet ouvrage éclaire, dans toutes ses dimensions, l'évolution d'un territoire rural, avec ses pesanteurs, ses dynamiques, ses valeurs économiques et son identité, ce qui, dans le contexte du bocage vendéen, revêt une signification fondamentale et justifie, précisément, qu'on s'y attache. Que cette collection débute par une étude sur une commune de Vendée n'est pas neutre : le " modèle " vendéen basé sur un développement endogène et son fait " entrepreneurial " intégré aux campagnes reste une référence pour les zones rurales et méritait bien cet éclairage.
La présentation est claire, pédagogique, structurée en des thèmes accessibles à tous. Dotée d'une abondante iconographie - cartes, schémas, photographies - cette étude rappelle qu'en géographie rurale tout particulièrement, les réalités ne sont livrées qu'à celui qui chausse les bottes pour parcourir les campagnes.
Au cœur du débat, il ne faut pas s'y méprendre, c'est bien de la construction d'un territoire par des sociétés paysannes qu'il s'agit, c'est d'une Vendée habitée, qui vit et témoigne de la valeur du temps et des hommes, face à la banalisation du fait rural dans le contexte européen. Mouchamps devient ainsi un maillon de cette diversité qu'il faut maintenir et encourager. Les auteurs ont ouvert la voie et initié cette démarche, gageons que des monographies d'autres communes viendront enrichir cette collection et ouvrir ainsi le champ d'un débat constructif sur le devenir des espaces ruraux.
Françoise ARDILLIER-CARRAS
COURTOIS (Sébastien de) : " Périple en Turquie chrétienne " Paris, Editions Presses de la renaissance, 2008, 270 pages
Cet ouvrage relate un grand périple dans la Turquie contemporaine sur les traces de la chrétienté. L'auteur, Sébastien de Courtois, est journaliste et juriste, excellent connaisseur de la Turquie où il séjourne régulièrement. Il entraîne le lecteur au long d'un parcours très riche, au gré de monuments et de témoignages rappelant des pages de l'histoire chrétienne de cet Etat musulman. L'auteur possède une réelle connaissance des premiers temps de l'Eglise, de la vie des Apôtres, bien avant l'Islam, sur ces terres d'Asie mineure. L'immersion dans l'Histoire sainte qui, parfois, par sa complexité, égare le lecteur, poursuit son objectif : le voyageur entend faire revivre, les restes des églises et autres sites chrétiens émaillant son chemin, vestiges de la présence des Grecs qu'il connaît parfaitement bien.
Partant de l'assassinat du journaliste turc d'origine arménienne, Hrant Dink, en janvier 2007, l'auteur rappelle les antagonismes cruels dont ont été victimes les Arméniens dans ce pays, plaçant son périple sous le signe des relations ambiguës entre chrétienté et islam dans une société turque écartelée par ce débat " politique ", ainsi que par les non-dits, les oublis, voire une amnésie organisée par cet Etat qui frappe aux portes de l'Europe. Alors que le fond du problème est résolument marqué par des contradictions de taille - l'obstination du Pouvoir à nier la réalité du génocide des Arméniens, à effacer toute trace de faits réfutés par l'Histoire officielle de la Turquie moderne - S. De Courtois se livre à un exercice périlleux fait de compromis et de faux semblants vis-à-vis de faits de mémoire et, tout particulièrement, ceux du peuple arménien. Comment comprendre ces aller-retour de langage ? Pourquoi n'évoque-t-il que des " massacres ", terme politiquement correct qu'il ne substitue jamais à celui de " génocide ". Serait-il soucieux de ménager des susceptibilités ? Aurait-il émis le vœu d'une objectivité scrupuleuse ? Mais au bénéfice de qui ? Ces décalages entre l'extrême rigueur de ses descriptions du chemin des premiers chrétiens et le flou, entretenu, de ses positions sur le débat historique des Arméniens de Turquie, sont récurrents, tout au long du récit.
