HISTOIRE DE NOTRE REVUE

Introduction par le Président Jean Bastié

Notre revue a presque l'âge de notre Société. En effet, son premier numéro est sorti en juin 1822, mais elle a été interrompue de 1940 à 1946 ; elle n'est donc que dans sa 168e année. Elle a porté trois noms successifs :

  • de1822 à 1899 inclus, elle s'est appelée Bulletin de la Société de Géographie et elle était mensuelle. Ses 936 fascicules ont été regroupés en 134 volumes, pratiquement deux par an ;
  • de 1900 à 1939 inclus, elle s'est appelée La Géographie, son titre antérieur devenant sous-titre. Elle est restée le plus souvent mensuelle et ses 361 numéros ont été regroupés en 72 volumes, encore deux par an ;
  • de 1940 à 1946 inclus, la revue a cessé de paraître ; depuis 1947, elle s'est appelée Acta Geographica et elle est devenue trimestrielle. Mais son numérotage actuel ne date que de 1970. Elle a eu trois couvertures successives :
    - de 1947 à 1969 inclus (nouvelle série 1 à 80), elle a été blanche ;
    - de 1970 à 1987 inclus (nouvelle série 1 à 72), elle a été bicolore, (blanche et  
       orange) avec l'avers de la médaille gravée pour la Société en 1884 par Alphée
       Dubois ;
    - à partir de 1988 (n° 73), elle comporte une illustration sur la couverture.
  • en mars 2001, le numéro 125 de cette dernière série était en réalité le 1500e depuis 1822. La reprise de la numérotation originelle dès le numéro suivant est allée de pair avec celle de son nom du début du 20e siècle : La Géographie.
<Consulter les tables>

Ci-dessous, une reproduction de la couverture du premier numéro du Bulletin de la Société de Géographie publié en 1822 :

 

Historique (d'après A. PERPILLOU, Acta Geographica n° 20, mars 1975, pp. 23 à 25)

Le Bulletin de la Société de Géographie a paru sous ce titre et sans interruption, à raison d'une livraison mensuelle et de deux volumes annuels, d'environ 400 pages, de 1821 à 1899.

Sa collection forme un remarquable ensemble de 154 volumes d'un format petit in-8°. En feuilletant ces volumes, on revit toute l'histoire des explorations et des découvertes du XIXe siècle, des périples maritimes et surtout celle des voyages continentaux, ceux de l'Afrique en particulier. On suit parallèlement les progrès de la colonisation qui s'étend un peu partout hors d'Europe.

Les premiers volumes publient essentiellement des comptes rendus de séances où sont lus des rapports ou des extraits de rapports, des lettres, des télégrammes d'explorateurs, également des projets de recherches et des voyages. Le but du Bulletin est alors de donner des nouvelles géographiques du monde entier et de suivre les travaux des voyageurs et des explorateurs. La Société est un vrai centre de documentation.

Mais peu à peu apparaissent et se multiplient des études et des mémoires originaux qui sont lus ou résumés par leurs auteurs ou des rapporteurs. Grande est la variété des sujets traités : l'histoire, l'archéologie, l'ethnographie, la linguistique même, côtoient des récits de voyages ou des synthèses de valeur inégale. Divers centenaires sont commémorés comme ceux des grands ancêtres : Cook, Lapérouse, Entrecastraux, Dumont d'Urville, Humboldt, et aussi Christophe Colomb et Vasco de Gama. Rares sont les études consacrées à l'Europe, plus rares encore celles qui concernent la France. Par contre, qu'il s'agisse de mémoires, de communications ou de comptes rendus, l'attention se porte sur tous les continents, en particulier sur l'Afrique où Allemands, Anglais et Français collaborent à la recherche des sources et du cours du Niger, du Congo et du Nil.

A partir de 1882, les études originales sont groupées en fascicules de parution trimestrielle (et non plus mensuelle) et séparés des Actes et des comptes rendus de parution plus rapide. On voit les études se diversifier avec quelques articles consacrés aux sciences naturelles, particulièrement à la géologie. Cartes et plans, déjà nombreux au milieu du siècle, améliorent leur présentation et des photographies apparaissant dans les derniers volumes.

La Société de Géographie est le lieu de rencontre de personnalités très diverses : explorateurs comme Duveyrier, Foureau, Binger ; officiers, surtout de l'armée coloniale, tels Galliéni, Marchand, Savorgnan de Brazza ; diplomates comme Le Myre de Vilers, Pavie et divers consuls ; fonctionnaires coloniaux et missionnaires ; ingénieurs et savants ; universitaires aussi car la géographie commence à tenir sa place dans l'enseignement et à préciser et définir ses méthodes.

Une nouvelle présentation du Bulletin est née avec La Géographie, revue plus aérée et plus richement illustrée. A raison de livraisons mensuelles et de deux volumes annuels (de 300 à 550 pages chacun), La Géographie, qui a régulièrement paru de 1901 à 1939 inclus, forme une très belle collection de 72 volumes, de format in-8° raisin.

