Le nombre de votants pour Jean-Marie Le Pen (Front National) a provoqué la grande surprise du premier tour des élections présidentielles. La carte montre une prépondérance des partisans du Front National dans le Midi Méditerranéen (Languedoc-Roussillon et Provence-Côte d’Azur), avec une accentuation dans les départements du Vaucluse (84) et des Alpes-Maritimes (06). La première raison est la forte présence des anciens rapatriés d’Afrique du Nord et de leurs enfants, qui n’ont jamais pardonné au parti gaulliste et à son successeur le RPR l’abandon de « l’Algérie française » tout en restant hostiles au idées socialistes et au « pouvoir parisien ». La seconde raison est le sentiment accentué d’insécurité et de rejet des immigrés d’origine africaine, spécialement à Marseille et à Toulon, qui inquiète les retraités, les petits agriculteurs et les petits commerçants, ainsi que l’ouverture de la France sur l’Europe. Mais il faut aussi noter un fort vote Front National chez les producteurs de vins du Languedoc, qui craignent l’Europe et les concurrences italiennes et espagnoles en matière de vins (mais aussi de fruits et de légumes) et qui réclament une protection nationale. Jusqu’aux années 1980, beaucoup votaient socialiste ; c’est particulièrement vrai de l’Hérault (34) et du Gard (30), mais aussi du Roussillon (Pyrénées-Orientales (66)). Autre « front du refus », dans toutes les régions anciennement industrialisées : les ouvriers

autochtones qui craignent la concurrence et la pénétration du communautarisme, avec une insécurité croissante surtout dans les grands ensembles de logements sociaux (Ardennes (08), Moselle (57), Bas-Rhin (67), Haut-Rhin (68) et Territoire-de-Belfort (90)). Ce sont aussi des zones où l’ouverture sur l’Europe fait craindre encore plus de chômage, avec les délocalisations d’entreprises et les prises d’intérêts étrangères. Ce phénomène se retrouve dans le Nord (59), l’Aisne (02) et en région Rhône-Alpes, de la Loire (42) au Rhône (69) et à l’Ain (01), jusqu’en Savoie (73) et en Haute-Savoie (74), où existent à la fois un sentiment d’insécurité et une crainte de l’ouverture sur l’Europe et de la mondialisation. Ce sont aussi les grands départements agricoles à grande culture qui entourent l’Île-de-France, à commencer par l’Oise (60) en Picardie, l’Eure (27), l’Eure-et-Loir (28), le Loiret (45), l’Yonne (89), l’Aube (10) ou la Marne (51). Apparaissent également des départements agricoles aux ressources plus pauvres, qui ont été affectés par une grave crise des petites exploitations, surtout d’élevage, de la Champagne humide, du Barrois (Haute-Marne (52)) et de la bordure vosgienne en Haute-Saône (70), crise, aussi, des élevages et des exploitations fromagères des hauts pays du Doubs (25). En résumé, il existe une sorte de diagonale des votes pour J.-M. Le Pen allant de la Normandie à la Côte d’Azur. Dans l'Est, les partisans du Front National manifestent leur hostilité à la fois à l’administration nationale centralisatrice et à l’Europe supranationale de Bruxelles (ils ont peur d’être les grandes victimes de l’intégration). Une sorte de frilosité anti-mondialiste et protectionniste s’est emparée de 20 à plus de 25% des électeurs. En revanche, à l’ouest de la même diagonale, le Front National ne mord pas sur une population qui, sauf exception, n’est pas confrontée à une forte immigration urbaine et où les sentiments d’insécurité et anti-européen sont bien moindres.