NÉCROLOGIES
Jacques BOMPAIRE (1924-2009)
Jean DEMANGEOT (1916-2009)
Roland DRAGO (1923-2009)
Rolande GADILLE (1928-2009)
Chuanjun WU (1918-2009)
Jacques BOMPAIRE (1924-2009)
Jacques Bompaire nous a quittés le... Il avait conservé une sérénité, une lucidité, une urbanité et un sens de l'humour admirables, alors que ses dernières années étaient assombries par une maladie très handicapante. Jean Bastié et moi lui avions rendu visite quelques semaines avant son départ. Nous avions partagé un repas avec lui dans l'amitié et la joie de vivre.
Helléniste internationalement reconnu, il était le traducteur et le meilleur commentateur de Lucien. Ce Grec de Syrie qui vivait au IIe siècle ne manquait pas de talent, en dehors de la sculpture, art auquel le destinaient ses parents et auquel il avait renoncé. Il était avocat et écrivain. Ses écrits qui mêlent la philosophie à la comédie sont fondateurs d'une vision ouverte et détachée des grandes questions qui agitent la destinée humaine. Jacques Bompaire se reconnaissait en Lucien, aimait le ton du Dialogue des Dieux et du Dialogue des Morts, sans oublier son Histoire véritable dans laquelle il imaginait un voyage sur la lune. Cyrano de Bergerac et Voltaire s'en inspirèrent. Jacques Bompaire avait présidé la prestigieuse association Guillaume Budé avec panache.
Il était profondément attaché à ses Cévennes natales, avait été élevé dans la religion protestante et était demeuré fidèle toute sa vie aux convictions et aux valeurs de son enfance. Il était devenu Président de l'Association d'Histoire du protestantisme français. Son exigence intellectuelle et morale n'échappait à personne. Il avait cherché toute sa vie à donner le meilleur de lui-même et croyait par-dessus tout au devoir d'état. Il pensait aussi que l'on peut et doit respecter toutes les opinions, mais que cela n'autorise pas à dissimuler les siennes, ni à renoncer de les mettre en œuvre dans la Cité et à convaincre le plus grand nombre de leur bien-fondé. Pour lui, le service public et le métier de professeur excluaient les petits arrangements douteux et les mesquineries si habituels dans le milieu universitaire et la vie politique.
Normalien de la rue d'Ulm, il avait été membre de l'École d'Athènes, puis successivement assistant, maître de conférences, professeur à l'Université de Rennes (1950-62). Il était ensuite devenu professeur, puis doyen de la Faculté des Lettres de Nantes, jusqu'en 1967. Cette année-là, le gouvernement l'avait appelé aux fonctions de recteur de Nancy, de vice-recteur de Paris et de recteur de Nantes. En 1971, il avait été élu à l'université Paris-Sorbonne qui venait de se créer sous la houlette d'Alphonse Dupront. Dix années plus tard, il en devenait le président, fonction qu'il occupa avec courage et talent jusqu'en 1988. Il espérait beaucoup que les dirigeants politiques qu'il approuvait réformeraient en profondeur des institutions universitaires que 1968 et 1981 avaient ébranlées. Il n'avait pas compris pourquoi les réformes nécessaires n'avaient pas été mises en œuvre. Ses idées et celles de ses proches avaient été rejetées négligemment par ceux-là même qui auraient dû leur accorder une confiance totale. Il avait assisté impuissant au naufrage de l'Université française en proie au conservatisme et à la démagogie. Jacques Bompaire nous avait confié au printemps dernier sa grande déception à cet égard.
À son épouse et à ses six enfants, nous présentons nos sentiments de tristesse et d'amitié. La Société de Géographie est fière d'avoir compté Jacques Bompaire parmi ses membres pendant de longues années. Il tenait notre discipline en haute estime et nous donnait avec franchise son avis sur les orientations et les publications de la Société. Nous conserverons avec affection sa mémoire.
Jean-Robert PITTE
Jean DEMANGEOT (1916-2009)
Jean Demangeot était un géographe heureux, heureux d'avoir consacré toute sa vie à une discipline aimée qu'il avait cherché à illustrer, à renouveler, à transmettre. Il était exempt des états d'âme si fréquents chez ses condisciples, souvent torturés par la peur de ne pas être assez savants, de ne pas être pris au sérieux et, du coup, ennuyeux à mourir, se perdant dans les méandres d'un langage compris d'eux seuls et, au final, tristes de ne pas rayonner et se repliant sur des pratiques apparentées à celles des sectes religieuses.
Tout d'abord, en docte et fidèle élève d'Emmanuel de Martonne, il avait choisi la géographie physique, mais à sa façon. On peut le dire maintenant -il y a prescription- son maître avait un peu éteint l'héritage du fondateur de la géographie universitaire en France, lequel était par ailleurs son beau-père, le grand Paul Vidal de La Blache. Jean Demangeot en était très conscient, parlait même de trahison et d'erreur stratégique majeure. De Martonne avait progressivement supprimé un certain nombre de cordes de son arc, en particulier son intérêt pour la géographie humaine et singulièrement la géopolitique qu'il avait illustrée au moment de sa participation en tant qu'expert à la rédaction des traités de Versailles et de Trianon, à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans l'entre-deux-guerres, comme en témoignent ses carnets de croquis et ses écrits, il s'était focalisé sur la géomorphologie structurale, le rapport entre la géologie (lithologie, tectonique, processus d'érosion) et les formes du relief. Compte tenu du cumul de ses responsabilités (à l'Institut de Géographie de la Sorbonne, à la Société de Géographie, à l'Association de Géographes français, à l'Union géographique internationale), il avait imposé ce pan de la géographie comme le plus spécifique et noble. Il en avait même fait un passage obligé et très sélectif pour tous ceux qui voulaient enseigner la discipline, fussent-ils historiens. C'était un peu l'équivalent du thème grec, naguère, pour les littéraires et, jusqu'à une date récente, de l'allemand pour tous les bons lycéens.
C'est donc sous l'angle géomorphologique que Jean Demangeot découvrit la recherche en géographie. Il en appréciait la rigueur, la logique, l'aspect concret aussi, puisque le but est d'expliquer des formes visibles et qu'il faut aller à leur rencontre. Il chaussa donc des semelles de vent pour s'imprégner du " terrain ", un mot et une réalité qui ne laissent aucun géographe indifférent : on les aime ou on les déteste, point de milieu. Lui, aimait. Plus qu'une méthode, c'était d'abord pour lui un art de vivre, un moyen de transformer l'aridité de la recherche en véritable plaisir. Onze années passées à Rome et dans les Abruzzes, puis trois à Rio lui donnèrent une ouverture internationale et une largeur de vues sans lesquelles l'université manque hélas beaucoup d'universalité. Ainsi s'explique son indépendance d'esprit et son refus d'entrer dans une quelconque chapelle.