Ce récit rejoint un grand débat contemporain sur les menaces qui pèsent de plus en plus sur l'avenir des minorités chrétiennes dans nombre d'Etats de la région. Pourtant, malgré ses qualités, il ne peut faire l'unanimité. Il aurait pourtant suffi de prendre en compte les réalités convaincantes sur le fait socio-culturel arménien. L'anéantissement total d'une Histoire et d'une mémoire reste le non-dit que l'auteur évite d'aborder ; en témoigne, sans aucun doute, l'oubli magistral et très révélateur de cet état de fait : le 24 avril 1915, date de référence du génocide des Arméniens dans l'Empire ottoman, n'est même pas mentionnée dans la chronologie de début d'ouvrage. Mais est-ce un oubli ?
Françoise ARDILLIER-CARRAS
DESCHAMPS (Lucienne), MAROUSSY (Annick
- photographe) : " Botanistes voyageurs ; ou la passion des plantes " Aubanel, Ed. Minerva, Genève, 2008, 32x23 cm, 179 p., 39 €Un bel ouvrage, abondamment illustré avec des reproductions de planches issues de plusieurs herbiers dont celui du Muséum d'histoire naturelle de Paris, l'ensemble étant entremêlé de nombreuses photographies artistiques. Une vingtaine de botanistes, apothicaires, médecins ou biologistes ont été choisis par l'auteur pour jalonner l'histoire des principales découvertes réalisées en diverses parties du monde. Et c'est avec une curiosité toujours renouvelée que l'on se remémore le célèbre périple entrepris en Amérique latine par Humboldt et Bonpland qui, en 1804, rapportèrent au Muséum une récolte particulièrement riche de 6 200 spécimens du monde végétal. On apprécie aussi les reproductions de planches du précieux herbier réalisé par Pitton de Tournefort au XVIIe siècle et les travaux de la classification des plantes établie par Linné, améliorée par la famille Jussieu, ou, plus proche de nous, les innombrables parcours de cet infatigable explorateur que fut Théodore Monod, fasciné par le Sahara et toujours à la recherche de nouvelles espèces végétales : il en a découvert 32.
Cet ouvrage raconte comment ces explorateurs de la nature voyagèrent des années durant et rapportèrent de leurs expéditions de nouvelles drogues, de nouveaux aliments ainsi que de nombreuses plantes tropicales et exotiques.
Gérard JOLY
MEYLAN (P.), FAVRE (A.-C.), MUSY (A.) : " Hydrologie fréquentielle, une science prédictive " Presses polytechniques et univ. romandes Coll. Ingénierie de l'environnement. 172 p.+10, 66 fig., 400 réf., 500 entrées index. Préface Bernard Bobée.
L'ouvrage, d'une présentation impeccable à l'image des nombreux manuels rédigés par les enseignants et chercheurs de l'EPFL et publiés par les Presses polytechniques universitaires romandes, est un manuel de statistique, un manuel appliqué à l'hydrologie, mais valable dans beaucoup d'autres domaines. Il convient pour l'aborder d'avoir acquis quelques concepts de base, population, échantillon, médiane et quantiles, variance, variable aléatoire ..., et il serait utile pour le lecteur déjà familier de la statistique de mettre en évidence les caractères propres à l'hydrologie. Destiné en premier lieu aux hydrologues, il emprunte des exemples concrets à des cours d'eau suisses, sans aller jusqu'à fournir d'exercices d'application à des problèmes pratiques de l'aménagement du territoire et de la sécurité civile en général, ni à ceux des constructeurs et exploitants d'ouvrages en milieu fluvial.
La spécificité précisée dans le sous-titre, "une science prédictive", montre que l'objectif est de fournir un outil à celui qui a besoin pour agir (ou ne pas agir) d'un aperçu fiable d'un avenir plus ou moins lointain. Les difficultés en sont soulignées ; en particulier la stationnarité des processus, bafouée à l'échelle décamillénaire par la fin des glaciations quaternaires est devenue bien difficile à admettre à l'échelle du siècle, en raison du changement annoncé du climat, et même à très court terme lorsqu'il s'agit d'événements rares, c'est-à-dire des valeurs extrêmes des distributions. L'ouvrage montre les incertitudes qui subsistent toujours et la difficulté des choix entre les modèles comme entre les tests, mais n'insiste pas sur les conséquences de ces choix sur les valeurs extrêmes des distributions. L'extrapolation des lois (mathématiques) que l'on peut ajuster sur les valeurs centrales n'a aucune justification hors des domaines connus, même en conditions stationnaires ; l'avenir garde son mystère. La Nature est floue dans l'espace et capricieuse dans le temps, on ne sait pas assigner de limite à ses valeurs extrêmes.
