Il s’agit des votes en faveur de deux candidats, François Bayrou et Alain Madelin, qui ont été tous deux des leaders de l’U.D.F. (Union pour la Démocratie française) et qui représentent une coalition du centre-droit, très attachée à une Europe fédéraliste et partisane d’une économie libérale. Ces deux candidats incarnent toutefois deux nuances distinctes.
F. Bayrou se situe dans la tradition chrétienne sociale, issue du Mouvement Républicain Populaire (M.R.P.), qui a longtemps représenté, avec l’aile droite du Parti radical après la seconde guerre mondiale, la politique d’ouverture européenne pour une Europe unie dans le Marché Commun, avec Robert Schuman et Georges Bidault. Ces derniers ont eté les vigoureux défenseurs d’une Europe supranationale (représentée aujourd’hui par la Commission européenne de Bruxelles et le Parlement Européen) en même temps que d’une réelle décentralisation régionale en France.
A. Madelin incarne la tradition républicaine libérale de droite et se veut non seulement plus décentralisateur, en France comme en Europe, mais plus libéral au plan économique.
Les deux tendances différent à cet égard du R.P.R. (parti gaulliste), même si A. Madelin reste politiquement plus proche de J. Chirac que F. Bayrou, ce dernier se posant en véritable rival politique sur le plan des ambitions électorales nationales.  

La tendance Bayrou est fondamentalement celle du centre droit non-RPR (le RPR gaulliste étant le parti de J. Chirac), dont les électeurs sont surtout des cadres, des notables régionaux ou des agriculteurs aisés de l’Ouest. Ils ont soutenu le président V. Giscard d’Estaing dans les années soixante-dix et quatre-vingt et se trouvent dans presque toute la France, mais plutôt dans les départements à grande propriété rurale de l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire), dans les Pyrénées-Atlantiques (64) ainsi que dans l'ouest de l'Île-de-France (surtout dans les Yvelines (78) et les Hauts-de-Seine (92)) et à Paris. Il est frappant de constater également une assez forte proportion de cet électorat social-chrétien traditionnel en Rhône-Alpes (région lyonnaise et Haute-Savoie), mais aussi dans le Nord (59) et dans les deux départements alsaciens, pour des raisons à la fois « européanistes et régionalistes ». Le Centre et le Midi méditerranéen sont au contraire peu touchés par cette tendance, sauf les Alpes-Maritimes (06).
La tendance Madelin représente une idéologie de libre-échange et de capitalisme libéral, qui veut tirer profit de la mondialisation des échanges et de l’ouverture sur une grande Europe supranationale en allégeant le poids des charges fiscales et bureaucratiques qui pèsent sur l'initiative privée et la compétitivité françaises. Cette sensibilité recrute en grande partie ses partisans dans les mêmes localisations géographiques, beaucoup plus dans les villes que dans les campagnes ainsi que dans les milieux dirigeants financiers, industriels et commerçants des grandes villes, mais aussi chez les grands exploitants agricoles de Normandie, d’Île-de-France, du Centre et de Champagne-Ardennes (couronne de 10 à 12,5% de voix à l’ouest, au sud et à l’est de la Région Parisienne). Une bonne part des campagnes et des petites villes du Sud-Ouest ont aussi des électeurs de cette tendance : ils craignent une domination trop exclusive du Rassemblement pour la République (RPR), le parti du président Chirac, et militent pour des pouvoirs régionaux plus forts, avec décentralisation administrative et réduction du nombre des fonctionnaires représentant l’autorité nationale.

Les deux tendances politiques sont favorables à l’organisation d’Eurorégions avec les frontaliers voisins, notamment dans le Nord, en Alsace, en Savoie et dans les Pyrénées-Atlantiques, pour faciliter les relations avec les autres pays européens limitrophes.