Au plan
régional, la gauche enlève plus de 60 % des sièges dans le Sud-Ouest, lOuest du
Massif Central, au sud dune ligne La Rochelle-Belfort, le Nord-Pas-de-Calais, et
dans la proche banlieue parisienne (Nord, Est et Sud). Les départements les plus fidèles
à la droite sont le Cantal et la Haute-Loire, les Alpes-Maritimes , les Savoies et la
Vendée, ainsi, à plus grande échelle, que le Sud du Massif Central, tout le Centre
Ouest, le Centre et lEst du Bassin Parisien, et lAlsace. A chaque élection,
cest à peine la moitié des circonscriptions qui est indécise et donc susceptible
de basculer dans lun ou lautre camp. Ailleurs, les comportements permanents et
les oppositions sont anciens entre la France du Midi et de lextrême Nord,
dune part, et celle de lOuest et de lEst, dautre part. Ces
oppositions sont dues à une conjonction de divers facteurs, comme lavait
démontré, voici déjà fort longtemps, André Siegfried dans son Tableau politique de la
France de lOuest. Parmi ces facteurs, souvent combinés à des degrés divers,
citons : les influences religieuses ou laïques, les structures agraires, les modes
dindustrialisation et durbanisation, lopposition au pouvoir central
(parisien), qui peut remonter, dans le midi toulousain, à la croisade contre les
Albigeois (début du 13ème siècle), la composition sociologique des populations, comme
dans les banlieues industrielles de Paris, Lyon, Marseille ou du Nord-Pas-de-Calais, le
regroupement de retraités aisés comme sur la Côte dAzur ou la grande banlieue de
lOuest parisien, linfluence de personnalités à longue vie politique,
constamment réélues, même dans des circonscriptions a priori peu favorables, etc.
Cest pourquoi il faut se méfier de toute généralisation géographique hâtive,
surtout sur le long terme et pour des circonscriptions à la marge.
Toutefois, lélection de 2002 contraste avec celle de 1997 dabord parce
quune majorité de droite forte et assez homogène a succédé à une majorité de
gauche faible et hétéroclite, mais aussi parce quelles ont eu lieu dans des
contextes politiques très différents. En effet, lélection législative de 2002,
si elle sest déroulée à une date prévue depuis longtemps et à lissue
dune législature normale de 5 années, a néanmoins eu lieu dans la foulée
dune élection présidentielle qui la précédée de quelques semaines et dont
le résultat, en définitive très favorable au candidat de droite, le Président sortant
Jacques Chirac, a sans nul doute pesé de tout son poids sur le résultat de cette
élection législative. En 1997, au contraire, les élections législatives avaient été
provoquées par une dissolution « à froid » de pure convenance (la première de ce type
dans lhistoire de la Vème République), décidée par le même Président de la
République dont les calculs électoraux avaient été alors totalement déjoués.
En 2002, donc, 28 % des circonscriptions ont changé de couleur politique,
basculant à droite pour la plupart dentre elles (26 %). Les basculements à gauche
ont un caractère tout à fait exceptionnel, 2 départements étant, à cet égard, à
contre-courant du mouvement densemble qui caractérise ces élections : Paris, où 3
circonscriptions sur 21 basculent à gauche, et la Corse, avec 2 sur 4. Les basculements
à gauche de la 13e circonscription du Nord (Dunkerque-Est), de la 2e circonscription des
Hautes-Pyrénées (Tarbes-Lourdes) et de la 2e circonscription des Hautes-Alpes
(Briançon) sont des isolats. Dans les DOM-TOM, par contre, la situation est moins
favorable à la droite quen Métropole, puisque 2 circonscriptions des Antilles
(4ème de Guadeloupe et 1ère de Martinique) basculent à gauche contre 5 à droite (3 en
Guadeloupe et 2 à la Réunion (Océan Indien)).
La progression électorale de la droite est très sensible dans plusieurs régions.
La plus nette et la plus homogène est celle du nord de lAquitaine. Avec 13
circonscriptions contiguës reconquises, cest un véritable mascaret de droite qui,
du Médoc au Tarn-et-Garonne, semble avoir déferlé sur la basse vallée de la Garonne,
emportant la totalité des départements du Lot-et-Garonne et du Tarn-et-Garonne,
débordant jusque dans le Gers (2e circonscription) et lAveyron (2e
circonscription), et népargnant que Bordeaux et sa proche banlieue Ouest et Sud
pour sarrêter finalement au seuil du Tarn et de la Haute-Garonne, même si, dans
chacun de ces deux départements, une circonscription bascule tout de même à droite (4e
de Toulouse et 4e du Tarn (Mazamet)). Plus au nord, un deuxième axe plus mince perfore
des régions traditionnellement ancrées à gauche, du nord de la Charente-Maritime (2e et
3e) au sud de la Corrèze (2e) en passant par le nord de la Dordogne (3e).