Malgré le respect qu'il vouait à son maître, puis après sa mort à son successeur Pierre Birot, Jean Demangeot n'est jamais tombé dans l'obnubilation géomorphologique. Certes, il était géographe physicien et fier de l'être, mais les œuvres humaines et leur histoire l'intéressaient beaucoup, comme il l'avait appris, en particulier, de Raoul Blanchard dont il fut l'étudiant pendant la guerre. Il l'appelait " le magnifique " et louait son grand bon sens. Séparer la géographie physique de la géographie humaine est une démarche scientifique suicidaire. C'est admis de nouveau -enfin !- par les géographes français d'aujourd'hui. Même si la culture de beaucoup de jeunes est trop partielle, il existe aujourd'hui une vision globale de l'environnement des hommes dont Jean Demangeot fut l'un des pionniers. Ses analyses de la tropicalité en témoignent. Les guillemets du titre de son ouvrage classique sur Les milieux " naturels " du globe aussi. On ne l'en remerciera jamais assez. Il reste maintenant à faire entendre dans l'opinion publique la voix modérée des géographes quant à l'évolution du climat et des écosystèmes terrestres. Elle est à contre courant du catastrophisme des naturalistes, mais hélas inaudible.
Jean Demangeot était un géographe sensible et attachant. Il disait tout ce qu'il pensait, mais ne réglait pas ses comptes, pratique universitaire qu'il jugeait vulgaire au plus haut point. Amoureux des arts depuis son enfance, indépendant d'esprit, créatif, il était tout cela, ce qui a fait de lui un professeur que l'on n'oublie pas. Qu'importe si les nœuds papillon et les lodens chics qu'il portait volontiers lui valaient dans les années qui suivent 68 une réputation sulfureuse à Nanterre. Quand on a entendu la Grosse Bertha tonner sur Paris pendant son enfance, quand on a respiré pendant une décennie l'air de la Ville éternelle à l'époque de la dolce vita, on attache peu d'importance aux quolibets des freluquets qui veulent vous faire la leçon et vous faire prendre conscience des vertus de la pensée de Mao. L'homme et sa géographie étaient lumineux et élégants. Puissent-ils être contagieux ?
Jean-Robert PITTE
Roland DRAGO (1923-2009)
Cet éminent juriste, mondialement connu, Président de l'Académie des Sciences morales et politiques en l'an 2000, spécialiste de droit administratif et constitutionnel comparés, nous faisait l'honneur d'être membre de notre Société de Géographie, comme le Président Jacques Bompaire, l'un de nos plus grands hellénistes dont une nécrologie paraîtra dans le prochain Bulletin signée de notre Président Jean-Robert Pitte.
Après avoir obtenu l'agrégation de droit dès l'âge de 27 ans, il enseigna à Tunis où il fut collègue et ami de Raymond Barre, puis à Lille et enfin à Paris II-Assas. Il fut juge puis président du Tribunal Suprême de Monaco et ami des Princes Rainier et Albert III. Il publia de nombreux ouvrages et traités réputés : Traité du droit de la presse (1969), Traité de contentieux administratif (3e édit. 1984) etc.
J'ai eu la chance de le connaître dès avant 1968. Le hasard fît que nous eûmes un étudiant commun, un iranien francophile et francophone, chef d'une entreprise de travaux publics, victime du changement de régime dans son pays, venu à Paris pour y préparer en même temps une thèse de doctorat en droit administratif comparé et une licence d'urbanisme et d'aménagement. Roland Drago me fit participer au jury de cette thèse pour y apporter le point de vue du géographe. Bien avant 1968, on pratiquait ainsi la plus concrète des pluridisciplinarités au lieu de se contenter de la prêcher. Les juristes et les géographes ne furent pas les derniers à jouer leur rôle, par exemple, dans le développement de l'Institut d'urbanisme de Paris rue Michelet ou de l'Institut de démographie interfacultés. Et j'ai eu la chance de participer à ces deux expériences.
De cette rencontre avec Roland Drago naquit entre nous une profonde amitié. Il fut le conseiller juridique de notre amie Alice Saunier-Séïté durant la plus grande partie de ses fonctions ministérielles qui durèrent cinq ans. Les succès d'Alice furent le résultat d'un travail d'équipe dans lequel Roland Drago joua un rôle essentiel. Après le décès de notre ami Christian Benezech, Doyen de médecine à Montpellier, lequel avait été précédé par le Doyen Georges Vedel, il accepta la lourde charge de Président de la Fédération Nationale des Syndicats autonomes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche qui regroupe des milliers de professeurs de toutes disciplines et dont j'ai assumé les fonctions de Secrétaire général de 1974 à 1988. Notre entente fut totale durant nos mandats et nous sommes partis ensemble lorsque j'atteignis l'âge de la retraite. Il m'a appris le peu de droit que j'ai retenu.
Avec quelle compétence il rédigea les nombreux recours que nous avons déposés devant le Tribunal administratif ou les appels devant le Conseil d'Etat. Et n'arrivaient même pas à nous décourager, ces textes de validation que des ministres de tous bords faisaient voter à la sauvette, en fin de session, début août, pour vider de tout effet les jugements que nous avions gagnés devant la justice administrative ainsi désavouée par la majorité parlementaire.
Roland Drago, grand juriste, homme de conviction, de cœur et de courage, fidèle en amitié, d'une exquise politesse avec tous, avait la plus grande estime pour notre Président Jean-Robert Pitte dont l'entrée récente à l'Institut l'avait comblé. Il était parmi nous, au premier rang, le 16 octobre 2008 à 18 heures dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne et lançait les applaudissements ! Je revois encore son bon visage souriant et si amical.
A sa famille à laquelle il était tout particulièrement attaché, ayant perdu son épouse beaucoup trop tôt il y a 20 ans, notre Société avec ses présidents, l'actuel et l'ancien, présente ses condoléances douloureusement attristées et les plus sincères.
Jean BASTIÉ
Rolande GADILLE (1928-2009)
Professeur émérite de Géographie à l’Université Jean Moulin Lyon III, Rolande Gadille est décédée le 8 septembre 2009 à l’âge de 81 ans, à Givors, dans le château de Manevieux, ancienne demeure du XVIIIème siècle, qu’elle avait restaurée avec un soin tout particulier. Après les obsèques célébrées dans la petite église de Saint Romain en Gier, elle a été inhumée à Marsannay la Côte, près de Dijon. Elle était l’épouse de Jacques Gadille, Professeur d’Histoire contemporaine à Lyon III. Ils ont eu deux enfants et trois petits-enfants.
Originaire de Baugy, petite commune du Berry, elle aimait rappeler que l’un de ses lointains ancêtres avait fait partie des troupes recrutées en Ecosse et mises à la disposition de Jeanne d’Arc par le Roi Charles VII.
Elève brillante du Lycée de Dijon, elle s’inscrit à l’Université pour des études de Géographie, qu’elle poursuit à la Sorbonne en vue d’un DES et pour préparer l’Agrégation, réussie en 1952. Elle est successivement professeur au Lycée de Rabat pendant cinq ans, puis au Lycée Lamartine de Paris, et enfin au Lycée Condorcet de Dijon. Cette nomination la rapproche du vignoble de Bourgogne, terrain de ses recherches de Doctorat que dirige le Professeur Georges Chabot. Un détachement de trois ans au CNRS lui permet d’achever sa thèse et de la publier en 1967. Elle entame alors une carrière universitaire comme Maître Assistant à la Faculté des Lettres de Dijon. Elle poursuit comme Professeur à l’Université de Lyon II, puis de Lyon III.