Sans doute, les débits et les pluies "ont été, de bonne heure, des objets privilégiés de la statistique descriptive et analytique" (Massé, 1940). Mais bien longtemps avant l'ère du "tout-modèle numérique", la thèse de Monique Dacharry (1974), portait déjà un jugement définitif sur l'usage des statistiques : "la tentation est forte aujourd'hui pour le mathématicien de dévorer les données, de jongler avec elles sans se plier au réel, ... pour le géographe, de se cantonner dans une attitude de méfiance globale" envers des formules "qui lui inspirent une vénération un peu superstitieuse" (Halphen, 1955).
Beaucoup de sources françaises sont utilisées au long des neuf chapitres (dont Duban et Guillot, Matheron, Thirriot ...), ce qui témoigne de la richesse de la réflexion française dans ce domaine, mais les influences anglo-saxonnes arrivent par le Québec, qui les a francisées (pour s'en tenir à un exemple, les manuels de statistique français utilisent ² et non chi carré). Beaucoup d'articles et ouvrages récents sont recommandés (mais pas les publications de Jean Lombardi sur l'analyse fréquentielle, éminent spécialiste suisse des barrages qui recommande d'utiliser des lois de distribution bornées).
Pierre DUFFAUT
HUMBERT (Jean-Charles) : " Jean Geiser Photographe-Editeur d'art - Alger, 1848-1923 ". Paris, Editions Ibis Press, 2008, très nombreuses photos, 190 p., 36 €
Abondamment illustré, avec de nombreuses photographies auxquelles sont mêlées des reproductions de cartes portales, l'ouvrage se présente comme une évocation précieuse, à la fois d'un pays et de plusieurs familles algériennes durant la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe.
Ayant été conçu comme un véritable inventaire ethnographique et artistique, son contenu est associé aux évolutions techniques du support photographique, lesquelles relèvent essentiellement des progrès réalisés dans le domaine de la chimie. Dès cette époque, des expositions de photographies sont organisées dans les grandes capitales et elles donnent lieu à des palmarès. La photographie devient un instrument aussi indispensable que le carnet et le crayon le sont à l'ethnologue, au géographe, à l'archéologue, à l'historien, au voyageur comme au savant.
La photographie va être considérée comme un auxiliaire précieux pour rendre compte des évènements importants. Ce sera déjà le cas lors des voyages effectués par Napoléon III à Alger en 1860 puis en 1865. Quarante ans plus tard, la visite du Président Emile Loubet en Tunisie et en Algérie fera l'objet d'un reportage pour lequel Jean Geiser s'efforcera d'en être le témoin officiel. Car, comme tout photographe, il se préoccupe avant tout de capter ce qui est éphémère. Il abandonne plus volontiers la reproduction des paysages nus aux peintres. Sur les cartes portales qui sont éditées au tout début du XXe siècle, hommes, femmes ou enfants sont presque toujours présents.
Remarquable portraitiste, Jean Geiser a été témoin de son temps en visitant le bled, la Kabylie, en voyageant dans les régions du Sud aux portes du désert, en parcourant des villes et des villages d'Algérie et de Tunisie. Il observe tout sur son passage, la vie dans les quartiers, celle qui se développe autour des édifices ou dans les marchés, le travail des fabricants et des commerçants, les scènes de rues, l'équipement des ports, leurs navires de guerre, les navires de commerce, le navire-école Duguay-Trouin, captant toujours l'instantané, le répandant grâce au nouveau support postal que constitue la carte postale.
Jean Geiser éditera des albums de photographies, présentera des reportages, des catalogues de voyages. Il s'intéressera à des manifestations et à des festivités, ainsi qu'à des représentations théâtrales dont ses clichés immortalisent certaines actrices.