Lautre progression la plus nette concerne le nord-ouest du bassin Parisien.
Du Bessin à la Picardie, la droite reconquiert 20 circonscriptions. Cette vague
népargne quune partie de la basse Seine (3e, 4e et 5e de Seine-Maritime :
Sotteville-lès-Rouen, Elbeuf et Maromme ; 4e de lEure : Louviers) et le nord
dAmiens (1ère de la Somme) mais va mordre jusque sur le nord-ouest de lAisne
(2e circonscription) et le sud du département du Nord (18ème circonscription), ne
sinterrompant quau seuil du Pas-de-Calais.
Dans le midi alpin, rhodanien et méditerranéen, à lintérieur dun
triangle dont Lyon, Andorre et Nice constituent les sommets, la droite reprend 33
circonscriptions à la gauche. Lensemble le plus massif des circonscriptions
reconquises sétend, en sélargissant, depuis le sud de Lyon (11e du Rhône
(Givors) et 8e de lIsère (Vienne)) jusquà louest du Var (conquêtes de
la 1ère et 2ème de Toulon ainsi que de la 6ème du Var (Le Beausset, Brignolles), qui
font basculer lintégralité du département à droite) et au nord de
lHérault (1ère et 2ème de Montpellier, 3ème (Lunel) et 4ème (Lodève)). Cette
crue népargne quun axe longeant le Rhône dans le secteur de Montélimar
(2ème de la Drôme) et débordant sur le centre de lArdèche (1ère de
lArdèche : Privas), lOuest du Gard (5ème du Gard : Alès-Ouest), qui se
trouve désormais totalement isolé par les 6 circonscriptions conquises par la droite, de
lest de la Lozère au nord de lHérault en passant par le reste du Gard, les
circonscriptions du nord et de lest de Marseille (4ème, 7ème et 8ème) ainsi que
la 13ème des Bouches-du-Rhône (Istres) et, enfin, la 1ère circonscription des
Alpes-de-Haute-Provence (Digne), dont la situation disolement électoral est
désormais semblable à celle dAlès-Ouest. La prise de la 9ème circonscription des
Alpes-Maritimes (Grasse) permet de faire basculer lintégralité de ce département
à droite tandis que celle de Béziers, dans la 6ème de lHérault, constitue une
nouvelle et intéressante tête de pont pour la droite dans des régions
traditionnellement ancrées à gauche. Outre Montpellier et Béziers, la droite récupère
également Perpignan (1ère des Pyrénées-Orientales) et son arrière-pays pyrénéen
(2ème et 3ème des Pyrénées-Orientales) jusquaux frontières de lAndorre.
LEst, surtout du nord de la Lorraine à la Bourgogne et à la Franche-Comté,
est également le théâtre dune forte progression de la droite (25
circonscriptions). Un arc de cercle de 14 circonscriptions reconquises sétend de
lest de la Moselle (4ème, 5ème et 6ème circ.), au nord, au Territoire de Belfort
(1ère et 2ème circ.) et à lest du Doubs (3ème et 4ème circ.), au sud, incluant
dans sa partie extrême occidentale la 1ère circonscription de la Haute-Marne. À
proximité immédiate de cet arc, la 1ère circonscription de la Moselle, la 7ème de
Meurthe-et-Moselle, la 2ème des Vosges ainsi que les 5ème et 7ème du Haut-Rhin ont
été aussi reprises par la droite. Cet arc se raccorde au sud à un axe plus méridional
sétendant du nord du Jura au Berry et constitué de 8 circonscriptions également
reconquises (1ère du Doubs, 3ème du Jura, 5ème de Côte-dOr, 2ème et 3ème de
Saône-et-Loire, 1ère et 3ème de l Allier et 3ème du Cher). Il népargne
que la deuxième circonscription du Doubs et contourne par le sud le môle socialiste
nivernais. Ce dernier, néanmoins, se trouve désormais en situation de quasi-encerclement
électoral, puisque, outre la chute, sur son flanc nord, de la deuxième circonscription
de lYonne, il voit donc toutes les positions de la gauche sur son flanc sud
(nord-est du massif Central et nord de la Bourgogne) reprises par la droite. Signalons
enfin, à proximité, le basculement à droite de la 1ère circonscription de lAin.