Sa thèse répond bien à la tradition universitaire française, assez uniformément respectée par les Facultés des Lettres de l’époque. Elle représente un fort volume de 680 pages, ce qui permet de traiter un grand sujet en essayant d’aller au fond des choses. Le titre principal délimite un territoire : Le Vignoble de la Côte bourguignonne. Le sous-titre précise l’orientation des recherches: Fondements physiques et humains d’une viticulture de qualité. Le périmètre est incontestablement restreint : une bande longue de 60 kilomètres du nord au sud, sur 5 à 10 de large, étirée de Dijon à Chagny. Mais il s’agit du vignoble de Bourgogne, mondialement connu, dans sa section presque exclusivement réservée à des crus réputés, soit 4 000 ha environ de crus classés, dont 1 400 ha de premiers crus. De plus, Rolande Gadille ne peut se contenter de délimiter sur le terrain ces vignes célèbres ; et pas davantage de définir les saveurs des vins. Son projet est d’expliquer la réussite des grands crus par la géographie, c’est-à-dire l’étude méthodique des sols, des climats, des cépages, des techniques de culture et de vinification, des luttes contre les parasites, des modes de commercialisation, des exigences de la clientèle, etc. La tâche était difficile compte tenu de l’émiettement de cette Côte bourguignonne entre de nombreux crus célèbres et différents, trop souvent présentés de manière simpliste. Tout récemment on a dénoncé à juste titre ces experts en terroirs viticoles qui mettent en avant de manière exclusive les qualités physiques et climatiques au détriment des viticulteurs et de bien d’autres acteurs qui ont élaboré les vins d’exception. Il serait évidemment dommage que l’on revienne ainsi à un déterminisme physique qui jadis a quelque peu disqualifié la géographie. La thèse de Rolande Gadille échappe manifestement à ce danger. Comme l’a précisé Georges Chabot dans son compte-rendu des Annales de Géographie en 1969 : " Il convient de souligner l’esprit géographique qui anime tout l’ouvrage, le souci de mener tout de front, les données physiques et humaines. " Il suffit de lire les titres de la table des matières pour constater que l’histoire est très présente dans cette thèse de géographie. Voici ce qui est inscrit en tête du Livre deuxième : Fondements d’une production de haute qualité : virtualités physiques et interventions humaines. Celles-ci sont d’autant mieux analysées que l’auteur est intéressée par les techniques, comme il convient pour une activité aussi complexe que la viticulture. Au fil des pages, on découvre par exemple que lors de la crise phylloxérique de 1887, les porte-greffes américains issus des terrains siliceux de leurs régions d’origine, s’accommodaient mal des terres trop riches en calcaire de la Côte de Bourgogne. A propos du pinot noir, le cépage qui a fait la fortune des vins rouges, l’auteur note qu’il découle d’un vieux plan, et suggère qu’il pourrait s’agir d’une mutation accidentelle remarquée et mise en lumière par un vigneron. Elle nous apprend aussi qu’en Bourgogne l’identification des crus ne débute qu’au XVIIIème siècle et s’achève en 1935 avec la loi sur les appellations d’origine. En fait, dans ce vignoble de la Côte, toutes les données physiques et humaines s’enchevêtrent, en réagissant les unes sur les autres, surtout depuis que s’affirme la réussite des grands crus.
Avec sa thèse Rolande Gadille nous laisse donc un ouvrage de référence, qui est aussi un modèle de composition rigoureuse et de rédaction particulièrement soignée.
Les connaissances acquises en géographie des vignobles explique sa participation à des publications collectives telles que Atlas et géographie de la Région lyonnaise dirigé par René Lebeau en 1976. Elle a eu la responsabilité d’un numéro de 1978 de la Revue de Géographie de Lyon intitulé Viticulture de coteau de la bordure occidentale du Sillon rhodanien, permanence et régression.
Il ne faut pas oublier non plus son livre sur L’industrie française de la pierre mar-brière publiée en 1968 par les Annales littéraires de l’Université de Franche-Comté.
Rolande Gadille a contribué à la notoriété de l’Université dans des domaines autres que celui des publications scientifiques. Elle a assumé avec succès d’importantes responsabilités administratives, d’abord à l’Université Jean Moulin comme directrice du département de Géographie et Doyen de la Faculté des Lettres et Civilisations ; puis au Ministère de l’Education Nationale comme Recteur de l’Académie de Reims. A ces différents niveaux, son autorité souriante et ferme était acceptée parce qu’elle s’exprimait avec clarté et précision, et parce qu’elle faisait preuve d’un grand sens de l’organisation des taches collectives. Pour des motifs politiques, elle n’occupa que 11 mois le siège du rectorat de Reims, mais elle réussit à poser les jalons de l’alternance entre l’enseignement et l’entreprise.
Lors de sa retraite, elle manifesta un réel souci d’ouverture du milieu universitaire avec une initiative originale, à la fois culturelle et politique : le lancement sur la commune de Givors, de conférences d’histoire et de géographie ouvertes à un large public. Elle avait aussi un goût très sûr pour la conservation des lieux et des choses présentant un intérêt historique, en particulier dans le domaine de Manevieux. Monsieur le Maire de Givors a voulu rendre hommage à cette action culturelle et patrimoniale en assistant à la cérémonie des obsèques du 12 septembre dernier.
Enfin, ceux qui ont participé aux voyages organisés par le Comité National de Géographie à La Réunion, puis en Australie, et par la Société de Géographie en Amérique Centrale à l’occasion de la rétrocession du Canal de Panama, gardent le souvenir d’une collègue agréable, discrète et attentive à toutes les découvertes offertes à notre groupe.
Michel LAFERRÈRE
Horst G. MENSCHING (1921-2008)
Horst Georg Mensching, membre d'honneur de la Société de Géographie, un des géographes allemands les plus influents et à l'œuvre couronnée de succès, est décédé le 19 février 2008 à Hambourg. Il était né le 5 juin 1921.
Il a passé son enfance et son adolescence dans un lieu fort impressionnant au sujet de la géomorphologie, point de départ de sa carrière universitaire : au centre du triangle formé par les villes Minden, Rinteln et Bad Oeynhausen, au défilé de la Porta Westfalica, où la Weser traverse les massifs de moyennes montagnes.
Un séjour au Maroc en 1953 renforçait la direction des recherches géographiques qu'il avait prise. Ses collègues français René Raynal et Fernand Joly lui ont fait bon accueil à l'université de Rabat et ont mis la littérature sur le Maroc à sa disposition.
Renommé pour ses travaux sur les développements écologiques, bio-/morpho-climatiques et anthropogènes (qui ont pour conséquence la désertification) et sa connaissance en particulier du Maghreb, du Sahara et du Sahel, et pour ses publications de la géographie régionale du Maroc, Horst G. Mensching a publié à peu près 10 livres, plus de 200 contributions dans des périodiques et recueils. Il était également co-éditeur de périodiques géographiques : Zeitschrift für Geomorphologie et Erdkunde.
Pendant les vingt dernières années, H. Mensching s'est concentré sur la désertification - enfin globalement - y compris des appréciations de terrain au Moyen Orient, en Inde, Asie centrale, Chine, Australie, Amérique du sud (Patagonie) et Amérique du Nord (Arizona, Utah, Colorado, Californie).