La photo de reportage a pris son véritable essor au moment de la miniaturisation "relative" des équipements, d'autant que celle-ci coïncida avec un usage croissant de la carte postale. Des touristes, aussi bien que des militaires de l'Armée ou de la Légion vont devenir photographes anonymes, fiers que leurs clichés puissent être utilisés en cartes postales et appréciés par le public.
Photographe, un métier, une passion. Jean Geiser en fut un grand passionné et il laisse un important témoignage à l'attention des artistes, des historiens, des géographes et de tous ceux qui ont attachement sentimental avec l'Algérie.
Gérard JOLY
COLIN-DELAVAUD (Claude) : " Les sept erreurs stratégiques fatales de Hitler " Economica , Paris 2007, 293 p.
Cet ouvrage très original déconcerte a priori le lecteur et c'est pourtant un essai de géopolitique imaginant ce qu'aurait pu être la suite de la Seconde guerre mondiale, si les troupes allemandes avaient réussi un débarquement en Grande-Bretagne en 1940, si les troupes de Rommel avaient gagner le Proche-Orient et si les armées allemandes en URSS avaient réussi à franchir le Caucase ou l'Oural. L'auteur se basant sur ses expériences de géographe-explorateur en Asie Centrale, ose affirmer que la guerre aurait duré une année supplémentaire ; mais, malgré tout, la stratégie de Hitler n'aurait pu sauver l'Allemagne d'un désastre militaire total, puisqu'il avait trop dispersé ses forces. Aurait-il pu s'emparer des gisements de pétrole de l'Orient arabe et s'avancer vers l'Inde et les troupes japonaises en refaisant le périple d'Alexandre, avec en même temps une invasion de toute la Russie, qu'il n'aurait pu malgré tout vaincre les Etats-Unis et ceux-ci auraient sans doute utilisé contre l'Allemagne les frappes nucléaires. Seul, dit l'auteur, le " pouvoir égalisateur de l'atome " aurait pu sauver le Reich, grâce aux armes nouvelles des fusées à longue portée V2 et V3 ; Le retard pris par les recherches nucléaires en Allemagne sera décisif en plus de la grande dispersion des forces allemandes et la réaction héroïque du peuple russe.
L'auteur imagine une contre-offensive alliée depuis la Sibérie et l'Oural. pour reconquérir la Russie occidentale, mais seulement fin 1945. Ce texte fait appel aussi aux attitudes pro-russes des populations de l'Asie centrale et des pays musulmans du Proche Orient à l'époque, car l'auteur est un grand connaisseur de ces pays. L'auteur imagine aussi que la première bombe atomique au lieu de tomber sur les villes japonaises serait tombé sur une grande ville allemande, entraînant la capitulation immédiate du Reich hitlérien, mais...en 1946 !
Cette histoire-fiction agréablement rédigée avec des cartes originales se lit avec curiosité et doit intéresser autant les historiens que les géographes et les stratèges militaires.
Bernard DÉZERT
HÉRITIER (Stéphane) et LASLAZ (Lionel) (sous la dir. de) : " Les parcs nationaux dans le monde " 2008, Ellipses, Carrefours "Les Dossiers", 312 p., photos couleur, cartes, tableaux
Espaces protégés par excellence, les parcs nationaux ont été observés sur tous les continents par un groupe de géographes dynamiques qui ont analysé les diverses situations, les types de gestion, et les objectifs de préservation. Les parcs se sont imposés dès 1872, d'abord à Yellowstone, avec les particularités territoriales des états gigantesques, avant d'apparaître également en diverses parties d'Amérique du Nord et d'Océanie puis en Afrique du Sud (2 millions d'hectares pour le parc Kruger en 1898).
Plus d'une dizaine de dossiers répartis dans les 3 chapitres de l'ouvrage sont consacrés à la réflexion géographique, portée d'abord sur les espaces de nature dans lesquels sont gérées les activités touristiques, puis progressivement elle implique le développement durable dans le prestigieux parc des Galápagos pour lequel la gestion s'oppose à la conservation de la géodiversité. Mais que serait l'écoumène sans géodiversité ? A l'île de Pâques, où la population insulaire a triplé depuis les années 70, l'ouverture géographique sur la géodiversité est surtout d'ordre culturel. De même en Europe centrale, l'espace steppique de la Grande Plaine, symbole de l'identité nationale des cavaliers magyars, valorisa les premiers parcs nationaux. A présent, les fonctions des parcs européens sont réorientées vers le développement durable : ce n'est donc plus la sensibilité au pittoresque, ni l'esthétique pour améliorer la mise en valeur touristique, ni l'écologie radicale résolument en rupture avec le territoire. La volonté est au contraire d'intégrer les principes de l'écologie scientifique aux objectifs du développement des territoires.