Dans la région Nord-Pas-de-Calais, la droite enregistre une remarquable
progression dans les zones urbaines de Lille-Roubaix-Tourcoing (3ème (Lille-Centre,
Nord), 5ème (Haubourdin, Seclin), 7ème (Roubaix-Est), 8ème (Roubaix-Ouest) et 10ème
(Tourcoing-Nord) circonscriptions du Nord) et de Béthune (9ème du Pas-de-Calais, au
cur dun département de gauche), tout en emportant aussi les 14ème
(Bourbourg) et 18ème (Cambrai) circonscriptions du Nord.
En Guadeloupe, enfin, DOM paradoxal, 3 circonscriptions sur 4 basculent à droite
mais la quatrième bascule en sens inverse, ce qui ne sétait pas produit depuis
1958. À la Réunion (Océan Indien), le basculement à droite des 1ère et 5ème
circonscriptions place la gauche en situation défensive puisquelle ne possède plus
que 2 circonscriptions sur les 5 de lîle.
Ailleurs, cest-à-dire dans le nord et le centre du bassin Parisien ainsi que
dans les régions de la Loire en aval dOrléans et dans lOuest, la droite
reconquiert aussi des positions, mais sur un mode plus discret, soit sous forme de
circonscriptions isolées (1ère des Ardennes, 5ème et 12ème de Seine-Saint-Denis,
12ème du Val-de-Marne, 8ème et 11ème des Yvelines, qui font basculer ce département à
droite, 3ème de lEssonne et 5ème du Val-dOise, 5ème de la Manche, 7ème
(Guérande) et 1ère (Nantes-Ouest) de Loire-Atlantique) soit sous forme de groupes plus
ou moins compacts de circonscriptions dont le nombre nexcède jamais 4 ou 5 : 3ème,
6ème, 8ème et 9ème circonscriptions de Seine-et-Marne, qui font basculer
lintégralité de ce département à droite ; 2ème et 7ème du Val-dOise ;
1ère, 3ème et 4ème dEure-et-Loir (même basculement du département) ainsi que la
3ème et la 5ème de la Sarthe (même basculement du département) ; 1ère du Loir-et-Cher
(même basculement du département) ; 2ème, 3ème, 4ème de lIndre-et-Loire (même
basculement du département) et 4ème du Maine-et-Loire (même basculement du
département) ; 3ème des Côtes-dArmor et 3ème dIlle-et-Vilaine ; 3ème,
6ème et 7ème du Finistère. Plus que de conquêtes sensu stricto, il
sagit dailleurs, dans bien des cas, dun retour à une situation plutôt
traditionnelle dappartenance politique de ces circonscriptions à la droite que le
traumatisme dû à de la dissolution de 1997 en avait exceptionnellement écartées.
Relevons enfin, aux confins de la France du Nord, de la France de lOuest et de celle
du Midi, en Berry, Poitou et Limousin, les basculements à droite de trois
circonscriptions isolées mais significatives : 2ème de la Vienne (Poitiers-Sud), 1ère
de lIndre (Châteauroux) et, surtout, 1ère de la Haute-Vienne (Limoges-Centre), au
cur du traditionnel fief limousin de la gauche.
Les zones où la gauche résiste plus ou moins nettement sont :
- La Corse et Paris, où, comme nous lavons déjà dit, elle fait mieux que
se défendre puisquelle y conquiert des positions, ce qui aboutit à ne plus laisser
à la droite quune circonscription sur 4 en Corse (2ème de Corse-du-Sud : Sartène)
et permet à la gauche de détenir désormais 12 des 21 circonscriptions de Paris. Dans la
banlieue de Paris (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne), la gauche ne perd
que 3 circonscriptions (cf. ci-dessus) et aucune dans les Hauts-de-Seine, en conservant au
total 17 sur 38. La plus forte résistance sobserve au nord, en Seine-Saint-Denis (9
circonscriptions sur 13), dans lest du Val-dOise (8ème et 9ème
circonscriptions : Sarcelles-Nord-Est et Goussainville) et jusque dans le sud de
lOise (3ème circonscription de lOise : Creil-Sud).
- La Martinique, où la 1ère circonscription est prise par la gauche et où la
droite nen conserve plus quune sur quatre.
- La Gascogne et le sud du Languedoc. Ici, un bloc de 24 circonscriptions
sétend des Landes à lHérault, dont 4 départements intégralement à gauche
(Landes, Hautes-Pyrénées, celui-ci ayant même basculé à gauche par suite de la prise
de la 2ème circonscription, Ariège et Aude), et pousse jusque dans le nord du Tarn
(1ère et 2ème circonscriptions). Mais ce bastion catharo-gascon a été fortement
écorné sur son flanc nord (cf. ce que nous disons ci-dessus du mascaret de la droite
dans la vallée de la Garonne) ainsi, plus ponctuellement, quau sud-ouest (5ème
circ. des Pyrénées-Atlantiques) et au sud-est (3 circonscriptions des
Pyrénées-Orientales).