Il a également joué un rôle actif dans l'Union Géographique Internationale (UGI), surtout de 1981 à 1984 comme Président du Comité National de la République fédérale d'Allemagne et de 1980 à 1988 comme Président du Groupe de travail : l'Aménagement des ressources dans les régions arides.
Comme Professeur invité (Gastprofessor), il a enseigné dans plusieurs universités étrangères, notamment à la Sorbonne (1978), au Kowait et à Amman en Jordanie. Bien qu'il fut professeur émérite à Hambourg depuis 1986, il a continué à enseigner régulièrement à Vienne (de 1995 à 2001), au Maroc (en 1995), en Namibie (en 1998), en Argentine ainsi qu'en Jordanie et en Israël (en 1999) et en Egypte (en 2000).
Très tôt, il s'est intéressé à la politique, et, fort de ses expériences locales, régionales et globales, il s'est activement engagé dans des activités écologiques et humaines.
La Société de Géographie adresse ses condoléances les plus attristées à sa famille.
Résumé d'après Dietrich O. MÜLLER (Berlin)
Membre d'honneur de la Société
Chuanjun WU (1918-2009)
Au printemps 2008, la Société de Géographie de Chine a organisé une cérémonie solennelle pour le 90ème anniversaire du Professeur WU Chuanjun, membre de l'Académie des Sciences de Chine, Président d'honneur de la Société de Géographie de Chine. Il était alors très heureux et en pleine forme. On parlait de fêter son centenaire dans dix ans, cependant un an après, au printemps 2009, de manière inattendue, notre cher professeur WU s'est éteint à l'âge de 91 ans. La disparition d'un grand maître de la discipline a entraîné une immense douleur chez les géographes chinois.
Né à Suzhou, près de Shanghai en 1918, diplômé de l'Université Zhongyang à Nankin en 1941, docteur de l'Université de Liverpool en 1948, Monsieur le Professeur WU fut l'un des fondateurs de l'Institut de Géographie de l'Académie des Sciences de Chine et de la Société de Géographie de Chine, dont il a longtemps assuré la direction. Le Professeur WU a consacré toute sa vie à la géographie chinoise, notamment à la géographie économique et à la géographie humaine. Il a élaboré dans les années 1950 la première carte en couleurs de l'utilisation du sol en Chine à partir d'enquêtes de terrain. Il a publié ou dirigé la rédaction d'une série d'œuvres géographiques importantes comme " Fondements de la géographie agricole de la Chine "(1980), " Carte de l'utilisation du sol en Chine, à l'échelle de 1/1 000 000e "(1990)"," Collection de la géographie humaine chinoise "(1993)," L'utilisation du sol en Chine "(1994) et " La géographie économique de la Chine " (1998), etc. Il était ancien rédacteur en chef des revues géographiques chinoises, comme "Acta Geographica Sinica" et "Journal of Geographical Sciences "(en anglais)etc. Depuis 1980, le Professeur WU a consacré tous ses efforts à la renaissance de la géographie humaine chinoise, discipline fortement négligée et critiquée pendant la période de l'économie autarcique et planifiée du pays. En 1991, il a découvert que le principal problème pour l'utilisation des ressources du sol en Chine était de coordonner le développement socio-économique, la population et l'environnement. Il a proposé d'orienter la géographie humaine chinoise vers l'étude du " Système régional des relations entre l'homme et la terre ". Actuellement, ce principe est largement accepté et appliqué par les géographes chinois.
Les contributions géographiques de le Professeur WU ne sont pas limitées à l'espace chinois. Il a occupé des responsabilités internationales au sein de notre discipline. Il a été nommé Conseiller du Président de l'Université des Nations-Unies (ONU) en 1980-1983.Il a été élu Vice-Président de l'Union Internationale de Géographie (UGI) en 1988-1996. Il a présidé le Congrès Régional de l'UGI à Pékin en 1990. A cette occasion, il a reçu chaleureusement la délégation française de géographie dirigée par le Professeur Etienne DALMASSO à laquelle appartenait le Président Jean BASTIÉ. Il a conduit la délégation chinoise de géographie à effectuer des visites officielles dans une dizaine de pays, comme les Etats-Unis, l'Angleterre, la France, le Japon, la Corée du Sud, etc. Ces visites ont renforcé les relations amicales entre les géographes chinois et Étrangers, en faisant connaître la géographie de la Chine aux collègues étrangers et la géographie du monde aux collègues chinois.
Bien que le Professeur WU ait été formé en Angleterre, il a beaucoup apprécié l'école française et sa pensée géographique fondée par le Professeur Paul VIDAL de la BLACHE et ses disciples. Quand il était étudiant à l'Université de Liverpool, il a beaucoup lu les œuvres classiques de Paul VIDAL DE LA BLACHE, Jean BRUNHES, Albert DEMANGEON et Emmanuel de MARTONNE, etc. Il m'a parlé souvent des souvenirs de sa première visite à Paris dans les années 1940 : les conférences géographiques des professeurs renommés de la Sorbonne et de l'Ecole Normale Supérieure ; les promenades agréables le long de la Seine et dans le Quartier latin de l'époque. Il reconnaissait avoir reçu de grandes influences de l'école française dans sa carrière.
Monsieur WU s'est attaché à développer des échanges et coopérations avec ses collègues français. C'est pourquoi il a pris l'initiative de signer avec le Professeur Alain HUETZ DE LEMPS une Convention de coopération scientifique entre la Société de Géographie de Chine et le Comité National Français de Géographie en 1994. A la suite de cette convention, la délégation française de géographie dirigée par le Professeur Jean-Robert PITTE et dont faisait partie le Président Jean BASTIÉ, a effectué une visite officielle en Chine en 1995. La délégation française a été chaleureusement reçue par le Professeur WU qui a organisé avec soin trois colloques, respectivement à Pékin, à Shanghai et Canton. C'était le premier contact officiel entre les géographes chinois et français depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Cet événement historique a remporté un grand succès et ouvert une large voie aux échanges et coopérations. A cette occasion, le Professeur WU a eu l'honneur et le plaisir de recevoir du Président Jean BASTIÉ le diplôme de " Membre d'Honneur" de la Société de Géographie. Ensuite, en 1996, Monsieur WU a conduit une délégation chinoise de géographie lors d'une visite de retour en France. Monsieur WU et ses collègues chinois ont tous gardé un bon souvenir de cette visite. La délégation chinoise a été chaleureusement reçue par le Professeur Jean BASTIÉ au siège de la Société de Géographie et elle a fait une traversée de la France du Nord au Sud en compagnie du Professeur Jean-Robert PITTE. Ce voyage a permis à la délégation chinoise de contacter largement les collègues de différentes régions françaises. Depuis ces visites bilatérales, les échanges et coopérations entre les géographes chinois et français se sont multipliés, sous diverses formes comme les colloques bilatéraux, les échanges de chercheurs et d'enseignants, les programmes de recherche en coopération, les formations en commun dans les écoles doctorales, etc. Monsieur WU a invité à plusieurs reprises des collègues français comme les Professeurs Jean-Robert PITTE, SINGARAVELOU ou Guy MAINET à réaliser des visites d'étude spécialisées ou des enquêtes de terrain en Chine.