Un regard croisé sur l'environnement politique des initiatives de parcs internationaux est porté sur l'Amérique centrale, dans une région où coexistent 7% de toutes les espèces végétales et animales du monde. Aux lisières de ces Etats, les difficultés gouvernementales à agir dans des aires marginales amorcent parfois des processus conflictuels.
Le continent africain représente le second ensemble régional par l'étendue de ses parcs. Réservoirs écologiques, ils sont notamment destinés à pallier les déficiences écologiques du monde moderne. Mais les enjeux, tels qu'ils sont observés ici et là, apparaissent forts disparates. Le modèle du parc national est ambigu.
Les conflits qui ont agité les parcs nationaux français ont généralement été localisés à certaines vallées, mais certains de ces conflits se généralisèrent dans un vaste ensemble comme ce fut le cas pour le développement des stations de sports d'hiver en Vanoise. Il en alla de même pour les loups des Apennins introduits dans le parc du Mercantour, quand ils se sont ensuite répandus dans l'ensemble du massif alpin et générèrent des attitudes conflictuelles devant une problématique épineuse. Ces événements ont montré que la protection de l'environnement doit certainement passer par une meilleure acceptation sociale, ou, tout au moins, par une politique qui diminue les risques potentiels de contestation, par exemple en subdivisant les territoires et en offrant des contreparties compensatoires.
S'ils sont en certains lieux un instrument d'appel touristique, les parcs relèvent parfois d'une idéologie inquiétante de protection de la nature sans l'homme, alors que tout au contraire ils devraient contribuer à la reconstruction des liens économiques, politiques et sociaux qui composent les territoires.
Gérard JOLY
THIBAULT (Christel) : " L'Archipel des camps ou l'exemple cambodgien " PUF, 2008, 164 p., préface élogieuse de Sylvie Brunel, 25 euros.
Une bibliographie précise en français et en anglais (conventions de Genève - ONU -résolutions du Conseil de sécurité - UNBRO (United Nations Border Relief Opération) etc.), cinq cartes très claires : Provinces du Cambodge ; sectorisation de la frontière khméro-thaïlandaise ; vers 1980, à l'ouest, positions des combattants khmers rouges ; vers 1990, organisation de l'espace frontalier ; principales régions d'origine des réfugiés des camps UNBRO.
Trois chapitres d'égale importance traitent des populations en fuite, des influences et interventions complexes dans les camps, et enfin du rapatriement général lié au processus de Paix, âprement discuté, négocié. Cet ouvrage a obtenu le Prix Le Monde de la recherche universitaire.
La présence vietnamienne apparaît comme le principal facteur de départ vers les camps, bien plus que celle des khmers rouges. Les " viets " imposent des chantiers avec déplacements forcés des populations ; plus les paysans travaillent, augmentent leurs rendements, plus ils sont taxés. Par un jumelage imposé, le Cambodge doit envoyer du riz au Vietnam, alors qu'il en manque pour lui-même et qu'à partir de décembre 1988, le PADDY n'est plus autorisé à circuler entre provinces.
Les Nations Unies aident à la distribution de nourriture à partir de la frontière thaïlandaise, mais 75 % sont détournés pour et par les Vietnamiens, 25 % seulement parviennent aux Cambodgiens, depuis le " Landbridge ", dont la tête de pont est située à Aranyaprathet. Loin d'être une zone démilitarisée, la frontière thaïlandaise devient le théâtre de violents affrontements saisonniers ; dans les camps se mêlent civils et militaires. Phnom-Malai, Samlaut sont de puissants bastions khmers rouges. Tatouages de protection, offrandes aux génies sont censés protéger lors des fréquents déplacements d'un camp à un autre ou lors des franchissements nombreux de la frontière.
