Voyage en Suisse, sur
quelques particularités géologiques du pays(18-22 juin 2007)
par Lucien-Maxime BARON et Pierre DUFFAUT
Lundi 18 juin
Tous les participants au voyage se retrouvent le matin à 8 h 30 dans le hall de l’Hôtel Mirabeau de Lausanne, comme prévu, à l’exception de M. Billet. Contacté par téléphone, M. Billet nous déclare qu’il s’est tout simplement trompé de jour et qu’il sera avec nous à Täsch le soir même. Nous sommes rejoints par M. Christophe Bonnard, ingénieur civil de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (puis professeur dans cet établissement), ami personnel de Pierre Duffaut et dont l’activité s’exerce sur les problèmes de risques géologiques et de barrages. M. Bonnard a bien voulu, sur la suggestion de Pierre Duffaut, accepter de nous accompagner bénévolement pour la journée et de nous faire profiter de sa parfaite connaissance du pays. Notre première rencontre " géologique " est le glissement de la Frasse, dans le canton de Vaud : glissement lent, en cours depuis des siècles, repoussant le torrent qui passe à ses pieds et entraînant des chalets avec lui. Une galerie de drainage a été entreprise sous la langue terminale, car la poursuite des mouvements pourrait créer un barrage sur la rivière (la " Grande Eau ") dont la rupture par submersion aurait des conséquences catastrophiques dans la vallée. Nous nous arrêtons ensuite dans le canton du Valais, sur la rive gauche du Rhône dans un lotissement récent, face au glissement des Créteaux. M. Bonnard nous y fait observer l’évolution récente d’un couloir raide, boisé, dominant un cône de déjections couvert de vignes ; le glissement a coupé le chemin d’Isérables aux Condémines ; une digue de protection a été construite au pied du couloir (diverses simulations auraient montré son efficacité, bien que quelques blocs aient atteint les vignes). On aperçoit aussi, un peu à l’amont, la trace laissée par l’eau lors de la rupture, en 2001, de la conduite forcée souterraine de Bieudron (la réparation par chemisage intérieur n’est pas encore terminée). Juste en face, sur la rive droite du Rhône, le versant au-dessus du village de Leytron et le hameau de Montagnon glisse et la construction y est interdite.
Après notre déjeuner au restaurant-hôtel du " Pas de Cheville ", situé dans la petite localité de Conthey près de Sion, nous nous dirigeons vers le barrage de la Grande-Dixence, situé dans une vallée glaciaire orientée sud-nord en rive gauche du Rhône. Une route en lacets nous conduit au pied du barrage dont la hauteur (285 mètres, presque celle de la Tour Eiffel) est impressionnante. Une télécabine nous mène au sommet de ce barrage-poids achevé en 1965 et qui remplace un ancien barrage, plus modeste, maintenant noyé dans la retenue. Celle-ci qui reçoit également, par pompage, les eaux de plusieurs vallées voisines alimente trois usines hydroélectriques situées en bordure du Rhône (Chandoline, Bieudron et Nendaz) ainsi que l’usine de Fionnay située dans une vallée plus à l’ouest. Par la construction de ce barrage, la puissance de l’aménagement est ainsi passée de 800 à 2000 mégawatts. Le couronnement du barrage, sur lequel nous nous promenons (à 2346 m d’altitude), a une largueur de 15 mètres et une longueur de 700 mètres. Nous redescendons ensuite la vallée de la Dixence (en admirant au passage les " Pyramides d’Euseigne ") jusqu’à son confluent avec le Rhône, puis après avoir longé celui-ci sur une quarantaine de kilomètres, nous remontons la vallée de la Vispa jusqu’à Täsch, point terminal pour les voitures de la route vers Zermatt. Nous logerons, pour deux nuits à l’hôtel Walliserhof de Täsch.