La Société de Géographie de Chine et les géographes chinois sont très reconnaissants à la Société de Géographie, à MM. Jean-Robert PITTE et Jean BASTIÉ pour leur sympathique lettre de condoléances. A la mémoire de Monsieur le Professeur WU bien aimé et respecté, on voit bien que l'arbre d'amitié entre les géographes chinois et français planté et arrosé par Monsieur WU et ses amis ainsi que leurs collègues français a donné et donnera de grands fruits. Cet arbre d'amitié sera éternel.
CAI Zongxia
Professeur à l'Institut de Géographie, Académie des Sciences de Chine
Membre d'honneur de la Société de Géographie

Δ
Hommage de la Sociιtι de Gιographie (ci-dessus) - (4éme banderole à partir de la droite)
Michel CHARDON (1936-2008)
Michel Chardon, dont la disparition aussi rapide qu'imprévisible nous a tous bouleversés, était probablement le plus grenoblois des géographes à l'Institut de Géographie alpine. En effet, il était né en 1936, à Fontaine, et il a été baptisé dans l'église où nous sommes rassemblés en cet instant. En ce lieu, il était presque à mi-chemin des deux berceaux de sa famille, sa mère étant d'ascendance savoyarde (Basse Maurienne), et son père d'ascendance ardéchoise, dont les ancêtres s'établirent à Fontaine au XIXe siècle, au temps où prospérait la ganterie grenobloise.
Tout autour c'était encore la campagne, et l'enfant qu'il a été s'est imprégné de la civilisation rurale et montagnarde, au pied de ces Préalpes calcaires qui ont constitué par la suite l'un des thèmes majeurs de ses recherches. Très jeune il a aidé ses parents à cultiver une exploitation maraîchère, et appris par lui-même ce que signifiait l'expression " gagner son pain à la sueur de son front ". Mais Michel était encore plus doué pour les études et il avait soif d'apprendre : c'est pourquoi, après l'école du village, l'accueillirent le lycée Champollion et la Faculté des Lettres de Grenoble, où il s'orienta vers la géographie, sous la direction de Paul et Germaine Veyret, sans oublier l'héritage de Raoul Blanchard. Quelques dates jalonnent son brillant parcours universitaire.
En 1959, dès sa première tentative, il est admis aux épreuves théoriques du CAPES et soutient son diplôme d'études supérieures (mention Très Bien) consacré à sa commune natale : " Une commune suburbaine de Grenoble : Fontaine, étude démographique et économique ". L'année suivante, reçu aux épreuves pratiques, il se marie et enseigne comme professeur certifié à Châtillon-sur-Chalaronne (Ain), où il prépare l'agrégation de géographie qu'il réussit en 1962. En 1964, il est recruté comme assistant par la faculté des Lettres d'Aix-en-Provence, où il est ensuite promu maître-assistant titulaire (1978) et soutient en 1972 sa thèse de doctorat d'Etat, " Les Préalpes lombardes et leurs bordures : étude morphologique ". Il obtient la mention Très Honorable à l'unanimité, devant un jury formé de P. Birot (Président, Paris), J. Auboin (Paris), P. Gabert (rapporteur, Aix), J. Nicod (Aix), P. Veyret (Grenoble). Elu maître de conférences à l'Institut de Géographie Alpine de Grenoble (1974) pour son plus grand plaisir, il est nommé tour à tour professeur sans chaire (1978), puis de 2ème classe (1979) et enfin de 1ère classe (1987) jusqu'à sa retraite (1999), avec le titre de professeur émérite.
Michel Chardon a donc été un enseignant-chercheur accompli, fidèle au milieu alpin puisque ses terrains d'études privilégiés, évalués d'après une centaine de publications, furent les Alpes françaises du Nord pour les 2/3, et les Alpes italiennes pour le reste, outre quelques incursions dans les Balkans et au Maroc. Ses domaines de prédilection se rattachent tous à la géographie physique : érosion, quaternaire, périglaciaire, karst. Les résultats figurent dans une quinzaine de revues françaises (Revue de Géographie Alpine, Méditerranée, Annales de Géographie, l'Information géographique, Bulletin de l'Association des Géographes français, Bulletin de l'Association Française d'Etudes du Quaternaire, en particulier) et étrangères (Bulletin du service géologique du Maroc ou de diverses universités italiennes, comme Trente ou Padoue). Il a contribué à réaliser les cartes géologiques au 1/50000 de la région grenobloise, et celle de la France au 1/1 000 000. Il a collaboré à un ouvrage méthodologique de commentaires de documents géographiques, et de photo-interprétation, ainsi qu'à un livre de vulgarisation sur le Mont Blanc. Il y a quinze jours à peine, il nous montrait avec joie et fierté légitime sa contribution au monumental ouvrage collectif (838 p.), " Les formations quaternaires " (Editions Ellipses), récemment paru, qui est en quelque sorte la synthèse des recherches qu'il avait effectuées durant sa carrière. Pour autant, il ne tournait pas le dos à la géographie humaine. A plusieurs reprises, il a analysé les rapports entre géographie physique et aménagement, et nous nous souvenons avec une certaine nostalgie des enquêtes réalisées avec lui et d'autres collègues sur l'aménagement des vallées du Parc National du Grand Paradis, dans les années 1980. Au total, Michel Chardon aura rédigé près de 20 000 pages.
Depuis 1975 jusqu'à ces temps derniers, nous avons appris à mieux connaître l'homme, non seulement à travers le chercheur, mais également le collègue, l'enseignant, le père de famille et le citoyen qu'il a été. A tous égards, il fut un homme de qualité.
Homme sérieux : son visage un peu sévère au début s'auréolait rapidement d'un sourire bienveillant, que venait conforter une solide poignée de main. Sa courtoisie naturelle mettait en confiance et sa tenue soignée renforçait le respect que son travail acharné suscitait parmi les étudiants.
Homme disponible : il ne rechignait pas quand on lui proposait des charges : Conseil d'UFR, Conseil Scientifique, administrateur de la RGA, du Comité National de géographie de 1980 à 1988, président de l'Association française de Karstologie, depuis 1985, élu en 1987 au Conseil National des Universités.
Pour les étudiants, il n'était pas avare de son temps, suivant de près leurs travaux sur le terrain (thèse, TER) ou répondant à leurs questions une fois le cours terminé. Pour avoir siégé environ 8 ans au jury de l'agrégation, il avait acquis beaucoup d'expérience et de prestige dont il faisait bénéficier son auditoire...
Homme pacifique, pacifiste et pacificateur, il a été partisan de mesures équilibrées lorsque des choix étaient à faire pour représenter toutes les tendances universitaires.
Homme plus sensible qu'il n'y paraissait au premier abord, il était très attaché à sa famille et parlait avec émotion de ses parents et de ses frères, disparus avant lui. Au cours des dernières années, il avait effectué des recherches généalogiques approfondies sur ses lignées paternelle et maternelle, faisant revivre tout un passé grâce aux documents retrouvés et aux enquêtes effectuées sur le terrain, auprès des descendants.