En apportant une aide humanitaire à des camps où se trouvaient rassemblés des civils et des combattants dès le début des années 1980, la communauté internationale a indirectement permis le maintien puis le renforcement de la résistance khmère rouge sur les marges N.O. du Cambodge.
L'ouvrage décrit la vie surpeuplée dans les camps (ex. site 2, non loin d'Aranyaprathet : 26.847 h/km² en 1992) d'où un système de distribution alimentaire très rigoureux : " jour du riz ", distribution quotidienne d'eau ; certains réfugiés franchissent la frontière pour travailler clandestinement en Thaïlande (petit commerce, activités agricoles). Ce qui est fort dangereux, puisqu'ils n'ont pas de statut légal.
La troisième partie de l'ouvrage traite des énormes difficultés pour aboutir au " cessez le feu ", aux accords de Paix signés à Paris le 23 octobre 1991 ; les combattants khmers rouges royalistes, républicains tentent d'étendre leur influence dans l'intérieur du pays ; le rapatriement général des populations en 1992-1993 proposait six options de réinstallation. 90 % des rapatriés choisirent une somme en dollars. Les terres agricoles (minées, polluées, dangereuses) furent attribuées par lots de deux hectares cultivables " nettoyés " à 2.500 familles seulement. Avec une personne amputée pour 384 habitants en moyenne, le Cambodge détient le funeste record, fin 1990, du plus fort taux de personnes invalides au Monde.
Pendant plus de onze ans, les camps ont abrité et nourri près de 400.000 cambodgiens. Ces personnes sont au moins restées en vie. Les relations entre l'humanitaire, le politique et le militaire sont tristement mises en évidence dans cet ouvrage très dense et tragiquement bien documenté.
Jacqueline GALLO-MARTIN
BERNARDIE-TAHIR (Nathalie) (sous la direction de) : " L'autre Zanzibar. Géographie d'une contre-insularité ". Karthala-Adès-Dymset-Géolab, 2005, (375 p).
Zanzibar, île mythique? L' Ile des mille et une nuits ? C'était autrefois...
Cet archipel de corail, composé de 2 îles principales, Unguja l''île Capitale et Pemba, est situé à environ 50 km de la côte de la Tanzanie à laquelle il est rattaché politiquement depuis l'Union de 1964 (Tanzanie est la contraction de Tanganyika et de Zanzibar, la mer des noirs). Ce n'est pas un territoire immobile ni isolé comme sous-entendu dans le mot île mais qui s'est développé grâce à la mer et au commerce des esclaves d'abord et des clous de girofle et autres épices après l'interdiction par les anglais en 1873 du trafic d'esclaves (toléré encore pendant quelques décennies).
Z a été gouvernée après les portugais par le sultanat d'Oman à partir du 17ème siècle puis passa sous protectorat anglais en 1890. Le Sultanat de Z. accéda à l'indépendance en 1963 et la république fut proclamée en 1964. Des gouvernements plus ou moins dictatoriaux se sont succédés avec de nombreuses violations des droits de l 'homme et de multiples massacres. La situation ne paraît guère s'être améliorée aux dernières élections de 2005.
Cependant la population a plus que doublé en moins de 25 ans et atteint environ 1 million d'habitant. La langue originale est le swahili, l'arabe est utilisé pour le commerce avec Oman et le continent. Celui-ci était effectué par boutres de 30 à 160t. La révolution de 1964 a mis fin à ce commerce par boutres. L'influence arabe a continué à s'exercer. Les terres furent nationalisées et redistribuées en parcelles pour les plantations, en particulier de girofliers, mais les crises des années 1985-87 accélérèrent la pauvreté. Curieusement, ce fut l'Agence de développement de la Finlande qui apporta un soutien financier et le droit foncier compliqué fut réformé à partir de 89. L'émigration (surtout vers la Grande Bretagne et Oman) a commencé après la 2ème guerre mondiale et l'importante diaspora à Mascate et ailleurs aide les familles pauvres restées dans les îles.