Mardi 19 juin
Nous avons prévu une journée libre pour nous permettre d’aller à Zermatt par la petite navette ferroviaire qui suit la vallée de la Vispa. A Zermatt, et sur les conseils de Pierre Duffaut, la majorité opte pour le petit train à crémaillère qui conduit, en 42 minutes, au sommet du Gornergrat (3089 mètres). Le temps est magnifique, le ciel uniformément bleu et, à nos pieds, les glaciers brillent au soleil. Nous avons un champ de vision de 360° et, autour de nous, on peut dénombrer 29 sommets de plus de 4000 mètres dont les plus connus sont le Cervin, le Mont-Rose, la Dent blanche, le Weisshorn et le Breithorn. Le soir, nous regagnons notre hôtel à Täsch, toujours par la navette ferroviaire, seul moyen de communication autorisé.
Mercredi 20 juin
Quittant Täsch, nous descendons la vallée de la Vispa, vallée étroite et très profonde creusée entre des montagnes de plus de 4000 mètres et que l’on appelle le Mattertal. Après quelques kilomètres, à hauteur du village de Randa, nous observons les marques des écroulements des 18 avril et 9 mai 1991 qui coupèrent la route, la voie ferrée, écrasèrent des troupeaux et quelques chalets, heureusement sans faire de victime humaine. La voie ferrée et la route ont été déviées et un tunnel a été percé sous les décombres pour rétablir le cours d’eau.
Arrivés à Visp, nous remontons la vallée du Rhône jusqu’à Gletsch d’où l’on voit le " Glacier du Rhône " (Rhonegletscher), source du fleuve. Moins important qu’autrefois, puisque, selon des dessins ou photos anciens, il s’étendait jusqu’aux abords de ce hameau, il est encore bien visible et l’on peut suivre des yeux le torrent (le Rhône) qui en descend. Un petit belvédère (auquel on ne peut accéder qu’en traversant, dans toute sa longueur, une boutique de souvenirs) domine ce glacier, qui brille sous le soleil de cette belle journée.
Reprenant notre autocar, nous passons le col de la Furka (2431 mètres) et nous arrêtons à Andermatt pour déjeuner à l’hôtel Alpina, situé un peu à l’écart de la ville. A l’issue de notre déjeuner, deux hommes du pays nous offrent un concert de cor de montagne dont le son très grave se répercute sur les hauteurs voisines.
Monsieur Billet nous fait remarquer les nombreuses installations militaires autour de la route stratégique du Gothard ; sa grande connaissance du pays lui a permis de donner beaucoup de détails sur l'histoire et les aspects sociaux des Cantons traversés et du Tessin proche au sud
Passant ensuite le col Oberalp (2044 mètres), nous descendons la vallée du Rhin antérieur (Vorderrhein) jusqu’à Sedrun où se trouve l’une des entrées pour les travaux du nouveau tunnel ferroviaire du Saint-Gothard (57 kilomètres de longueur) actuellement en construction. Nous nous rendons à la salle d’exposition où de nombreux graphiques, coupes transversales et dessins nous montrent l’implantation de ce tunnel ferroviaire composé de deux galeries parallèles (et de nombreuses traverses). Les Suisses comptent beaucoup sur ce tunnel dont l’achèvement est prévu vers 2015 pour désengorger le trafic routier (principalement de camions) entre le nord (l’Allemagne) et le sud (l’Italie).
Il nous est ensuite présenté un film (en italien, car il n’y en a pas en français) qui n’ajoute pas grand chose aux informations que nous avons eues auparavant et aux explications complémentaires que nous a données Pierre Duffaut.
Jeudi 21 juin
Nous quittons Sedrun sous la pluie et prenons la route vers l’est en suivant la vallée du Rhin dit " antérieur ". Arrivés à Flims, la pluie a cessé mais les nuages sont bas et menaçants. Nous devons donc renoncer à la promenade du " sentier des planètes " d’où nous aurions pu voir, de haut, les conséquences de l’écroulement de Flims. Nous nous dirigeons donc vers le village voisin de Falera, sur la rive gauche du Rhin, où notre déjeuner est prévu à l’hôtel " La Siala ". A cause du mauvais temps, nous sommes très en avance et le personnel du restaurant fait des efforts pour nous servir au plus vite.