Comme l'ancien Bulletin, La Géographie a suivi de près les explorations et les missions, et entretenu ses lecteurs des progrès de la connaissance du monde, progrès liés en grande partie à l'expansion européenne et à la colonisation. Ce sont le Baron Hulot, longtemps secrétaire général de la Société, et Charles Rabot, secrétaire de la rédaction, qui ont dirigé la confection et la parution de La Géographie de 1901 à la fin de la première guerre mondiale. Par la suite, c'est Guillaume Grandidier qui a le plus souvent dirigé la revue, tandis que Stanislas Reitzler, bibliothécaire de la Société, assurait la publication d'une précieuse bibliographie critique.

Dès les premières années, on voit collaborer explorateurs et géographes. Administrateurs coloniaux et officiers sahariens font part de leurs découvertes tandis que des savants plus chevronnés, tels Grenard, Chudeau, Auguste Chevalier, donnent les premiers résultats de leurs récoltes scientifiques. Quant aux géographes, ils commencent à étudier le domaine de plus en plus vaste dont les explorateurs leur ont dévoilé l'étendue. Parmi ceux-ci, le plus souvent des universitaires, on trouve de grands noms comme Jean Brunhes, E.F. Gautier, Raoul Blanchard... Après la première guerre mondiale, les travaux d'explorateurs comme le Dr Legendre, le géologue Lamare, Théodore Monod, Aubert de La Rue côtoient les études de Jules Sion, de Marguerite Lefèvre, de l'océanographe Rouch et de l'historien Charles de La Roncière. Les récits de voyage, souvent objets de conférences, ne sont pas abandonnés.

L'année 1939, avec les débuts de la seconde guerre mondiale, sera fatale à notre revue. Elle sera fondue en 1941 avec les Annales de Géographie créées en 1892 par Vidal de La Blache. La Société n'aura plus d'organe indépendant qu'avec les Acta Geographica qui commencent à paraître seulement en 1947.

La première série des Acta, de 1947 à 1952, fut conçue comme un complément des Annales avec des résumés de conférences, de nombreux comptes rendus, des renseignements bibliographiques, des résumés de l'activité de la Société. Après une crise et une lacune de 4 ans, les Acta reparurent avec une présentation nouvelle, un format in-4° et une impression sur deux colonnes. D'abord modeste, cette seconde série d'Acta (1956-1969) a vite repris, sous l'impulsion des Professeurs Aimé Perpillou et Paule Garenc, les aspects d'une véritable revue avec une parution trimestrielle, une riche illustration, des articles originaux, des résumés de conférences, des comptes rendus de l'activité de la Société, des communications et des informations diverses. Par suite d'un changement d'imprimeur (1970), les Acta, tout en gardant la même structure, paraissent trimestriellement dans un format in-8° courant et sous une livrée orangée et blanche, puis à partir du n° 73 (1988 - 1er trimestre) ornés d'une photo en couleur sur la couverture (36 à ce jour).

Le Bulletin de la Société de Géographie, La Géographie et les Acta forment un ensemble de plus de 250 volumes réunissant 1504 fascicules (mars 2002). C'est une véritable bibliothèque, d'une exceptionnelle richesse, dont la consultation est heureusement facilitée par des tables complètes qui ont paru en 1835, 1863, 1904, 1910, 1945, 1970 et en 1996.

 

Les autres publications de la Société de Géographie

Outre sa revue, la Société de Géographie est l'auteur d'un certain nombre de publications qui ont paru au cours du XIXe siècle et dans les débuts du XXe. Les principales sont les 7 volumes du grand recueil de voyages et de mémoires, où ont paru entre autres, Les voyages de Marco Polo et la traduction de La Géographie de l'Arabe El Edrisi. De son côté, Charles Maunoir a réuni en trois forts volumes, ses rapports annuels sur les progrès de la Géographie parus dans le Bulletin de 1867 à 1892. Notre Société a assuré la parution des publications des deux congrès géographiques internationaux tenus à Paris en 1875 et 1889 et des congrès nationaux de 1900 et 1913.

Elle a aussi fait paraître des ouvrages plus modestes : récits de missions comme celle, au Sahara, de Flatters, le récit et les documents scientifiques de la mission Foureau-Lamy, le Sahara occidental du capitaine Angiéras - également des biographies d'explorateurs, des itinéraires, des comptes rendus de voyages et des instructions. Elle a publié diverses cartes dont la carte du monde à 1/10 000 000 qui eut trois éditions.

Elle a assuré l'édition des Mélanges Jean Despois : Maghreb et Sahara parus en 1973 et préparés sous la direction de Xavier de Planhol, puis des Mélanges Jacqueline Beaujeu-Garnier, format 17 x 26 cm, de 676 pages, publiés en 1987 par la Société de Géographie et le Centre de Recherches et d'Etudes sur Paris et l'Île-de-France (C.R.E.P.I.F.) et préparés sous la direction de Jean Bastié.

À la fin de 1997, la Société de Géographie a édité un ouvrage collectif de très haut niveau, l'Apologie pour la Géographie.