Si près, si loin. Tout à la fois modèle ou repoussoir, objet de fascination ou de rejet, la Chine est sur toutes les lèvres. Mais comment en parler sans se perdre dans un maelstrom statistico-scientifique associant pêle-mêle accroissement démographique, cours du yuan ou démesure des ensembles urbanisés ? A l’occasion du Nouvel An chinois qui a lieu ce 8 février, Gilles Fumey propose de prendre de la hauteur : et si l’art était le moyen de saisir ce que les outils quantitatifs ne permettent, au mieux, que d’effleurer ? La belle lecture qu’il nous offre de l’ouvrage les Voyages d’encre de Simon est un début de réponse.

 

La Chine a mal à son économie, les financiers s’inquiètent mais faut-il s’inquiéter de la Chine? Qui sait ce qu’est la Chine en France? Et comment la connaître, l’apprécier sans passer par le cours du yuan qui s’affole, les exportations qui s’essoufflent, les droits de l’homme qui chancellent? Les géographes seraient-ils à la remorque des économistes et des maîtres du droit? C’était un peu la tendance ces dernières années. Mais aujourd’hui?

A-t-on assez regardé ce que les peintres qui travaillent dans une autre dimension du temps? Ils s’installent et regardent. Nous apprennent à voir ce que personne ne voit. Je pense à Cézanne, planté au pied de la Sainte Victoire qui mit des années à faire et refaire son modèle pour nous donner à désirer ce que personne ne jugeait digne d’intérêt. Qui peut contester aujourd’hui qu’une des ressources de la Provence, c’est son «milieu», son environnement, l’imaginaire que les générations passées ont construit qui rend attractive cette région pourtant bien malmenée sur le plan économique? La Chine d’aujourd’hui, elle apparaît, telle la Provence cézanienne, sous le crayon et le pinceau de Simon qui a réuni pour l’éditeur Akinomé un recueil fabuleux de planches donnant à cette aventure graphique une tonalité à la fois réaliste, tragique et des réponses à cette question : «Mais qu’est-ce que la Chine?»

 

China pictures

 

En piochant dans les trente carnets dont quelques grands formats, Simon le voyageur compose un portrait d’une beauté violente, tragique. Vous voulez un récit, pimenté d’anecdotes à raconter? Rencontrer des Chinois qui puissent vous parler de ce qu’ils vivent? De ce qui se passe à Pékin? Dans le Guizhou, le Shaanxi, le Shandong? Simon raconte qu’il a «découvert la Chine grâce à une femme qu’il a épousée» mais il l’a découvert surtout parce qu’il peut se passer du chinois. Rien n’a été plus efficace pour fouiller le pays, en extraire les codes et les secrets, en saisir la langue que de dessiner, arrêter la barque et se lancer dans le courant du Tao.

 

 

Suite de ce texte à lire sur le blog Géographies en mouvement : Les Chinois qui prennent des photos

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