Homme plein de bonté, très attentif à ses enfants et petits-enfants, il savait aussi s'ouvrir aux autres, s'enquérant des soucis de ses amis, s'informant des problèmes du monde, grand dévoreur de livres et de la presse, très informé de la vie du monde et amoureux des voyages de découverte. Sa passion de la géographie physique ne le détournait pas de l'humain.
Homme discret, voire pudique, il cherchait le bonheur dans une vie droite, dans la qualité de ses rapports avec autrui et le spectacle fascinant de la nature alpestre que ses randonnées à pied ou à ski lui avaient fait découvrir et admirer.
D'origine modeste, Michel Chardon s'était hissé au niveau le plus élevé de la carrière universitaire, grâce à son travail acharné, à ses qualités intellectuelles et morales, à son charisme. A juste titre, ses parents avaient été fiers de lui, et ses descendants comme sa compagne peuvent l'être à leur tour....
Bernard JANIN
Dominique CHEVALLIER (19 août 1928 - 12 mai 2008)
Avec Dominique Chevallier disparaît un grand universitaire, mais aussi un des plus constants défenseurs de l'amitié franco-arabe. Fils d'un Professeur de Médecine, le jeune Dominique choisit de se diriger vers les sciences humaines. La Sorbonne lui donna une solide formation d'historien qui allait contribuer à son originalité dans un milieu dominé par les études orientalistes. Il confronta très vite son savoir à l'expérience de terrain, au Caire, puis surtout à Beyrouth, où il séjourna de 1957 à 1964. Ces sept années passées dans un pays pour lequel il conçut un attachement profond et durable, lui permirent d'acquérir l'expérience et la sensibilité qui devaient faire de lui un spécialiste du Proche-Orient. Il compléta cette connaissance du monde arabe par quatre ans passés à Tunis, comme maître de conférences à la Faculté des Lettres.
Affecté au CNRS, Dominique Chevallier rentra à Paris en 1968. En mai 1971, il soutint sa thèse de Doctorat d'État sur La société du mont Liban à l'époque de la révolution industrielle en Europe, travail entrepris sous la Direction de Pierre Renouvin, et couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques. Dès novembre 1971, à la demande d'Alphonse Dupront, président de la toute neuve université de Paris-Sorbonne (Paris-IV), il inaugura le séminaire qu'il devait diriger jusqu'à son départ en retraite en 1997. En 1976, il fut élu professeur dans cette Université, où il créa et dirigea le Centre d'Histoire de l'Islam Contemporain reconnu comme ERA (équipe de recherches associées) par le CNRS, formation qui associait historiens et arabisants de la Sorbonne.
Dans ces fonctions universitaires, le professeur Chevallier devait présider, pendant vingt ans, à un nombre impressionnant de travaux ou de manifestations destinés à faire progresser en France la connaissance du monde arabe, en même temps qu'il multipliait les échanges et les contacts avec les chercheurs des pays du sud et de l'est de la Méditerranée. Ses relations anciennes et confiantes avec le Proche-Orient et le Maghreb, mais aussi sa forte personnalité, et son sens élevé du service de l'État, lui permirent d'être en contact non seulement avec des universitaires, mais aussi avec des responsables politiques de haut rang, dont il fut souvent un conseiller écouté. Cette reconnaissance devait se manifester par sa présence au sein d'organismes prestigieux, comme l'Institut du Monde arabe de Paris.
Dominique Chevallier laisse derrière lui un nombre considérables de publications écrites de sa main (on citera ses deux derniers livres, Orient d'encre. Entre guerres et pouvoirs, Sindbad-Actes Sud, 2003; et Vapeurs de sang. Le Moyen-Orient martyr, Sindbad-Actes Sud-Éditions du Nahar, 2008). Un nombre encore plus considérable d'ouvrages furent édités sous sa direction, ou publiés avec ses encouragements et son appui. Mais son action ne fut pas purement livresque. Il travailla à rapprocher la France et le monde arabe dans le partage de valeurs communes : l'indépendance et la souveraineté des peuples, le respect réciproque des cultures, un refus déterminé de l'obscurantisme religieux. Il consacra ses efforts à défendre jusqu'à la fin la cause de la personnalité libanaise. Aujourd'hui plus qu'en aucun moment, il importe que son message de savoir et d'humanisme ne soit point perdu.
Jacques FRÉMEAUX
Note bibliographique : Avec les Arabes, Puissance de l'amitié. Mélanges offerts au Professeur Dominique Chevallier, sous la direction de Abd El Hadi Ben Mansour et de Jacques Frémeaux, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 2005.
François DOUMENGE (1926-2008)
François DOUMENGE était né le 9 octobre 1926 à Viane (Tarn). Il est décédé à Nice le 14 juillet 2008. Marié à Lydie Sicart dont il eut quatre fils, il s'était remarié au début des années 1980 avec Kyoko Kano, originaire du Japon. Il vivait principalement à Tahiti depuis sa cessation d'activité professionnelle en 2001, et secondairement à Nice.
En 1947, alors qu'il n'a que 21 ans, il devient professeur d'histoire et de géographie au collège de Paulhan, et sans cesser d'enseigner, il est reçu au concours de l'agrégation, en 1955. Il intègre alors le lycée de Béziers, puis le lycée Joffre de Montpellier, avant d'entrer en 1957 à l'Université de Montpellier comme assistant. Il enseigne la géographie humaine, en particulier dans ses aspects maritimes, comme maître assistant, puis maître de conférences.
En 1966, il soutient ses thèses de doctorat d'Etat (" l'Homme dans le Pacifique Sud " et " Hydrologie, biologie et pêche en Méditerranée occidentale "). Il devient titulaire de la chaire de géographie tropicale à l'Université de Montpellier en 1968. Il est élu directeur de l'UFR des Sciences humaines de la toute nouvelle université de Montpellier 3 (Paul Valéry) en 1970.
Il effectue de nombreuses missions de recherche et participe à diverses négociations pour le compte du gouvernement français, dans le domaine des pêches maritimes, en particulier au Japon. Il contribue à la création de l'Institut de géographie tropicale d'Abidjan qu'il dirige entre 1967 et 1970, puis à la construction de la station d'aquaculture de la Ouenghi (Nouvelle-Calédonie), pour le compte de la Commission du Pacifique Sud, en tant que fonctionnaire représentant la FAO en Océanie.
Homme politique engagé, entre 1947 et 1962, dans le mouvement gaulliste dont il est le responsable régional pour le Languedoc-Roussillon pendant de nombreuses années, il intègre l'équipe municipale de maître François Delmas aux élections de 1959. Il sera adjoint au maire chargé des finances de la municipalité de Montpellier pendant dix huit ans.
A ce titre, il est à l'origine de la création du Parc zoologique de Lunaret, lieu apprécié de découverte animalière et de détente pour les Montpelliérains. A la même époque, il a entrepris la construction de foyers pour les étudiants originaires des territoires du Pacifique dont il n'a jamais cessé de soutenir la formation universitaire.
Entre 1977 et 1980, il occupe le poste de Recteur de l'Académie des Antilles-Guyane à Fort de France. Il est à l'origine de la construction par l'Etat d'une grande partie des lycées dans cette académie. Au moment de la reprise d'activité du volcan guadeloupéen de la Soufrière, il prend une part très active à l'accueil dans les établissements scolaires de la Grande Terre de 50 000 élèves déplacés de la Basse Terre.