Après déjeuner, nous revenons sur la rive droite et, arrivés à Ilanz, nous quittons notre autocar pour prendre le train jusqu’à Reichenau. Entre ces deux villes, en effet, seuls la voie ferrée et le fleuve parcourent la gorge profonde que celui-ci a dû se creuser dans un amoncellement rocheux (12 kilomètres cubes) résultant d’un glissement préhistorique (glissement de Flims). Le temps s’est amélioré et le spectacle de ces hautes parois rocheuses est magnifique. Arrivés à Reichenau, nous reprenons notre autocar (c’est ici le confluent du Rhin antérieur et du Rhin postérieur qui vient du sud), . Il nous reste encore du temps et nous décidons d’aller à Coire. Malheureusement, la cathédrale de Coire est en travaux et le musée fermé, nous ne savons pourquoi. Nous faisons un tour dans la vieille ville, mais nous ne nous attardons pas et nous décidons de nous arrêter, sur le chemin du retour vers Sedrun, à l’abbaye de Disentis dont nous visitons la grande et magnifique église de style baroque, construite à la fin du 17ème siècle ; son intérieur, très clair grâce à sa triple rangée de fenêtres, est richement décoré.
Vendredi 22 juin
Après une nuit orageuse, nous quittons Sedrun sous la pluie et, revenant vers l’ouest, nous repassons en sens inverse le col de l’Oberalp que nous avions déjà franchi mercredi 20. Arrivés à Andermatt, nous nous engageons dans le défilé des Schöllenen, puis, par l’Axenstrasse, route taillée au flanc du massif de l’Axen, nous longeons la partie du lac des Quatre Cantons qui porte le nom de Urnersee (lac d’Uri). Nous arrivons à Goldau où, le 2 septembre 1806 un glissement rocheux envahit la vallée, tuant environ 500 personnes. Nous voyons encore maintenant cette vallée parsemée d’énormes blocs isolés. La pluie a cessé mais les nuages sont encore nombreux et bas, de sorte que nous devons renoncer à monter au Rigi-Kulm d’où nous aurions pu voir l’ensemble de ce bouleversement. Disposant ainsi d’un peu de temps libre, nous décidons d’aller voir la ville toute proche de Lucerne dont la principale curiosité est le pont couvert, en bois, construit en 1300 et appelé Pont de la Chapelle (Kappelbrücke). Long de plus de 200 mètres, il est légèrement infléchi au tiers de sa longueur. En cet endroit, une grosse tour en pierre, appelée le " château d’eau " lui est accolée. Dans les triangles formés par les poutres de la toiture, des peintures sur bois datant du début du 16ème siècle évoquent l’histoire de la ville. Ce pont fut très endommagé le 18 août 1993 par un incendie dont on ne voit maintenant plus trace.
Nous contournons ensuite le lac des Quatre-cantons pour aller, comme prévu initialement, déjeuner à Vitznau, village situé au pied du mont Rigi. Nous sommes attendus à l’hôtel-restaurant Flora Alpina qui domine le lac et déjeunons seuls dans la grande salle à manger (dont toutes les baies vitrées ouvrent sur le lac) où nous est servi un excellent repas. Après le déjeuner et la prise de photos-souvenir, nous nous dirigeons par les autoroutes vers la gare de Bâle où a lieu la dislocation du groupe.
Légendes des photos proposées (sous réserve, j’en ai bien d’autres, et d’autres participants en ont probablement de meilleures)
1 Premier arrêt : Christophe Bonnard commente le glissement de la Frasse (le 18)
2 Ce qui reste de la langue du glacier du Rhône, vue du belvédère sur la route de la Furka, alors que la moraine rive droite témoigne de son épaisseur passée à cet endroit (le 20)
3 Les hautes parois ruiniformes de la gorge du Rhin à travers l’écroulement de Flims (le 21)
4 Sur le pont couvert de Lucerne, des triangles peints retracent l’histoire de la ville (le 22)
5 Le groupe sur la terrasse de l’hôtel Flora Alpina, face au lac des Quatre Cantons (le 22)