- Le Nord de la France : de Dunkerque aux Ardennes, la gauche conserve 23
circonscriptions et en gagne une (13ème circonscription du Nord : Dunkerque-Est). Mais si
elle nen perd quune dans le Pas-de-Calais (Béthune), elle en abandonne 7 à
la droite dans le Nord, dont 5 dans lagglomération lilloise (cf. ci-dessus). Même
les départements de lAisne et des Ardennes cèdent chacun une circonscription à la
droite. Plus à lest, le môle de résistance constitué par le département de la
Meuse (1ère et 2ème circonscriptions), la 6ème circonscription de Meurthe-et-Moselle
ainsi que la 8ème et la 10ème circonscriptions mosellanes, est fortement déchiqueté
sur son flanc est et ne constitue plus quun vestige de lensemble de
circonscriptions de gauche qui sétendait, avec quelques lacunes, jusquaux
Vosges et au Jura.
- Le centre sud-ouest : un ensemble très irrégulier sétend du Limousin à
la Charente et au sud des Deux-Sèvres avec quelques satellites (1ère circonscription de
la Vienne, 1ère circonscription de Charente-Maritime) ainsi quun axe allant du
Blayais (11ème de la Gironde) au Quercy (2ème circonscription du Lot), axe qui se trouve
désormais séparé de lensemble par la percée que la droite a réalisée dans ces
pays (cf. plus haut). Une partie de la banlieue bordelaise prolonge, en direction du
sud-ouest, cet axe demeuré à gauche jusquà la 7ème circonscription de la Gironde
(Pessac).
- Le nord du massif Central : entre Nièvre, Puy-de-Dôme et Saône-et-Loire, la
gauche ne résiste que partiellement, gardant les 3 circonscriptions de la Nièvre,
désormais très isolée (cf. plus haut), et 5 circonscriptions sur les 6 du Puy-de-Dôme,
mais ne conservant plus que la moitié des 6 circonscriptions de Saône-et-Loire et une
seule des 3 circonscriptions du Cher (2ème). Vers lest, le cordon de
circonscriptions qui reliait naguère, par la Franche-Comté et le Territoire de Belfort,
cet ensemble au groupe des circonscriptions lorraines, a été phagocyté par la droite.
Seules la 2ème du Doubs et la 3ème de Côte-dOr demeurent à gauche, comme des
buttes-témoins.
- La situation de Lyon et de sa proche banlieue est marquée par la stabilité, la
gauche conservant ses 4 circonscriptions de la banlieue est. Plus au sud, on entre dans le
triangle du midi méditerranéen où la droite à réalisé une de ses plus fortes
poussées (cf. plus haut), la gauche ne maintenant ou ne développant (cas unique dans
cette région de la France continentale) ses positions que dans le sud de lIsère et
le nord des Hautes-Alpes. Tout comme à Lyon, la gauche reste stable à Marseille (4ème,
7ème et 8ème circonscriptions).
- Dans le nord de la Bretagne, la gauche se replie sur les circonscriptions les
plus littorales (1ère, 2ème, 4ème et 5ème des Côtes-dArmor, 4ème du
Finistère) et ne conserve ailleurs que quelques villes ou secteurs de villes : 2ème du
Finistère (Brest-Centre), 5ème du Morbihan (Lorient), 1ère dIlle-et-Vilaine
(Rennes-Sud). En Loire-Atlantique, laxe Nantes-Saint-Nazaire reste à gauche mais
perd Guérande (7ème) et Nantes-Ouest (1ère). En Haute-Normandie, enfin, les 4
circonscriptions demeurées à gauche (3e, 4e et 5e de Seine-Maritime :
Sotteville-lès-Rouen, Elbeuf et Maromme ; 4e de lEure : Louviers) sont totalement
encerclées par les circonscriptions restées ou passées à droite.
Toutes les régions où la droite na pas progressé et où la gauche na
pas résisté sont celles où la droite sest maintenue.
(1) Et encore le problème des triangulaires
de second tour ne se présente-t-il plus tout à fait de la même manière depuis qu'en
1997 le minimum de voix requis pour se maintenir au second
tour a été porté de 10 à 12,5 % des inscrits, soit environ 17 à
19 % des votants (selon le taux de participation). |