Sur la base de ses nombreuses recherches en biologie marine et en géographie tropicale ainsi que de son expérience montpelliéraine, il est élu en 1981 professeur du Muséum national d'histoire naturelle (Paris), titulaire de la chaire d'éthologie animale et il dirige à ce titre la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, le zoo de Vincennes, Jumièges, le domaine de Haute Serre en Brenne, etc. Il est ensuite élu à la présidence de la commission " écologie " de la puissante Union internationale de la conservation de la nature. Il devient président de l'Institut de Recherche pour le Développement Outre-Mer en 1986 (ORSTOM devenu IRD).
En 1988, il est élu à la succession du commandant Jacques-Yves Cousteau comme Directeur du prestigieux Musée océanographique de Monaco. De par sa collaboration étroite avec les princes Rainier et Albert II de Monaco, il est nommé secrétaire général de la Commission internationale d'exploration scientifique de la mer Méditerranée ainsi que des Commissions internationales pour la protection des mammifères marins et pour l'exploitation des thonidés.
Depuis son retour dans le Pacifique en 2001, il se consacrait à diverses études sur le devenir des petits Etats insulaires, surtout du Pacifique, dont il a été, trente ans durant, un ambassadeur lucide auprès des institutions affiliées à l'ONU, en particulier de la CNUCED.
Il était officier dans l'Ordre de la légion d'honneur et décoré de divers ordres étrangers. Il fut Vice-Président d'honneur de notre Conseil d'administration depuis 2000. En 2007, le Prince Albert II lui avait remis le Grand Prix des Sciences de la Mer Albert Ier de Monaco proposé par la Société de Géographie. Nous l'entourions. Ce fut pour François une très grande joie !
François Doumenge était une force de la nature. Il aimait la vie. Même lorsqu'il commença, a être atteint d'un certain embonpoint, ce sportif de plus d'un quintal en impressionnait plus d'un, surtout parmi ceux qui ne savaient pas qu'il était adepte et passionné de plongée et de pêche sous-marines. Son énergie était extrême, son activité débordante, ses connaissances encyclopédiques et sa culture immense. C'était un entraîneur. Il avait le sens de l'organisation, de la conduite des hommes, mais aussi de la diplomatie. Il était pourvu d'une grande clairvoyance et d'un grand courage politique. Il ne parlait pas la langue de bois.
Et c'était le plus attentionné des amis. Dans ses appartements de Fresnes, de l'Ile Saint-Louis, du rectorat de Fort de France comme à Monaco, Tahiti ou Nice, avec quelle chaleur il les recevait, tenant table ouverte à leur intention, leur offrant ses meilleurs bordeaux et ses vieux rhums rapportés des Antilles. Il cuisinait à merveille la viande de certains animaux du zoo des espèces qu'il fallait réguler. Un repas chez lui constituait un voyage gastronomique mêlant des recettes de toutes les îles tropicales et du Japon. Mais il avait aussi vécu à Londres, Tokyo ou Abidjan. Cela lui donnait une vision globale du Monde dont il savait parler avec précision et en même temps il était d'une pittoresque faconde qui rendait sa compagnie fascinante. C'était un conteur merveilleux qui ponctuait ses récits d'éclats de rire communicatifs.
Un jour, dans un Congrès à Athènes, vers 1985, nous l'avons entendu faire une conférence sur " Culture et Education " au Japon. Ce fut absolument remarquable. Quelle connaissance intime de toute une civilisation il avait su acquérir et il y ajoutait les comparaisons internationales qui s'imposaient. Et ses exposés de géopolitique lors des journées géographiques nationales de 1994 qui se déroulèrent à Tahiti et en Nouvelle Calédonie furent passionnants.
Depuis une quinzaine d'années, François était atteint d'une grave maladie incurable à laquelle il a fait face avec beaucoup d'énergie, de courage et de lucidité. Il a demandé que ses cendres soient dispersées en mer Méditerranée, dans la mer du Japon et le sud de l'océan Pacifique. Notre Société de Géographie, l'Université, la recherche scientifique et notre pays lui doivent beaucoup. Nous assurons sa famille de nos sentiments les plus attristés
Jean-Robert PITTE et Jean BASTIÉ
Gérard GALIBERT (1927-2008)
Gérard Galibert est décédé le 6 mai 2008. Né le 6 juin 1927 à Toulouse, il allait avoir 80 ans. Il était membre de la Société de Géographie depuis 1998. De 1933 à 1962, il fait ses études au Lycée Pierre de Fermat de la 11e à la Terminale, à l'ombre de l'église des Jacobins, au coeur de Toulouse, près du Capitole, puis ses études supérieures à la Faculté des Lettres, à l'Institut de Géographie, sous la direction du doyen Daniel Faucher et d'un tout jeune assistant François Taillefer. Les fins de semaines étaient réservées aux randonnées géographiques ou sportives avec le Club alpin, dans les Pyrénées, de l'Aude à la Garonne. Une passion pour les montagnes qui allait durer toute sa vie.
Il obtint l'agrégation en 1952, après une préparation intensive puis ses travaux en vue du doctorat démarrent, facilités par un poste d'assistant
auprès du professeur Taillefer puis par un détachement au CNRS. Sujet de la thèse : " La haute montagne alpine. L'évolution actuelle des formes dans les hauts massifs des Alpes et dans certains reliefs de comparaison (Suisse, Italie, Spitzberg) ". 1962 : nomination à la Faculté de Rennes en géographie physique. La région Bretagne est en plein développement, les crédits sont largement octroyés pour une géographie appliquée à l'aménagement, photographie aérienne et photogrammétrie à l'appui.1968 freina cet élan, entraînant la suppression des divers laboratoires créés tels Ecosa, Géomécasol, c'est à dire l'arrêt de la pluridisciplinarité. 1970-1987 furent des années de formation, puis ce fut la retraite ! Dans ces années là, il travailla de concert avec l'Agence Spatiale européenne et la NASA à chaque lancement d'un nouveau programme (en particulier SPACE-LABO) d'observation de la Terre à base de photogrammétrie et télédétection. Un séjour de cinq mois en 1956 à Colomb-Béchar avait développé son intérêt pour les recherches spatiales.
De nombreux pays en développement souhaitent de longs stages de formation pour leurs techniciens, afin de maîtriser les apports des nouvelles sciences d'observation de la Terre (Chine, Côte d'Ivoire, Bulgarie) de longs séjours de spécialistes dans ces pays. Gérard Galibert, détaché aux affaires étrangères, passe deux années en Indonésie en tant que conseiller culturel et de coopération technique. Retour à Rennes, il effectue des missions fréquentes en Afrique noire et en Asie des moussons dans le but de former des spécialistes dans leurs propres pays. En 1990, retraité, il revient à Toulouse et rédige des articles pour des revues de photogrammétrie.
