Les élections présidentielles ont donné au premier tour à Jacques Chirac, pourtant Président de la République sortant, un score ne dépassant guère 19% en moyenne. Les départements qui ont dépassé les 23% de votes favorables au premier tour se trouvent à l’ouest de la région Parisienne (Paris-Ouest, Hauts-de-Seine (92)) et, surtout, parmi ceux à dominante rurale de l’Ouest français (Manche (50), Mayenne (53), Vendée (85)), du Massif Central ( Creuse (23), Corrèze (19), Cantal (15), Lozère (48)) et les deux départements corses. Les départements où les scores ont oscillé entre 20 et 23% sont tous situés en Bretagne ou dans les Pays de Loire (Orne (63), Eure-et-Loir (28), Sarthe (72) et Maine-et-Loire (49)), avec, en Île-de-France, les Yvelines (78) et 2 départements de Champagne-Ardennes : la Marne (51) et l’Aube (10).
Trois régions centrales ont fortement voté pour Chirac (Poitou-Charentes, Limousin et Auvergne, sauf la Charente (16) et le Puy-de-Dôme (63)) ainsi que le Var (83) et les Alpes-Maritimes (06).
Ces votes caractérisent des régions qui sont déjà traditionnellement moins touchées que d’autres, dans l’Est et au Sud, par les votes pour la gauche et l’extrême droite. Notables locaux et propriétaires fonciers, professions libérales et cadres, dont les activités sont liées aux hautes technologies et au tourisme, y jouent un rôle important.

Les zones rurales voient aussi en Chirac un défenseur de l’agriculture et des PME industrielles et commerciales qui n’ont pas accepté la rigidité de la loi sur les 35 heures et qui réclament des aménagements pour cette loi. Le vote pour Chirac traduit aussi une volonté d’ouverture sur l’Europe, parce que ces régions sont aussi de grands exportateurs agricoles, avec des productions à forte valeur ajoutée (Var ou Alpes-Maritimes), qui veulent renforcer les liens avec l’Europe des 15, dont elles craignent moins la concurrence que les régions du Nord et de l’Est. Les départements compris entre 18 et 20% représentent tous les départements de Normandie (Seine-Maritime (76), Eure (27), Calvados (14)) où l’agriculture est fortement structurée et exportatrice, ainsi, et pour les mêmes raisons, que tous les départements à dominante agricole de Picardie, Île-de-France, Centre ou Lorraine. L’Est a assez fortement voté pour Chirac parce qu’il incarne, pour beaucoup d’électeurs, un sens gaullien de la nation et qu’il défend l’Europe des Nations contre l’intégration européenne supranationale. L’Aquitaine est aussi favorable à Chirac, dans les grandes villes plus que dans les campagnes, en raison de l’ouverture sur l’Europe que le Président paraît incarner.
Au contraire, les régions qui ont voté à moins de 18% pour Chirac sont d’abord toutes les anciennes régions industrielles (Nord-Pas-de-Calais, Somme, Ardennes) qui continuent à souffrir du chômage et craignent même l’ouverture européenne, de même que la Nièvre (58) où beaucoup d’entreprises ont disparu et où la tradition du vote socialiste reste fortement ancrée, la Haute-Saône (70) et Le Jura (39), où sévit également une forte crise agricole et d’emplois industriels.
La carte montre une sorte de diagonale, allant des Pyrénées aux Alpes, qui englobe les 5 départements du Midi-Pyrénées, la totalité de ceux du Languedoc-Roussillon, la majorité des départements de Rhône-Alpes (sauf Haute-Savoie et Savoie (74 et 73), qui votent traditionnellement plus à droite), et quatre départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Hautes-Alpes (05) et Alpes-de-Haute-Provence (04), Vaucluse (84) et Bouches-du-Rhône (13)) où les votes se partagent traditionnellement entre les partis de gauche et l’extrême droite (Front National). Cela s‘explique par une défiance des notables et des cadres des entreprises industrielles et tertiaires vis-à-vis du centralisme parisien, que Chirac semble incarner, par un mécontentement latent de la petite paysannerie des viticulteurs et des arboriculteurs, inquiète de l’ouverture européenne, enfin par l’hostilité des anciens rapatriés d’Afrique du Nord envers un Chirac incarnant à leurs yeux le gaullisme (de Gaulle ayant "lâché" l'Algérie française en 1962) et qui votent en majorité pour le Front National.