Le système politique a besoin de réformes. C'est le développement touristique qui va permettre de moderniser l'économie et d'améliorer le sort des " îles aux épices ", petites mais belles, comme d'autres îles de l'Océan indien.
C'est un ouvrage collectif écrit sous la direction de Nathalie Bernardie-Tahir, Maître de conférences à l'Université de Limoges, avec de nombreux auteurs et articles ce qui ne facilite pas la synthèse.
Michel DAGNAUD
BONIFACE (Pascal) & VEDRINE (Hubert) : " Atlas du Monde Global ". Armand Colin, Fayard, Paris, 2008, (128 p., 80 cartes).
Les deux auteurs, Pascal Boniface, directeur de l'Institut de Relations internationales et stratégiques, et Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires Etrangères, ambitionnent dans ce court atlas de géopolitique de fournir des clefs pour décrypter le monde d'aujourd'hui dans sa complexité et ses problèmes, ses antagonismes. Après quelques repères sur le passé, ils présentent diverses interprétations du monde global : unipolaire ou multipolaire. Formons-nous une " communauté internationale " ou sommes-nous face au " clash des civilisations " ?
Une troisième partie rappelle quelques " données globales " démographiques, économiques, énergétiques ... La dernière partie la plus originale s'efforce de représenter le monde vu par les autres. On sait que la Chine s'est toujours considérée comme l'Empire du Milieu, le centre du monde. Quel est donc le monde vu - outre les divers pays européens, par les Etats-Unis, la Russie, la Chine et le Japon, mais aussi par la Turquie, la Corée, le Canada, le Brésil, l'Inde, Israël ... ainsi que par les Méditerranéens, les Africains, le monde arabe et les Islamistes ... Sans conclure, les auteurs nous proposent de réfléchir aux problèmes inscrits " de façon évidente ou en filigrane " sur ces cartes.
Le but est fort louable et l'ouvrage intéressant, bien que certains propos soient contestables. Malheureusement, on se demande si les deux auteurs haut-placés ont pris la peine de bien relire le texte et d'examiner attentivement les cartes. Certaines coquilles sont excusables mais des erreurs de dates sont regrettables. A titre d'exemple (p.117), on ne peut indiquer comme date d'indépendance : 1968 pour le Cameroun au lieu de 1960, de même1956 pour la RCA au lieu de 1960. En Egypte, le protectorat britannique a pris fin en 1922, la République remonte à 1953 et non à 1956, date du coup de Suez. Bien plus, certaines cartes sont erronées, d'autres se contredisent. Ce travail manque de cohérence. S'il importe en effet de bien souligner pour l'Afrique l'importance de la ligne de contact islam et christianisme / animisme, il convient d'harmoniser les cartes des p.28, 62 et 117. Sur la carte des religions (page 62), l'islam englobe tout l'Erythrée, le Burkina, le Tchad, la moitié du Centrafrique. Cette carte ne correspond pas exactement à celle de l'islam majoritaire (p.117), encore moins à celle (p.28) sur laquelle la " civilisation arabo-musulmane " englobe toute la côte d'Afrique occidentale. Rappel : il n'y a pas large majorité de populations musulmanes au Nigéria (50%), Erythrée (46%), Ethiopie (45%), Tchad (44%), encore moins au Burkina Faso (25%), au Cameroun (20%), Togo (15%) et Bénin (13%).
La simple carte de " l'Empire français en 1930 " (p.77) révèle d'autres erreurs : Congo et Oubangui-Chari n'y figurent pas comme colonies, alors que Cameroun et Togo étaient alors des mandats de la SDN, tout comme Syrie et le Liban également non représentés ! Dans le même genre (p.90), la Norvège est encore rattachée à l'Union Européenne mais pas le Suède et la Finlande. Par ailleurs, les axes de la traite musulmane (p.116) n'étaient pas tracés au hasard, ils suivaient les puits ; c'est le cas des pistes caravanières reliant le lac Tchad à Tripoli ou le Darfour au Caire, la voie fluviale du Nil étant essentielle pour le trafic d'esclaves !
Ces erreurs ou omissions devraient être corrigées pour la diffusion souhaitable de cet ouvrage.
Yves BOULVERT