Gérard Galibert a été l'homme d'une passion : la Haute Montagne qui n'avait plus de secret pour lui, avec des séjours à l'étranger dont il ramenait des terme de comparaison avec ses Pyrénées et aussi les Alpes, un vrai géographe de terrain ! Je connaissais Gérard Galibert depuis 1948, soit depuis soixante ans, nous participâmes ensemble à l'interuniversitaire dans les Pyrénées cette année-là, nous avons obtenu l'Agrégation ensemble en 1952. J'adresse les vives condoléances de la Société à son épouse et à sa famille.
Jean BASTIÉ
P.S. : Je remercie Yvette Galibert pour les informations qu'elle m'a fournies.
Michel PHLIPPONNEAU (1921-2008)
Michel Phlipponneau qui vient de nous quitter était dans sa 88e année. Né le 11 mai 1921 à Clamart d'un père cheminot, il était un bel exemple de la méritocratie à la française qui, hélas, était plus vivante sous la IIIe République qu'aujourd'hui. On en parlait moins, mais tout était mis en œuvre pour permettre l'égalité des chances, en particulier au moyen d'une exigence commune vis à vis de tous les enfants, quel que soit leur milieu d'origine, afin de les aider à donner le meilleur d'eux-mêmes, à se dépasser.
Après de bonne études secondaires au lycée Hoche, l'école normale de Versailles étant réquisitionnée, il doit partir en 1939 à Bordeaux où il prépare le concours. Il devient instituteur suppléant puis professeur suppléant au collège de Pithiviers, puis au collège Chaptal à Paris. Reçu au concours du professorat des écoles primaires et à l' école normale, il obtient en 1942 son premier poste de titulaire au collège de Chauny. Il décide alors de poursuivre des études universitaires de géographie, passe la licence à Paris en 1943 et la maîtrise en 1944. Il soutient son mémoire sur le pays des Yvelines, préparé sous la direction d'André Cholley, quelques jours avant la libération de Paris. Emmanuel de Martonne est alors le directeur de l'Institut de géographie ; il a suivi ses cours et découvert les joies de l'établissement d'un bloc-diagramme.
Nommé professeur d'école normale en 1946, il a le choix entre Dijon et Rennes. En souvenir de son grand-père originaire de Nantes et de son épouse cornouaillaise, il opte pour la Bretagne où il prépare l'agrégation qu'il obtient en 1947. André Cholley l'oriente alors vers une thèse d'État sur la vie rurale dans la banlieue parisienne. Pourtant, c'est l'année même où, après avoir lu Paris et le désert français de Jean-François Gravier qui vient de paraître, il prend conscience de la nécessité de développer la province française en imaginant des solutions diversifiées, adaptées à chaque région, idée qu'il va passionnément appliquer à la Bretagne. Car il ne cèdera à aucune sirène venue de Paris. André Meynier lui propose un poste d'assistant à la faculté des Lettres de Rennes. Il l'accepte et gravira tous les échelons académiques, mais ne bougera plus de l'université bretonne jusqu'à sa retraite en 1984.
Ses premiers travaux de recherche paraissent classiques, voués à la géographie rurale pour sa thèse principale, à la géomorphologie de la baie du Mont Saint-Michel pour sa thèse secondaire, en conformité avec la mode du temps. En réalité, il se refuse à la dichotomie entre géographie physique et géographie humaine. En 1960, il écrit dans Géographie et action que la géographie permet de " comprendre les caractères d'un milieu spatial en analysant l'interaction des éléments d'ordre physique et humain qui s'intègrent dans ce milieu ". En outre, pour lui la science fondamentale ne va pas sans l'application, ce qui implique " de connaître et comprendre le cadre dans lequel on vit " pour nourrir la volonté " d'aménager au mieux " l'espace, vision qui transparaît dans sa thèse et qui lui vaut de vifs reproches de Pierre George lors de sa soutenance le 18 juin 1955. Ce dernier affirme qu' " on n'a pas à faire d'application, c'est le travail du journaliste... Le géographe n'a pas à prévoir l'avenir ". La mention Très Honorable lui est refusée, les Annales de Géographie ne rendront pas compte de sa thèse et il ne sera pas nommé aussitôt Maître de Conférences.
Ceux qui partagent sa vision de la géographie ne sont pas si nombreux que cela en France. Citons, entre autres, Etienne Juillard et Jean Tricart en Alsace, Jacqueline Beaujeu-Garnier et Jean Bastié en région parisienne, Jean Labasse à Lyon, Raymond Dugrand à Montpellier et, bien entendu, Jean Gottmann aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Beaucoup de géographes de cette génération sont très engagés politiquement ou syndicalement, mais se refusent à l'action politique territoriale, se contentant d'être des " notaires " de la réalité géographique. Compte tenu de son caractère entier, l'ostracisme dont Michel Phlipponneau est temporairement la victime le persuade de persévérer dans la voie qui l'intéresse et qu'il juge nécessaire. Il entre en 1952 au CELIB (Comité d'Etude et de Liaison des Intérêts Bretons), créé l'année précédente par René Pleven, non parce qu'il partage la sensibilité politique que ce gaulliste venu du centre, mais parce qu'il juge que ce mouvement peut permettre le développement économique de la Bretagne, alors très en retard par rapport à bien des régions françaises, sorte d'angle mort du territoire. Il publie en 1957 Le problème breton et le programme d'action régionale, préfacé par René Pleven.
Ses convictions et ses talents d'orateur le poussent un peu plus sur le devant de la scène. Il préside la Commission régionale d'expansion économique du CELIB dont il est devenu vice-président entre 1961 et 1967. Il pousse les municipalités de Vannes, de Loudéac et quelques autres à se doter d'une zone industrielle. Il est l'un des inspirateurs du Plan routier breton qui verra le jour en 1968, alors qu'il a quitté le CELIB depuis un an, déçu d'une insuffisante action de l'État. Il s'engage alors au Parti socialiste, devient Conseiller général d'Ille-et-Vilaine de 1973 à 1985. Il est en même temps Conseiller régional et de 1977 à 1989 premier adjoint au Maire de Rennes, Edmond Hervé, et Président du District. Son indépendance d'esprit et son franc parler lui valent de ne pas figurer sur la liste du PS aux élections de 1989, ce dont il conçoit une grande amertume. Il continuera néanmoins à jouer un rôle important dans la réflexion sur le développement de la Bretagne en appartenant de 1989 à 1995 au Conseil économique et social régional, se rapprochant un peu des Verts dont son épouse est une active militante.
Ces engagements très prenants ne l'empêchent pas de publier de nombreux ouvrages sur la Bretagne, le développement régional et la géographie appliquée. Il dirige pendant des années la Commission de géographie appliquée du Comité national français de géographie. Tous les géographes français se souviennent de la fougue qu'il déploie pour promouvoir les travaux de sa commission et pourfendre les critiques. Sa géographie était vivante, engagée, mais pragmatique, passionnée et passionnante. Merci, cher Michel Phlipponneau, de votre enthousiasme. Nous ne sommes pas près de vous oublier !
Jean-Robert PITTE
N.B. : Notre ami Michel Phlipponneau avait participé avec son épouse à la plupart des voyages organisés par la Société de Géographie ou le CREPIF : Tibet et Chine, Sibérie et Asie centrale, Australie, Ouest des Etats-Unis, Canada, Brésil, Japon, etc.
Jean BASTIÉ